‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 70 sur 240 · LIX. — La terre et l'eau · texte numérisé non relu

LIX. — La terre et l'eau

Au fragment 29, Xénophane dit que «toutes choses sont

de la terre et de l'eau», et Hippolyte nous a conservé le

commentaire de Théophraste sur le passage dans lequel se

trouvait cette phrase. En voici la teneur :

Xénophane disait qu'il se produit un mélange de la terre avec la mer, et que la première est petit à petit dissoute par l'humidité. Il dit avoir de ce fait les preuves suivantes. On trouve des coquilles en des endroits situés au milieu des terres, et sur des collines, et il dit qu'on a trouvé dans les carrières de Sj'racuse l'empreinte d'un poisson et de fucus, à Paros la forme d'un anchois dans la profondeur de la pierre, et à Malte des impressions plates de tous les animaux marins. Ces empreintes, à ce qu'il dit, ont été produites autrefois, quand toutes choses étaient encore dans la vase, et les contours se sont séchés dans la vase. Tous les êtres humains ont été détruits quand la terre s'est engloutie dans la mer et est devenue vase. Ce changement se produit pour tous les mondes. — Hipp. Réf. I, 14 (R. P. 103 a; DV 11 A 33, 5).

C'est là, évidemment, la théorie d'Anaximandre, et c'est peut-être à ce dernier, plutôt qu'à Xénophane, que nous devons faire honneur des observations sur les fossiles \ Mais ce qu'il y a de plus remarquable pourtant, c'est l'affirmation que ce changement affecte «tous les mondes». Il semble réellement impossible de douter que Théophraste n'attribuât à Xénophane la croyance à des «mondes innombrables». Ainsi que nous l'avons déjà vu, Aétius le fait figurer dans sa liste de ceux qui soutenaient

1 II y a à ce sujet une note intéressante dans Goraperz, Penseurs de la Grèce, I, p. 175. J'ai traduit sa conjecture cpjxùv, au lieu de la leçon du ms. çtuxôuv, parce que celle-ci implique, dit-on, une impossibilité paléontologique, et que l'on a trouvé des impressions de fucoïdes non pas, il est vrai, dans les carrières de Syracuse, mais dans le voisinage. Il paraît d'ailleurs qu'il n'j' a pas de fossiles à Paros, de sorte que l'anchois n'a sans doute existé que dans l'imagination de Xénophane.

cette doctrine, et Diogène l'en crédite aussi ^ Dans le passage ci-dessus, Hippolyte parait tenir la chose pour assurée. Nous le constaterons aussi, cependant : Xénophane déclarait, à un autre propos, que le Monde ou Dieu était un. Si nous le comprenons bien, il n'y a pas de difficulté ici. Le point essentiel est que, bien loin d'être une déesse primordiale, et «un lieu sûr à tout jamais pour toutes choses», Gaia non plus n'est qu'une apparence passagère. Ceci fait partie de l'attaque dirigée contre Hésiode, et si, à ce propos, Xénophane parlait avec Anaximandre de «mondes innombrables», tandis qu'ailleurs il disait que Dieu ou le Monde était un, cela est probablement en rapport avec une contradiction encore mieux attestée, que nous avons maintenant à examiner.

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