‹ L'Australie intérieure: explorations et voyages à travers le continentChapitre 3 sur 3 · n.llzedby.GOOg[C · texte numérisé non relu

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blir des statioDs et des ports de refuge le long de cette c6te. De jJus, comme l'expédition de A. G. Grégory a acquis l'expérience que le coton crott spontanément dans la vallée de Victoria, il esttrèsprobable que de vastes districts, situés entre ce point et les établissements extrêmes de l'Australie occidentale, seront trouvés propres à la culture de cette plante. M. Frank Grégory, présentement à Londres, qui a pénétré avec succès le plus avant au nord-est des districts colonisés de l'Australie occidentale, se déclareprét à entreprendre l'exploration de cette contrée encore absolument inconnue, et le président de la Société recommande cette œuvre au gouvernement de Sa Majesté, avec la conviction que M. Grégory est digne de toute sa confiance » (1).

Les frais furent estimés à 4,000 livres sterling, ce qui équivaut à fennoo 100,000 francs. Le gouvernement britannique souscrivit pour ta moitié de cette somme, à la condition que la colonie de l'Australie occidentale en fournirait le reste, et bien qu'il y eût quelque difficulté de ce côté, l'expédition put néanmoins se mettre en route dès le mois d'avril 1861.

Comme nous le disions plus haut, Frank Grégory était déjà connu comme pionnier actif et observateur intelligent depuis son voyage à la rivière

(1) Proettding» of tkt R. Gfograpkleal Soeitty, t. V (18M-«1), p. l. — Vcir« suullcs Gtograpkiichen JUittktHungen de 1803, p. SSl-38e, et la carie de A. Petermann.

Gascogne. Durant ses premières courses, où il apprît à bien connaître le caractère des solitudes australiennes, il suivit la rivière Murchison jusqu'au delà delà route d'Austin, explora le pays gui recèle ' les sources de ce fleuve et celle du Gascogne, qu'il descendit jusqu'au bord de la mer pour relever au retour le cours du Lyons, un de ses affluents jusqu'au 24* de latitude. Les résultats de cette entreprise sont résumés de la manière suivante dans les Proceedingi :

* La zone comprise entre 112* et 116* de longitude Est de Paris et 24° et 27* de latitude méridionale, peut être considérée comme une plaine inclinée, dont le bord oriental a une élévation de 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Durant 160 kilomètres, on trouve presque exclusivement à partir de la câte des formations tertiaires de grès, à la surface souvent caillouteuse et sablonneuse, peu fertiles, excepté sur les points exposés à l'influence de fréquentes inondations. Cette contrée donne naissance à un petit nombre de rivières seulement ; les collines plates qui abondent dans l'extrémité Est de ■ cette formation ne dépassent guère une hauteur relative de 150 à 160 mètres. Dans les vallées plus profondes, vers la limite orientale des grès, de minces couches de calcaire oolithique, avec de nombreux coquillages fossiles, apparaissent par intervalles entremêlées de gypse, de schiste argileux et d'autres indices de la présence probable de la houille. Un grès amorphe, épais, k grains fins, suit

ensuite sur une longueur Ae quelques kilomètres, et fait place au granit et au gneiss qui sont souvent traversés par des collines de basalte et de trapp porphjreux, d'une éleTalion variable de 30 à 150 mètres. Les rocbes éruptives prédominent surtout ▼ers l'est; le tatc, l'agate, des filons de quartz et du jaspe, recouvrent souvent les sommets des collines les plus élevées , tandis que de minces coucbes de lave ancienne occupent presque totalement la surface de la plaine.

a Les rivières offrent une pente à peu près égale de l,lâ mètre par kilomètre sur toute leur longueur, et il en résulte, au temps des pluies tropicales, de désastreusesinondations. Le climatde cette partie de l'Australie est si peu connu que, abstraction faite des difficultés ordinaires, il serait très-basardeux de pousser des troupeaux de bceufs oude moutons vers les sources du Murcbîson avant que le pays ait été visité en une autre saison ; car très-certainement nous le vîmes dans les conditions les plus favorables. Les alternatives de température sont considérables; au milieu de juin, les variations furent de 26* centigrades en moins de six beures pendant plusieurs jours; à sept beures du matin, le thermomètre marquait S* (ou bien 36* Fabrenheil), et à une heure de l'après-midi il atteignait S8*, Oo vît de la glace jusque par 24' et demi de latitude sud. Durant la saison pluvieuse, les vents du sud-est prédominent, à en juger du moins par la position des nrbres renversés dont la cime était

toujour» tournée vers le nord-ouest. En mai et en juin, le vent varie du sud-est au nord-est. H m* rait encore di£Bcî1e de dire (quelque chose de précis sur le retour régulier des pluies d'été; toutefois lu obserrations déjà faites m'ont donné la conviction que l'on ne peut guère compter sur elles. La saison des pluies dure de janvier à février.

• Pour ce qui concerne la quantité et la poiition des terres & utiliser, je rappellerai seulement qu'à l'exception de 16,000 hectares, àTeinhouchure du Gascogne, avant de longues années, aucun point situé à l'ouest du Lyons ne sera digne d'occupation. Sur les rives du Lyous, 75,000 hectares et une étendue double sur le haut Gascogne, pourront étreprobablement utilisés, de telle sorte que ces districts et la contrée du Murchison aux environs du mont Haie, forment un total de 400,000 hectares.

Il Une autre question importante est celle de l'accès de la région du haut Gascogne et du Lyoos. J'incline à croire que ce pays ne pourra être avantageusement colouisé avant que la zone qui le sépare de la câte septentrionale ait été explorée, et qu'un port ait été établi dans la région comprise entre le golfe d'Ëxmouth et l'Ile Bepuch (1). »

Ces nouvelles avaientparu assez favorables aux colons pour fournir les frais d'une reconnaissance ultérieure, et dès l'année ISfiO ils avaient adressé sur cet objet une demande au gouvernement qui, toutefois,

(1) Protttiingt cf tht GtograjAioal S»oUtii of Landon, 1090, tome III, pp. n-53.

n'obtint pas alors le succès désiré. La nouvelle expédition ne fut résolue qu'après la puissante intervention de la Société géographique de Londres qui j ajouta aussi un intérêt scientiSque. S'il ne fut pas possible à Grégory de réaliser les hautes espérances que beaucoup d'hommes avaient attachées à son entreprise, et s'il ne put reconnaître qu'un tiers de la lacune comprise entre la Victoria et le Gascogne en ne dépassant pas vers l'intérieur la zone des rivières du littoral, il faut reconnaître cependant qu'il nous a donné une image détaillée d'une partie assez considérable et absolument inconnue de l'Australie. La zone de pays connu d'apr'ès ses traits principaux quiallait, en 1864, jusqu'au 26* parallèle au nord, s'étendit, en 1858,jusqu'au tropique du Capricorne, et le nouveau voyage de Grégory en recula les limites au delà delà terre de Witt jusqu'au cap Larrey, de sorte que de tout le littoral de l'Australie il ne reste plus à explorer que la terre de Tasman.

L'expédition venue sur la barque Dolphin entra le 1 1 mai dans la baie de Nickol et prit terre près d'une petite anse de son bord méridional (1). Elle fut retenue sur la côte jusqu'au 24 pour achever ses préparatifs, mais lorsque le commandant du Dolphin eut reçu ses dernières instructions, Grégory prit le chemin de l'intérieur en compagnie de sept autres personnes avec douze chevaux et des provisions pour deux mois.

(I) ntport o{ Mr. Fr. T. Grtgory't expédition lo thê ff.-ff. ecHUt of Auilratia, P«rth, IBM.

Comme l'objet àe la mission était d'explorer la contrée qui s'étend du rivage an fleuve Ljons, elle se dirigea, après avoir marclié droit devant elle durant 32 kilomètres, vers le méridien du cap Preston afin d'éviter les marécages qui enveloppent la baie de Niokol, et dans l'intention de rechercher des rivières dont les pâturages et l'eau permettraient d'avancer au sud. Une plaine plantureuse, ouverte et bien arrosée par de nombreux cours d'eau, se présenta d'abord longue d'une centaine de kilomètres. Ces p&turages finissaient au sud en de petites collines basses et pierreuses. Dèsle 29 mai , Gregorj trouva par 21° 18' de latitude méridionale et 113' 46 de longitude Est de Paris, un torrent de quelque profondeur, venant du sud-est, large de 180 mètres, qui fut appelé Fortescue, du nom du directeur des colonies sous les auspices duquel l'expédition fut formée. On remonta le cours de cette rivière qui est bordée par des rives escarpées. Le pays était d'abord formé presque uniquement de collines de grès métamorphique. Il y avait de l'eau en abondance dans des roares dormantes; celles-ci toutefois ne communiquaient que rarement ensemble parce que la saison sèche était déjà avancée- Les chevaux trouvèrent aussi beaucoup d'herbe, mais la nature pierreuse du sol les fit souffrir : plus de la moitié des fers furent violemment arrachés entre les fentes des rochers.

Le caractère de la contrée s'altéra ensuite sensiblement. Des plaines d'une glaise argileuse, féconde,

s'étendaient ftu sud lur une longueur de 10 k IS lûlomàtrei, venant mourir au pied d'une cbaina de montagnes roides et massives, le Hamerslej Range. La vallée de la rivière renferme Iwaucoup de sources, et des melaleucas aux larges feuilles croissent avec de nombreux palmiers et d'autres plantes tropicales le long des mares d'eau où l'on pèche des poissons du poids de plusieurs livres. Plus haut, les mares devinrent plus petites et plus rares, tandis que dans certaines directions ces pâturages s'étendaient à perte de vue et dans d'autres ils n'étaient inter* rompus que par des collines pierreuses, des triodiis et des bouquets d'acacias.

Après plusieurs tentatives inutiles, l'expédition trouva enfin par 22* 15' sud et 115*46' un défilé traversant la chaîne de Hamersley à 600 mètres d'altitude, elle descendit par le versant opposé dans des plaines fertiles qui aUaient jusqu'aux dernièreslimites de l'horizon. Grégory chevaucha dans cette plaine l'espace de quelques kilomètres, puis il entra dans un pays de qualité moyenne, pierreux, où l'eau devînt rare, bien que l'herbe fût en abondance sur les parois de la plupart des ravins et aux endroits moins arides.

Le mauvais état des chevaux amena la nécessité d'établir le SI juin, par S2°58' sud est 114*50' est, un dép6t où les plus faibles pourraient se reposer pendant que la reconnaissance des terres encore inexplorées jusqu'au Lyona serait achevée. Le chef de l'expédition, eu compagnie de Broim. de Hai^

— M — dÎDg et de BrockmaD, quitta 1« campemeot le lendemain avec sept cberauz et des proYisions pour huit jouri afin de s'avancer au sud-sud-oueat. La petite bande ainsi organisée marcha avec plus de célérité que n'eût pu le fair* la troupe entière; elle traversa facilement une bande de terrains rocailleux et secs et tomba sur une grande rivière venant du nord-est. Son lit habituel, où il y avait des mares avec des roseaux, avait encore upe centaine de mètres de largeur) mais pendantla saison pluvieuse l'eau constitue une énorme nappe large de 400 à 800 mètres sur une profondeur moyenne de 12 à 18 mètres; en certains points, les deux rives sont souvent inondées à une demi-lieue de distance, Ce district, à cause desmagniËques pâturages (épandua le long de la rivière jusqu'à 150 lilontètres du golfe d'Esmoutb, promet d'acquérir beaucoupd'importance avant peu d'années, La rivière fut appelés Asbburton.

Vers le sud, le pays devient plus âpre et presque montagneux. Grégory avait déjà vu quelques-unes . des cimes les plus élevées en 1858, lors de son voyage au Lyons, et suivant leur situation elles reçurent le nom de chaîne du Capricorne. Le 35, on réussit à se frayer un chemin à travers ces chaînes, et l'expédition ayant gravi les dernières hauteurs qui la eéparatent du Lyons, elle eut le bonheur de voir s'ouvrir devant son regard la vallée de ce fleuve, et, à une distance apparente de 15 kilomètres seulement, mais qui, en réalité, en atteignait

presqaeane cinquantaine, elle aperçut le mont Augustus, dont le sommet dominait toutes les montagnes d'alentour. An sud se montraient les monts Samuel et Philips; à l'est on pouvait reconnaître plusieurs des points les plus élevés des monts Barlee. Après que les voyageurs se furent encore avancés pendant une demi-journée, et que la triangulation du pays jusqu'à la jonction de l'ancienne route de Grégory fut conduite à bonne fin, ils revinrent par l'est. De ce côté le sol avait une apparence meilleure, et les rives de l'Ashburton, au point où fut franchie la rivière, à une vingtaine de kilomètres plus haut, continuèrent à avoir un excellent aspect. Le lit de la rivière ne semblait pas diminuer aussi loin qu'on pouvait le suivre du regard du haut d'une montagne voisine.

■ A notre retour au dépàt, dit Grégory, les chevaux laissés là avaient repris leurs forces, mais le pitoyable état de leurs fers empêcha la réalisation de mon plan de tenter une reconnaissance vers l'est avant de revenir à la haie de Nickol. Le mieux était de retourner au plus tdt au vaisseau pour faire ensuite, avec une provision de fers suffisante, un tour aussi étendu que possible dans les parties encore inexplorées. En conséquence, nous revînmes sur nos pas le 30 juin et atteignîmes, en évitant les courbes de notre précédente route, par SI" 53' sud et 115*38' est de P., un' point où je résolus de me rendre à la càte en franchissant les hauteurs du nord, et de suivre le littoral depuis le voisinage de

l'tle de Depuch jusqu'à la baie de Nickol. La traversée des monts Hamerslej me donna l'occasion de gra-vir plusieurs des cimes dominantes, dont quelques-unes d'une élévation considérable. Ces ascensions me permirent de rectifier ma triangulatic»! par de nombreuses mesures et de déterminer la position d'une montagne remarquable que j'avais déjà aperçue du mont Augustus à une distance d'environ 200 kilomètres au nord-nord-est, et qui, maintenant, n'était plus qu'à quelques kilomètres à l'est de notre route. Bien que je n'eusse pas le temps de gravir cette montagne, je pus néanmoins évaluer à 1,100 ou 1,200 mètres son altitude au-dessus duniveau de la mer, en la comparant à d'autres hauteurs déterminées à l'aide du baromètre. Je l'appelai mont Bruce. >

Le sol fut d'assez mauvaise consistance aux approches des lignes de hauteurs situées au nord. Une rivière dont on trouva la source s'écoulait après de longs détours dans une plaine ouverte eldébouchait à une trentaine de kilomètres de l'tle Depuch. Cette rivière. le Sherlock, parcourt vers son embouchure d'immenses pâturages, inondés de temps en temps et qui étaient revêtus d'une exubérance d'herbages malgré la sécheresse de la saison. La partie cultivable de cette contrée ne peut pas être évaluée à moins de 12,000 hectares. Elle est bien pourvue d'eau parles mares permanentes éparses dans le lit de la rivière et de ses affluents, dont la plupart viennent des Apres hauteurs volcaniques qui limitent sa rive

gauche sur une longuaur de 60 à 90 kilomètre!. Du 16 au 18 juillet, rexpéditicm marcha à l'ouest suivant uoe ligue parallèle à la côte, le long d'une chaîne de hauteurs de granit et de roches Tolcaniques. Au nord, il y avait des plaines plantureuses, ouvertes, dont le sol était formé tour à tourd'argile et de glaise sablonneuse, légère. Toutefois la constitution du cap Lambert est toute difierente, on n'y voit que des grès métamorphiques traversés par des filons de roches volcaniques.

