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CHAPITRE II

L'Angleterre fait choix de la côte orientale de la Nouvelle-Hollande pour y établir une colonie pénale.— Obstacles qu'elle a à surmonter.— Philip nommé gouverneur de la nouvelle colonie.— Ross, Collins et White. — Formation du premier convoi de condamnés ou convicts. — Son arrivée à Botany-Bay. — Illusions détruites. — Exploration du Port- Jackson. — Arrivée de Lapérouse. — Départ du convoi anglais pour le Port-Jackson.

Après que les colonies anglaises de FÂmérique septentrionale furent perdues pour leur mère patrie , l'Angleterre , qui dirigeait auparavant tous ses condamnés à la déportation [convicts] vers la Virginie, chercha un autre lieu de déportation où elle pût réaliser ses vastes projets de colonisation lointaine , et trouver dans l'avenir un dédommagement à la perte que venait de lui faire éprouver l'émancipation de ses colonies américaines. On songea d'abord au Canada ou à la Nouvelle- Ecosse (Acadie); mais les rapports qui pouvaient facilement s'établir entre ces possessions et les nouveaux États-Unis, dont l'indépendance venait d'être reconnue par la paix de 1 7 8 3 , ne permirent pas de s'arrêter à cette première pensée. Plusieurs projets furent discutés , plusieurs tentatives furent faites sans qu'on pût résoudre le problème auquel on s'était arrêté , et qui consistait à découvrir une terre presque inhabitée et cependant propre à recevoir des habitants , une terre

18 L'AUSTRAUE.

éloignée de toute communication trop facile avec le reste du globe , et destinée pourtant à tirer pendant longtemps du seul empire britannique tous les objets de première nécessité. De pareils établissements ne s'élèvent pas d'une manière soudaine , et l'on allait demander à peu d'années, à peu de mois peut-être, ce que de longues années ont rarement accordé ! Tout devait être l'ouvrage des premiers moments; il fallait, comme par enchantement, vaincre toutes les difficultés de la nature , créer en quelque sorte d'un coup de baguette des édifices publics et privés, remplir des magasins, ouvrir des routes, élever des forts; et, en supposant même l'existence d'un lieu qui réunît toutes les conditions nécessaires , la politique européenne n'apporterait-elle aucune entrave à ce nouvel agrandissement? Au point où était parvenue la civilisation , un gouvernement pouvait-il encore, ce que faisaient jadis de simples marchands , prendre possession d'une île ou d'un continent sans autre formalité que de planter un poteau ou d'arborer un pavillon ? La persévérance de l'Angleterre ne se laissa point décourager par toutes ces considérations ; elle entrevit d'un regard d'aigle les moyens de triompher de quelques-uns de ces obstacles; elle franchit hardiment les autres, et, sa détermination une fois arrêtée, elle marcha à grands pas vers l'accomplissement de ses desseins. Un réceptacle était trouvé pour ses malfaiteurs , et la fondation d'une importante colonie allait réparer les pertes éprouvées dans l'Amérique septentrionale (1).

(1) Ernest de Blosseville, Histoire des colonies pénales de l'Angleterre. Cet ouvrage nous a été d'un grand secours, et nous y avons trouvé de précieux renseignements sur rétablissement des colonies de Sydney, de Norfolk, etc.

Le inonde savant s'entretenait alors des récents voyages de découvertes du capitaine Cook, qui avait, en 1770, exploré la Nouvelle-Hollande, et reconnu la partie orientale de cette terre , à laquelle il avait donné le nom de Nouvelle-Galles méridionale. C'est cette partie de l'Australie que sir Joseph Banks , l'un des compagnons du capitaine Cook, indiqua au cabinet de Saint- James comme propre sous tous les rapports à remplir le but qu'il se proposait. Cette idée fut accueillie avec faveur; lord Sydney, premier secrétaire d'Etat, secondé par le secrétaire Nepean , fut chargé de la colonisation de la Nouvelle - Galles ; l'un et l'autre s'occupèrent aussitôt avec une extrême activité de l'exécution de cette mesure.

