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CHAPITRE PREMIER

Situation de l'Australie. — Son étendue. — Différence de ce pays avec les autres contrées du globe. — Température. — Climat. — Histoire naturelle. — Minéraux. — Végétaux. — Animaux. — Habitants indl-

. gènes. — Découverte. —• A qui appartenait TAustralie ?

Entre les côtes occidentales des deux Amériques et les rives orientales de Tancien monde ^ s'étend une vaste mer couvrant plus des deux tiers de la surface du globe, et nommée pour cette raison le Grand-Océan. Sur une ligne de plus de douze cents myriamètres, cette mer est parsemée d'une quantité innombrable d'îles, formant de nombreux archipels, au milieu desquels on distingue une vingtaine de grandes terres , dont la principale est presque égale à l'Europe en superficie. Cet amas d'îles, reconnu comme une cinquième partie du monde, a reçu le nom d'Océanie, et la plus grande de ces îles, considérée comme un continent, a reçu d'abord celui de Nouvelle-Hollande, remplacé aujourd'hui par le nom d'Australie. C'est cette contrée que nous allons essayer de décrire , autant qu'il est possible de le faire dans l'état actuel des connaissances géographiques, car l'intérieur de ce continent est Join d'avoir été entièrement exploré. A la suite de la description d'un monde

si nouveau et si différent de toutes les autres contrées du globe y nous aurons à raconter Thistoire de la fondation et de Taccroissement rapide d'une colonie européenne, qui nous offrira le spectacle intéressant d'un peuple à sa naissance, se développant graduellement d'année en année, et arrivé, après un peu plus d'un demi-siècle d'existence, à un état de prospérité tel qu'il est presque en état de prendre rang parmi les nations, et de former un poids dans la balance du monde civilisé. L'Australie s'étend en latitude du 11** au 39° de latitude méridionale, et, en longitude, du HT au 152** de longitude est du méridien de Paris; elle a par conséquent quatre cents myriamètres de longueur sur une largeur moyenne de cent quatrevingts, et une surface égale aux quatre cinquièmes de celle de l'Europe. Cette vaste région se distingue du reste de l'Océanie et des autres contrées du globe par l'aspect stérile et monotone de ses côtes , par ses habitants' (indigènes) d'un noir fuligineux, grêles, hideux, et placés au dernier degré de l'abrutissement de l'espèce humaine; par la singularité du règne végétal et du règne animal, par ses productions extraordinaires et généralement peu utiles. C'est le seul pays où l'on voit des cygnes et des kakatouës noirs , le kangarou, si différent des animaux de l'ancien monde, le philidon à la langue en pinceau, le korbi-kalao au crâne dur comme une pierre, l'échidné, qui ressemble à la fois au fourmilier et au hérisson; un monstre enfin que n'aurait pas inventé l'imagination la plus déréglée, l'ornithorhynque, qui tient à la fois du quadrupède, du reptile, de l'oiseau et du poisson. Là on trouve des fougères et des orties qui s'élèvent à la hauteur des arbres, des fruits analogues à d'autres fruits de nos climats,

mais qui s^en distinguent par les singularités les plus bizarres; là vivent des arbres gigantesques croissant dans le sable pur^ et qui pourraient couvrir de forêts verdoyantes les déserts de la Syrie et de TÉgypte, et rendre à la vie le sol épuisé de contrées jadis fertiles ; là enfin croissent des bois rouges ^ blancs, veinés de toutes couleurs y offrant à Tébcnisterie les plus rares trésors. 11 existe au nord de Liverpool un volcan qui, par une particularité unique , brûle sans jeter de lave. Mais sur cette terre des anomalies la plupart des plantes y malgré leur variété et leur élégance, ont un caractère unique : c^est celui de posséder un feuillage sec, rude, grêle, aromatique, à feuilles presque toujours simples, et les forêts de ce continent ont quelque chose de triste et- de brumeux qui fatigue la vue.