Lorsque Grégory revint au campement de la baie de Nickol, il y trouva une borde d'indigènes activement occupés de la réparation de leurs âlets. Durant son absence, ces malheureux avaient été trèsutiles à l'équipage en l'aidant à faire ses provisions de bois et d'eau. M. Walcott, l'un des membres de l'expéditioa, demeuré au dépôt, avaitfait une belle collection de plantes et d'autres objets d'histoire naturelle, il avait également recueilli un vocabulaire de la langue indigène , mais les résultats de ces travaux ethnographiques si intéressants n'ont pas encore été publiés. La longueur du trajet accompli durant cette première excursion fut de 780 milles géographiques (de 60 au degré], soit 1,450 kilomètres environ.

Il suffît d'une balte de huit à neuf jours pour rendre aux chevaux leurs forces et pour rééquiper les voyageurs. Leur chef employa ce loisir à \a construction d'une esquisse de ses explorations et releva pnc partie de la baie de IHickol.

Totia les chevaux ayant de doutuu été ferréa, l'expédîtioii poursuivit les rechercbei; maii cotnnie UDe des montures avait péri eo chemin, il fallut nécessairement qu'un homme allât à pied. Au delà de la rivière Sherlock, on entra dans un pays nonveau , de vastes plaines s'ouvrirent au sud-est toutes envahies par d'affreux triodias avec de rare* oasis de plantes fourragères. Ces plaines sont limitées par des hauteurs rocailleuses où il n'y a que peu d'eau. Grégory dut y établir un dépôt par 21* 1 4' 2B" sud et lia" 44' est. Il découvrit, en compagnie de Brownetde Harding, un défilé traversant les collines vers l'orient, et à 50 kilomètres plus loin le lit d'une rivière considérahie, le Yule, qui vient du sud'Sud-est. La rivière offrait un coup d'œil charmant; des oiseaux de toutes espèces animaient le site par leur ramage bruyant, et il y avait de l'eau et de l'herbe en suffisance. L'eipédition transféra donc sur ce point son poste principal. Les canaux de la rivière se faisaient surtout remarquer par leur largeur; ses deux rives sont distantes l'une de l'autre de près d'un kilomètre. A sa sortie des collines, le Yule se penche vers le nord et semble se déverser dans la mer près du cap Thouin ou bien dans une des criques de palétuviers, situés par 1 15' Sty de longitude orientale.

L'expédition suivit les bords du Yule durant 30 kilomètres à travers de beaux pâturages alternant avec des terrains sablonneux où croissaient seulement des triodias et une sorte de gommier

rouge rabougri, i'euealyptm ealophylla des naturalistes. Parmi la multitude de bras, il fut difficile de trouver le courant principal de la rÎTière qui vient probablement de la contiouation des monts Hameralej <]ui s'estompaient vaguement dans le lointain. Un des bras secondaires du Yule conduisit dans une zone meilleure ; de temps en temps quelques rocbers de granit émergeaient du niveau de la plaine dont rien ne bornait l'étendue vers le sud. Puis Grcgory ayant de nouveau marché à l'est, il retrouva une région accidentée, nuiis un grand nombre de ravins renfermant des sources, il lui fut possible de pousser dans ce pays difficile jusqu'au delà du 117' méridien à l'est de Paris, où coulait une rivière avec de l'eau en abondance. Cette rivière reçut le nom de Strelley. Les formations granitiques prédominent aux environs ; le paysage est magnifique, et, au point où l'on a quitté les bords de la rivière, elle coule vers le Breaker Inlet. Le sol continua de rester pierreux et accidenté. Le 20 au soir, les voyageurs qui marchent toujours vers l'orient passent un grand nombre de torrents riches en herbe et campent dans une gorge bordée d'une paroi de rochers haute de 50 mètres. EUefut appeléeGlenHerringàcaused'uneespècede petits poissons semblaNes au hareng, qui habitent les flaques d'eau éparses dans ses parties basses. Ces lieux, vus dans la nuit, ont un charme qui impose. Un silence glaçant pèse sur la nature endormie. Aucun bruit, nul son ne la trouble, le regard se perd dans les

profondeurs, pas une voU ne répond aux soupirs de la brise; pas un être vivant ne remue. Le désert s'étend aux dernières limites derhorizon immense, infini; l'homme se sent seul et son isolement le trouble. Mais la création est belle sur toutes ses faces. Dans la nuit comme durant le jour elle a des spectacles dont la grandeur et l'harmonie su* blime transportent quiconque sait les sentir. L'heure avance, les astres versent sur la terre leurs paies clartés , les effluves montent de la terre aux constellations. La poésie du désert fait pour un instant oublier les fatigues, et si les soufirances du jour n'ont pas été trop fortes, le voyageur s'assoupit lentement, bercé par des illusions charmantes, rêvant de la patrie, des amis qu'il reverra, du bien que sa peine va faire rejaillir sur tous.

La gorge de Glen Herrin g s'unit, après un parcours de 12 kilomètres, avec une belle et large rivière coulant au sud du milieu d'immenses pâturages. A en juger par sa grandeur et son volume d'eau, le Sbaw, ainsi appelé du nom du secrétaire de la Société de Géographie de Londres, offrait un excellent moyen de pénétrer dans l'intérieur, mais la saison était trop avancée pour que ce projet pût £tre accompli sans que Grégory négligeât le but spécial de sa mission. Il le traversa avec regret et suivit un de ses affluents, car il devait avant tout résoudre la question de l'écoulement des eaux de l'Australie centrale. Le lendemain, l'expédition gravit un haut plateau dont l'ascension devînt d'au-

tant pini difficile aux chevaux qu'il leur fallut de nouveau redescendre dans des gorges rocbeueei, prolondes, dirigées vers l'est; toutefois ils atteignirent bientôt des plaines ouvertes qui s'étendaient vers le oord. Puis après avoir franchi plusieurs torrents de moindre importance, on atteignit le Grej, nouvelle rivière coulant au nord-est, et l'on établît le bivouac dans une jolie plaine couverte de pâturages (21° 18' latitude sud et 118* 10' longitude est). Ce cours d'eau reçoit plusieurs beaux affluents et il se forme de la sorte un fleuve d'une certaine importance, dont les rives constituent un pays éminemment favorable à l'agriculture et à l'élève du bétail. Abandonnant la rivière, la troupe continua à aller vers l'orient k travers une région élevée, quelquefois inclinée, où les chevaux eurent beaucoup àsoufFrirdes difficultés du chemin. Le 29 juillet au soir, elle s'engagea dans une large vallée remplie de p&turages, et dont le fond était occupé par la rivière Oakover et qui semblait promettre les mêmes avantages que le bassin du Grey. Le manque d'eau avait deux fois contraint Grégory â abandonner des chevaux en chemin, cette découverte permit de les sauver.

Le paysage, dans le voisinage du fleuve, était plein d'attrait, le site se présentait avec des couleurs charmantes. Au nord, des plaines ondulées couvertes d'herbes ondoyantes, tandis que la berge de la rivière était bordée d'une hsière de hauts cejeputs. Le feuillage touSu de ces beaux srbres pro-

dîgua aux voyageurs leurs frais ombrages durant les longues journées qu'ils employèrent à suivre les capricieux détours de la rivière.

La fatigue des chevaux fut cause que l'on ce traversa pas immédiatement les lignes de hauteurs de l'est. Le chef de l'expédition préféra remonter l'Oakover jusqu'en un point où il tourne subitement au sud-ouest (21''a3' 40" latitude sud et 1 1»° iS'.SO" de longitude est) et ; fit une balte d'un jour. Il se remit en roule le 2 septembre. Une plaine couverte d'berbe et de triodia fit place à des collines de granit aux pentes roides et d'une élévation relative de 100 à 150 mètres. Le pays reparut tout à fait plat au delà des collines. Toute sa surface présentait des dunes de sables mouvants très-remarquables lavées par l'eau, développées en lignes parallèles de quelques centaines de mètres et courant uniformémentdansla même direction nord 109* est. Le ventavaitfaçonné le sable en arêtes aiguës hautes (le 10 à 20 mètres.

Le lendemain, Grégory passa dans une des vallées dirigées à l'est-sud-est, mais le manque d'eau et l'épuisement des chevaux le contraignirent à revenir sur Ses pas ; les dunes se prolongeaient indéfiniment au delà. Un jour s'écoula encore avant que le précédent campement fût atteint avec la perted'un cheval : on réussit à en sauver deux autres en leurapportant de l'eau le soir. Une seconde tentative fut ensuite essayée par une partie de l'expéditioa, après rérection d'un dép6t. Ce nouvel effort ne fut

pas plus couronné de succès que le précédent. Ou alla au sud, durant l'espace de 50 kilomètres à travers un désert de sable, puis la fatigue, la sécheresse, l'épuisement contraignirent les voyageurs au retour après avoir encore perdu deux chevaux et une partie des bagages.

Par suite de la diminution du nombre des chevaux, et l'impossibilité croissante de . leur faire porter des fardeaux même modérés, les plus vigoureux ne pouvant supporter un homme que vingtquatre heures sans boire, la moitié de Texpédition se trouva démontée.

a A mon grand regret, dit Grégory, il me fallut abandonner toute tentative d'avancer plus vers l'est, bien que tous les indices présageassent l'existence d'une grande rivière à la distance de 60 à 80 kilomètres. L'inclinaison constante du pays, que nous avions remarquée pendant les dernières marches, la position géographique, les puissantes accumulations de sables mouvants, amoncelées dans la plaine par la mousson du sud-est, qui nous empêchèrent de pénétrer plus avant dans cette direction, appuyèrent la conjecture, depuis longtemps formée, que l'on trouverait dans cette région un fleuve considérable servant de déversoir à une grande partie des eaux de l'Australie intérieure. Sa découverte se rattache à l'un des plus graves problèmes de la géographie physique du continent, et dont la solution fut le principal mobile qui m'engagea à entreprendre cette expédition. La certitude que toute

tentative ultérieure me catiserait, DOQ-seulemeot des pertes, mais qu'elle compromettrait griiyemeot la sûreté de la mission, me fit abandonner la partie la plus intéressante de mon entreprise. Je me suis déterminé au retour seulement après avoir balancé avec un soin extrême toutes les difficultés, et dans l'intention de combler, autant que possible, les lacunes restant entre ce point et la baie de Nickol. »

Revenue auprès d'une mare du Davis, affluent del'Oakover, le 11 septembre, l'expédition campa aulendemain sur les bords mêmes de ce fleuve après avoir encore perdu un cheval. Le champ d'exploration le plus important devait maintenant être cherché au nord,. En conséquence, Grégory redescendit rOakover et suivit ses détours à travers des pâturages bien boisés par intervalles, surtout dans le voisinage immédiat de la rivière. Quand celle-ci a opéré sa jonction avec le De Grey, par 20"41'30"de latitude sud, et IIS* 1' de longitude est, les lits de ces deux cours d'eau constituent un beau fleuve large de 200 à 350 mètres. Malgré la sécheresse, le fleuve renfermait encore des mares et de longues nappes d'eau avec des poissons d'espèces variées, parmi lesquelles des anguilles que Grégory n'avait encore pas eu l'occasion de voir dans les autres rivières de l'Australie occidentalev

La rivière de Grey, dont on descendit le cours sur une longueur de 120 kilomètres, suivant une direction ouest-nord-ouest, reçoit plusieurs affluents

qui Tiennent du sud, entre autres le Shaw et le Strelley. Au confluent de ce dernier torrent (20* 16' latitude sud et 116* 4&' longitude est) il tourne au nord. Ses bouches forment un beau delta dont l'une des branches, longue d'une vingtaine de kilomètres, s'engage dans le Breaker Inlet, tandis que l'autre se jette dans la mer à l'ouest de Spit Point. Depuis la courbure du fleuve vers le nord jusqu'à la câte, le sol présente une alluvion féconde avec de hautes herbes exubérantes.

Quelques jours suffirent pour reconnaître le pays à l'occident de Breaker Inlet. Il fut donc convenu de revenir à l'embouchure du Strellej et de retourner vers le sud le long de celte rivière. Quatre journées de marche à travers des plaines, ouvertes d'assez maigre verdure conduisirent l'expédition au pied des collines de granit déjà aperçue6 auparavant sous le vingt et unième parallèle afin de se rendre ensuite à la gorge du Yule, Elle revit là son ancien campement. Plusieurs rivières qui s'écoulent au nord-ouest sillonnent la sone comprise entre le Yule et le Strelley ; quelques-unes d'entreelles ont 100 mètres de largeur. Il j avait de bons fourrages sur leurs rives et dans quelques vallées. Grégory perdit là un de ses chevaux et arriva, en longeant son ancienne route, auprès du Sherlock où il rencontra une douzaine d'indigènes, et revint à petites journées à la baie de Nickol.

Durant cette excursion, le trajet accompli s'éleva à 985 milles géographiques, ce qui porte l'ensemble

total des itinéraires k 1765 milles ou 326$ kilomètres.

Le délai nécessaire pour rembarquement des cbevaux fut employé à l'exploration de lu cdte nordest de la baie de Nickol afin d'y rechercher un emplacement favorable à la fondation d'un établiaaement. Grégory se rendit par eau au cap Lambert, sonda le fond, aborda en plusieurs points pour mesurer des angles, et s'appliqua surtout à trouver de l'eau potable. Par malheur, le succès ne répondit pas aux efforts des explorateurs. Il y avait plusieurs bons mouillages, mais l'eau manquait, lacâte était rocheuse et découpée de criques de palétuviers. Une partie du territoire que la carte de l'Amirauté relie au Gap Lambert, fut reconnue constituer une Ile. On lui imposa le nom de Dolphin.

Quand tout le matériel de l'expédition fut embarqué, elle mit à la voile et aborda à Freemantle, saine et sauve, le 9 novembre 1S61.

Le rapport de Grégory fiuit par quelques observations sur le caractère général, les produUs et les conditions naturelles de la région explorée. IVous donnons jet ces résultats en commençant par ceux qui se trouvent en rapport plus intime avec la géographie :

f Le pays que nous eûmes l'occasion de reconnaître, comprenant les bassins des rivières Ashburton, Fortescue, Sherlock, de Grey, Yule (I),

(f) Voyei Crej. 7>af »I» in Bfortk-fVeit ani ff^trtern Auttra lia. Ba 1U7-39, 3 toI. , LondoD , tSàl.

consiste en une suile de terrains s' élevant progressi-vement vers l'intérieur sur une étendue de plus de 300 kilomètres, plus ou moins trayersés du câté du rivage par descollines volcaniques. La bande la plus rapprochée de la mer présente une plaine presque uoie, large de 15 à 60 kilomètres, s'élevant légèrement vers le sud, à une hauteur de 12 à 30 mètres. En général le sot y consiste en une glaise légère, ou en argile forte, suivant qu'il est le produit delà décomposition des roches granitiques qui apparaissent çà et là à la surface, ou celui des noires scories volcaniques, qui interrompent souvent le niveau de la plaine. La plupart des tles élevées, éparses près du littoral, ainsi que le cap Lambert et le promontoire qui protège le bord occidental de la baie de Nickol, sont formées de collines de cette nature. Cette roche ne fournit pas une terre aussi féconde qu'on pourrait le présumer d'après son origine. Eu réalité, il n'y a pas de la lave véritable, mais la chaleur souterraine a seulement transformé en des scories vitreuses les roches primaires et tertiaires de la surface. La texture de ces scories possède un haut degré d'indestructibilité, et leur poids spécifique est de 3, 2.

a Vers l'intérieur, dans le voisinage immédiat de cette première zone, on rencontre durant 80 à 100 kilomètres une région granitique, qui, dans l'origine, fut recouverte par des grèshorizont-tux, et s'élevant à une altitude moyenne de 300 mètres. Elle court au sud en une vaste surface plate avec

UD sol fertile, produit de lu iiaute ré^on voisine. Vers sa limite septentrionale, le granit et le grés ont subi de grands cbangements sous l'effet de nombreux filons de trapps qui s'y sont injectés, en ont bouleversé la surface et ont engendré des roches ffiétamorpbiques ressemblant tantôt au jaspe et tantôt tout à fait cellaleuses et scorifiées.