L'état politique de l'Europe était alors on ne peut plus favorable aux vues de l'Angleterre. Les souverains et les peuples, fixant leurs regards sur les grands événements qui se préparaient en France, ne pouvaient songer à les porter vers un établissement qui se formait sans bruit, presque aux antipodes du théâtre qui attirait leur attention ; à peine même cette entreprise excita-t-elle chez les puissances maritimes une stérile curiosité. Il aurait fallu un génie supérieur pour embrasser d'un coup d'œil toutes les conséquences d'un tel agrandissement , et l'esprit plus que le génie brillait alors dans les conseils des rois de l'Europe. Cet obstacle du droit des nations si heureusement écarté , l'Angleterre ne devait pas concevoir une bien vive inquiétude des obstacles physiques qu'elle allait rencontrer dans ses projets : aussi l'exécution d'un plan adopté avec tant de soudaineté fut-elle non moins soudainement commencée.

Le capitaine de vaisseau Arthur Pbilip fut nommé

« capitaine général et gouverneur en chef de tout le territoire appelé la Nouvelle-Gallcs-du-Sud , s'étendant depuis le cap York, ou extrémité nord de la côte, par la latitude de 10* 37' sud, jusqu'à l'extrémité sud ou cap sud de la même terre ; par la latitude de 43* 39' sud, et de tout l'intérieur du pays à Touest, jusqu'au 135* de longitude est, du méridien de Greenwich , sans en excepter ni les îles adjacentes de l'océan Pacifique, entre les latitudes ci -dessus détaillées, ni les villes, garnisons, citadelles, forts ou autres fortifications et ouvrages militaires qui pourraient être élevés par la suite sur le territoire, ou sur quelqu'une des îles enclavées dans cette prise de possession. » On voit par cet extrait textuel de la commission du gouverneur Philip , que le cabinet de Saint-James prenait ses précautions pour s'assurer une large part dans' ce nouveau continent, tout en n'ayant l'air de n'occuper que la partie découverte et explorée par Cook. Plus tard il a dépassé de beaucoup les limites qu'il s'était lui-même imposées, et il a fondé des établissements non - seulement sur toutes les côtes du continent austral, mais sur les îles voisines.

Les majors Patrick Ross et CoUins furent adjoints à l'expédition, le premier avec le titre de lieutenantgouverneur, le second de juge -avocat de la colonie naissante; le docteur John White fut choisi pour les fonctions de chirurgien en chef de l'établissement. Des ordres furent donnés pour armer en toute hâte un convoi de onze navires de diverses grandeurs; deux seulement, le Syrius, capitaine Hunter, et le Supply, sous les ordres du lieutenant Bail , appartenaient à la marine royale; les neuf autres, dont six devaient porter des condamnés et trois àS% vivres, des instruments aratoires

et des munitions de toute espèce pour deux années , avaient été fournis par des armateurs de Portsmoiith , de Woolwicli et de Plymouth. Le nombre des passagers, sans distinction de rang , embarqués par ce premier convoi, s'élevait à mille quarante, parmi lesquels on comptait cinq cent soixante hommes et cent quatrevingt-douze femmes convicts, plus dix -huit enfants appartenant à des familles de condamnés. Le surplus du convoi était composé de soldats de marine , de femmes de soldats, et des ofûciers et employés de tous grades attachés à l'expédition.

Après de longs délais , occasionnés par des circonstances imprévues , le convoi mit à la voile le 13 mai 1787. On relâcha à Ténériffe, puis à Rio- Janeiro, où Ton réunit pour la nouvelle colonie une cêUection de graines et de plants des végétaux les plus précieux du Brésil, le caféier, le cacaotier, le tamarin , le cotonnier, le guava , diverses espèces d'orangers , plusieurs plantes médicinales , et le nopal avec la cochenille , toutes productions étrangères à la Nouvelle-Hollande. De Rio -Janeiro on fit voile pour le cap de Bonne-Espérance , alors colonie hollandaise. Le cap fournit à la future colonie les souches des diverses races d'animaux domestiques , entre autres sept vaches et un taureau, un cheval et trois juments, des brebis, des chèvres, des cochons, de la volaille, etc. La collection de végétaux utiles s'augmenta de plants de figuiers, de bambous, de pommiers, de poiriers, de cannes à sucre , de fraisiers et de vignes de diverses espèces. Après un mois de relâche, le convoi, chargé de tous ces trésors , quitta le cap de Bonne-Espérance le 13 novembre 1787. Deux mois après (18 et 20 janvier 1788) , il arrivait à Botany-Bay, après avoir heu-