Assis, pour ainsi dire, sur le tropique de Thémisphère austral , ce continent endure à une extrémité les ardentes chaleurs de Téquateur, tandis qu'à Tautre il jouit de la fraîcheur des zones tempérées. Au premier abord on serait porté à attribuer à cette vaste étendue de sol des avantages extraordinaires ; on penserait qu'il doit y exister des fleuves proportionnés à sa grandeur, et que les plus riches productions des régions intertropicales tempérées y abondent.

Telle fut en effet la première impression de Banks et de ceux qui touchèrent ces côtes méridionales. Us y furent éblouis par la variété de ses productions végétales, et restèrent pendant quelques jours émerveillés de la douceur ravissante de ce climat ; mais les vives espérances des premiers explorateurs sont loin de s'être réalisées. Les rivières de l'Australie, tombant rapidement, des montagnes où elles ont leur faible source, dans un pays plat et extrêmement bas, et n'y étant presque ali-

mentées par aucun tributaire, se perdent naturellement avant d'arriver à la côte, ou s'épuisent en marais ou en lacs; ou bien, arrivées au rivage, elles sont si faibles qu'elles ne peuvent conserver libre et navigable leur embouchure, ni entraîner les bancs de sable que les marées y entassent.

Quant aux végétaux, l'Australie ne produit aucune de ces plantes alimentaires si communes dans le reste de l'Océanie, et même dans les îles de la Polynésie les plus voisines du continent austral. Ainsi l'arbre à pain, le cocotier, le bananier, l'oranger, le gouava, la canne à sucre, les ignames, les patates y étaient tout à fait inconnus avant la fondation des colonies européennes. Mais si ce sol, en apparence ingrat, ne produisait spontanément rien des choses les plus nécessaires à la vie , il semblait n'attendre que la culture et le travail de l'homme pour rendre au centuple les semences étrangères qa'on lui aurait confiées, et offrir aux végétaux, aux plantes et aux arbres utiles ou d'agrément de tous les pays une terre aussi propice que leur terre natale elle-même. Si, dans les îles de la Polynésie, la nature complaisante et prodigue pour l'homme paraît favoriser sa paresse en lui procurant* sans effort tout ce qui est nécessaire à ses besoins, dans le continent austral elle lui rappelle sans cesse cette loi que lui a imposée Dieu lui-même après sa chute : Tu' gagneras ton pain à la sueur de ton front; mais en même temps elle lui promet de récompenser largement son travail.

La nature du sol australien semblait, avant la culture, être si peu propice à l'espèce humaine, qu'on évalue à cent cinquante mille individus au plus (1) la population

(1) Cette évaluation est de M. Domeni de Rienzi, savant écrivain que nous aurons plus d^une fols occasion de citer; cependant nous

sauvage répandue sur ce vaste continent; encore ces sauvages sont-ils dans un état de dégradation physique et morale bien digne de nous humilier et de nous affliger^ car ces malheureux n'en sont pas moins nos frères , puisque ce sont des hommes. Aussi le premier devoir des nations civilisées et chrétiennes , établies sur ces bords lointains , devrait-il être de tirer de leur abjection ces hommes abrutis, de les éclairer des lumières de la religion, et de cultiver leur âme, qui, non moins que le sol rebelle de leur pays, n'attend peut-être qu'une semence de bon grain pour produire des fruits dé vie. Malheureusement nous verrons que, sous ce rapport , les colons anglais n'ont rien fait, ou qu'ils ont tenté seulement quelques essais infructueux.

Sur une terre aussi vaste , il est facile de comprendre que la nature du climat doit varier dans les diverses zones, suivant leur élévation en latitude. Sur toute la bande septentrionale, les chaleurs sont brûlantes et presque continuelles. Dans sa partie moyenne, du 23"" au 30"* de latitude sud, le climat se tempère déjà. Enfin , sur toute la bande méridionale , l'année peut se diviser par saisons, les étés et les hivers offrant toutes les alternatives ordinaires de chaud et de froid, de pluie et de sécheresse.