• Une nouvelle terrasse plus élevée encore apparaît par 22° de latitude sud, sous le méridien delà baie de Nickol ; elle se dirige vers le sud-est, et se trouve à une attîlude moyenne de 750 mètres audessus du niveau de la mer. Contrairement au gradin précédent, elle a un ver^nt méridional de lâO à 200 mètres, et consiste en grès borizontaux et en conglomérats qui ont subi peu de cbangements relativement aux formations voisines. Leur étendue varie entre 12 et 16 kilomètres. Le bord méridional de cette zone est limité par des vallée'j fécondes avec une forte argile glaiseuse, et qui montent insensiblement au sud vers des bauteurs et des collines considérables. Quelques-unes de ces sommités ont une élévation de 1,200 mètres, le mont Bruce en est le point culminant par 22° et demi latitude sud. De là le pays s'incline en pente uniforme jusqu'à l'Asbburton,dontle lit est situé sous le méridien de la baie de Nickol, à 480 mètres audessus du niveau de l'océan , tandis que les bauteurs environnantes ne dépassent pas 660 mètres. Ces contrées ont par conséquent un niveau égal aux terres du Gascogne, du Lyons et du Murcbison supérieur.»

Le pajs u'est pas rirhe en minéraux utiles, car Grégory y découvrit seulement du fer. Des traînées dequartz sillonneat le sol d'espace en espace, du nord - nord -est au sud-sud-ouest, ou bien dans la même direction que tes filons de la baie de Champion. En aucun point de ces districts, on ne vit des indices qui donnassent l'espoir d'y trourer de l'or ; sous ce rapport les provinces du sud de la grande Ile, ou même le bassin du Murcbison, sont plus favorisées. L'expédition doute aussi de la présence de la houille dans le pays exploré ; mais nous pensons que son jugement n'est pas définitif et que les recherches à venir donneront de plus heureux résultats. (1).

Pour ce qui concerne la conformation du littoral, Grégory ne décrit guère que la baie de Nickol et le mouillage de l'tle Rosemary. La première ne semble inférieure qu'au King-George's-Sound, car l'accès en est possible en tout temps, parle nord aussi bien que par le nord-est, et l'on est fondé à croire qu'il existe un passage entre les iles Legendre et Dolphin, au détroit de Mermaid, où il parait se trouver un port excellent en toute saison. Les sondages opérés pendant la marée, d'un bord à l'autre delà baie de Nickel, donnèrent à une encablure du rivage une profondeur suffisante pour des navires d'un tonnage considérable. Le fonds est constitué de sable fia et d'un limon mou. Dans l'enfoncement (!} Grdgorj Tll du Indien de houille 1 l'oual, lors de kb prd-

de la baie, l'eau est beaucoup plus buste, puisqu'cm n'y observe à 3 kilomètrcB de la plage que deux brasses de profondeur, mais il n'y a de récifs que tout près de la côte. A sa reconnaissance du promontoire occidental, Grégory découvrit que l'extrémité de cette longueur de terre, située au nord de Sloping-Head, formait une lie séparée du continent par un petit canal d'une largeur moyenne d'un kilomètre environ. Nous avons déjà dit plus baut que cette ile fat appelée Dolpbin. Les alternatives du flux et du reflux sont assez régulières et s'élèvent d'babitude à 4,50 mètres; cependant quelques grandes marées montent jusqu'au delà de 6 mètres. De vastes espaces sont alors submergés, et il se forme un canal allant de la baie jusques vis-àvis de l'Ile d'Enderby, séparant de ta terre ferme toute la partie occidentale du promontoire, ainsi que les hauteurs qui s'élèvent à plusieurs kilomètres vers l'ouest. Cette circonstance diminue de beaucoup la valeur des ports, car il faudrait construire une cbaussée artificielle de trois kilomètres pour relier le point le plus facile à aborder, où il y a de l'eau, avec le continent.

La déviation moyenne de l'aiguille aimantée fut de 1° est, dans le voisinage de beaucoup de collines volcaniques une attraction locale considérable se fait sentir.

Pendant un séjour de cinq mois sur la côte, l'expédition n'eut pas autant à souQ'rir du climat que souvent dans les districts colonisés de l'Aus-

tralie. Le temps fut généralement beau, le ciel limpide, etil n'y eut que deux orages, l'un à la fia de mai , l'autre en juin. Des observations faites à k baie de Nickol, d'heure en heure, on peut déduire les températures suivantes ;

lUiiiMim. MiDinon.

Mai 27* centigrades. 18* centigrades.

Juin 2< 17

Jaillel 26 13

Août 27 12

Seplembre.. . . 28 18

Octobre 33 21

Un thermomètre, exposé durant les chaudes journées d'octobre sur un banc de sable, monta, au soleil , à 8 1" centigrades ) tandis que la température la plus basse fut observée en juillet sur les collines, où le mercure descendit peu avant le lever du soleil, à 2* au-dessous du point de congélation de l'eau. Pendant les quatre premiers mois, le vent souffla presque sans interruption de l'est et du sudest, tournant au sud-sud-est, au sud, et quelquefois au nord-est. Vers lu fin du séjour, les brises du sud-est prédominèrent au matin ; dans l'aprèsmidi, celles du nord-ouest et de Touest se firent sentir. Le ciel se couvrit souvent à celte époque, et tous les présages de la saison pluvieuse apparurent. Suivant les observations d'autres voyageurs, les pluies commencent dans cette région dans les premiers jours de novembre, et continuent à tomber jusqu'en mars.

Parmi les produits naturels recneillis, il faut ci-

ter tout d'abord les huîtres perlières, à cause de l'importance commerciale que cet objet est lrès> certainement uppeléà prendre. L'équipage du Dolphin en réunit pendant ses beures de loisir une quantitéconsidérablr, d'une valeur totale de 13,000 à 15,000 francs, saus compter les plus belles perleSj au nombre desquelles s'en trouva une du prix déplus de 600 francs. Les limites du banc où l'on pèche ces mollusques ne sont pas encore déterminées, mais il est probable que les vaisseaux munis d'un appareil spécial en trouveront bien vite un chargement.

Le bois de santal a une odeur très-forte près de la côte; mais il croît en quantité trop minime pour devenir l'objet d'une exportation suivie. En fait de fruits indigènes, Grégor; remarqua ceux d'une sorte d'adansonia, le gouty stemmed tree de Grey, proche allié du baobab d'Afrique. Il y a aussi des pastèques et des melons doux, semblables k ceux qui croissent près de la rivière Lyons, bien que plus gros; une petite courge, des figues sauvages d'un goût agréable et beaucoup de pruneaux fort doux.

Les palmiers des rives du Fortescue sont beaux, leur tronc atteint une taille de plus de douze mètres, mais l'espèce en reste encore à déterminer. Quant au tabac, il croît en plus grande abondance dans le bassin du Lyons ; les indigènes le recueillent, le préparent, le mâchent sans qu'on les ait jamais vus fumer. Grégory réunit une colleclion de

M - ^e1les fleurs pour les souineltre à rexiimen de plusieurs botanistes distiogués.

Parlant de la colonisation du pays, Grégorj s'exprime en ces ternies : a La superficie totale des pâturages peut être évaluée à plus d'un million d'hectares, dans la contrée que j'ai parcourue; et sur ce nombre, 80,000 hectares sont certainement propres à la culture. La partie la plus importante des terres de cette nature se trouve au pied des deux versants des monts Hamersley, sur les. bords de la rivière de Grej et de ses affluents, et dans le bassin du Sherlock inférieur. On considère généralement cette région comme impropre à la production de la laine, parce qu'elle est située sous les tropiques ; je puis faire observer que son élévation au-dessus du niveau de la mer, agit probablement contre une dégénérescence des moutons, semblable à celle que l'un constate dans d'autres contrées tropicales. Dans la province de Queensland, on a amenéles moutons sous les mêmes latitudes, et nous n'entendons pas les producteurs de laine de cette province se plaindre de dégénération.

« Quant k la culture des céréales, il est en yérité très-probable que le froment et l'orge n'arrivent pas à la même perfection que dans les zones plus tempérées de l'Australie. Toutefois on n'a aucune raison de douter que le pays ne produise la quantité de grain nécessaire à la nourriture d'une population considérable. Cependant il paraît être le plus propice à la culture du cotonnier. D'après ce que

j'ai vu lur la culture de celle piaule en Egypte, et ce que j'en ai appris en Angleterre, je suis convaincu qu'une partie très-importante des terres cultivables des bassins des rivières de Grey et Sherlock, oOrent les terrains les plus favorables pour la production de ce précieux textile n (1).

L'etbnograpbie a peu profité de celle exploration. Le voyageur n'a recueilli qu'un petit nombre d'informations sur les indigènes del'intérieur; leurs armes et leurs ustensiles étaient en tout semblables à ceux des tribus qu'il avait rencontrés durant ses premières courses, et rien ne les dislingue d'une manière sensible des Australiens qui nous sont déjà connus. Toutes les tribus n'observent pas les mêmes usages funéraires, et nous avons parlé autre part de ces bocages de ïa mort si pleins d'une triste poésie, qui jadis dans l'Australie du sud, marquaient la terre patrimoniale de ces nombreuses tribus dont Mitcbell nous a dépeint la misère avec des couleurs si brillantes. Vers l'est, celles qui habitent le cours supérieur de la rivière Thomson, enterrent leurs morts et déposent sur la tombe uu amas de bois; ailleurs elles les suspendent dans des espèces de filets qu'ils emportent avec eux. D'autres encore les placent au-dessus de quelques branches d'arbres recourbées et fichées en terre avec une peau de kanguroo pour suaire, Des bandes de chiens sauvages rôdent à l'entour disputant ces lamentables

(1) H. Gr^r; u propose de publier proehalDRnent un trarail fpédil MIT la culture dn cotoanter en Auttnlie.

— 9Î — restes h des oiseaus rapaces ; e( les noirs, loin d'empêcher les vautours de dévorer les cadavres, les appeU lent au contraire cooune des visiteurs bienfaisants. Toutes les recherches de Grégory ont eu la terre pour objet; il parle peu de l'homme. Cependant, « comme le nombre et le caractère des indigènes peuvent exercer quelque influence sur la colonisation d'une contrée, il dit, que iices gens, si on les traite avec adresse et d'une manière bienveillante, ne seront pas un embarras bien grave. Leur nombre est faible. Ils paraissent se laisser employer volontiers par les Européens, et deviendront en peu de temps aussi utiles que dans les autres districts. Pour la taille, ils dépassent un peu la grandeur ordinaire; quelques-uns ont 2 ou 3 pouces »u delà de 6 pieds.»

Voyage de Sluart au goife de Carpentarie, 1862-

Burke n'a pas été un bushtnan expérimenté, c'est là sans doute la cause principale de sa catastrophe. Il ne sulBt pas seulement du courage pour surmonter les obstacles d'une terre inconnue; tes plus brillants succès ne sont pas toujours le résultat d'une science profonde. Afin de tirer d'une expédition tout le fruit possible; l'expérience de la vie du désert est absolument nécessaire; le voyageur doit avoir l'habitude du milieu qu'il veut braver, il lut faut une connaissance suffisante de la nature du sol et de ses

productioDS, du climat, des alterDati^es de tempe* rature, de ta cod formation du pays, de ses daugers probables et des ressources qu'il peut offrir; il faut surtout, quand on est cbef d'expédition, savoir se concilier rattachement des bommes placés sous ses ordres.

Ces qualités se trouvent réunies à un degré éminent dans la personne du plus fécond et du plus intrépide des explorateurs de l'Australie. Jobn Mac Douai Stuart fut le compagnon de Sturt dans un pénible Toyage à travers les déserts au nord-ouest du lac Torrens. Ses reconnaissances dans la région des grands lacs au nord du golfe Spencerne furent pas moins fructueuses que ses voyages à travers les parties centrales du continent jusqu'aux rivages de la mer de Timor, voyages poursuivis pendant trois années, malgré des dangers sans nombre.

Parti d'Adélaïde, la belle et florissante capitale de l'Australie du Sud, au commencement de l'année 1860, avec deux compagnons et un certain nombre de chevaux, Stuart arriva dans les premiers jours de mars sur tes bords de la crique de Ghamberset s'avança ensuite à l'intérieur sur une route encore inexplorée. Son itinéraire, bien que les rares positions géographiques qu'il a déterminées ne peuvent être regardées comme étant d'une exactitude rigoureuse, est compris entre 131' et 133° de longitude orientale de Paris, et s'étend jusqu'aux environs de 19° de latitude sud. Il pénétra, au prix de mille fatigues, par le centre du continent jusqu'à

94 — otoias de 500 kilomètres de la rivière Victoria et à environ 2,600 kilomètres d'Adélaïde. Les découvertes accomplies duraot ce brillant voyage mirent fin à bien des hypothèses surlaoalurede l'intérieur du continent. Loin d'être un désert aride, Stuartle réprésenta comme un pays partout praticable, avec une grande variété dans sa conformation. L' expédition vit des montagnes et des vallées alternant avec desplaines, des forêts, debeauxarbres, dessources et de vastes pâturages, mais elle ne trouva aucun Qeuve important. Stuart rencontra des indigènes à diverses reprises : c'étaient tous de grands et beaux hommes bien musclés, hardis et courageux. Uo soir, les nègres, réunis en grand nombre, attaquent les voyageurs et mettent le feu aux hautes herbes en poussant d'horribles clameurs ; la petite troupe ne peut résister à tant d'ennemis, elle est obligée de battre en retraite. Son chef s'écrie avec amertume : u Si ma vie était ou devait être le seul sacrifice, je serais heureux de mourir pour la solution du problème que je me suis posé ; mais il semblait que je ne devais pas atteindre le but. • Et quelques jours plus tard, au moment où Stuart revint sur le Bonney Greek, après avoir (enté encore UD efiort inutile vers le Victoria, « nos espérances ne sont éveillées un instant que pour être détruites par des déceptions plus cruelles. Tous les tourments et tous les maux semblent devoir m' accabler à la fois. Une escorte de quelques hommes et des provisions pour six mois eussent sutH pour remporter quelques suc-

c^ê, mais j'ai fait tout mon possible et ne puis plus rien (1) ! «

Une seconde tentative pour pénétrer jusqu'au golfe de Carpentarie, en I86I, ne fut pas plus heureuse : de vastes espaces de sables anhydres, des foréis, d'impénétrables fourrés, ne lui permirent pas de dépasser le réservoir de Newcaslle-Waler. Le 5 avril de l'année suivante , nous retrouvons l'intrépide pionnier en ce même point, toujours ardent et animé d'une confiance nouvelle. Cette fois il est plus fort que les obstacles que la nature et les hommes lui opposent.

