LXV. — Les fragments
Je donne la traduction des fragments en suivant l'ordre établi par Bywater dans sa magistrale édition ®.
1. Il est sage d'écouter, non pas moi, mais mon verbe, et de confesser que toutes choses sont Un. — R. P. 40^; D 50.
2. Quoique ce verbe '^ soit toujours vrai, les hommes n'en sont pas moins aussi incapables de le comprendre quand ils l'entendent pour la première fois qu'avant de l'avoir entendu. Car, quoique toutes choses se passent conformément à ce verbe,
1 Cf. Diog. IX, 6 (R. P, 31;.
2 Dans son édition, Diels ne s'est pas préoccupé d'arranger les fragments d'après leur contenu, et il en résulte que son texte ne convient pas à notre propos. Je trouve aussi qu'il exagère la difficulté d'un arrangement approprié, et s'inspire un peu trop de l'opinion que le stj'le d'Heraclite était t aphoristique ». Qu'il le fût, c'est une remarque importante et précieuse, mais il ne suit pas de là qu'Heraclite écrivait comme Nietzsche. Pour un Grec, si prophétique qu'il pût être dans son ton, il doit y avoir toujours une distinction entre un style aphoristique et un style incohérent. Voir les excellentes remarques de Lortzing dans la Berl. Phil. Wochenschrîft 1896, p. 1, sq.
3 Bywater et Diels acceptent tous deux la correction de Bergk, Xoyou pour SoYjiaxoç. et celle de Miller, elvai pour etSÉvai. Cf. Philon, leg. ail. III c, cité dans la note de Bj^veater.
* Le Xôyoç est simplement le discours d'Heraclite lui-même; mais comme c'est celui d'un prophète, nous pouvons l'appeler le « verbe ». Il ne peut signifier ni un discours adressé à Heraclite, ni la « raison». (Cf. Zeller, p. 630, n. 1). Une difficulté a été soulevée à propos des mots èovtoç aWi. Comment Heraclite pouvait-il dire que son discour^ avait toujours existé? La réponse est qu'en ionien sœv signifie « vrai » quand il est joint à des mots tels que XÔyoç. Cf. Herod. I, 30; xw èÔvti y^pr^aâ- [AEvoç Xé^si; et même Aristoph. Grenouilles 1052: oùx èovra Xoyov. Ce n'est qu'en prenant les mots de cette manière que nous pouvons comprendre l'hésitation d'Aristote relativement à la ponctuation du fragment (Rhet. r, 5. 1407 b là; R. P. 30 a). L'interprétation stoïcienne donnée par Marc-Aurèle, IV, 46 (R. P. 32 fe; frg. 72 D.) doit être résolument rejetée. Le mot XoYOÇ n'a été emploj'é dans ce sens qu'après Aristote.
HERACLITE d'ÉPHÈSE 149
il semble pourtant que les hommes n'en aient aucune expérience, quand ils font des essais, en paroles et en actions, tels que je les expose, divisant chaque chose suivant sa nature et montrant comment elle est en réalité. Mais les autres hommes ne savent pas ce qu'ils font quand ils sont éveillés, de même qu'ils oublient ce qu'ils font pendant leur sommeil. — R.P. 32 ; D 1.
3. Les fous, quand ils entendent, sont comme les sourds ; c'est d'eux que le proverbe témoigne qu'ils sont absents quand ils sont présents. — R. P. 31 a; D 34.
4. Les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins pour les hommes, s'ils ont des âmes qui ne comprennent pas leur langage. — R. P. 32; D 107.
5. La foule ne prend pas garde aux choses qu'elle rencontre, et elle ne les remarque pas quand on attire son attention sur elles, bien qu'elle s'imagine le faire. — D 17.