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CXVI. — Evolution des animaux

Les fragments qui traitent de l'évolution des animaux (57-62) doivent être interprétés à la lumière de l'indication du frg. 17, suivant laquelle il y a une double naissance et une double destruction des choses mortelles. Empédocle décrit deux processus d'évolution, qui suivent des cours exactement opposés, l'un appartenant à la période de l'Amour et l'autre à celle de la Haine. Les quatre phases de cette double évolution sont distinguées avec soin dans un passage d' Aétius \ et nous verrons qu'il y a des raisons d'en rapporter deux à la seconde période de l'histoire du monde, et deux à la quatrième.

La première phase est celle dans laquelle les diverses parties des animaux naissent séparément. C'est celle des têtes

1 L'Anglais Alfred traduisit la version arabe en latin sous le règne d'Henri III (d'Angleterre). De cette version, il fut retraduit en grec à l'époque de la Renaissance par un Grec résidant en Italie.

2 A, 2. 817 b 35 : « mundo.... diminuto et non perfecto in complemento suo » (Alfred).

3 Aet. V, 19, 5 (R. P. 173 ; DV 21 A 72). Platon a fait usage, dans le mythe du Politique, de l'idée de l'évolution régressive.

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sans cous, des bras sans épaules et des yeux sans fronts (frg. 57). Il est clair que ce doit être la première phase de ce que nous avons appelé la quatrième période de l'histoire du monde, celle dans laquelle l'Amour fait son entrée et où la Haine s'éloigne. Aristote l'attribue expressément à la période de rx\mour, par laquelle il entend, comme nous l'avons vu, la période où l'Amour est en croissance ^ C'est en accord avec ceci qu'il dit encore que ces membres dispersés furent dans la suite réunis par l'Amour ^

La seconde phase est celle dans laquelle les membres dispersés sont unis. Tout d'abord, ils furent combinés de toutes les manières possibles (frg. 59). Il y avait des bœufs à têtes humaines, des êtres à double face et à double poitrine, et toutes sortes de monstres (frg. 61). Ceux qui étaient aptes à survivre survécurent ; les autres périrent. C'est ainsi que se fit l'évolution des animaux dans la période de l'Amour ^

La troisième phase appartient à la période où l'unité de la sphère est détruite par la Haine. C'est, par conséquent, la première phase de l'évolution de notre monde actuel. Elle commence avec les « formes brutes » dans lesquelles il n'y a encore aucune distinction de sexes ou d'espèces *. Ces « formes » sont composées de terre et deau, et produites par le mouvement en haut du feu, qui cherche à atteindre son semblable.

Dans la quatrième phase, les sexes et les espèces ont été

1 Arist de Cœlo, F, 2. 300 b 29 (R. P. 173 a; DV 21 B 57). Cf. de Gen. An. A, 17. 722 b 17 (DV 21 B G3), où le fragment 57 est introduit par les mots -/a&ârîo 'Eu.Ti:îôozXfjc ft^rià. ztz\ Tîjs *l>i/.6Tr,Toç. Simplicius, de Cœlo, p. 587, 18 (DV 21 B 58), exprime la même chose en disant : aojvouEÀfj Izi ~à. •(■■jIol dTio Trjç toO IN'îÎzojç 5'.axp[aî(uç ôvta è-XavdTO.

2 Arist. de An. T, (3. 430 a 30 (R. P. 173 a).

' Ceci est clairement exprimé par Simplicius, de Cœlo, p. 587, 20 {DV 21 B 59). C'est : ô-t -roO AsÎ/.cj; izit/.oizti ÀoiTtov r^ «tiXÔTT);.... tTzi rfjç <|)iXôrrjTo; ojv o 'EaitîoorXfjÇ i/.tlva. cittîv, O'J^ tJu; ÈTiizpaTO'jGTjÇ Ti8t] t^ç <I>tÀôr/]-:oç, àXÀ' <l)ç [jLîXXoùsT); îittzpaTcTv. A Phys., p. 371, 33 (DV 21 B 61), il dit que les bœufs à têtes humaines vivaient zczrà -m "^ç <î>tXta; àp^fiv.

