‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 69 sur 240 · LVIII. — Les corps célestes · texte numérisé non relu

LVIII. — Les corps célestes

L'intention de l'un de ces fragments (32) est parfaitement claire. «Iris aussi» est un nuage, et nous pouvons en inférer que la même chose venait d'être dite du soleil, de la lune et des étoiles ; car les doxographes nous appren-

' Je lis T^Épi avec Diels au lieu de ocal peî.

- Ce fragment provient en entier des scholies genevoises sur Homère (voir Archiv IV, p. 652) ; les mots entre crochets ont été ajoutés par Diels. Voir aussi Pr.-echter, Zu Xenophanes (Phîlol. XVIII, p. 308).

3 Le mot est ÛTXîptÉaevoç. Ce fragment provient des Allégories, où il est emplo3'é pour expliquer le nom d'Hypérion, et Xénophane l'entendait sans doute ainsi.

* Je lis 8eSo^âa&o) avec Wilamowitz.

5 Ainsi que le suggère Diels, ceci se rapporte probablement aux étoiles, que Xénophane tenait pour des nuages.

nent que tous ces corps étaient tenus pour des «nuages enflammés par le mouvement M). C'est au même contexte évidemment que se rapporte l'explication du feu Saint- Elme, que nous a conservée Aétius. « Les choses analogues à des étoiles qui apparaissent sur les vaisseaux, nous dit-il, et que quelques-uns appellent les Dioscures, sont de petits nuages rendus lumineux par le mouvement^». Chez les doxographes, cette explication est répétée avec d'insignifiantes variations relativement à la lune, aux étoiles, aux comètes, aux éclairs, aux météores, etc., ce qui donne l'impression d'une cosmologie systématique ^ Mais le système est dû à l'arrangement de l'œuvre de Théophraste, et non à Xénophane, car il est évident qu'un très petit nombre d'hexamètres ajoutés à ceux que nous possédons, suffiraient à rendre parfaitement compte de l'existence de toute la doxographie.

Ce que nous apprenons du soleil présente quelques difficultés. On nous dit, d'une part, que cet astre aussi était un nuage igné, mais il n'est guère possible que ce renseignement soit exact. L'évaporation de la mer, qui donne naissance aux nuages, est expressément attribuée à la chaleur du soleil. Théophraste affirmait que, selon Xénophane, le soleil était une collection d'étincelles produites par l'exhalaison humide; mais ce fait, précisément, laisse inexpliquée l'exhalaison elle-même *. Toutefois cela n'a pas grande conséquence, si le but essentiel de Xénophane était

» Cf. Diels ad loc. (P. Ph. Fr. p. 44) : « ut Sol et cetera astra. quae cura in nebulas evanescerent, deorum simul opinio casura erat. » Cf. Arch. X, p. 533.

- Aet. II, 18, 1 (Dox. p. 347 ; DV 11 A 39) : Ï£vo<pâvT]ç tojç îit'i rôiv itXoîwv «pa'.vouévouç olov àcziçtaç, oûç xal Atoaxoûpouî xaXoOoi Tiveç, veçîXia sivat xaxà TTjv Tcoiàv xîvTjitv napaXâu.iîOvra.

^ Les passages d' Aétius sont réunis dans P. 7'/i. Fr. p. 32 sq. (DV, p. 42; 11 A 40-46).

* Aet. II, 20, 3 (Dox. p. 348) : ïsvosjâvïj; èx vîçùv Ti£iî'jp(u|j.Évu)v stvai tov ^Xiov. 8î6çpa(jTOÇ iv toÎç <ï>uaizoIc -^k^pazîv i/. ■rcyptStcuv p.£v tùv ayva&pot- Couiévcuv SX T^ç ÛYpfiî àva&u[itâ5îtuç, oyvaôpoiCovtujv 8è tov tjXiov.

de discréditer les dieux anthropomorphiques plutôt que de donner une théorie scientifique des corps célestes. La chose importante est qu'Hélios, lui aussi, est un phénomène temporaire. Le soleil ne tourne pas autour de la terre comme l'enseignait Anaximène, mais se meut en ligne droite, et s'il nous paraît avoir un mouvement circulaire, cela n'est dû qu'à un accroissement de distance. Ainsi donc, ce n'est pas le même soleil qui se lève le matin suivant, mais un soleil tout nouveau, tandis que l'ancien « tombe dans un trou » quand il arrive à certaines régions inhabitées de la terre. Il y a d'ailleurs un grand nombre de soleils et de lunes, chaque région de la terre aj'^ant les siens ^ Il est clair que des choses de cette nature ne peuvent pas être des dieux.

La vigoureuse expression « tombe dans un trou ^ ». semble évidemment venir des vers de Xénophane luimême, et il y en a d'autres analogues qui, à ce que nous devons supposer, étaient citées par Théophraste. Les étoiles s'éteignent pendant le jour et brillent de nouveau pendant la nuit «comme des charbons ardents^». Le soleil est de quelque utilité parce qu'il produit le monde et les créatures vivantes qui l'habitent, mais la lune « ne travaille pas dans le bateau * ». De telles expressions ne peuvent avoir pour but que de faire paraître ridicules les

ï Aet. II, 24,9 (Dox. p. 355): tioXXoÙç elvat i^Xîou; xal asky^vai /atà xkî- [Aaxa TTjî Y^î '''^'^ àTroTO[Aàî xal Ciûvaç, ocaxà 8e xiva xaipôv èfiitiTTsiv tov Sîaxov e'c Tiva àiiOTO[iTiv t^ç ff^ç oùx oîy.O'j^évrjv ucp t^jj-wv zai outwî wauep xevsfi- Patoùvra ë/.XettjJiv imocpaîveiv' 6 8'aÙToç xôv yjXiov eiç àiïstpov [jièv TtpoiÉvat, SoxEÎv Se xuxXEtoôai Stà xtjv àuôaxaotv. Il est évident que dans cette note exXEt'j;tv a été par erreur substitué à Sûotv, comme c'est aussi le cas dans Aet. II, 24, 4 (Dox. p. 354).

- Que ce soit là le sens de wonEp xEV£[).paxoùvxa, cela ressort suffisamment des passages cités dans le dictionnaire de Liddell et Scott.

3 Aet. II, 13, 14 (Dox. p. 343) : àvaCwiiupEÏv vûxxwp xaB-ânsp xoùç àv&paza;.

* Aet. II, 30, 8 {Dox. p. 362) : xbv (jlÈv tjXiov )(pi^otp.ov Eivai upô; xyjv xoii xôapou y.ai xtjv tûv ev aùxcù Ctôwv y^vEaiv xê xa'i Sioîxïjoiv, xtjv Se oeXt^vtjv TtapéXxEiv. Le verbe TtapÉXxEtv signifie « ramer en paresseux ». Cf. Aristophane, Paix, 1306.

corps célestes, et il y a par conséquent lieu de se demander si les autres fragments supposés cosmologiques peuvent être interprétés d'après le même principe.

Page 1