reusement accompli en huit mois plus de deux mille myriamètres. Une navigation de quelques jours de plus aurait pu compromettre le sort de la petite flotte qui portait la fortune d^un monde nouveau ; les navires de transport, qu'on avait négligé de doubler en cuivre, commençaient à éprouver de fortes avaries, et étaient incapables de tenir plus longtemps la mer.

Botany-Bay avait été désigné pour le lieu où devait être fondé l'établissement principal de la nouvelle colonie , d'après les récits de Cook et de Banks , qui présentaient cette partie de l'Australie comme offrant une terre féconde et bien arrosée, et une végétation luxuriante, indice certain d'un sol éminemment propre à l'agriculture. Mais les chefs de l'expédition éprouvèrent bientôt un pénible désenchantement , et reconnurent avec douleur que , malgré son exactitu(fe ordinaire, Cook s'était beaucoup trop abandonné à son imagination dans la description de Botany-Bay. L'illustre voyageur avait été trompé par l'aspect de paysages pittoresques et de sites réellement enchanteurs, mais qu'il n'avait aperçus que de loin. Quand Philip et ses compagnons voulurent explorer de près cette richesse végétale si vantée , ils ne rencontrèrent qu'un sable aride et d'immenses marécages aussi profonds qu'insalubres , d'où s'élevait une masse verdoyante de roseaux et de plantes gigantesques , mais sans valeur, qui ne servaient qu'à parer la stérilité de ces rivages décevants. Plus loin le terrain paraissait devoir être moins rebelle aux travaux de l'agriculture; mais le manque d'eau douce présentait un nouvel obstacle à l'établissement projeté. La baie elle-même, cette baie si vantée pour la sûreté de son mouillage, était obstruée par de grands bancs de vase et n'offrait

pas assez de profondeur. Bien que spacieuse, elle exposait les vaisseaux à tous les dangers d'une rade ouverte.

Un si cruel mécompte ne découragea point le gouverneur. Malgré la lettre de ses instructions qui lui prescrivait formellement de débarquer les convicls dès que le convoi serait arrivé à Botany-Bay, il prit sur lui de suspendre cette opération jusqu'à ce que de nouvelles recherches lui eussent démontré qu'il ne se trouvait pas dans le voisinage une position plus convenable à l'établissement projeté. Dès le 21 janvier, le Commodore Philip, le capitaine Hunter, divers officiers et les pilotes du Syrius et du Supply s'embarquèrent avec plusieurs matelots d'élite sur trois chaloupes découvertes , pour commencer leur exploration par le nord de Botany-Bay.

La côte n'offrit d'abord qu'une apparence peu favorable; ce n'était, à une distance de seize milles, qu'une suite de rochers, de sables et de marécages. Là, Gook indiquait une anse où les bateaux pourraient trouver un abri ; il l'avait reconnue en passant à une distance d'environ trois milles de la côte, et l'avait nommée Port- Jackson ; effectivement , ce point vu de la mer annonce une baie ouverte. Philip y dirige ses chaloupes, et bientôt, dans cette crique que l'on supposait à peine capable de recevoir de faibles embarcations, les Anglais émerveillés découvrent un bassin immense où manœuvreraient toutes les flottes de l'univers. D'une entrée dont la largeur n'excède pas deux milles, le havre s'étend graduellement et avec assez de profondeur pour recevoir les plus grands navires. 11 suit une direction occidentale, s'enfonce jusqu'à treize milles dans l'intérieur des terres, et contient plus de cent petites anses, formées par des pointes fort étroites,

