CIV. — Ses écrits
Empédocle fut le second philosophe qui exposa son système en vers, si nous faisons abstraction du satirique Xénophane. Il fut aussi le dernier parmi les Grecs, car on peut négliger les poèmes forgés sous le nom de Pythagore ', Lucrèce imite en cela Empédocle, tout comme Empédocle imitait Parménide. Naturellement, les images poétiques créent une difficulté pour l'interprète, mais une difficulté dont on aurait tort de s'exagérer la portée. On ne peut pas dire qu'il soit plus difficile d'extraire la moelle philosophique des vers d'Empédocle que de la prose d'Heraclite.
Il y a quelque divergence d'opinion en ce qui concerne le mérite poétique d'Empédocle. Le panégyrique de Lucrèce est bien connu ^. Aristote dit quelque partqu'Empédocle et Homère n'ont rien de commun que le mètre, et ailleurs qu'Empédocle était « homérique au plus haut point* ». A mon sens, il est indiscutable que c'était un véritable poète, beaucoup plus poète que Parménide. Personne, à l'heure qu'il est, ne met en doute que Lucrèce n'en fût un, et Empédocle lui ressemble réellement tout à fait à cet égard.
1 Timée prit la peine de réfuter en détail les histoires qui couraient sur le compte d'Empédocle (Diog VIII, 71 sq. ; R. P. ib.). Il affirmait tout à fait positivement que celui-ci ne retourna jamais en Sicile. Le plus probable est certainement qu'à l'époque où il errait, exilé, dans le Péloponnèse, il saisit l'occasion de se joindre aux colons de Thurium, ville qui était alors un port pour nombre de « sophistes ».
2 Voir chap. IV, § 85.
3 Lucr. I, 71&sq.
* Poet. l, 1447 6 18 (DV 21 A 22); cf. Diog. VIII, 57 (R. P. 162 i).