CLVIII. — Zenon et le pythagorisme
Que la dialectique de Zenon fût essentiellement dirigée contre les Pythagoriciens, cela est certainement suggéré par une indication de Platon, à savoir qu'elle visait ceux des adversaires de Parménide qui soutenaient que les choses étaient une « pluralité ^ ». Zeller prétend, il est vrai, que Zenon n'entendait réfuter que la forme populaire de la croyance à la multiplicité des choses * ; mais il n'est sûrement pas vrai que, pour le gros tas, les choses fussent une «pluralité» dans le sens ici en cause. Platon nous dit que les prémisses des arguments de Zenon étaient les opinions des adversaires de Parménide, et que le postulat duquel sont dérivées toutes les contradictions qu'il énumère est cette idée que l'espace, et par conséquent le corporel, est fait d'un certain nombre d'unités discrètes ; — ce qui est justement la doctrine pythagoricienne. Il n'est pas du tout probable non plus que le philosophe visé soit Anaxagore ^
énoncé comme un problème à résoudre (ionien uTtoôéaôat, attique ttoo- &£0&ai)- Si les conclusions qui découlent nécessairement de l'ÛTcôÔEat; (xà ojfi^aîvovta) sont impossibles, l'uTioÔEatç est « détruite » (cf. Platon, Rep. 533 c 8 : ta; ûuoôéaeiç àvaipoûaa). L'auteur de l'écrit llep'i àpyaiTjv îatpix^ç (c 1) connaît le mot ÛTio&eotç dans un sens analogue.
1 L'opinion que les arguments de Zenon étaient dirigés contre le Pythagorisme a été soutenue récemment par Tannery (Science hellène, p. 249 sq.) et par Bâuraker (Das Problem der Materie, p. 60 sq.).
2 Zeller, p. 589.
* C'est là l'opinion que soutient Stallbauni dans son édition du J"iirménide (p. 25 sq.).
LES JEUNES ÉLÉATES 361
Nous savons par Plalon que le livre de Zenon était l'œuvre de sa jeunesse \ A supposer même qu'il l'ait écrit à l'âge de trente ans, c'est-à-dire vers 459, c'était avant sa visite à Athènes, et il n'est pas vraisemblable qu'il ait entendu parler d'Anaxagore en Italie. D'autre part, il y a bien des raisons de croire qu'Anaxagore avait lu le livre de Zenon, et que son emphatique adhésion à la doctrine de l'infinie divisibilité fut due au criticisme de son plus jeune contemporain *.
On observera combien plus claire devient la position historique de Zenon si, avec Platon, nous le plaçons à une date un peu postérieure à celle que l'on admet d'habitude. Nous avons d'abord Parménide, puis les pluralistes, et ensuite le criticisme de Zenon. Telle paraît, en tous cas, avoir été l'idée que se faisait Aristote de l'évolution historique *.