‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 74 sur 240 · LXIV. — Son livre · texte numérisé non relu

LXIV. — Son livre

Nous ne connaissons pas le titre de l'œuvre d'Heraclite ^ — si toutefois elle en avait un — et il n'est pas très facile

ï Bernays, op. cit. p. 20 sq.

2 Sotion ap. Diog. IX, 5 (R. P. 29 c).

3 Diog. IX, 6 (R. P. 31).

* Voir Patin, Herakiits Einheitslehre, p. 3 sq. Heraclite disait (frg. 68 = 38 Diels) que c'était mort pour les âmes de devenir eau, et l'on nous dit en conséquence qu'il mourut d'lî3'^dropisie. 11 disait (frg. 114 = 121 D.) que les Epliésiens devraient laisser leur ville à leurs enfants et (frg. 79 = 52 D.), que le Temps était un enfant jouant aux dames. Aussi rapporte-t-on qu'il refusa de prendre une part quelconque à la vie publique, et qu'il allait jouer avec les enfants dans le temple d'Artémis. 11 disait (frg. 85 = 96 D.), qu'il valait mieux jeter les cadavres que du fumier, et l'on prétend qu'il se couvrit lui-même de fumier quand il fut atteint d'hydropisie. Enfin, le frg. 58 (58 D.) fit dire qu'il avait longuement disputé avec ses médecins. Sur ces contes, voir Diog. IX, 3-5, et comparez les histoires relatives à Empédocle que nous discutons, chap. V, I 100.

6 La variété des titres énumérés par Diog. IX, 12 (R. P. 30 b) semble

HERACLITE d'ÉPHÈSE 147

de se faire une idée claire de son contenu. On nous dit qu'elle se divisait en trois discours : un traitant de l'univers, un de politique et un de théologie \ Il n'est pas probable que cette division soit due à Heraclite lui-même; tout ce que nous pouvons inférer de cette indication, c'est que ce livre, de par sa nature, se divisait en ces trois parties quand les commentateurs stoïciens se mirent à en faire leurs éditions.

Le style d'Heraclite est proverbialement énigmatique, et il lui valut, à une date postérieure, le surnom d'(( Obscur ^». Les fragments relatifs au dieu delphique et à la Sibylle (frg. 11 et 12 = 9 et 92 D.) semblent montrer qu'il avait conscience d'écrire en style oraculaire, et nous avons à nous demander pourquoi il le fit. En premier lieu, c'était la manière du temps ^ Les événements impressionnants de cette époque et l'influence de la renaissance religieuse faisaient prendre un ton quelque peu prophétique à tous les conducteurs de la pensée. Pindare et Eschyle en usent de même. Ils sentent tous qu'ils sont en quelque mesure inspirés. C'est aussi l'époque des grandes individualités, qui sont portées à la solitude et au dédain. C'était, du moins, le cas d'Heraclite. Si les hommes veulent se donner la peine de creuser pour avoir de l'or, ils peuvent le trouver (frg. 8 = 22 D.) ; sinon il faut qu'ils se contentent de paille (frg. 51 =: 9 Dj. Telle paraît avoir été l'opinion représentée par Théophraste, qui disait que l'obstination d'Heraclite

prouver qu'aucun n'était authentiquement avéré. Celui de Muses vient de Platon, Soph. 242 d 7. Les autres sont de simples crmottos » préfixés par des éditeurs stoïciens, et avaient pour but de faire ressortir leur opinion que le sujet de l'œuvre était éthique ou politique (Diog. IX, 15 ; R. P. 30 c).

> Diog. IX, 5 (R. P. 30). Bywater s'est inspiré de cette manière de voir dans son arrangement des fragments. Les trois sections sont : 1-90; 91-97 ; 98-130.

2 R. P. 30 a. L'épithète ô o/oxeiv&ç est de date postérieure, mais Timon de Phlionte l'appelait déjà aivixn^î (frg. 43, Diels).

» Voir les précieuses observations de Diels dans l'introduction à son Herakleitos von Ephesos, p. IV sq.

l'avait conduit parfois à des exposés incomplets et contradictoires ^ Mais c'est là chose très différente de l'obscurité voulue et de la disciplina arcani qu'on lui attribue quelquefois; si Heraclite ne se détourne jamais de sa voie pour rendre sa pensée claire, il ne la cache pas non plus(frg. 11 = 93 D).

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