dont le prolongement offre des abris très-sûrs contre tous les vents , sans présenter d'autres dangers aux navigateurs qu'un banc de rochers situé au milieu du canal. Pour l'étendue , pour la sûreté, ce port, découvert d'une manière si imprévue, est sans contredit un des plus beaux du monde. Tant d'avantages inespérés permirent à peine à Philip de s'apercevoir que, pour la fécondité du sol et l'abondance des eaux, ses recherches n'avaient pas obtenu des résultats bien satisfaisants. Non moins pittoresques que ceux de Botany-Bay, les environs de ce port magnifique n'étaient guère moins stériles; mais ce défaut est commun au littoral tout entier de la Nouvelle - Galles , qui ne présente guère, jusqu'à plusieurs milles dans l'intérieur, que des dunes sablonneuses, des terrains rocailleux, et une végétation triste et uniforme, quand elle n'est pas entretenue par des marais. Quoique Philip ne pût alors que soupçonner ces inconvénients, on ne saurait, en considérant les embarras de sa position, le blâmer d'avoir, sans plus d'examen, résolu de fixer dans une des anses de ce havre spacieux le siège de la nouvelle colonie. Ainsi , pour le choix du lieu où l'Angleterre allait jeter les premiers fondements d'un empire , la Providence fit plus que les conseils des hommes; car c'est elle, on n'en saurait douter, qui présenta soudain à Philip, dans son découragement, un lieu aussi propre à recevoir la capitale d'un État naissant, lieu que tant de découvertes, obtenues depuis cette époque, ont maintenu comme le plus favorable.

Après une absence de trois jours, le gouverneur revint à Botany-Bay, où les observations postérieures à son départ n'avaient fait qu'ajouter à la tristesse du premier aperçu. Les récits de ses compagnons répan—

dirent la joie sur tous les navires, et l'ordre fut donné de mettre à la voile dès le lendemain^pour le Port- Jackson.

Au milieu des préparatifs de départ, tandis que la découverte du gouverneur rend à tous les esprits leurs illusions premières, soudain deux voiles paraissent à l'horizon . Nul spectacle ne pouvait être plus inattendu dans des mers si rarement traversées à cette époque par des navires européens : aussi la surprise fut-elle générale, et Ton se perdait en conjectures sur la nationalité de ces deux vaisseaux et la cause de leur apparition dans ces parages. Bientôt on reconnut au pavillon blanc que ces navires étaient français; le premier lieutenant du Syrius, envoyé à leur bord, rapporta que c'étaient V Astrolabe et la Boussole, qui, sous le commandement de Lapérouse, faisaient dans ces mers un voyage de découvertes. Les Français éprouvaient un vif étonnement à l'aspect des préparatifs de départ de la division anglaise. On leur avait annoncé au Kamtchatka, d'où ils arrivaient, qu'ils trouveraient à Botany-Bay un établissement déjà formé et des marchés abondamment pourvus. Forcés à une relâche pour construire deux chaloupes, dont les matériaux avaient été apportés d'Europe , et renouveler leurs provisions d'eau et de bois, ils arrivaient aussi avec des illusions détruites. Voici en quels termes Lapérouse rend compte lui-même de cet événement.

« ... Nous eûmes ce même jour (24 janvier 1788), un spectacle bien nouveau pour nous depuis notre départ de Manille : ce fut celui d'une flotte anglaise mouillée dans Botany-Bay, dont nous distinguions les flammes et les pavillons. Des^Européens sont tous compatriotes à cette distance de leur pays, et nous avions

la plus vive impatience de gagner le mouillage ; mais le temps fut si brumeux le lendemain , qu'il nous fut impossible de reconnaître la terre, et nous n'atteignîmes le mouillage que le 26 à neuf heures du matin ; je laissai tomber Tancre à un mille de la côte du nord , sur un fond de sept brasses de bon sable gris , par le travers de la seconde baie. Au moment où je me présentais dans la passe , un lieutenant et un midshipman anglais furent envoyés à mon bord par le capitaine Hunter, commandant la frégate anglaise le Syrius; ils m'offrirent de sa part tous les services qui dépendraient de lui y ajoutant néanmoins qu'étant sur le point d'appareiller pour remonter vers le nord , les circonstances ne leur permettaient de nous donner ni vivres, ni munitions , ni voiles ; de sorte que leurs offres de services se réduisaient à des vœux pour le succès ultérieur de nôtre voyage. J'envoyai un officier pour faire mes remerciements au capitaine Hunter, qui était déjà à pic et avait ses huniers hissés; je lui fis dire que mes besoins se bornaient à de l'eau et du bois, dont nous ne manquerions pas dans cette baie, et que je savais que des bâtiments destinés à former une colonie à une aussi grande distance de l'Europe ne pouvaient être d'aucun secours à des navigateurs. Nous apprîmes du lieutenant que la flotte anglaise était commandée par le Commodore Philip, qui, la veille, avait appareillé de Botany-Bay, sur la corvette le Supply, avec quatre bâtiments de transport , pour aller chercher vers le nord un lieu plus commode à son établissement. Le lieutenant anglais paraissait mettre beaucoup de mystère au plan du commodore Philip , et nous ne nous permîmes dt lui faire aucuoa question à ce sujet ; mais nous ne pouvions douter que l'établissement ne fût très-