Gomme cette 'contrée est située au pôle opposé au nôtre (et encore est-ce le côté opposé de ce pôle), les saisons, les jours et les nuits sont nécessairement l'inverse de ce qui se passe en Europe. Quand nous avons l'hiver, ils ont l'été; quand nous comptons midi, ils ont dix heures du soir, car le soleil s'y lève dix heures

croyons que cette évaluation n'est pas exacte , et que le nombre des naturels est beaucoup plus considérable, sans pourtant s'élever à plusieurs millions, comme l'ont prétendu d'autres voyageurs.

plus tôt qu'en France. Leur mois de juillet correspond à notre mois de janvier, et vice versa; car les mois d'été y sont décenjbre, janvier, février; ceux d'automne, mars, avril, et mai; c'est en juin, juillet et août qu'est leur hiver; et en septembre, octobre et novembre leur printemps. Mais ce qui est encore plus remarquable , c'est qu'à la Nouvelle-Galles-du-Sud on a observé qu'un hiver froid en Europe correspondait à un été chaud dans ces latitudes méridionales , et que pendant un été chaud en Europe l'hiver était très-froid à la Nouvelle- Galles; ainsi les étés de 1825 et 1826, qui furent d'une durée et d'une chaleur extrêmes dans nos contrées, correspondaient à deux hivers rigoureux de la Nouvelle- Galles.

Les saisons différant ainsi de celles de l'Europe , il s'ensuit nécessairement une différence correspondante dans les époques des travaux des champs. On sème ici le froment en avril et mai , et on le récolte en novembre. Le maïs semé en octobre et novembre se récolte en mars et avril. Les patates plantées en février et mars se récoltent en juillet; on les replante en août et septembre, et on les tire de terre en janvier. Ainsi la Nouvelle- Galles a deux récoltes de patates et deux de grains.

La gelée se fait sentir dans les montagnes de l'intérieur; dans les comtés d'Argyle et de Bathurst on voit quelquefois de la neige rester des jours entiers sur les plateaux des montagnes, tandis que dans ceux de Cumberland et de Campden , sur la côte , le phénomène de la neige est inconnu , quoiqu'ils soient situés sous les mêmes latitudes.

La salubrité du climat de la Nouvelle-Galles doit être d'une haute importance aux yeux de tout émigrant européen , quand il compare ce pays à tant d'autres.

Les fièvres rémittentes , intermittentes et scarlatines, le typhus, la petite vérole, la rougeole, la coqueluche et le croup y sont inconnus. La dyssenterie est TafTection la plus répandue et la plus fatale maladie que Ton y connaisse , et néanmoins elle cause rarement la mort aux gens qui vivent sobrement. Dans les parties basses et chaudes du pays il y a beaucoup d'affections d'estomac; mais Tair des hautes terres les guérit.

L'Australie étant située dans Phémisphère austral , les vents du sud sont par conséquent les vents froids, et ceux du nord sont ses vents chauds. Le nord-ouest surtout soufûe parfois dans la Nouvelle-Galles avec une ardeur que Ton peut comparer au vent brûlant du désert qui se fait sentir sur tout le littoral du nord de l'Afrique.

Quelque forte qu'y paraisse la chaleur de l'été , le climat de la Nouvelle-Galles-du-Sud n'a pas cette action délétère sur la constitution qui rend le séjour de l'Inde, des Antilles, de l'Egypte et de l'Arabie souvent insup* portable. A midi on peut se coucher sous le premier arbre dont Tombre vous invite , et y reposer tout aussi tranquillement que dans son lit , sans redouter ni les fraîcheurs , ni les piqûres des insectes malfaisants ; on jouit d'un sommeil aussi profond que réparateur, et on se lève rafraîchi afin de poursuivre son voyage. Le frais délicieux du matin et la température caressante du soir produisent des effets véritablement extraordinaires sur les animaux mêmes; c'est à cette température favorable qu'on attribue l'étonnante docilité des chevaux et des bestiaux ; et l'on pourrait croire que ce cliitiat exerce, jusqu'à un certain point, cette heureuse influence sur les êtres endurcis de l'espèce humaine que le vieux monde y transporte.

