CXCII. — Sa cosmologie
Sur la cosmologie d'Archélaos, Hippolyte * écrit ce qui suit :
Archélaos était Athénien de naissance et fils d'ApoUodore. Il parlait du mélange de la matière d'une manière semblable à celle d'Anaxagore, et pareillement des premiers principes.il estimait, toutefois, qu'il y avait un certain mélange immanent, même dans le Nous. Et il estimait qu'il y avait deux causes eiRcientes séparées l'une de l'autre, à savoir le chaud et le froid. Le premier était en mouvement, le second en repos. Quand l'eau était à l'état liquide, elle coulait vers le centre, et, y étant brûlée, se transformait en terre et en air; celui-ci était porté vers le haut, tandis que la première prenait position en bas. Telles sont donc les raisons pour lesquelles la terre est en repos, et pour lesquelles elle est née. Elle est située au centre, et ne constitue pas, en fait, une partie appréciable de l'Univers. (Mais l'air domine sur toutes choses)-; il est produit par le fait que le feu brûle, et de sa combustion originelle vient la "substance des corps célestes. Parmi ceux-ci, le soleil est le plus grand, et la lune le second ; les autres sont de diverses grandeurs. Il dit que les cieux se sont inclinés et qu'alors le soleil a fait la lumière sur la terre, rendu l'air transparent et la terre sèche ; car elle était à l'origine un étang, étant élevée à la circonférence et creuse au centre. Il donne comme preuve de cette concavité que le soleil ne se lève et ne se couche pas en même temps pour tous les peuples comme il devrait le faire si la terre était plate. Quant aux animaux, il dit que lorsque la terre fut réchauffée d'abord dans la partie inférieure, où le chaud et le froid étaient mélangés, nombre de créatures vivantes apparurent, et spécialement les hommes, toutes ayant la même manière de vivre et tirant leur subsistance de la vase ; elles ne vivaient pas longtemps, et plus tard commença la génération de l'une par l'autre. Et les hommes se distinguèrent des autres êtres et se créèrent des chefs, des lois, des arts, des cités, etc. Et il dit que le Nous est inné à tous les animaux sans distinction ; car chacun des animaux, aussi bien que l'homme, fait usage du Nous, mais quelques-uns plus vite, d'autres plus lentement.
> Hipp. Réf. I, 9 (R. P. 218; DV 47 A 4).
* J'intercale ici : tôv 5'àepo xpaxelv toO Ttavtôç, comme }'a suggéré , Roeper.
Il n'est pas nécessaire de s'étendre longuement sur cette théorie, qui, à beaucoup d'égards, contraste défavorablement avec celles des prédécesseurs d'Archélaos. Il est clair que, tout comme Diogène avait essaj^é d'introduire certaines idées anaxagoréennes dans la philosophie d'Anaximène, Archélaos tenta de rapprocher l'Anaxagorisme des anciennes conceptions ioniennes en le complétant par l'opposition du chaud et du froid, du rare et du dense, et en dépouillant le Nous de cette simplicité qui le distinguait des autres «choses» dans le système de son maître. Ce fut aussi probablement pour cette raison que le Nous ne fut plus regardé comme le créateur du monde ^ Leucippe avait rendu pareille force superflue. On peut ajouter que celte double relation d'Archélaos avec ses prédécesseurs porte à admettre que, comme l'affirme Aétius ^ il croyait à des mondes innombrables ; c'était là la doctrine, à la fois, d'Anaxagore et des anciens Ioniens.