près de Botany-Bay, car plusieurs canots et chaloupes étaient à la voile pour s'y rendre , et il fallait que le trajet fût bien court , pour qu'on eût jugé inutile de les embarquer sur les bâtiments. Bientôt les matelots du canot anglais, moins discrets que leurs officiers, apprirent aux nôtres qu'ils n'allaient qu'au Port-Jackson, seize milles au nord de la pointe Banks , où le commodore Philip avait reconnu lui-même un très-bon havre qui s'enfonçait de dix à douze milles vers le sud-ouest; les bâtiments pouvaient y mouiller à portée de pistolet de terre, dans une mer aussi tranquille que l'eau d'un bassin. Nous n'eûmes, par la suite, que trop d'occasions d'avoir des nouvelles de l'établissement anglais, dont les déserteurs nous causèrent beaucoup d'ennui et d'embarras (1). »

Dans une lettre écrite le 5 février suivant au ministre de la marine, Lapérouse s'exprime ainsi: « Nous n'avons été précédés par les Anglais à Botany-Bay que de cinq jours; aux politesses les plus marquées ils ont joint toutes les offres de services qui étaient en leur pouvoir; et nous avons eu à regretter de les voir partir aussitôt notre arrivée, pour le Port- Jackson, quinze milles au nord de Botany-Bay. Le commodore Philip a préféré avec raison ce port , et il nous a laissés les maîtres et seuls dans cette baie , où nos chaloupes sont déjà sur le chantier; je compte qu'elles seront lancées à l'eau à la fin de ce mois. Nous sommes éloignés des Anglais, par terre, de dix milles, et conséquemment à portée de communiquer souvent ensemble (2). »

Lapérouse , après son départ de Botany - Bay

(1) Voyage de Lapérouse ^ tome m, pages 264 et 265.

(2) Ibid., tome iv, pages 201 et 202.

(10 mars), n'a plus donné de ses nouvelles, et c'est quarante ans plus tard (1828) qu'on a retrouvé sur un écueil de l'océan Pacifique les débris de son naufrage; ainsi, il lui était réservé d'assister avant la plus cruelle catastrophe à la fondation d'un empire , et les derniers souvenirs de ce grand navigateur devaient être inscrits dans les premières pages de l'histoire d'un peuple issu de race européenne et transplanté dans ces parages lointains.

Peu d'heures après l'entrevue de Lapérouse avec le lieutenant du SyriuSj le capitaine Hunter donna le signal du départ pour le nouveau siège de la colonie , et le soir, la division tout entière était à l'ancre au Port-Jackson , dont elle prit possession en déployant avec appareil le pavillon britannique. Les peuplades indigènes n'apportèrent aucun obstacle à cet envahissement; à peine découvrit-on au loin quelques sauvages étonnés d'une scène aussi nouvelle , et dont ils étaient loin de comprendre la signification ; d'autres plus rapprochés, témoins indifférents d'un acte qui devait changer leurs destinées , ne donnèrent pas même un signe de surprise ou d'étonnement. Et cependant c'était un grave événement que celui qui s'accomplissait si pacifiquement, le 26 janvier 1788, sur un rivage désert de l'Australie ; et cette date sera certainement inscrite avec honneur dans les fastes de la civilisation. De ce jour commence une ère nouvelle pour la cinquième partie du monde.

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