Le charbon est le plus utile et le plus abondant de tous les minéraux de l'Australie. On le trouve en grande quantité y priacipalement dans la Nouvelle - Galles* du-Sud. La pierre de taille est d'une teinte grisâtre, tournant quelquefois vers le rouge : elle est tendre quand on l'équarrit, mais elle durcit graduellement à l'air. La pierre à chaux n'existe point dans la Nouvelle- Galles , non plus que dans la plupart des îles de l'Océanie ; les colons y suppléent par des coquilles de testacés, dont les coraux du voisinage offrent souvent des masses compactes. Sur divers autres points de l'Australie la chaux se montre à l'état de sulfate ou de carbonate.

Longtemps on a cru qu'il n'existait point de mines d'or en Australie ; quelques individus qui avaient essayé de faire croire à la découverte de gisements aurifères dans cette contrée , furent traités de visionnaires ou d'imposteurs. Nous verrons ce qu'il en coûta à un convict pour avoir fait courir un b^iit de cette nature. Le fait est que jusqu'en 1851 les recherches des plus savants géologistes avaient été vaines, et tous en étaient arrivés à cette conclusion, que l'Australie ne contenait point d'or. Mais en 1851 , ainsi que nous le raconterons plus tard, les faits sont venus, comme il arrive souvent, donner un éclatant démenti à la science. L'or s'est trouvé en abondance dans divers districts de l'Australie et de la Tasmanie , et il est difficile d'apprécier aujourd'hui la portée de cette découverte sur les destinées futui*es des terres australiennes.

La flore de l'Australie a enrichi le règne végétal d'une foule d'espèces nouvelles , douées des formes les plus élégantes et les plus variées. L'horticulture s'est emparée d'un grand nombre de ces charmants végétaux, et plusieurs sont déjà cultivés avec succès par les amateurs,

principalement en Angleterre. Mais, d'un autre cotç^ nature semble avoir pris à tâche de n'offrir à Thomme, dans ces vastes solitudes , aucune plante alimentaire, ainsi que nous l'avons fait ren^arquer plus haut.

Les familles des plantes qui comptent le plus grand nombre d'espèces en Australie sont les protacées y les myrtacées , les légumineuses , les composées , les épacridées et les diosmées. Gç sont elles surtout qui apportent le contingent le plus fort dans la haute végétation. Les arbres les plus utiles sont plusieurs espèces d'eucalyptus, dont le bois sert à toutes sortes d'usages quand l'intérieur est sain , ce qui est rare ; le red cédai* {cedrela aastralis)y qui donne des planches d'une teinte rougeâtre, fort légères et pourtant d'une grande durée; le tristania et le melia azedarach, qui servent à la construction des canots ; le xylomelum , dont on fait des bois de fusil. On peut citer encore divers casuarinas, un trichelia à odeur de rose, un dacrydium, divers banksias, etc. Certains mimosas donnent une belle gomme ; une sorte d'eucalyj^us fournit une manne sucrée tout à fait analogue à celle de l'Orient. On a trouvé dans presque toute l'Australie quelques espèces de palmiers, mais toutes inutiles quant à leurs produits. Une superbe liliacée , le doryanthès excelsa, pousse sa tige jusqu'à six et sept mètres de hauteur.

Au temps de la découverte il n'y avait sur le continent aucun quadrupède qui rappelât l'ancien monde, si ce n'est le chien; encore ce dernier y a-t-il plus d'analogie avec le renard et le cheval qu'avec l'espèce canine.