Plusieurs reconnaissances faîtes autour de ces réservoirs pour découvrir un chemin praticable à travers le bois, n'aboutirent pas. Toute issue était fermée au nord et au nord-est. Stuart essaya ensuite de pénétrer par l'ouest au fleuve Victoria. Il avança de ce côté jusqu'à une distance d'une centaine de kilomètres, sans mieux réussir que dans ses précédentes tentatives. Le chemin passait à travers des campagnes plantureuses, au milieu desquelles les indigènes avaient creusé un puits; mais ces prairies étaient suivies d'une forêt vierge avec des buissons impénétrables, des herbes tranchantes et un sol absolument desséché. Durantcette excursion, Stuart remarqua que les indigènes ont l'habitude de faire des entailles dans l'écorce des arbres, le long de leurs sentiers, probablement pour

(tj Voyez le» j^tuialei de* Voyagei de julllel ISfll.pp. 3B-?fl: EspJiNCion At Stvmrt dant l'ImlMinr dt Fj/uitralit , 1S60.

ne pas s'égarer dans les solitudes sans eau. La chaleur fut insupportable pendant ce temps ; les feux ionombrables que les indigènes allumaient dans les bois, la rendirent plus intense, et mirent souvent en danger hommes et bétes. Néanmoins les relations des noirs avec l'expédition furent toutes amicales.

Sur ces entrefaites, les voyageurs transférèrent leur campement aux sources de Howell, situées au nord de Newcastle-Water. Stuart abandonna dé6nitivement son projet de se rendre à la rivière Victoria, et résolut de tenter un nouvel essai au nordest. Cette fois, en se tenant plus du côté de l'orient, il réussit à atteindre une contrée riche en herbe, parsemée de mares nondireuses. Plus loin, se trouvait même un ruisseau considérable, — le Daily- Water, — avec de l'eau permanente. On suivit ce cours d'eau durant 50 kilomètres, à travers une zone de broussailles qui, dans cette direction, n'étaient pas excessivement serrées. Stuart conjecture en ce ruisseau une des sources de la rivière Wickham, qui se déverse dans le golfe de Carpentarie.

A partir de ià, la contrée continue à devenir meilleure. Le rapport parte d'un « pays revêtu de magnifiques pâturages, de beaux eucalyptes et d'arbres de diverses essences croissant sur un sol rouge et fécond, n Puis, jusqu'aux rives de la rivière Strangway, par 16" de latitudesud, on vit de larges plaines formées d'une alluvion noirâtre, couverte d'herbes exubérantes. La partie supérieure de celte

rivière «tait complètement desséchée et toute pierreuse ; cependant de profondes mares ne tardèrent pas à paraître et conduisirent les voyageurs à la rivière Roper, découverte par Leichbardt, avec laquelle elles s'unissent. Dans la vallée du Strangway , se trouvèrent une multitude de plantes et d'arbres nouveaux et les eaux étaient peuplées de grands et d'excellents poissons. Une nombreuse population d'indigènes demeurait à l'embouchure du Strangway; ces pauvres sauvages firent aux voyageurs un accueil pacifique, puis ils les suivirent à distance, allumant de temps eo temps l'herbe sèche, de telle aorte que Stuart se défia un peu de leurs intentions.

La relation de Stuart dépeint le Roper sous les couleurs les plus brillantes et cette rivière doit être en eilet magnifique pour l'Austratie. Ses rives escarpées et les épais bouquets de palmiers qui t'enlacent en rendirent néanmoins le passage difficile et un cheval se perdit dans un des profonds canaux latéraux, le long du bras principal. Du Roper, que Stuart rencontra par 15* lO*, non loin de l'endroit où Grégory s'était avancé en 1856, venant de l'ouest (1), l'expédition suivit une direction nordnoid-ouest vers la côte. Cette partie du voyage fut très-raboteuse. La première étendue consista en grès et en roches ferrugineuses, qui enveloppent et traversent les sources du Roper, faisant bientôt

( I) Il u'est pu belle de reconiultie ce bru dan» la relation da Grigory el qui eit peul-jtra identique arec te Drf-RlTer de U carte de ce Tojigflur.

place à une vaste haute plaine avec des cimes isoléea et de rares cours d'eau. Une région basaltique cmdalée et silloBoée par des criques et des collines nombreuse* teuchait à la lisière occidentale du plateau. L'expédition marcha dans cette aone jusqu'au bord de la rïiiàre Adélaïde;

La «allée de cette rivière charmante, dent le aom rappelle celui de la capitale de la eolopie de South Australia est remplie de choux palmistes^ de pandanus, de bambous, de pins. L'eau, qui, dans la partie supérieure de son cours a une oçotaine de mètres de large, augmente en peu de temps de beaucoup vers l'embouchure, à tel point qu'elle atteîtal près d'un kilomètre de large. Dans le voisinage de la eâte, d'immenses marais, au sol mouTant^ forcèrent les explorateurs de quitter Ifis bords de la rivière pour se diriger vers l'est. Maintenant la mer est proebe , nous laissons k Stuart le soin de raconter les premiers instenis qui suivirent la découverte de l'Océan :

a A l'exception de Thring et d'Âuld, Je ne dis à personne que nous étions dans le voisinage iounédiat de la mer, car je voulais ménager à la soeiété une surprise par son aspeet. Nous marchions sur un terrain léger, un peu élevé, avec des pierres ferrugineuses à la surface, tandis que les roches volcaniques apparaissaient de part et d'autre, au sein de quelques plaines d'alluvlon noir&tre. Les arbres deviennent plus petits et buissonneux, indiquantle voisinage de la mer. A douze kilomètres nousattei-

gnons une large vallée, le sol est inoodé et revêtu de longues herbes : déjk on distingue le murmure de la mer. Sur le côté opposé de la vallée, dont la largeur atteint bien 400 mètres, crott une épaisse lisière d'arbres touifus et trèi-serrég formant la limite du rivage. Nous passâmes le vallée et nous approchâmes du fourré qui était un véritable laasis de plantes grimpantes. Je fis arrêter les chevaux, pour frayer un chemina travers lefourré et m'avançai de quelques pas vers le riva^ où l'aspeot des flots de l'Océan indien, dans le golfe de Van Diemen , me réjouit et me ravit, avant que les hommes restés en arrière avec les chevaux se fussent doutés de sa proximité. Tbring qui allait en avant s' écria : la mer! ce cri surprit tellement nos compagnons, qu'il fut obligé de répéter plusieurs fois son appel, avant qu'ils en eussent saisi le sens, puis sa voix fut couverte par une acclamation générale. ■

La mer est là en eUet, Stuart a atteint le but suprême de trois années de souffrances et d'eflorts. L'expédition est confondue de joie et d'admiration, elle est muette en présence de cet immense spectacle. Le silence des voyageurs répond au murmure de la mer, leurs pieds sont mouillés d'écume, mille lames brillantes se croisent et se brisent en courbes ondoyantes, elles gémissent et viennentmourir sur les galets et le limon du rivage.

C'étaità l'heure du reflux, Stuart reconnut qu'il serait impossible d'amener les chevaux jusqu'au point où il s'était avancé. Il les fit arrêter etper-

mit à sa lroup« de venir jusqu'au rivage pour voir la mer. u SuivaDt ma promesse au gouverneur Sir Richard Mac Donne1l,contiDue Stuart.je plongeai les pieds dans l'onde et je me lavai le visage et les mains. Bien que le limon eut recouvert tous les coquillages, nousen recueillîmes quelques-uns. Après que toute la société eut passé quelque temps au rivage, ce dont elle se réjouit beaucoup, je retournai vers la vallée et je as graver mon chiSre dans l'écorce d'un grand arbre parce que je ne voulais laisser mon pavillon qu'à l'embouchure delà rivière Adélaïde. Je suivis ensuite la vallée dans une direction sud-est et j'atteignis après deux kilomètres une petite rivière avec de l'eau courante. Comme la vallée était remplie d'une verdure magnifique, j'y établis mon campement à cause des chevaux. Sous la conduite de la divine Providence, il me fut ainsi possible d'atteindre le but principal de l'expédition et de traverser les contrées les plus magnifiques que puisse souhaiter un homme. Mes compagnons sont témoins de mon œuvre. Le pays est beau jusqu'à la côte et un fleuve d'eau courante la traverse. Depuis notre départ de Newcastle-Water mes nombreux chevaux ont été une seule nuit sans eau, encore en ont'îU trouvé dès le lendemain malin. Quand cette contrée sera colonisée , elle vaudra les plus belles possessions de la couronne, car elle est susceptible de toutes sortes de culture. Quel beau paffs pmir la plantation du cotonnier ! a Stuart atteignit la côte le jeudi 24 juillet. Il re-

marqua, d'après les nombreux sentiers allant dé la vallée à la côte, que beaucoup d'indigènes y demeuraient, bien qu'il ne vit que leurs traces et leurs campements abandonnés. Le cbou palmiste et d'autres arbres du même genre abondaient dans les bois. La crique qui traverse la vallée fut appelée Charlescreek par Stuart, elle déverse dans la mer l'eau de sources nombreuses par 12° 13' 3" de latitude sud.

Le point où l'expédition toucha à la côte est un promontoire que la carte de l'amirauté, dressée à l'aide des relèvements de King, de Wickbàm, de Stokes, montre sur le rivage méridional du golfe k 60 kilomètresàl'est du cap Hotbam, précisément au sud du cap Don. La longitude que Stuart assigne à l'emboucbure de la rivière Adélaïde, difière seulement de quelques secondes de celle de Wickbam, qui la découvrit.

Afin de reconnaître si un chemin contourne les marécages, Thring fut dépéché au sud-ouest, mais Une tarda pas à revenir en affirmant que l'embou- <^ure de la rivière n'était pas accessible de ce cdté. Comme cette embouchure était connue, Stuart jugea inutile d'user les forces de l'expédition dans une tentative pareille, à cause du long chemin qui restait 3 faire pour revenir à Adélaïde. Les voyageurs franchirent donc la crique et ne réussirent qu'avec peine à dégager un de leurs chevaux qui s'enfonça dans le marais. A en juger par les nombreux coquillages épars à terre, le point de la càte où vint Stuart devait être fréquemment inondé. Stuart

choisit alors l'arbre le plus élevé situé à quelque distance, en fit couper les branches inférieures et attacher à son sommet le drapeau briiantiique BU milieu duquel était brodé son nom. Toute la société poussa trois hourrahs enthousiastes et les membres de l'expédition se félicitèrent récipt-oquement de l'heureux succès de leur entreprise. Puis Stuart enterra au pied de l'arbreubé boite enfer-blanc hermétiquement fermée, avec une courte relation de son voyage. Le document porte que la baie voisine reçut le nomd'Elisabeth, en l'honneur de Miss Chambers qui avait offert k Stuart son drapeau. L'expédition repassa la crique et vit beaucoup de traces d'indigènes; les noirs allumèrent les hautes herbes, mais elle ne fut pas inquiétée.

Le retour fut signalé par de nombreuses rencontres avec les indigènes et par l'aggravation de la maladie de Stuart. Peu à peu les noirs s'enhardirent, ils vinrent en grand nombre, agitant leurs armes et jetant leur cri de guerre. Cependant la ferme contenance des Européens et quelques coups de feu tirés de temps en temps suffisaient pour !«• tenir à distance.

Les habitants dd cette partie de l'Australie ne- 6rent pas sur Stuart la même impression que ceux aperçus lors de ses premiers voyages à l'intérieur, il le* décrit comme une race petite, maigre, d'apparence chétive.Ls portrait présente lin contraste désavantageux avec celui des hommes superbes qui, deux ans auparavant, ont repoussé le voyageur des

borda de l'Attack-creek. Un jour od surprit ud groupe de femmes et d'enfants occupés de la préparation de leur repas. L'aspect des Européens efiraya tellementces malheureux, qu'ils poussèrent dehaUts aisetprirenl la fuite, abandonDantleUrs ustensiles. Parmi ceux-ci, il y avait une sorte de hache (}ue les sauvages avaient fabriquée avecle gond d'une porte. Stuart laissa ces instruments iatat:ts et |>oursuiTit son chemin k long du Roper; qui est là une belle rivièi^ courante, profonde et large de 30 mètres. Aucun indigène ne sfe Ufontra bbz environ^ delà ri-' vière Attack^

Au commencement de septËmbrei la maladie de Stuart augmenta dans une proportion effrayante, à peine le voyageur put-il aller plus loin : It Ce matin ^ éctit-llle 10 septembre, je me porte de nouveau très-mtti iet je doute d'atoir aisÉz de force pour atteindre les districts habités. S'il m'arrive malbeur, je suis prêt & tout, — moti plan est achevé, tous les joilrs j'écris mon journal, de sorte qu'il De pourra y avoir aucilh doute sur le irésultat de mon voyage. Le chemin le plus difficile est fait et mes compagnons connaissent assez bien le reëte pour ne courir aucun rlSqUe de s'égarer, n Cependant cette nature vigoureuse s'affaiblit dé jour en jour, de manière que Stuart lie put bien tAt plus se tenir en selle. Il fallut le coucher dans une espèce de palanquin affermi entre deUx chevaux. Lé 27 DctobrCi il eut un actes de toilx accompagné de crachements de sang qui le conduisit k la dernière

extrémité. Il ordonna de tuer un cheral, afin qu'on lui fit du bouillon et pour que ses compagnons eussent de la viande fratche.doQt il ne pouvait manger lui-même à cause du scorbut. Deux jours après la crise atteignit son degré suprême, Sluart la supporta et dès ce moment il y eut une amélioration sensible. A la diate du S8, nous trouvons dans le journal ces tristes paroles : ■ Auld passe la nuit à c mon chevet et me dit que mon baleine exbale une « odeur cadavérique. Quel cbangement entre ce « moment et le jour où je quittai Adélaïde ! . — ma « main droite presque impotente depuis l'accident « qui m'arriva au départ; aveuglement complet a après le coucher du soleil, bien quelaluneéclai- • rftt assez les autres,et presque toute une journée « sans avoir la force de voir : mes membres si faibles a qu'il faut que d'autres me portent, mon corps un « squelette, ma force celle d'uD enfant, — un triste « etmisérable débris d'uneépoque antérieure, a

La persévérante énergie de Stuart triompha des obstacles. Son appréhension que la crise était passée se réalisa, et dès lors la rédaction de son journal reprit une teinte plus sereine. Le 10 décembre l'expédition atteignit le montStuart et peu de jours après, elle trouva les premières stations des squatters.

La contrée à partir du Roper jusqu'à la rivière Adélaïde et àla côte est parfaitement propice pour la colonisation européenne. Le climat en est supportable sous tous les rapports et la terre d'une bonté remarquable. 11 y a du bois en abondance, le gom-

mier, ]e bois de fer, le stringybark atteignent sur le bord des miéres une élévation de 15 à 18 mètres et se font surtout remarquer parmi les arbres de diverses essences. Dans toutes les directions, le sol est sillonné de sources et de cours d'eau et bien (jue pendant toute la durée de l'expédition il n'y ait eu ni orage, ni forte pluie, Stuart a passé seulement deux nuits sans avoir de l'eau en suffisance. Cela prouve assez la permanence des rivières et il n'y aurait pas de difficulté sérieuse de conduire un troupeau de chevaux à travers le continent en toute saison.