< Cf. Platon, Symp. 189 e.

séparés, et les nouveaux animaux ne naissent plus des éléments, mais par voie de génération. Voyons maintenant l'idée que se faisait Empédocle de la reproduction.

Dans ces deux processus d'évolution, Empédocle était guidé par l'idée de la survivance des plus aptes. Arislote le critique sévèrement sur ce point. « Nous pouvons supposer, dit-il, que toutes choses sont arrivées par hasard, exactement comme elles l'auraient fait si elles avaient été produites pour quelque fin. Certaines choses se sont conservées parce qu'elles avaient acquis spontanément une structure appropriée, tandis que celles qui n'étaient pas constituées de la sorte ont péri et périssent encore, comme Empédocle le dit des bœufs à faces humaines ^ » C'est là, suivant Aristote, laisser trop de place au hasard. Un curieux exemple nous a été conservé. La formation des vertèbres a été expliquée en disant qu'un animal invertébré de l'époque ancienne avait essayé de se tourner, et ce faisant s'était rompu le dos. Cette variation lui fut favorable et il survécut ". Il y a lieu de noter que ce fait appartient clairement à la période de la Haine, et non, comme les bœufs à têtes humaines, à celle de l'Amour. La survivance des plus aptes était la loi des deux processus d'évolution.

CXVIL — Physiologie.

La distinction des sexes fut un important résultat de la différenciation graduelle produite par l'entrée de la Haine dans le monde. Empédocle s'écartait de la théorie donnée par Parménide dans la seconde partie de son poème (§ 95), en ce sens que, selon lui, l'élément chaud est prépondérant dans le sexe masculin, et que les mâles sont conçus dans la partie la plus chaude de l'utérus (frg. 65). Le fœtus est formé pour une part de la semence du mâle, pour une part de celle de la femelle (frg. 63), et c'est justement le

1 Arist. Phys. B, 8. 198 b 29 (R. P. 173 a; DV 21 B 61).

2 Arist. de Part. An. A, 1, 640 a 19 (DV 21 B 97).

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fait que la substance corporelle d'un être nouveau est partagée entre le raàle et la femelle qui engendre le désir quand ces deux êtres s'aperçoivent (frg. 64). Une certaine symétrie des pores dans la semence du mâle et de la femelle est naturellement nécessaire pour la procréation, et c'est par son absence qu'Empédocle expliquait la stérilité des mulets. L'enfant ressemble le plus à celui des parents qui a le plus contribué à sa formation. L'influence des statues et des peintures était notée, toutefois, comme modifiant l'aspect de la progéniture. Les couches doubles et triples sont dues à la surabondance et à la division de la semence ^

En ce qui concerne la croissance du fœtus dans l'utérus, Empédocle enseignait qu'il était enveloppé d'une membrane, que sa formation commençait le trente -sixième jour, et qu'elle était complète le quarante-neuvième. Le cœur est constitué en premier lieu, les ongles et choses de même nature en dernier. La respiration ne commence qu'au moment de la naissance, quand les fluides qui entourent le fœtus sont éloignés. La naissance se produit le neuvième ou le septième mois, parce que le jour avait primitivement une durée de neuf, puis de sept mois. Le lait fait son apparition le dixième jour du huitième mois (frg. 68) ^

La mort est la séparation finale, par la Haine, du feu et de la terre qui se trouvent dans le corps, et qui, tous deux, ont sans cesse aspiré à «rejoindre leur semblable». Le sommeil est une séparation temporaire, et jusqu'à un certain degré, de l'élément igné ^ A sa mort, l'animal se résout en ses éléments, qui peut-être entrent en de nouvelles combinaisons, et peut-être aussi s'unissent d'une

1 Aet. V, 10, 1 ; 11, 1 ; 12, 2 ; 14, 2 (DV 21 A 81, 82). Cf. Fredrich, Hippokratiscbe Untersucimngen, p. 126 sq.

2 Aet. V, 15, 3; 21, 1 (Dox. p. 190; DV 21 A 74).

3 Aet. V, 25, 4 {Dox. p. 437; DV 21 A 85;.

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manière permanente avec « leur propre espèce ». Il ne saurait être question ici d'une àine immortelle.