Le plus grand des quadrupèdes de l'Australie est le kangarou ou kanguroo ; c'est un gibier très-recherché des naturels et même des Européens. Préparé à l'étuvée, il a un goût très-prononcé de venaison. On en compte

dix à douze espèces , depuis le kangarou géant jusqu'au kangarou rat ou lapin , le plus petit de Tespèce.

Les kangarous ne font usage de leurs courtes jambes de devant que pour paître ; ils se dressent alors sur les pattes de derrière et sur leur queue, tandis qu'ils portent en avant les pieds antérieurs ; puis à l'occasion il s'asseyent; et quand ils ont cueilli l'herbe ou la plante favorite avec une patte de devant, ils la mâchent lentement et la passent en jouant d'une patte à l'autre. Quand on les poursuit, ils sautillent sur leurs pieds de derrière, et font des bonds d'une longueur étonnante ; et pendant qu'ils sautent ainsi, leur queue flotte çà et là et leur sert de balancier. Ils franchissent des ravins et descendent des pentes rapides, faisant des sauts de dix mètres. Il est rare que les chiens attaquent en petit nombre le grand kangarou, qui en emporte quelquefois trois ou quatre pendus à ses flancs.

Le koula (ou paresseux, ou ours indigène) est de la taille d'un chien ordinaire, avec un pelage de couleur sale et hérissé ; il n'a point de queue , et ressemble à l'ours par les pattes et les griffes. 11 monte lestement aux arbres, dont il mange les feuilles; il devient gras et très-lourd.

Le porc- épie d'Australie donne un mets très- recherché des indigènes, ainsi que le oumbat, grand animal de la grosseur d'un mâtin , qui se loge dans la terre , se nourrit d'herbes et de racines, et acquiert une obésité remarquable.

Le bandicout a environ quatre fois la grosseur d'un rat. Il n'a poiot de queue, et se fait des retraites dans la terre ou dans le creux des arbres. Les écureuils volants sont d'une belle couleur d'ardoise, et leur fourrure est si fine , que , malgré la petitesse de cet

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animal , les chapeliers en achètent la peau très-cher.

Le renard volant est une immense chauve-souris d'un si horrible aspect , qu'il ne faut pas s'étonner de ce qu'un des matelots de l'équipage de Cook le prit pour le diable quand il le rencontra dans les bois*

La Nouvelle-Galles possède des opossums gris , à queue arrondie, qui, pour sauter d'une branche à l'autre, entortillent cette queue autour de la branche d'où ils s'élancent, et, parce moyen, bondissent sur celle qu'ils veulent atteindre.

On voit à la Nouvelle-Galles un grand pigeon nommé otianga-ouanga, qui est un excellent manger. Il faut y ajouter deux variétés du beau pigeon à ailes bronzées , le pigeon à crête de l'Illawarra, et le grand pigeon vert du port Macquarie. Parmi les êtres singuliers il faut compter des cygnes noirs et quatre variétés de kakatouës, à savoir : deux espèces noires, semblables à des aigles de petite taille sans crête , ayant leurs ailes tachetées de jaune et la queue également tachetée de jaune ; puis le kakatouës à couleur d'ardoise et à crête rouge , et le kal^touës blanc à crête jaune*

Les perroquets sont d'une diversité infinie , et surpassent tous ceux du reste du monde par la splendeur de leur plumage.

Les émus , sorte de casoars sans casque , ont souvent la hauteur d'un homme ; leurs jambes et leur cou , comme ceux de l'autruche, sont longs et leur corps massif. Ils sont dépourvus de langue, et n'ont ni plumes ni ailes ; mais ils sont couverts de quelque chose qui tient le milieu entre le poil et la plujpe , avec de trèspetites miniatures d'ailes attachées aux flancs ; ils ne peuvent donc que courir, et les chiens les chassent comme les kangarous. Ces animaux pondent à la fois

six OU sept œufs, qui en grosseur égalent ceux de Pautruche , et sont d'un beau vert foncé.