Plus heureux que Burke, Stuarl eut constamment 3 se louer dans les circonstances pénibles de son voyage de l'absolu dévouement de ses compagnons. Il était accompagné de dix hommes, et parmi eux MM. Keckwick et Thring, qui avaient déjà été avec lui dans ses précédents voyages,

Adélaïde fit k l'expédition un accueil magnifique etbien mérité. Cependant, si l'on ne considère que le résultat principal de cette mission, qui est la traversée complète du continent du sud au golfe de Carpentarie, elle n'amena pas autant de découvertes nouvelles que les deux précédents voyages de Stuart. Les travaux deLeichardtetd'A.ug. Grégory avaient déjà dépeint le caractère de la terre d'Arnbeim qui comprend presque en entier la partie nouvelle de aa route (1).

(1) Voyei ['jidtUMt Obitntr du 90 dteembr* IBOS, <t la Gn-manta de Helbouroe du SlJauTicT ISBS.

L'Atulralie oeàdmtale. — Voyage it Dempiter et de Clarkson.

Les parties occidentales de l'Australie déjà reconnues sont soumises à des alternatives de sèche* resse et d'inondation ; absolument anhydre en été la contrée dis parait sous les eaux durant les mois dte la saison pluvieuse. Toutes les rivière* qui l'arrosent sont de nature torrentielle, elle ne possède aucun grand fleuve permanent, pas une de ces artères puissantes qui sont pour un pays une source de vie et de fécondité. Et cependant en hiver tê voyageur y découvre des masses d'eau graddes comme le lac de Genève, des fleuves impétueux, mugissant comme te Rhin après la fonte des neiges. Mais ces flots passent vite: fleuves et lacs s'écoulent et se dessèchent pour ne plus laisser voir après un court intervalle que des bassins recouverts de croûtes salines t des lits profondément découpés avec des mares peu considérables dans les basfonds.

Un plateau d'une élévation moyenne de S(Â) à 600 mètres constitue tout te pays compris entre la c6te méridionale et la rivière Ârrowsmith, Le plateau est découpé par quelques cimes isolées et de petites chaînes hautes de 300 à 600 mètres : les monts Keats et William, au sud dePerth, ont une

altitadede lOSO mètres au-Mlessus du niveau de la mer. L'iacliDaisou de ces plateaux, u'est pas favorable à un grand développement du système fluvial. Cbaque orage occasionne des torrents qui a'icoulent et se perdent rapidement, les eaux s'accumulent dans les plaines, elles inondent de vastes espaces, puis à mesure qu'elles s'évaporent, des marais se forment et se recouvrent d'incrustations salines. Les mares qui persistent ne sont d'aucune ressource, souvent même hommes et bétes disparaissent dans les marécages en s'avenlurant sur la croûte de sel solide dont ils sont recouverts. La vie semble bannie des districts d'alentour On n'y voit qu'un petit nombre de kanguroos, de reptiles et de mai:?upiaux, parce que d'incessantes inondations ne leur permettent pas d'y demeurer. La rivière filackwood semble être le plus abondant de ses cours d'eau et toute la contrée ne peut guère être utilisée que comme pâturage.

Au nord de la rivière Ârrowsmith et du moDt Kenneth une plaine inclinée remplace les plateaux de la partie sud de l'Australie occidentale. Cette nouvelle sotie comprend les bassins des rivières Murcbison et Gascoyne. Ses points culminants se trouvent Vers l'intérieur i les lacs salants, les mares des plateaux et des plaines du sud ne reparaissent plus. Le littoral montueux compris entre l'embouchure de la rivière ArroTrsmith et celle du Murcbison constitue une terre riche et fertile, tandis que des plaines désolées, monotones, unies, recouvertes

seulement d'impéaé trahies fourrés, s'étendent de là juEiju'à la rivière Gascoyne le long de la c6te. Outre ces beaux piturages, cette zone, maintenant appelée district de Victoria, présente de vastes espaces susceptibles de culture, ses plantations de cotonniers ont donné d'excellents résultats et l'exploitation de ses richesses minérales, celle du cuivre et du plomb notamment, promet un succès rapide. lies plaines littorales situées entre le Murchiion et la Gascoyne présentent un caractère tout opposé, du moins à en juger par les eSorts tentés pour les reconnaître. Austin surtout la dépeint'avec des couleurs bien sombres, nous espérons toutefois (}ue des explorations futures y développeront des perspectives plus consolantes.

Si l'on aborde l'intérieur de cette zone par le sudest, comme Austin l'a fait en 1854, on ne tarde pas à trouver vers le vingt-huitième parallèle les traces du kanguroo rouge {Osphranter ru/Us) qui est en même temps le plus beau spécimen de son espèce et Je plus grand mammifère de l'Australie. Cet animal singulier ne fréquente que des contrées très-plantureuses et sa présence est considérée comme un indice certain de la proximité de pAturages fertiles. Comme on fut longtemps sans le voir dans les comtés du sud'est de l'Australie on pensa que son séjour était confiné dans les parties orientales du continent. Austin découvrit le premier ses traces aux environs du mont Kenaeth, elles consistaient en des sentiers bien battus larges d'un demi-mètre.

Son apparition fait bien augurer aux colons de la nature de l'intérieur de la grande Ile, ils en détluiseut l'existence de terres fertiles allant de l'est à l'ouest ou du moins celle d'une chaîne d'oasis qui s'étend d'une mer à l'autre.

Les indigènes se montrent également en plus grand nombre dans les districts où la chasse est productive. Durant ses voyages, Austin vit un camp d'une étendue considérable non loin du grand lac salé qu'il découvrit par 27* 30' de latitude méridionale : il y avait des débris de kanguroos épars autour des feux et on avait creusé des fosses près des sources pour la capture du gibier. Au delà de ce point, Austin franchit pendant une marche de 70 kilomètres quatre affluents de la rivière Murchison, tous remplis d'eau douce, en opposition des autres cours d'eau de l'Australie occidentale, de nature saline pour la plupart. En aucun lieu le kanguroo rouge, l'ému, le turkeys et »vec eux les indigènes, ne parurent en aussi grand nombre que dans le voisinage de ces quatre petites rivières et le voyageur pense que les habitants de l'intérieur descendent sur leurs bords vers la fin de la saison sèche.

Le Murchison et le Gascoyne sont de puissants cours d'eau. Dans le premier, le flot atteint souvent une largeur de 300 mètres sur lO mètres de profondeur, il charrie d'énormes troncs d'arbres arrachés à ses rives. Quant à ta rivière Gascoyne son lit n'a pas moins de 400 à 600 mètres de large dans son cours inférieur et ses ravages se multiplient parfois

dans d'étunnantes proportiooi sur lei terres rÏTCraines(l).

Vers la même époque où Frank Grégory achevait sa belle exploration du nord de rAuitrolie occidentale, quatre jetiDes colons avaient entrepris dans le sud un voyage sembl^le. Cette excursion n'a pas eu des résultats de grande importance; elle conilate qu'un pays de pauvre apparence se prolonge varS l'intérieur au delà des districts déjà colonisés des environs de Pertb.

La petite troupe composée de MM. G. E. et Ai Dempster.B.ClarksoD etC. Harper partit deBuot^ land, au nord de Northam, sur l'Avon, le 3 juillet 13âl avec un serviteur indigène. Pendant une huitaine de Jours, ces jeunes gens parcuurureDt les comtés d'York, de Howick, de Beaufort et engagèrent là un autre noirpour leur servir de guide .Une marche de iSO kilomètres, jusque près du 118* méridien à l'est de Paris n'amena aucun changement notable dans la confurmatiim du sol. Il y avait des terrains saUonneux couverts de buissons et de fo^ rets appartenant aux essences habituelles, peu d'herbes, quelques collines de granit aveo des sources et des p&turages de faible étendue, et, par intervalles, les indices fugitifs d'un cours d'eau desséché. Cependant la contrée n'est pas absolument déserte, car les voyageurs découvrirent aux environsdu montMac-Kinlosb unebutte d'indigènes. Au nord du mont Jeaniele site prit un aspect meilleur. (1) A. PettnninD. iVew KarU «m fftit-AaitraUm.

Immédiatement après a^oir dépassé cette mon> tagne, on obterve un changemeot dans la végétation et l'on trouve, entre autres plantes nouvelles, une herbe croissant par toufTes, large à la base, fine et piquante à son extrémité supérieure, analogue au fauK-seigle, plusieurs arbustes et un arbre d'une beauté remarquable, au tronc épais de 60 centi-< mètres sur 8 mètres d'élévation. Du sommet du mont Hardey, colline de granit baute et dénudée, les voyageurs aperçurent une succession de lacs dirigés de l'est à l'ouest et une chaîne de collines parfois interrompue, allant du sud au nord. Presque tous ces lacs étaient salés, les plus petits seulement renfermaient de l'eau douce et il y avait du sel dans leur fond et sur leurs rives. Peu large aux eo' droits où ils sont resserrés par des collines, ils prennent ailleurs une étendue de 16 à 34 kilomètres. Le terrain environnant estformé d'une argile rougeà» tre, féconde, revêtue de bons p&turages. La chaîne lie collines appelée Geor^ina's fiauge consiste en trapp- qui forme beaucoup de collines isolées dam les autres parties de l'Australie occidentale! Le schiste et le quartz prédominent dans la formation de plusieurs petites lies émergeant des lacs, les cavernes du mont Hardey renferment des sources de pétrole et il semble que la collection de pierres rapportée* parles frères Dempster, compte aussi un fragment de lave(l). Cette variété dans la constilu-

(1) CtiU CDlIccUoa de alnCraui d'i pu iii eximlais par un gioioSM de profana. Il «t poulbla que le «pâelmen da Im en qnai-

tion géotogiquesurun champriilutivementrestreint, promet cle conduire à d'intéressantes découv erles.

Ce fut aussi dans cedistrict que Dempster vit tes premières traces du kanguroo rouge. Divers mammifères plus petits se montrèrent, et l'on vit un rat gris, qui construit dans les arbres creux de grands nids faits avec des pierres, de l'herbe, de petits morceaux de bois, servant à conserver ses provisions de noix et d'autres fruits. Uneautre espèce de rongeur, aux pieds armés de griffes et aux oreilles longues, de la taille d'un lapin arrivé à la moitié de sa croissance, fréquente le voisinage; mais cet animal est connu depuis une dizaine d'années, les bergers te chassent dans les plaines de Victoria. La faune est encore représentée par l'ému, divers oiseaux et des bandes de chiens sauvages dont la voracité maintient à sa hauteur la réputation faite à leurs congénères du sud.

Plusieurs circonstances concordent à rapprocher cette région des montagnes basaltiques entourées de lacs, traversées par Roe en 184S, à deux degrés plus près du midi. Roe passa inutilement cinq jours à y rechercher de l'eau potable, de même nos voyageurs sillonnèrent en tous sens le pays, et ce ne fut qu'au bout de deux jours de vaines tentatives qu'ils trouvèrent une souKe au pied de la montagne granitique de Harris, mais où la verdure parut plus abondante qu'au montBremer. (Voyez sur la carte

tloD n'est qu'une scorie KmbUble i ttUt» rspportfei par Grtgorr* Voyei p. 8S.

les deux itinéraires de Dempster et deRoe.) Roe décrit toute la contrée qui entoure le mont Bremer comme un vaste bassin salin, ses chevaux faillirent périr faute d'herbage (1), tandis que près de la chaîne de Georgina se sont trouvés les meilleurs pâturages rencontrés par Dempster.

La chaîne de lacs se continue à Test et au sudest, ils forment comme un intermédiaire entre ceux découverts par Austin au nord-ouest et par fioe au sud-est. Après de fortes pluies ils communiquent entre eux, et, suivant toute probabilité, ce ne sont que des restes des grandes inondations si fréquentes sous ce ciel. La richesse de la végétation ne dépend nullement de leur présence, elle est plutôt en rapport avec la nature du terrain, et les pâturages ne forment qu'une étroite bordure autour de la chaîne de Georgina : les fourrés et les bois reparaissent dans son voisinage immédiat.

Quelques maigres touffes d'herbe et des mares d'eau stagnante éparses sur un sol argileux et dans les bas-fonds des ravins desséchés permirent aux voyageurs de poursuivre leur route à l'est-nord-est, à travers les lacs salés de Hamersley, continuation de ceux des monts Georgina. Suivant leur estime, la colline de Kennedy, point extrême de leur itinéraire, est située par 30* 58' de latitude méridionale et 118* 56' de longitude est de Paris.

Les environs de celte montagne étaient couverts

[1} Journal Oftht Geographieal Society of London. lSi2, p, 9 ot itulv. Expedllloa ander H. Roc lo tti« S. E. of Penh.

3t.zîdL«Goo<^lc

de baiitesherbes dont la croissance est favorisée par une humidité souterraine provenant de rinftltration des eaux des hauteurs et des forêts : la surface du sol ne portait ni source, ni rivlo. La colline appartient à une ohatne de hauteurs courant de l'est à l'ouest ; son ascenstoti est difficile à cause des pierres répandues Sur les versants. Plusieurs cimes semblahlei dominent la plaine environnante à une faible distance. Bien que de nombreux feux d'indigènes fussent allumés dans I« lointain, les jeunes squattera ne virent rien qui les engageât k poursuivre leur route au nord et & l'orient. Les fragments de roches métamorphiques ramassés dans cette région ressemblent à celle» des terres Inclémentes à l'est de la riviire Irwin. Quant au mont Kennedy il est formé de jaspe disposé en belles couches de couleurs diffé" rentes) mais où prédomine surtout un rûuge foncé. On y trouva aussi deux Sortes de minerais de fer.

Passant au sud-sud-ouest, Dempster et ses compagnons franchirentd'abord des fourrés et des forêts d'eucatyptes, suivis d'une succession de lacs saléa. Au bout de ces lacs apparurent des collines et des bano de schiste qui traversent une chaîne de collines,longue de SO à 30 kilomètres , le Barlec Range, d'une nature analogue à celle des monts deGeorgina. Cependant en deçà du Barlec Range, les Voyageurs vinrent dans une vaste région plate, formée de lacs en partie desséchés et de marais, qu'enveloppent des plaines avec des forêts, des buissons, de l'herbe, mais sans eaux potables. Dans la proxt-

mité du plus grand de ces lacs, le lac de Grice, ap> parut une matière blanche, pulvérulente, que plus tard on reconnut être du gypse.

Une tentative désespérée pour Couver de l'eau amena la découyerte du grand lac de Déborah distant à peine de 8 kilomètres des monts fiarlée (llS-lO'delong. estetSl }' delat. sud). Lui-même ne terminait pas le bassin lacustre, bien au contraire la ligne de lacs se continuait aussi loin que l'œil pouvait atteindre. Suivant toute apparence il suffirait d'une crue de moins d'un mètre pour les mettre tous en communication entre eux et recouvrir toute la plaine d'une seule masse d'eau. Le sol de cette désolante contrée consiste presque totalement en un sable rouge, glaiseux, avec des intervalles d'argile. Des buissons, desforéts, de bautes herbes croissent ici et là mais le plus souvent la terre est aride, dénudée, sans eau et sans verdure. A l'absence de sources et de pâturages, vinrent se joindre les souffrances causées par une poussière fine,' desséchante et us froid intense qui, dans la seconde moitié de juillet, couvrit les lacs d'une crofitede glace solide. Malgré l'inclémence de la terre et du climat, cette triste contrée n'est pas tout à fait déserte ; Dempster entra en relation avec quelques indigènes sur les rives mêmes du lac de Grâce.

