CXIX. — Théologie et religion
La théologie théorique d'EmpédocIe nous rappelle Xénophane ; son enseignement religieux pratique nous rappelle Pythagore et les Orphiques. Dans la première partie de son poème, il nous dit que certains « dieux » sont composés des éléments, et que, par conséquent, quoiqu'ils « vivent de longues vies », ils doivent périr (frg. 21). Nous avons vu que les éléments et la sphère sont aussi appelés dieux, mais dans un tout autre sens du mot.
Si nous passons à l'enseignement religieux des Purifications, nous voyons que tout pivote autour de la doctrine de
1 R. P. 178 a. C'était là la doctrine caractéristique de l'école sicilienne, de laquelle elle passa à Aristote et aux Stoïciens. Platon et Hippocrate, d'autre part, adoptèrent l'opinion d'Alcméon (S 97) suivant laquelle c'est le cerv'eau qui est le siège de la conscience. Critias (Arist. de An. A, 2, 405 b 6 ; DV 81 A 23) reprit probablement de Gorgias la doctrine sicilienne. A une date postérieure, Philistion de Syracuse, ami de Platon, y substitua le iuyixov iivîà[i.a (« esprits animaux »), qui circule avec le sang.
- Beare, p. 253.
la transmigration. Sur le sens général de celle-ci, nous en avons dit assez plus haut (§ 42) ; les détails donnés par Empédocle sont particuliers. En vertu d'un décret de la Nécessité, les « démons » qui ont péché sont obligés de quitter leur demeure céleste et d'errer pendant trois fois dix mille saisons (frg. 115). Il est lui-même une divinité en exil, et il est déchu de sa haute condition pour avoir placé sa confiance dans la Haine furieuse. Les quatre éléments se le renvoient l'un à l'autre avec dégoût ; aussi n'a-t-il pas été seulement un être humain et une plante, mais même un poisson. La meilleure manière de se laver soi-même de la souillure du péché originel est de pratiquer la sainteté religieuse par des purifications, et en s'abstenant de la chair des animaux. Car les animaux sont nos parents (frg. 137), et c'est un parricide que de porter les mains sur eux. En tout cela, il y a sans aucun doute certains points de contact avec la cosmologie. Nous avons le « puissant serment» (frg. 115; cf. frg. 30), les quatre éléments, la Haine comme source du péché originel, et Cypris comme reine de l'âge d'or (frg. 128). Mais ces points ne sont ni fondamentaux, ni même de grande importance. Et l'on ne peut nier qu'il y ait de réelles contradictions entre les deux poèmes. C'est là, d'ailleurs, exactement ce à quoi nous devions nous attendre. Pendant toute cette période, il semble y avoir eu un abîme entre les croyances religieuses des hommes — quand ils en avaient — et leurs opinions cosmologiques. Les quelques points de contact que nous avons mentionnés peuvent avoir suffi pour dissimuler ce fait à Empédocle lui-même.