Même pendant la vie, nous pouvons voir l'attraction du semblable par le semblable s'exercer chez les animaux exactement comme elle le fait dans la croissance des plantes en haut et en bas. La chevelure est la même chose que le feuillage (frg. 82) ; et, généralement parlant, la partie ignée des animaux tend vers le haut et la partie terrestre vers le bas, quoiqu'il y ait des exceptions, comme on peut le voir dans le cas de certains coquillages (frg. 76), chez lesquels la partie terrestre est en haut. Ces exceptions ne sont possibles que parce qu'il y a encore une grande proportion d'Amour dans le monde. Nous voyons au?si l'attraction du semblable par le semblable dans les diverses habitudes des diverses espèces d'animaux. Ceux qui ont en eux le plus de feu volent dans les hauteurs de l'air ; ceux dans lesquels la terre est prépondérante se tiennent sur la terre, comme fait le chien, qui se couche toujours sur une briquet Les animaux aquatiques sont ceux dans lesquels l'eau prédomine. Ceci ne s'applique toutefois pas aux poissons, qui sont de feu dans une large proportion, et qui ne font de l'eau leur habitat que pour se rafraîchir ".

Empédocle accorda une grande attention au phénomène de la respiration, et la très ingénieuse explication qu'il en donnait nous a été conservée dans un fragment ininterrompu (100). Nous respirons, disait-il, à travers tous les pores de la peau, et non pas seulement par les organes spécialement affectés à cette fonction. La cause de l'inspiration et de l'expiration alternatives du souffle est le mouvement du sang du cœur à la surface du corps et viceversa, mouvement illustré par l'analogie de la clepsydre.

La nutrition et la croissance des animaux doivent naturellement être expliquées par l'attraction du semblable par

1 Aet. V, 19, 5 {Dox. p. 4.31 ; DV 21 A 72). Cf. Eth. Eud. H, 1, 12.35 a 11.

2 Arist. de Respir. 14, 477 a 32 ; Theophr. de caiisis plant. I, 21 (DV 21 A 73).

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le semblable. Chaque partie du corps a des pores auxquels la nourriture appropriée s'adapte. Le plaisir et la peine sont causés par l'absence ou la présence d'éléments semblables, c'est-à-dire d'éléments appropriés aux pores. Les larmes et la sueur ont pour origine un trouble qui fait coaguler le sang ; elles sont, pour ainsi dire, le petit-lait du sang ^

CXVin. — Perception.

Sur la théorie empédocléenne de la perception, nous avons l'analj'se même de Théophraste :

Empédocle parle de la même manière de tous les sens, et dit que la perception est due aux « effluences » appropriées aux passages de chaque sens. Et c'est pourquoi l'un ne peut juger les objets de l'autre ; car les passages de quelques-uns d'entre eux soni: trop larges et ceux des autres trop étroits pour l'objet sensible, de sorte que ce dernier, ou bien passe à travers sans toucher, ou ne peut pas entrer du tout. — R. P. 177 b (DV 21 A 86 ; 168. 7-10).

Il essaie aussi d'expliquer la nature de la vision. Il dit que l'intérieur de l'œil consiste en feu, tandis que, tout autour, c'est de la terre et de l'air -, à travers lesquels le feu est capable de passer, à cause de sa finesse, comme la lumière à travers les lanternes (frg. 84). Les passages du feu et de l'eau sont arrangés alternativement; à travers ceux du feu, nous percevons les objets brillants, à travers ceux de l'eau les objets sombres ; chaque classe d'objets s'adapte à chaque classe de passages, et les couleurs sont communiquées à la vue par effluence. — R. P. ib. (DV Ibid. 11-16).

Mais les yeux ne sont pas tous composés de la même manière ; quelques-uns sont composés d'éléments semblables, et quelquesuns d'éléments opposés ; quelques-uns ont le feu au centre, et quelques-uns à la périphérie. C'est pourquoi certains animaux voient de jour et d'autres de nuit. Ceux qui ont le moins de feu

» Nutrition, Aet. V, 27, 1 (DV 21 A 77); plaisir et peine, Aet. IV, 9, 15; V, 28, 1 (DV 21 A 95); larmes et sueur, V. 22, 1.