Le SI juillet, vers midi, l'expédition rencontra une borde d'indigènes ({ue son apparition parut effrayer beaucoup. Un de ces noirs toutefois , qui avait été dans une bergerie de la colonie, salua les voja-

geurs, et rappela tes fuyards. Il j avait parmi ces sauvages un vieillard, des enfante et des femmes, leur crainte se dissipa bien vite et ils passèrent la nuit avec les voyageurs auprès d'une source. Le vieillard qui était très-loquace témoigna beaucoup de con- &ance. Ces pauvres gens étaient complètement nus et ne possédaient aucune sorte de vêlement. Pour se préparer une couche ils allument un feu qu'ils partagent au bout de peu d'instants. Puis, creusant sous le sol, ils mêlent de ta terre froide avec de la terre échauffée jusqu'à ce qu'elle ait le degré de température voulu pour s'étendre entre tes deux brasiers. Dans ce but, ils portent toujours avec eux des cliarges de bois et leur corps est couvert de brûlures. Quelquefois ces misérables se construisent cependant de chétifs abris dont des branches d'arbres et desmorceaux d'écorce fournissent les matériaux. Au dire de ces indigènes, it pleut autant duns cette région en hiver qu'en été, et le plus souvent avec accompagnement d'éclairs, de tonnerre et de' gréle. Comme la contrée est située dans la zone des pluies d'hiver, cette assertion serait difficile à admettre si elle n'était parfaitementconfîrmée parles observations de Roe. Ce voyageur subit de violents orages avec beaucoup de pluie, venant du nordouest, le 18etlel9octobrel848.Le 24 et le 25 octobre de fortes pluies vinrent du sud-est, le jour suivant il y eutun orage, en décembre tes pluies furent plus abondantes, et le 7janvier 1849 d'épais brouillards se formèrent. Dempster, bien que son voyage

117 eût lieu en hiver, parle seulement de trois pluies le 6, le Set le 15 août.

Les voyageurs ayaient déjà appris de leur guide iodigène qu'à une époque déjà éloignée, trois hommes blancs étaient venus avec des chevaux sur les bords d'un grand lac salé, situé bien loin à l'est, qu'après avoir suivi les rivés du lac, ils s'en retournèrent et furent assassinés ou moururent de faim. Le guide pensait que les ossements des étrangers devaient encore se trouver dans le désert, il avait reçu cette nouvelle de son ami Boodgin qui avait beaucoup voyagé. Les riverains du lac Julien confirmèrent ce récit et désignèrent aussi Boodgin pour leur garant. Parmalbeur ce dernier avait été obligé de fuir sa tribu pour échapper au châtiment que lui devait attirer un récent délit. Depuis, les journaux australiens ont hasardé à ce sujet les conjectures les plus diverses, saos qu'on ait encore pu en tirer une conclusion précise.

Les mêmes indigènes parlèrent d'un animal singulier, dont le mâle s'appelle Jungra et la femelle JtfliA a. D'après leur description, il appartiendrait au genre singe; il est grand, robuste, sauvage et attaque l'homme isolé et le dévore. Nous ne pouvons dire jusqu'à quel point ce conte est vraisemblable,

Dempster et ses compagnons quittèrent le premier août le bassin des lacs salés, pour se rendre sous la conduite des indigènes vers l'extrémité méridionale des monts Georgina. Ils passèrent la nuit au joli campement de Godgering, richement pourvu d'eau

et de pAturages. Entre ce point et Dambeen, extrémité sud de notre itinéraire, U pays reprit son aspect habituel. Quelques collines de granit dont le pied recèle des sources limpides, toutes entourées par de verdoyantes lisières de hautes herbes, interrompent la plaine couverte de buisGoos et de bois. Une quarantaine d'hectares de pâturages passables occupent le voisinage de la source de Doondering. Deux de nos jeunes voyageurs firent de là une reconnaissance au gud-sud-ouest vers une chaîne de hauteurs appelée Dambeen. Sur leur route, il y eut des kanguroos en grand nombre, preuve évidente d'une végétation meilleure. Les piturages franchis durant cette petite course peuvent être évalués à 800 hectares environ, mais aux environs des collines deDambeen plaines et hauteurs sont seulement recouvertes de buissons. Ces hauteurs ne doivent étra guère éloignées que de 12 kilomètres de l'extrémité orientale de l'itinéraire de Roe, près des sources de l'Avon, Quoique la nature du terrain fût généralement la même, les voyageurs rencontrèrent durant les marches suivante* d'assez bons pâturages. Un ruisseau les mena ensuite nu mont Darening, k partir duquel ils suivirent pour retourner à Buckland, une ligne peu éloi^ée de leur route précédente (1).

(1) Perih GtutUe du 13 septembre 1861, el CtographUehtn JUilihiilurigm ûe 1803.

Laadtborough et Mae Kinlay à la r«cJurcA« de ttxpi- ' dition de Surke, 1863.

Que de fois, dans l'histoire dej avons constaté ce fait fatal, que des entreprises commencées sous des auspices magniSques, ne répondent pas à l'attente de leurs promoteurs et sont suivies seulement de déceptions et de revers I Ces catastrophes montrent combien coûtent cher toutes les conquêtes de l'homme, elles disent sur quelle peine s'appuie le moindre progrès. Mais nul eSort n'est vain : les sacrifices accomplis appellent de nouveaux sacrifices : la réalisation d'une grande idée éveilla toujours la sympathie universelle et le même coup qui devait porter une atteinte mortelle à son progrès , devient l'excitateur tout-puissant qui en précipite la marche.

Quand la nouvelle de ta désastreuse issue de l'expédition de Burke se répandit daosles colonies australiennes elles s'empressèrent d'un mouvement spontaqé de lui envoyer des secours ou du moins de faire reconnaître toutes les circonstances de sa fin. Dans ce faut, le comité de Melbourne avait déjà envoyé un vapeur au golfe de Carpentarie pour explorer la côte à partir de la rivière Albert à l'aide de bateaux. Les recherches furent poursuivies tant par les particuliers que par l'État, Un armateur de

Melbourne confia un de ses vaisseaux au capitaine Wyse, le compagnon de lord Dufferin durant son Toyage dansla mer Boréale, pour croiser également dans le golfe de Carpentarie. La colonie de South Âustralia envoya Mac Kiolay dans la région du Cooper's Creek, et un voyageur expérimenté, Walker, parti de Queeasland avec plusieurs indigènes, parcourut les parties septentrionales du continent. Landsborough, envoyé par les deux États de Queensland et de Victoria, de la baie Moreton à la rivîire Albert, passa avec ses compagnons, le 10 février 1862 de la rivière Leicbardt à celle du Plinders à travers un pays bien arrosé. L'expédition trouva d'excellents pâturages dans le bassin duFlinders et remonta le fleuve jusqu'à 20° 30' de latitude sud, d'où il ne fallut que peu de temps pour aller jusqu'àBowenDowns.Landsborougb ne connaissait les eaux environnantes. que jusqu'en un certain point, au delà duquel il ne pouvait plus indiquer la direction de leur cours. Sur ces entrefaites, il descendit à partir de sa source une rivière qu'il ne tarda pas àreconnattrepourleTbômson, affluent du Victoria. Ce cours d'eau, qu'il ne faut pas confondre avec la rivière de même nom qui va se jeter dans la mer de Timor, se déverse dans le Cooper's Creek. Le nom de Victoria, attaché par les explorateurs anglais à toute découverte importante, témoigne de la sympathie de nos amis d'Outre-Manche pour leur gracieuse souveraine; cependant sa fréquente répétition dégénérée en manie nous semble très-mooo-

tone, et fait un effet désagréable par la confusion qui en résulte dans la nomenclature géographique. Un guide indigène mena les voyageurs à la rivière Warrego, et l'on trouva de l'eau en suffisance durant toute la marche. Les chevaux passèrent une seule fois dix-huit heures sans boire. Landsborough coaclutde cette heureuse circonstance, que la contrée est bien arrosée en tout temps, Néanmoins peu de jours après, ce jugement faillit recevoir un fâcheux démenti : dans une tentative pour pénétrer au sud-est de la rivière Warrego, dans un pays absolument inconnu, l'expédition restée trois jours sans eau se vit contrainte k retourner sur ses pas. Une crique visitée auparavant, fut retrouvée sans eau après un court intervalle. Des squatters aventureux se sont déjà établis près du cours inférieur de la nvière*Warrego, Laodsborough fut bien accueilli par eux et renouvela ses provisions. Ce fut là qu'il reçut la nouvelle du désastre de Burke, luimême n'avait pas trouvé de trace de celte malheureuse expédition, son itinéraire étant beaucoup trop rapproché delà côte orientale. Le reste du voyage jusqu'au Darling et à Ménindié s'accomplit sans incident, l'expédition trouva Howitt au Cooper's Creek après avoir accompli sans obstacle sérieux la seconde traversée du continent.

La relation de Landsborough n'entre pas dans de longs détails sur les résultats du voyage, mais elle dépeint le pays parcouru sous un bon aspect. Il y eut presque toujours abondance d'eau et de pàtu-

?cibvGo6i^lc

rages, à tel point qu'un poulain né sur les borcU de la rivière Thomson suivit sa mère durant tout le reste du voyage.

La contrée où se trouvent les sources du Thomson et toutes les terres du bassin du Flinders, se firent surtout remarquer par leur richesse très-réelle; leurs pâturages ont une helle apparence, les chevaux y goûtèrent tellement une herbe, semblable au sorghum, qu'il fallutrecourir aux coups de bâton pour les pousser en avant. L'état sanitaire, sauf une légère indisposition dont quelques hommes de l'expédition eurent à souffrir, par suite d'une nourriture insuffisante, fut excellent. Une attaque des indigènes, tentée contre les voyageurs sur les bords du Cooper's Creek, fut repoussée sans peine (1).

La présence de l'eau que l'expédition signale sur toute l'étendue de sa route est uil heureux présage pour l'avenir. Nous ne doutons pas que des surfaces de terre considérables puissent être mises en culture le long de la rivière Flinders. En beaucoup de points de l'Australie, le coton croit spontanément, de sorte que ce continent pourrait devenir avant peu un des principaux foyers de production de ce textile, dans ses parties septentrionales. Lu recherche des terres où la culture du cotonnier peut donner des résultats rémunérateurs constitue une des grandes préoccupations du moment, et l'Angleterre lente de sérieux efforts pour l'introduire dans ses colonies

(t) Proetedingi ofthn gtographUal Sueieij/, 18C3,toI. Vil.

australiennes. Ces effortsn'ont rien d'exagéré, quand on songe qu'en Europe, plusieurs millions d'ouy tiers demandent au coton leur pain de chaijuejour: la suhite explosion de la guerre civile aux Etats- Unis a supprimé dans ce pays une production annuelle de 4 millions de balles.

Quant à la France, elle peut développer cette culture sur une vaste échelle au prix de sacrifices relativement légers, dans la plupart de ses colonies, surtout en Algérie et au Sénégal. Aux Etats-Unis la ligne des côtes soumises à l'influence de l'atmosphère saline, convient seule à la production des sortes supérieures ^ sur le continent australien de même qu'en Algérie, la présence de terrains et de lacs salés prolongent cette zone à de grandes distances vers l'intérieur (1). Mais cette digression cotonnière nous entraîne loin de notre but. Glissons donc.

.Après le désastre de Burke, les voyages à travers le continent se sont suivis avec une rapidité surprenante. Il semble que la voie une fois ouverte, les difficultés deviennent moins nombreuses et un énergique e0ort abat les obstacles d'abord insurmontables. Telle a été du ;noins la destinée de la double exploration de Landsborough et de Mac Kinlay.

Ce dernier envoyé sur les traces de Burke par le gouvernement de l'Australie du Sud quitta, dans les derniers jours de septembre 1 861 , la station de

(1] Sur la culture du colon au Siaigt], njei un arllcle que nous ■TOOi puUM (Uns It Timpji, du 13 luiu Wt.

— Hi - MaDarau-kaDinna, située vers les confins de la colonie, avec un troupeau de chameaux et de moutons

Le bassin deBséché du Torreas fut franchi en un point favorable, d'où l'on n'aperçut pas la moindre trace d'eau. Les plaines arides et les dunes i^ui s'étendent près de son bord septentrional , rendirent le voyage fort pénible. Mac Kinlay jugea nécessaire d'établir un premier dépôt sur les rives du lac Buchanan, et comme plusieurs de ses gens étaient tombés malades , il dut faire une balte de quelques jours. Le site était bien choisi , il y avait des pàtU' rages exubérants avec une grande abondance de poissons et d'oiseaux aquatiques dont la chasse apporta quelque diversion dans les fatigues du voyage.

De fréquentes reconnaissances, faites dans toutes les directions dans la contrée environnante, causèrent la découverte de raares nombreuses, d'étangs profonds et de vastes espaces de riche verdure. Mac Kinlay admira partout le développement vigoureux d'une population indigène très-nombreuse. Sans aucun doute, la beauté de ces hommes a sa source dans l'abondance au sein de laquelle ils vivent, car l'aspect misérable de certaines populations australiennes provient du triste milieu où elles sont confinées. Les noirs, loin d'importuner les voyageurs, leur témoignèrent beaucoup d'amitié. Pour les récompenser, on leur donna des perles de verre, des hameçons, présents qui leur causèrent un plaisir marqué. Un jour toutefois, les voyageur»

eurent à se plaindre du vol d'une hache, mais l'auteur du délit prit la fuite. Vers le soir, Mac Kinlay remarqua parmi les indigènes venus à son bivouac un vieillard portant sur ses bras un enfant malade; cet aspect l'émut; il donna à l'enfant du pain, de la viande avec un peu de ihé. A minuit, tout le monde dormait d'un profond sommeil, lorsqu'à sou grand étounement , le chef de l'expédition se sentit réveillé par la voix d'un indigène qui, contre l'habitude des noirs, s'était aventuré seul dans le camp. Il reconnut le vieillard de la veille qui profitait des ténèbres pour lui rapporter la hache volée par un de ses compatriotes. Ce brave homme reçut le lendemain une autre hache en récompense de sa loyauté.

Toutes les relations avec les aborigènes ne furent pas aussi pacifiques, Une autre tribu que l'expédition rencontra près du lac Kadhi-Baerri, tenta une attaque sous la conduite d'un chef couvert de cicatrices. Il fallut tirer sur eux pour les mettre en fuite. Deux tombes a»ec des restes humains et d'autres indices du passage de quelque voyageur ou colon se trouvaient là. Cette circonstance inspira à Mac Kinlay la pensée erronée que Burke et ses compagnons avaient été assassinés en ces lieux par les indigènes. Plus tard, la vue des cadavres de Burke et de Wills au Cooper's Creek le convainquit de son erreur.