Nous terminerons cet article , fort incomplet , sur la zoologie de TAustralie par la description de deux des plus bizarres animaux que fournisse cette contrée , l'échidné et rornilhorhynque.

L'échidné est une de ces espèces intermédiaires qui exerceront longtemps les recherches physiologiques de l'homme. Il ressemble au hérisson et au fourmilier; comme le premier, il a le corps couvert de piquants el possède la faculté de se rouler en boule ; comme le second , il a le museau long , grêle , terminé par un petit bec, et est armé d'ongles fouisseurs qui lui servent à s'enterrer promptement. Il n'a pas de dents, et sa langue fort extensible saisit et retient facilement les insectes, à l'aide de petites épines qui hérissent cet organe et dont la pointe est dirigée en arrière.

L'ornithorhynque est un animal plus extraordinaire, dont les savants n'ont pu jusqu'ici déterminer la nature , les uns le rangeant parmi les ovipares, les autres parmi les mammifères , d'autres enfin le comprenant dans une classification complexe, d'où il résulterait qu'il est également ovipare et mammifère. L'ornithorhynque forme la nuance entre les phoques et les oiseaux ; ses pieds réunissent des nageoires à des griffes , sa mâchoire se termine en bec de canard , et sa structure interne le rapproche des squales et des reptiles. Il a environ cinquante centimètres de long , et il habite ordinairement les lacs d'eau douce.

Quoiqu'on remarque différentes variétés dans les nombreuses tribus sauvages répandues sur ce vaste continent, toutes appartiennent à ce qu'on appelle la race des nègres océaniens, issues, selon l'opinion de M. de

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Rienzi, des Andamènes, habitants primitifs de la Papoua'sie ou Nouvelle-Guinée. Cette race couvre la partie des terres de TOcéanie qui a reçu , pour ce motif, le nom de Mélanésie. Les Australiens sont en général moins foncés que les noirs d'Afrique ; ils sont d'une teinte plus jaunâtre que les habitants de la Nouvelle- Guinée , et tirant vers la couleur de suie. Plusieurs tribus ont une teinte bistre , faiblement jaune, plutôt que noire ; ils ont le crâne passablement rond , le front fuyant en arrière, les cheveux floconnés et non pas lisses, et ordinairement crépus. Leurs bras sont très -longs, et leurs jambes grêles encore plus longues ; ils sont généralement velus ; enfin , ils ont la bouche d'une grandeur démesurée, le nez fort large et épaté , les narines également larges , les dents un peu proclives , mais d'un bel émail.

Il n'y a peut-être pas sur la terre de peuple qui ait fait moins de progrès vers la civilisation. Ils sont simplement divisés par fanylles ou par tribus. Ces tribus n*ont point de communication entre elles ; d'où résulte, suivant JUI. Lesson, l'état de barbarie profond dans lequel elles croupissent. Partout elles montrent une complète ignorance , une grande misère et une sorte d'abrutissement moral.

Ceux qui habitent les côtes ne vivent que de poisson, tandis qu'un petit nombre subsistent, dans les bois, des animaux qu'ils peuvent attraper, ou grimpent sur les arbres pour manger le miel et prendre les écureuils volants et les opossums, qui deviennent de jour en jour plus rares par la chasse continuelle qu'ils leur font. Le règne végétal ne leur offre pour nourriture que la racine de diverses fougères et quelques bulbes d'orchidnées : aussi éprouvent -ils souvent les effets de