' C'est-à-dire une vapeur aqueuse, et non l'air ou l'aiôïjp comme élément (§ 107). Cette vapeur est identique à 1' « eau » mentionnée jilus loin. Il n'est donc pas nécessaire d'insérer ici /ai LSujp après -reOp, comme le font Karsten et Diels.

^oient de jour, car le feu qui est à l'intérieur est complété par celui de l'extérieur ; ceux qui ont le moins de l'élément opposé (c'est-à-dire d'eau), voient de nuit, car alors il est remédié à leur insuffisance. Mais, dans le cas contraire, chacun se comporte de la manière contraire. Les yeux dans lesquels le feu prédomine sont éblouis pendant le jour, parce que le feu, étant encore augmenté, occupe et obstrue les pores de l'eau. Ceux dans lesquels l'eau prédomine, dit-il, éprouveront la même chose de nuit, parce que le feu est obstrué par l'eau. Et cela continue jusqu'à ce que, pour les uns, l'eau soit séparée par le feu, et pour les autres le feu soit séparé par l'eau, car, dans chaque cas, c'est le contraire qui est le remède. La vue la mieux constituée et la plus excellente est celle qui est composée des deux éléments en proportions égales. Voilà ce qu'il dit, en fait, de la vision.

L'audition, selon lui, est produite par le son extérieur, quand l'air, ébranlé par la voix, résonne au dedans de l'oreille ; car le sens de l'ouïe est une sorte de cloche qui résonne au dedans de l'oreille, et qu'il appelle un « bourgeon de chair». Quand l'air est mis en mouvement, il frappe les parties solides et produit un son ^ Selon lui, l'odorat naît de la respiration, et c'est pourquoi ceux-là sentent le mieux, dont le souffle a le mouvement le plus violent, et l'odeur la plus forte provient de corps subtils et légers ^. Quant au toucher et au goût, il n'indique pas comment, ou par le moyen de quoi ils se produisent, si ce n'est qu'il nous donne une explication applicable à tous les sens, à savoir que la sensation résulte de l'adaptation aux pores. Le plaisir est produit par ce qui est semblable dans ses éléments et dans leur mélange ; la peine par ce qui est opposé. — R. P. ib. (DV Ibid., 17-37.)

Et il donne une explication tout à fait semblable de la pensée et de l'ignorance. La pensée naît de ce qui est semblable, et l'ignorance de ce qui est dissemblable, impliquant ainsi que la pensée est la même chose, ou à peu près, que la perception. Car, après avoir énuméré comment nous savons chaque chose au moyen d'elle-même, il ajoute : « Car de celles-ci toutes choses sont formées et jointes ensemble, et c'est par elles que les hommes pensent et sentent plaisir et peine » (frg. 107). Et pour cette raison, nous pensons essentiellement avec notre sang, car c'est en lui que, de toutes les parties du corps, tous les éléments

1 Beare, p. 96, n. 1.

2 Ibid., p. 133.

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sont le plus complètement mélangés. — R. P. 178(DV/Z>id., 38-43). Tous ceux, donc, chez lesquels le mélange est égal, ou à peu près, et chez lesquels les éléments ne sont ni à de trop grands intervalles, ni trop petits ni trop grands, sont les plus sages et ont les perceptions les plus exactes ; et ceux qui viennent le plus près d'eux sont sages à proportion. Ceux qui sont dans la condition opposée sont les plus fous. Ceux dont les éléments sont rares et séparés par des intervalles, sont obtus et laborieux ; ceux chez lesquels ils sont serrés et divisés en menues particules sont impétueux ; ils essayent beaucoup de choses et en terminent peu à cause de la rapidité avec laquelle leur sang se meut. Ceux qui ont un mélange bien proportionné dans quelque partie de leur corps seront habiles sous ce rapport. C'est pourquoi quelques-uns sont bons orateurs et quelques-uns bons artisans. Ces derniers ont un mélange favorable dans leurs mains, et les premiers dans leurs langues, et il en est ainsi des autres capacités spéciales. — R. P. ib. (DV, Ibid. 44- 169, 6).