A son retour au dépAt, il envoya une partie de ses gens à Blanchewater afin d'y chercher de nou-

Telles proTÎsions dont il avait un besoin urgent. Durnnt leur absence ijui fut de trois semaines, Mac Kinlay bien que fort souffrant, fit plusieurs tentatives pour trouver un chemin praticable allant au Cooper's Greek. La chaleur devint intense; mouches et cousins se développèrent dans une proportion désespérante; pendant plusieurs jours les orages furent imminents, mais pas un n'éclata. Les hommes s'épuisaient en efforts inutiles pour se garantir contre les moustiques, et les bétes, pour échapper à leurs morsures, passaient dans l'eau la majeure partie du jour. L'inconstance des indigènes pris pour guides, qui avaient l'excellente habitude de s'enfuir après un court séjour, causa à l'expédition une foule de désagréments.

Les hommes allés à Blanchewater revinrent enfin et apprirent à Mac Kinlay le sort de ceux au secours desquels il avait été envoyé. Cette nouvelle ne le fit pas moins persister dans son plan primitif de pénétrer à la rivière de Cooper. Plusieurs marches le conduisirent jusqu'au lieu du désastre, et il trouva dans le désert les tombes mornes, abandonnées, des explorateurs de Victoria. La vue de ces tristes restes imprima aux voyageurs une douleur poignante.

Le 17 décembre, la mission se trouvant au complet, elle quitta le dépôt du lac Bucbanan et passa, non sans difficulté, au lac Muliondhurrana. Il y avait là de belles herbes et du gibier d'espèces variées, mais pas le moindre ombrage contre une cba-

leur devenue insupportable. On attendit pendant toute une journée que le troupeau de moutons resté en arrière eût rejoint les voyageurs, puis on se rendit au magnifique lac de Caunbugonanni. Cette charmante nappe d'eau remplit un bassin circulaire de 5 kilomètres de diamètre. L'espédition y célébra la fête de Noël par une journée de repos. Tout le pays d'alentour est d'une fécondité surprenante; le canard, le cygne, une foule d'oiseaux ai^uatiques y fourmillent, et ses hautes herbes sont l'habitat favori du kanguroo. Les indigènes y demeurent en grand nombre, et Mac Kinlay assure n'avoir vu en aucun lieu de l'Australie une aussi forte race.

Un second dépôt fut établi dans la proximité d'un grand lac appelé Watti-Widulo pendant que Mac Kinlay, accompagné seulement d'une escorte de quelques hommes, parcourut à cheval la contrée voisine. La plaine est découpée par un grand nombre de petits lacs pleins d'eau où des volées d'oiseaux aquatiques prennent leurs ébats sans s'inquiéter de la chasse active que leur font les indigènes. Deux de ces lacs, unis par un étroit canal, reçurent les noms du précédent gouverneur de So uth- Austral i a et de sa femme; ils sont remplis de moules, d'écpevisses et de poissons d'un goût exquis ; quelques bassins, desséchés par suite des grandes chaleurs, en contenaient de nombreux débris. Vers l'orient l'aspect de la contrée est moins favorable, elle change complètement de caractère. Le sol se transforme en des plaines rougeàtres, tra-

i par des collines de sable. Le manque d'eau empêcha Mac Rinlay de pénétrer dans cette direction au delà du 139' méridieu.

La température était devenue accaLlante. En attendant que la chaleur diminuât, Mac Kinlay transféra son petit camp aux lacs jumeaux de Blanche et de Richard, pour continuer sa marche vers te Aord dans des circonstances plus favorables. Des indispositions sérieuses afiectaient la majorité de la mission.

Enfin, le 18 janvier 1662, il fut possible de se remettre en marche, et MacKinlay retourna à une crique qui se jette dans le lac Watti-Widulo. Une tentative de pénétrer au nord resta sans succès. Les pluies tant désirées ne commencèrent que le 7 février et permirent le départ définitif de l'expédition. On se dirigea au nord-ouest. Des steppes pierreux alternèrent avec des plaines de glaise et des dunes de sable. La grande crique de Tumathuganie, que l'on atteignit au bout de quatre jours , portaitdes indices du passage de Burke, entre autres le squelette d'un cheval avec sa selle. Mac Kinlay y perdit deux de ses bœufs par suite de la grande chaleur que l'humidité de l'air rendait plus accablante-, il subit lui-même un violent accès de djssenterie.

Le wagon ne put bîentât plus avancer sur le sol détrempé par tes pluies. Il fallut l'inbandouner, et l'attelage de boeufs dut porter son chargement. Tant que le lourd véhicule put marrher, la petite cara-

vane présentait l'aspect d'une famille de Boers tra- -versant les karrous de l'Afrique australe.

La colonne avançait par petites journées le lon^ de la crique. Pendant une semaine que persistirent les pluies, l'eau monta sensiblement dans le lit de la rivière , puis elle déborda subitement et couvrit toutes ses rives. Les voyageurs, cernés de tous cAtés parles flots, faillirent se uojer. Le campement avait été élevé sur une petite colline, bommes et bétes accumulés dans un espace étroit menaçaient d'être engloutis à chaque instant dans d'edrayaots tourbillons. Par un basard providentiel l'expédition échappa à une mort certaine et fut assez heureuse de prendre pied sur des collines de sables en passaut par ime eau profonde de 5 pieds. Dans cette circonstance les chameaux rendirent un grand service, puisque, par suite de leur haute stature, on put les charger de vivres et d'autres objets exposés à des avaries sans que l'inondation put leur nuire. On se rappelle l'émouvant récit d'une semblable inondation , au sein de laquelle le docteur Barlh manqua de périr, dans une vallée au sud de Gbat, lors de sou voyage au Soudan.

Vu du haut des collines, l'horizon se développait à l'ouest sous l'apparence d'une mer sans fin. Le spectacle était saisissant. Des collines de sable couironnées d'arbrea émergeaient du fond des eaux qui se répandaient dans toutes les directions. Celte inondation attira des myriades d'oiseaux aquatiques » dont une partie d'espèces nouvelles. Une

fraîche verdure se développa rapidetneot, et coUiaes et plateaux se couvrirent de jolis tapis de fleurs de la famille des liliacées.

Après un arrêt de quelques jours, la caravane se remit en inarclie pour se diriger au uord-eet ^ k son grand chagrin, l'inondalion loin de diminuer croissait avec une vitesse ellrayante. Les voyageurs échappèrent encore en fuyant eut* une cr£te ro» cheuse qui elle-même ne te trouva plus le lende-* main qu'à un pied au-dessus de l'eaui Le flot mm' tait, montait toujours i on était contraint de se retirer pied à pied vers le Centre des hauteurs , et comme rien n'indiquait que l'efiu dût baisser, que toute la contrée était devenue une mer impétueuse, couverte d'arbres et de débris , dont les uns élaleat emportés par le courant, dont les autres s'enchev^ trant formaient des radeaux ou des ilota flotlanta, Mac Kinlay commençait à concevoir des craintes sérieuses. On ne pouvait se faire une idée plus par- &iite d'un déluge. C'était le déluge de la Bible en miniature. De tristes sentiments agitaient les voyageursi ils calculaient, avec une anxiété croissante, combien il faudrait de pouces d'eau pour livrer leurs provisions au flot qui les oonvoiiait, combien 11 en faudrait encore pour mettre leur existence en péril.

Comme il j avait impossibilité absolue d'avancer à l'ouest, Mac Kinlay prit ta résolution de porter ses pas vers le golfe de Garpenlarie dans l'espoif de trouver tes provisions nécessaires au retour, à bord du vapeur envoyé en croisière par le gouvernement

de la colonie. L'inoodation le contraignit de marcher pendant de longs jours à l'orient. Tournant ensuite au nord, il traversa alors une contrée richement arrosée par une multitude de torrents dont le cours semblait généralement dirigé vers le point central de l'inondation, La végétation était de nature tropicale, et l'on remarqua beaucoup d'espèce* nouvelles parmi les arhres et les buissons.

Vers le milieu d'avril, grande alarme : le berger Kirhy avait disparu avec son troupeau de moutons; Pendant sept jours le malheureux erra loin de ses compagnons, et c'est par un grand hasard qu'un de ceux envoyés de tous cdtés à sa recherche finit par le découvrir. Le chagrin, le froid, l'insomnie avaient presque rendu fou le pauvre homme ; toutefois, il conserva assez de présence d'esprit pour tuer un mouton afin de ne pas mourir de faim. Son heureux retour combla tout le monde de joie; et, de son cdté, Mac Kinlay fut si impressionné par cet événement, qu'il est éloquent dans cette partie de son journal qui n'est d'habitude qu'un procès-verbal. On trouva dans une large crique uo nouvel arbre, aux feuilles larges et d'un vert loncé, et tout près un fruit analogue à l'orange et une liane aux semences semblables à des fèves.

Le 6 mai, l'expédition atteignit les bords de la rivière Leicbhardt. Aucun incident ne signala ce dernier trajet, et le terrain fut généralement favorable. De nombreuses collines de quartz qui apparurent par intervalles firent présumer la présence de l'or,

— 13Î — mais ils présentèrenl des difficultés k la marche des chameaux. Les indigènes ne vinrent pas fisiler les -voyageurs, ils paraissaient très-occupés à incendier les herbes sèches dans le lointain sans faire attention à la présence des étrangers. Sur les mes du Leichhardt croissent le chou palmiste, le pandanus et d'autres plantes des tropiques. La rivière est interrompueparune chute haute de 20 mètres, d'un effet pittoresque ; l'épée et le requin que l'on trouva dans ses eaux furent un indice certain de la proximité de la mer.

Mac Kinlaj ayant trouvé un emplacement favorable pour y établir son petit camp, sillonna tout le pays compris entre les embouchures des rivières Albert et Leichhardt, sans pouvoir atteindre la cdte même. Le sol très-bas était tout à fait recouvert à la marée haute. LaTariation journalière du flux et du reflux dépassait deux mètres près des rivières du littoral.

Cependant, le vapeur Victoria avait déjà quitté ces parages sans que l'expédition eût pu se ravitailler. Mac Kinlay résolut de se rendre au port Denison ou Queensland. Cette dernière étape devait être rude. Plusieurs honmies étaient malades de la fièvre et les pieds des chameaux étaient couverts de plaies. Des plaines légèrement boisées, découpées de criques et de lagunes se présentèrent d'abord, et l'on franchit en un point guéable la rivière Binoe.

Il y avait longtemps déjà que les voyageurs n'avaient plus ni sucre, ni thé; ils neconsommaientde

leur petite réserve de farine que des pincées <ju'ils jetaient dans leur soupe , «pour la faire paraître meilleure qu'elle n'était, it Quand le dernier bœuf fut tué, toutes les provisions se réduisaient à une centaine de kilogrammes de viande sèche pour aller jusqu'aux lointaines stations du haut Burdekin, à travers des montagnes qu'aucun chemin ne franchit. Bientôt la plaine fit place à un chaos de montagnes, de blocs éboulés et de troncs d'arbres arrachés au sol. Les bétes de somme n'avançaient qu'avec une peine inouïe dans ce dédale rocheux, et plusieurs chevaux durent être abandonnés à cause de leur épuisement. L'eau n'abonda pas, mais on s'en procura toujours en quantité suffisante en creusant dans le sable.

La ligne de séparation des eaux entre la mer du Sud et le golfe de Garpentarie, est formée par un système de montagnes accidenté consistant en une multitude de crêtes aiguës; les voyageurs fatigués et affaiblis employèrent tout un mois au passage de cette chaîne, où ils abandoonèreal un chameau et plusieurs chevaux. Gomme il n'y avait nulle part la moindre trace d'un moyen quelconque de subsistance, ils durent se contenter de la chair desséchée de ces bétes. Le kanguroo et le wallabi abondaient sur les versants» sans qu'il fût possible de les approcher. Ce gibier était devenu extrêmement farouche par suite des incendies continuels que les indigènes allumaient dans les herbes sèches des environs. Une foule de végétaux inconnus se présen-

lèréot dana les montagnes. Parmi les espèces utiles, Mac Kinlay remarqua surtout un arbuste donuaot un fruit de la grosseur d'uae prune, qui obtenait par la cuisson un goût excellent.

Dans la matinée du 5 juillet, l'expédition atteignit enfin la vallée de Burdelin, rivière qui se déverse dans l'Océan Pacifique, Elle trouva ici des indices du passage d'bummes civilisés ; sur le sol, des traces de cbevaux et des lettres découpées dans l'écorce des arbres. Cette vue raoimale courage des malades. Les espérances éveillées ne durèrent pas, bélas! Les marqués découvertes dans le désert étaient anciennes, et elles désignaient seulement ta limite extrême atteinte par des squatters à la rechercbe de pâturages. Il n'y avait alors aucune station dans la vallée du Burdekîu, jusqu'à sa jonction avec la rivière Bowen.

La relation du voyage représente cette vallée sous un aspect magnifique. De tous côtés, une muraille escarpée, s'élevant par gradins successifs dominés par des cimes inaccessibles, borde l'étroite lisière de terrain plat qui s'étend le long de la rivière. L'eau s'écoute entre des bancs de sable ou méandres capricieux dont les mille détours ne laissent pas d'être fatigants aux piétons, et où les bétes de somme n'avancent qu'avec une difficulté extrême. Pendant de longues années, la vallée ne sera pas praticable aux voitures Cette difficulté des communications est la principale cause qui empécbe l'établissement des stations dans la partie supérieure de la vallée.

Le cours supérieur du Burdekin fut d'abord exploré par Leicbhardt et Kennedy, Un autre Toyagnur, Dalrympte, quiVexpIora en 1859, trouva sur ses riTflf, ainsi que sur celles du Butor et du Be- Ijando, ses affluents, d'immenses pâturages bien arrosés, et en certains points des indices de gisements aurifères. Au delà du mont Mao Conseil, la riyîère traversant la cbatne granitique de Leicbhardt, se fraye Sur une étendue de plus de 10 milles un passage diffioile et dangereux à travers un labyrinthe de montagnes ; des masses de granit et d'énormes blocs de trapps accumulés dans son lit, en rendent te passage impossible. Après avoir brisé ses dernières entraves, «lU bondit aveo force dans une belle vallée, limitée à l'ouest par la cbatne de Leicbbardl, à l'est par les monts Grégory et Stokes, Le Burdekin déboucha dans la mer par plusieurs bras, dont le principal appelé rivière de Wickbaro, se déverse dans la baie d'Upstart (I).

Afin d'éviter les détours trop fréquents delà rivière, l'expédition la franchit et avança sur un terrain plus plat. Peu de jours après elle atteignit une première station de bergers où ses malades reçurent un excellent accueil, Mac Kinlay se rendit ensuite à petites journées au port Denison, où il s'embarqua pour Sidney, laissant en Queensland une partie de ses gens.

(1) EipédIUon «u fleuve BuTdekln, dins le» jJntmli* dtt foyagti, câbler d'août ISSS, t. III, 119.

