‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 178 sur 240 · CXXXIX. — PHILOLAOS · texte numérisé non relu

CXXXIX. — PHILOLAOS

Cette génération de l'école appartient cependant, en réalité, à une période postérieure et ne peut être étudiée avec profit qu'en relation avec Platon ; c'est de son chef Philolaos que nous avons à nous occuper maintenant. Les faits que nous connaissons sur son enseignement dérivent de sources extérieures et sont en petit nombre. Les doxograplies, il est vrai, lui attribuent une théorie approfondie du système planétaire, mais Aristote ne mentionne jamais son nom à ce propos. Il donne cette théorie comme étant des «Pytliagoriciens» ou de «quelques Pythagoriciens *». Il semble cependant naturel de supposer que les éléments pythagoriciens du Phèdon et du Gorgias de Platon viennent surtout de Philolaos. Platon fait exprimer à Socrate sa surprise de ce que Simmias et Cébès n'avaient pas appris

Meyer, Gesch. des Alterth. V, | 824. L'histoire de Damon et Phintias (racontée par Aristoxène) appartient à cette période.

» Diog. VIII, 46 (R. P. 62).

* Comparez la façon dont le Théétète est dédié à l'école de Mégare.

* Voir Aristoxène, ap. Val. Max. VIII, 13, ext. 3, et Suidas, s. v.

* Voir plus loin, || 150-152.

de lui pourquoi il n'est pas permis à un homme de mettre fin à ses jours S et il semble ressortir de ses paroles que les Pythagoriciens de Thèbes employaient le mot « philosophe » au sens spécial d'un homme qui cherche un moyen de se délivrer du fardeau de cette vie ^ Il est extrêmement probable que Philolaos parlait du corps (awjxa) comme du tombeau ((î/ipa) de lame*. Dans tous les cas, nous avons le droit, semble-t-il, de soutenir qu'il enseignait, sous une forme ou sous une autre, la vieille doctrine religieuse des Pythagoriciens, et il est probable qu'il attachait une importance spéciale à la connaissance comme moyen de délivrance . C'est l'impression que nous donne Platon, et il est de beaucoup la meilleure autorité que nous ayons sur le sujet.

Nous savons de plus que Philolaos écrivit sur les « nombres «, car Speusippe le suivit dans l'analyse qu'il donna des doctrines pythagoriciennes sur ce sujet *. Il est pro-

» Plato, Phd., 61 d6.

* Cela paraît résulter directement de la remarque de Simmias dans Phd. 64 b. Le passage entier serait dépourvu de sel si les mots çi/.&aoçoc, (PtXoaocpîîv, tptXoaoçîa n'étaient pas devenus en quelque sorte familiers aux Thébains ordinaires du V« siècle. Or Héraclide de Pont fait inventer ce mot à Pytliagore, qui l'explique dans une conversation avec Léon, tyran de Sicyône ou de Phlionte. Cf. Diog. I, 12 (R. P. 3), VllI, 8 ; Cic. Tusc. V, 3, 8; Dôiing dans Arch. V. p 505 sq. Il me paraît que la manière dont le terme est introduit dans le Phédon condamne l'opinion que c'est une idée socratique transférée par Héraclide- aux Pythagoriciens. Cf. aussi la remarque d'Alcidamas citée par Arist. Rhet. B. 23, 1398 b 18 : 9^^t]3iv ôaa ot upoitârai ©lÀoaOvOi îyïvovto xal s'J8ai[i6vY]3âv î^ nôXit-

3 Pour des raisons qu'on verra plus loin, je n'attache pas d'importance sous ce rapport à Philolaos, frg. 14 Diels = 23 Mullach (R. P. 89), mais il semble probable que le [aj&oXoyOûv xoaioc àvrjp de Gorg. 493 a 5 (R. P. 89 b) est responsable de coûte la théorie qui y est développée. Il est certainement, en tous cas, l'auteur du TirpiiaÉvo; lîtôo;, qui implique la même opinion générale. Or il est appelé isiu; SizîXo; -i; i^ IraXixôç, ce qui signifie qu'il était Italien; car le ItzsXô; ti; est simpleme;;t une allusion au ïizîXoc /.oiA'io; ivrjû itot'i ràv iia-ip' l-^a de Timocréon. Nous ne connaissons aucun Italien à qui Platon pût avoir emprunté ces opinions, excepté Philolaos ou un de ses disciples. Ils n'en peuvent pas moins, malgré tout cela, avoir été à l'origine des Orphiques (cf. R. P. 89 a).

* Voir plus haut, chap. II, p. 115, n. 2.

bable qu'il s'occupa surtout d'arithmétique, et il n'est guère douteux que sa géométrie ne fût du type primitif décrit dans nos premiers chapitres. Eurytos fut son disciple, et nous avons vu (§ 47) que ses théories étaient encore tout à fai't grossières.

Nous savons aussi que Philolaos écrivit sur la médecine S et que, quoique influencé en apparence par les enseignements de l'école sicilienne, il s'y opposa du point de vue pythagoricien. II disait en particulier que nos corps sont composés seulement de chaud, et ne participent pas du froid. Ce n'est qu'après la naissance que le froid y est introduit par la respiration. La connexion entre ce point et la vieille théorie pythagoricienne est évidente. De même que le Feu du macrocosme attire et limite le souffle froid et sombre qui entoure le monde (§ 53), de même nos corps aspirent le souffle froid de l'extérieur Philolaos tenait pour causes de maladie la bile, le sang et le phlegme ; et en vertu de la théorie que nous venons de mentionner, il devait nier que le phlegme fût froid, contrairement au dire de l'école sicilienne. L'étymologie du mot prouvait, selon lui, qu'il était chaud. Ainsi que l'a écrit Diels, Philolaos nous frappe par « le peu d'intérêt qu'offre son éclectisme» pour autant qu'on envisage ses vues médicales ^ Nous verrons toutefois que ce fut justement cette préoccupation de la médecine dont fit preuve l'école sicilienne qui donna naissance à quelques-uns des développements les plus caractéristiques du Pythagorisme postérieur.

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