La perception est donc due à la rencontre d'un élément qui est en nous avec le même élément en dehors de nous. Elle se produit quand les pores de l'organe des sens ne sont ni trop grands ni trop petits pour les « effluences » que tous les corps émettent constamment (frg. 89). L'odorat était expliqué par la respiration. Le souffle aspire avec lui les petites particules qui s'adaptent aux pores. Aétius nous apprend ^ qu'Empédocle prouvait cela par l'exemple des gens qui sont enrhumés du cerveau, et qui ne peuvent pas sentir justement parce qu'ils éprouvent de la difficulté à respirer. Nous voyons aussi, par le fragment 101, que l'odorat des chiens était invoqué à l'appui de la théorie. Empédocle ne parait pas avoir donné un exposé détaillé de l'odorat, et ne s'était pas occupé du tout du toucher -. Il expliquait l'audition par le mouvement de l'air qui frappe le cartilage à l'intérieur de l'oreille, et le fait vibrer et résonner comme une cloche '. v

1 Aet. IV, 17, 2 (Dox., p. 407; DV 21 A 94). Beare, p. 133.

2 Beare, p. 161-63 ; 180-81.

» Ibid.. p. 95 sq.

La théorie de la vision ^ est plus compliquée ; et comme Platon en a adopté la plus grande partie, elle est de la plus haute importance pour l'histoire de la philosophie. Empédocle se représentait l'œil comme Alcméon (§ 96) ", c'est-àdire comme composé de feu et d'eau. De même que, dans une lanterne, la flamme est protégée du vent par la corne (frg. 84), ainsi le feu de l'iris est protégé de l'eau qui l'entoure dans la pupille par des membranes dont les pores sont très fins, de sorte que le feu peut sortir sans que l'eau puisse entrer. La vision est produite par le feu intérieur de l'œil, qui sort à la rencontre de l'objet. Cela nous paraît étrange, parce que nous sommes habitues à l'idée d'images imprimées sur la rétine. Mais le fait de regarder une chose semblait sans aucun doute beaucoup plus être une action procédant de l'œil qu'un état purement passif.

Empédocle se rendait parfaitement compte aussi que des « effluences», comme il les appelait, partaient également des choses pour aboutir aux yeux, car il définissait les couleurs comme des « effluences des formes (ou « choses ») qui s'adaptaient aux pores et étaient perçues'». Quanta savoir comment ces deux explications de la vision étaient conciliées, ou jusqu'à quel point nous sommes autorisés à créditer Empédocle de la théorie platonicienne, cela n'est pas très clair. Les indications que nous avons citées semblent impliquer quelque chose de tout à fait analogue *.

Théophraste nous dit qu'Empédocle ne faisait aucune distinction entre la pensée et la perception, remarque déjà faite par Aristote ^ Le siège principal de la perception est

' Ibid., p. 14 sq.

2 Theophr. de Sens. 26 (DV 14 A 5).

3 La définition est citée comme étant de Gorgias par Platon. Men. 76 d 4 (DV 21 A 92). Tous nos mss ont àitoppoat o'/Y]|iâT(uv, mais Ven. T porte en marge yct. ■^pn^u.iiTwv, ce qui peut bien être une ancienne tradition. Le mot ionien pour « choses » est yjfqi>.axa. Voir Diels, Empedokles iind Gorgias, p. 439.

"* Voir Beare, Elcmentarij Cognition, p. 18.

» Arist. de An. T, 3. 427 a 21 (DV 21 B 106).

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pour lui le saug, dans lequel les quatre éléments sont le plus également mélangés, et spécialement le sang dans le voisinage du cœur (frg. 105) ^ Cela n'exclut cependant pas ridée que d'autres parties du corps puissent percevoir aussi ; en réalité, Empédocle soutenait que toutes choses ont leur part de pensée (frg. 103). Mais le sang est particulièrement apte à sentir à cause de la plus grande finesse de son mélange -. Il résulte naturellement de là qu'Empédocle se rangeait à l'opinion, déjà émise dans la seconde partie du poème de Parménide (frg. 16), que notre connaissance varie avec la constitution variable de nos corps (frg. 106). Cette considération devint très importante plus tard, en tant que l'un des fondements du scepticisme ; mais Empédocle en tira seulement la conclusion que nous devons faire le meilleur usage possible de nos sens, et les contrôler l'un par l'autre (frg. 4).

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