CXV. — Les plantes
Plantes et animaux furent formés des quatre éléments, sous l'influence de l'Amour et de la Haine. Les fragments qui traitent des arbres et des plantes sont les fragments 77 à 81 ; rapprochés de certaines indications d'Aristote et de la tradition doxographique, ils nous' permettent de nous rendre compte assez exactement de ce qu'était la théorie d'Empédocle. Le texte d'Aétius est très corrompu ici ; mais peut-être peut-on le rendre comme suit :
1 Sénèque, Quœst. Nat. III, 24 : « facere solemus dracones et niiliaria et complures formas in quibus aère tenui fistulas struimus per déclive circuradatas, ut saepe eundem ignem ambiens aqua per tantum fiuaî spatii quantum efïiciendo calori sat est. frigida itaque intrat, effluit ealida. idem sub terra Empedocles existimat fieri. »
EMPÉDOCLE d'aGRIGEXTE 275
Empédocle dit que les arbres furent les premières créatures vivantes à croître de la terre, avant que le soleil fût étendu, et avant que le jour et la nuit fussent distingués l'un de l'autre ; qu'en raison de la symétrie de leur mélange, ils contiennent la proportion du mâle et de la femelle ; qu'ils croissent en s'élevant grâce à la chaleur qui se trouve dans la terre, de sorte qu'ils constituent des parties de la terre exactement comme les embryons sont des parties de l'utérus ; que les fruits sont des excrétions de l'eau et du feu dans les plantes, et que ceux (des végétaux) qui n'ont pas suffisamment d'humidité perdent leurs feuilles quand elle est évaporée par la chaleur du soleil, tandis que ceux qui en ont davantage restent toujours verts, tels le laurier, l'olivier et le palmier ; que les dillérences de goût sont dues à des variations dans les particules contenues dans la terre, et au fait que les plantes en tirent des particules différentes, comme c'est le cas des vignes, car ce n'est pas la différence des vignes qui fait le vin bon, mais celle du sol qui les nourrit. — Aet. V, 26, 4 (R. P., 172 ; DV, 21 A, 70).
Aristote blâme Empédocle d'expliquer la double croissance des plantes, en haut et en bas, par les mouvements naturels opposés de la terre et du feu contenus en elles \ Aux « mouvements naturels » nous devons évidemment substituer l'attraction du semblable par le semblable (§109). Théophraste dit à peu près la même chose -. La croissance des plantes doit donc être envisagée comme un incident dans cette séparation des éléments que produit la Haine. Une partie du feu qui est encore sous la terre (frg. 52), se rencontrant dans sa course en haut avec la terre encore humectée d'eau, et qui descend pour « rejoindre son semblable », s'unit avec elle sous linfluence de l'Amour qui est resté dans le monde pour former une de ces combinaisons temporaires que nous appelons arbres ou plantes.
Au commencement du traité pseudo-aristotélicien sur les Plantes ^ il est dit qu'Empédocle attribuait à celles-ci le désir, la sensation et la faculté d'éprouver du plaisir, ou de la peine ; il avait d'ailleurs reconnu que les deux sexes sont
1 Arist. de kn. B, 4, 415 b 28 (DV 21 A 70).
- Theoplir. de causis plantariim I, 12, 5 (DV 21 A 70).
3 [Arist.] de plantis. A, I, 815 a 15 (DV 21 A 70).
combinés en elles. Ce fait est mentionné par Aétius, et discuté dans le traité pseudo-aristotélicien. Si nous pouvons avoir quelque confiance dans cette traduction byzantine d'une version latine de l'arabe S nous y trouvons une indication très précieuse sur la cause qui lui est assignée. Les plantes, y lisons-nous, vinrent à l'existence «dans un état imparfait du monde ^ », à savoir à un moment où la Haine n'avait pas encore assez prévalu pour différencier les sexes. Nous verrons que la même remarque s'applique à la race originelle des animaux dans ce monde. Il est étrange qu'Empédocle n'ait jamais observé le processus réel de la génération cbez les plantes, mais se soit borné à dire qu'elles «portent» spontanément «des œufs», c'est-àdire des fruits (frg. 79).