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famines désastreuses. C'est alors, dit CollinSy qu'on rencontre de ces malheureux indigènes réduits à un état tel de maigreur, qu'on les prendrait pour des squelettes, et qu^ils paraissent sur le point de succomber d'inanition. Ceux qui habitent les contrées centrales de TÂustralie , n'ayant pas la ressource des productions maritimes, sont réduits à dévorer des grenouilles, des lézards, des serpents, diverses espèces de larves, et particulièrement les grosses chenilles qui se réunissent autour de Teucalyptus résineux. Les araignées ellesmêmes font partie de leurs repas dégoûtants... Enfin, lorsque les vivres leur manquent totalement, ils tuent les nouveau-nés et les mangent. Du reste , il n'est pas nécessaire qu'ils soient pressés par la famine pour manger de la chair humaine; car, malgré les assertions de quelques écrivains qui ont voulu se faire apologistes , les Australiens sont anthropophages , comme le sont ou l'étaient presque tous les peuples de l'Océanie ; seulement ils ne mangent que leurs ennemis , quand la famine ne les pousse pas à dévorer leurs propres enfants. L'arme dont ils se servent dans leurs combats, toujours acharnés, est le baumerang, fait avec un bois naturellement très-dur et très-pesant, qu'on expose au feu pour le durcir davantage ; sa forme est celle d'une lunette, ou plutôt de deux bras légèrement courbés, formant au milieu un angle très-ouvert; il est cependant fait d'une seule pièce de bois aiguisée des deux côtés. Il se lance de bas en haut dans une direction oblique ; il frappe en retombant avec beaucoup de force et de vitesse. Ils ont jusqu'à huit sortes de lances ou zagaies, distinguées par le nombre de barbes et la forme des dards. Ils sont fort adroits ot frappent souvent le but à soixante ou soixante-dix pas. lU ont des waddis

OU casse-tètes de plusieurs genres , et un sabre de bois recourbé. Leurs armes défensives sont le bouclier, qui est de deux sortes: Tun en écorce, qui ne peut résister aux coups de zagaie ; Tautre en bois durci au feu , qui est très-propre à cet effet, mais peu usité à cause de sa pesanteur. La confection de ces armes, la manière adroite dont ils savent s'en servir sont une preuve qu'ils ne sont pas dénués d'intelligence.

Nous n'entrerons pas plus avant dans les détails concernant le continent austral, ce que nous omettons à présent devant trouver sa place naturelle dans la suite de ce récit.

Nous dirons peu de chose aussi de sa découverte, qui remonte au xvi* siècle selon les uns, et seulement au XVII* selon les autres. Les Portugais paraissent effectivement l'avoir aperçu les premiers vers 1 542 ; mais ce sont les Hollandais qui de 1606 à 1642 y ont fait les plus importantes découvertes ; nous citerons parmi les navigateurs de cette nation qui ont attaché leurs noms à l'Australie, Edels, Carstens, Nuyts, Wist, et surtout Abel Tasman. C'est d'eux que le continent austral reçut le nom de la Nouvelle -Hollande qu'il a porté jusqu'à nos jours, et qui est encore inscrit sur presque toutes les cartes géographiques, soit seul, soit accompagné du nouveau nom d'Australie. Cook a découvert le premier la côte orientale et l'a tracée en entier. Les noms de Nouvelle-Galles-du-Sud , de Botany-Bay, de Port- Jackson, de Broken-Bay, et de tous les caps, ports et baies de cette côte , ont été imposés par ce célèbre navigateur. Vancouver, d'Entrecasteaux, le chirurgien Bass, le capitaine Grant, et surtout Baudin etFlinders, explorèrent avec soin une grande portion des côtes occidentales et méridionales.

Une question a été souvent agitée et a donné matière à une controverse animée dans les journaux et même dans des écrits destinés à une existence moins éphémère. A qui appartenait le continent austral? Était-ce aux indigènes, aux premiers qui l'avaient découvert ou occupé? Nous n'avons pas intention, on le conçoit bien , d'entrer dans cette polémique , qui serait ici tout à fait déplacée; nous nous contenterons de raconter comment l'Angleterre a résolu la question.

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