Bien que cette expédition De fi^t pus un voyage scientiilque, elle n'en a pas moins eu d'importants résultats aux ^reuic des colons australiens. N'ayant à sa disposition que les ressources que donnent le courage et l'expérience, Mac Kinlay a conduit un troupeau de bœufs, de moutons, de chameaux et . de cheTaux, de la côte de l'Australie méridionale au golfe de Carpentarie, It a prouvé qu'il y a entre ces deux points, en passant par le centre du continent, une route facile par une contrée où ne manquent ni l'eau, ni l'herbe. La région des lacs située au nord de l'Etat de South-A-ustralia, oiFre à la culture des terres excellentes, bien au delà des établissements actuels. Enfin, de yastes territoires complètement inconnus ontété explorés dans les limites de Queensland. En ce moment même, sur la vive recommandation de Mac Kinlay, de hardis squatters poussent leurs troupeaux à travers les parties centrales du continent. Ce voyageur a prouvé aussi combien le chameau est admirablement doué pour parcourir les solitudes de l'intérieur. Son journal ne tarit pas sur les services que lui a rendus cet animal, utile surtout dans les bas-fonds inondés, parce qu'alors son dos élevé domine la surface des eaux . Que les colons fassent donc de sérieux efforts pour la prompte acclimatation du chameau eu Australie (1).

Région des grand» lacs et bassin du Torrens

La figure du Torrens a subi des variations singulières. De même que la mer d'Ukéréwé dans l'Afrique orientale, le grand lac en fer k cbeval dont Eyre (1) signalait la présence au nord du golfe de Spencer, a dàétre partagé en une série de bassins de moindre importance. La dépression où se trou- T«ul disposées ces diverses masses d'eau ne laisse pas de donner quelque fondement à rbvpolltèse d'Eyre, aussi ses conjectures ont-efles reçu un tel accueil, que la carte d'Arrovrsmitli a été copiée et reproduite durant près d'un quart de siècle, sans critique ni contrôle, alors même que la traversée du lit supposé du Torrens, sur des points différents, en a fait nier l'existence ; tant il est vrai que l'effet produit par une première impression demeure presque toujours ineffaçable.

Eyre découvrit le lac Torrens vers le milieu de l'année 1 840 en explorant la zone comprise entre la mer et la cbalne de Flinders. Vu du baut de cette chutne, le lac s'étendait à perte de vue vers le nord sans que rien indiquât une eau navigable ou profonde. Son lit recevait évidemment toutes les eaux du versant occidcnt.-il delà cbaine du Flinders dont les bautes cimes dénudées s'élèvent subitement

(1) Exptdiliont of diicoveiT/ in Soutk ^ailralia an Journal of th« Gtog, Soeitty of London de 18i3, p. 161.

de la plaine. Mais telle était l'aridité de la contrée intermédiaire, que la majeure partie de l'humidilé était absorbée parles sables, sans que le bassin du lac, siaemblable h la mer éveillât le moindre espoir d'offrir de l'eau douce, si toutefois il renfermait de l'eau. En se rapprocbant de la côte, Ejre pensa découvrir une communication entre le lac et le golfe Spencer, lors de la traversée d'un canal étroit, bas et bourbeux. Le canal toutefois n'était que la continuation de l'extrémité septentrionale du golfe.

Cette découverte fixa l'attention d'Eyre. L'année suivante au début d'une exploration devenue célèbre, ce voyageur gravit pour la seconde fois le sommet de la cbalne de Flinders qui porte son nom. Une contrée sablonneuse sans arbre ni verdure s'étendait au nord. Cette plaine était bordée vers l'est par d'épres bauteura d'apparence désolée, tandis qu'une ligne brillante, d'une grandeur indé6nie, semblable à de l'eau apparut vers l'ouest et formait le Ht du lac Torrens.Le lac paraissait éloigné de 40 kilomètres et d'une largeur coosidér.ible, cependant aune pareille distance, il était difficile de juger s'il y avait réellement de l'eau. Le voyageur résolut de vérifier ce fait sur les rives même du lac. En conséquence, il passa le 6 juillet des dunes de sables interrompues par des plaines arides et rougeâtres avec quelques mares d'eau salée. Toute la végétation se réduisait h un petit nombre d'arbres rabougris, qui firent place eux-mêmes à de maigres salsolacées aux approcbes du lac : ici le pays fut tout à fait plat et désert.

Il Je trouvai le lac Torrens, entouré de toutes parts par une coHiDe de sable, nu:( pentes roides, analogues aux dunes sur les bords de la mer. En aucun point il n'y avait des rocbers ou des pierres, mais la dernière dune était couverte d'une masse de sel, et, lorsque je descendis dans le bassin, le lit du tac sembla recouvert totalement d'uoe immense croûte de sel éclatante de blancbeurbrillaotau soleil. Lorsque j'y posai le pied, je sentis qu'elle cédait et qu'au-dessous de la surface le sol consistait en un limon mou. Le terrain devint plus marécageux à mesure que nous avancions vers l'ouest. Bientôt il fut impossible de pousser plus loin et je me vis contraint au retour sans avoir pu constater la présence de l'eau à la surface. En présence des illusions étranges que l'état del'atmosphère éveille à chaque instant et de ses éclatants mirages, il est difficile de croireàsespro[)resyeux, cependant autant qu'il m'a été possible d'en juger au milieu de circonstances pareilles, il m'a semblé que le lac contient de l'eau à la distance de 6 ou S kilomètres du point où je me suis arrêté. Encepointle lac Torrens avaitune largeur de 25 à 32 kilomètres et vers l'occident il était limité par un pays élevé qui sembla former la continuation du plateau au nord du golfe de Spencer, h

L'étendue dulac vers le nord resta indéterminée. Il fut impossible de poursuivre ses bords à ciiuse du manque absolu d'eau douce, de boiset de fourrages: la nature saline du terrain altéraitl'eau de pluie en moins de deux heures. Eyre se rapprocha donc du

mont DéceplioD et trnversn une contrée plate, déserte, suivie (le l.irges ligues de sables rougeâtres dirigées du sud au nord et alternant avec de petites plaines arides. Quelques buissons rabougris el des çapins isolés (pinet, les colons de South- Austral ia donnent ce nom au Callilris Preissii, grand et bel arbre employé comme bois de construction) croissent sur les hauteurs. Le lac Torrens toumeplusvers l'est; on le vit à plusieurs reprises. En deçà des collines de sable, reparut une vaste plaine, couverte derhagodia et renfermant un grand ravin desséché avec de l'herbe.

Dans les gorges au pied du mont Déception, Eyre trouva partout du sel mêlé au sable, à l'argile el même aux roches solides. Une multitude de ravins où l'eau de pluie s'était accumulée et desséchée, portaient de belles incrustations salines. Ailleurs des couches de sel se trouvaient enchâssées de haut en bas dans des rochers perpendiculaires de 12 à 15 mètres d'élévation. Il n'est donc pas étonnant que l'eau de pluie devienne salée en peu d'heures.

A la suite d'une excursion au lac Eyre situé plus au nord, qu'il toucha par 29° 10' de latitude méridionale et à 240 kilomètres du point où il aborda le Torrens, le voyageur pensant que ces deux Incs ne forment qu'une masse unique, ne voulut pas retourner vers l'orient avant de s'être assuré de la communication des deux bassins. Dans ce but, il franchit à cheval les collines de sable k l'ouest du mont Scott et atteignit le S2 août, vers le coucher

du soleil, les dqnes exlérieures du lac. La solitude de ces lieux étoit eUrayiiBle et le sol aride dépouryu d'eau et de verdure. Mais bien que le bassin parut desséché à quelque distance de la ri\e, Eyre crut Toir vers lé milieu une grande masse d'eau. « Le 13 août au point du jour, dit le voyageur, je suivis les l>ords du lac jusqu'à 16 kilomètres au nord-ouest, ce qui me permit de constater qu'il constitue une partie du même Lassin quejevis plusau nord. A partir de cet endroit il inclina considérablement vers l'ouest et cette circonstance, outre les hautes collines de sable comprises entre le lac et les monts Flinders, montra parfaitement pourquoi nous ne l'aTions pas aperçu durant le trajet du dépôt au nord-est. Lorsqueje franchis la dune qui enveloppe le lac,je fus fort étonné de le voir plus rétréci en apparence; la rive opposée était visible, élevée et rocheuse jusqu'au bord de l'eau, distante seulement de 8 à 12 kilomètres : à la surface du lac apparaissaient plusieurs petites lies et des rocbers. Cela n'étailqu'une illusion. La réfraction très- considérable à cette époque était la cause de ce mirage, car lorsque nous descendîmes à terre et que nous ftoies entrer les chevaux dans le lit du lac, le bord opposé sembla reculer et les rocbers se transformèrent en tucbes de graisse ou de limon éparses dans le bassin. Je pénétrai à 10 kilomètres dans l'intérieur du bassin sans trouver d'eau à la surface. Les chevaux enfoncèrent d'abord dans un limon très-ferme revêtu d'une croiàte blanche de sel quicouvrepartoutla sur-

fiice. A mesure que nous avuDcioDs, la vase devint plus molle et fut fortement mélangée d'eau salée vers le niveau. Bientôt lescbevauxenfoncèrentdana le marécage jusqu'au ventre, au point qu'il devint impossible d'aller plus loin. Sans aucun doute, nous aurions trouvé le bassin rempli d'eau, si nous avions pu pénétrer plus loin, car nous voyions tous les indices de la présence d'une grande masse liquide à quelques kilomètres vers l'ouest. La côte occidentale se montra maintenant sous une toute autre apparence. Les escarpements rocheux avaient disparu pour faire place à des rives basses et plates, éloignées de 20 à 30 kilomètres. Cependant la réfraction et le mirage étaient tels, qu'on ne pouvait se Ber à sa propre vue, car lorsque nous nous retournâmes, l'espace qui nous séparait du bord oriental parut couvert d'eau : les hauteurs du mont Déception situées à une distance de 70 kilomètres semblaient émerger du lacet se mirer dans ses flots. Ces scènes magniGques appartenaient plus au domaine de la magie qu'à celui de la réalité. >

Durant toute cette excursion, Ejre ne trouva ni herbe, ni eau douce, bien qu'il eût plu peu dejours auparavant.

Des plaines blanches et pierreuses également dénudées, occupent l'intervalle entre le mont Déception et Termination Hill, ajant pour toute verdure quelques gommiers dans les ravins. Ces plaines sont suivies de collines de sable avec des buissons d'euciilypte. Vu du sommet de Termination Hill,

le lac Torrens était situé à l'oueet 20 degrés sud, mais l'horizon était bnmé par les collines intermédiaires. Les hautes terres de la rive orientale semhlaientse prolonger plualoin que le lac même, dont le bassin était en partie recouvert de dunes Vers le nord, on voyait des collines basses et déprimées, suivies immédiatement de hauteurs sablonneuses de couleur rougeàtre. Rieo n'interrompt la monotonie du paysage ; la solitude et un silence de mort dominent le désert; toute vie, tout attrait, tout mouvement semble banni; et si par intervalle quelque mirage trom[teur interrompt l'immobilité glaçante de cette scène, ces illusions sont suivies seulement de déceptions plus cruelles.

La perspective est également désespérante vers le nord-ouest. Les collines qui environnent Termination Hill, continuent à s'abaisser et sont serrées de près parles dunes qui souvent se mêlent à elles. Lors du voyage d'Eyre, en aoilt, aucune trace de verdure ae se laissait entrevoir sur les hauteurs, ni dans la plaine -, toute la végétation se réduisait a quelques géraniacées bleues et à des tapis de folle* avoine. Nulle purt on ne trouva de l'eau, bien qu'il y eût une foule de petits bassins, mais desséchés et revêtus d'incrustations salines.

Au delà du mont Norlh-West, la chaloe de collines s'élève progressivement, la contrée d'alentour devient plus plate et porte çà et 1^ des élévations d'un singulier aspect, découpées en plateaux hauts de 20 à 90 mètres, et dont les pentes rougeAtres

„ 144 — formées de roclies ferrugineuses reposent vers ta base sur une substance blanche semblable à àe la craie-, les lagunes dessécbées couvertes de plantes salines devinrent plus nombreuses. Les dunes dérobèrent la vue du lac Torrens, mais Eyre atteignit encore sous le parallèle du mont Norih-West son extrémité septentrionale.

Eyre persista à croire k une communication directe entre te bassin du Torrens et le lac qui reçut depuis son propre nom. Ces notions sont les seules que nous possédions sur ta rive orientale du Torrens, exploré ausudparSwindenet B.H. Rabbage, en 1857 et en 1858.

Le golfe de Spencer se prolonge jusque sous 32* 6'de latitude méridionalei ua istbme de 25 lûlomètres, découpé par deux lagunes de sel, le sépare du lac Torrens, de sorte qu'il n'y a de communication possible entre le lac et la mer à aucune époque de l'année. Ici, comme à l'est, l'absence de toute végétation, les dunes et les collines de sable donnent au pays un aspect désolé qui l'assimile aux plus tristes déserts. La crique salée de Beda. venue d'une suite de collines formées de grès reposant sur du Ecbiste argileux, déboucbe dans l'extrémité du lac. A voir l'épaisse croûte de sel semblable à de la glace recouverte de neige éclatante de blancbeur déposée à la surface de l'eau, on se croirait transporté dans le voisinage du pôle. Le temps employé par l' expédition de Rabbage, pour aller de Port-Âugusta au Pernatty, de février à juin.

prouve suffisamment le dénùmeDt et la désolation qui pèsent sur cette zone.

La présence d'une succession de mares remplies d*eau douce, signalée par Sninden , le long de la rive occidentale du Torrens, indique une nature moins salée du terrain. Seulement les données fournies par ce voyageur manquent de précision, et on a de la peine à les faire concorder avec celles de ses successeurs. Ainsi nous ne pouvons reconnaître quel lac, ou quel bras du Torrens il désigne sous le nom d'Ândemorcha, Peut-être ce bassin est-il identique avec l'Andamoka de Stuart, situé dans le voisinage, d'un bras du Torrens; mais si l'on construit son itinéraire, ce qui ne peut être fait que d'une manière imparfaite, le lac qu'il contourne de Touest à l'est par le nord, se place au sud-ouest d'Andemorcha, où aucune expédition plus récente ne vit de lac. Du reste, les distances indiquées par Sminden prouvent qu'il ne poussa pas aussi loin vers le nord, et son lac se placerait alors entre la crique d'Elisabeth et le Torrens, où Von pourra le retrouver.

Depuis les voyages de SwÎDden,le bord occidental du Torrens n'a guère été visité qu'en un seul point vers l'embouchure de la crique de Yarravrarta; sur cette rive le lac est découpé en plusieurs bras, , et il semble bien avoir l'étendue que lui assignent les dernières explorations; mais ses contours sont encore mal définis, et il serait possible que des recherches fatures fissent constater l'existence de plu-

^ H6 sieurs bassins dans leTorrens, tel que nom le figurons aujourd'hui. Quant aux contrées riveraines, leur aspect, sans être aussi triste à l'ouest que dans la zone parcourue par Eyrs sur la rive droite du lac, ne présente pas des perspectives bien ctmsolantes. Le sol est en général eablmineux et couvert de buissons; les eaux permanentes sont rares et n'offrent qu'une ressource précaire comaie les maigres pâturages environnants. Au dire des indigènes, la crique de Yarrawur ta, débouchantdans l'extrémité nord du lac à cause delà bonne qualité de ses eaux, se distingue de tous les autres torrents du pajs.

Le bassin découvert par Eyre en 1 840, appelé lac Grégorj par Rabbage, qiais auquel oa a donné depuis le nom du bardi pionnier qui eu fit la découverte, occupe l'extrémité nord-ouest de la grande dépression du Torrens. Il s'étend de 29 degrés et demi de latitude sud bien au delà du 28* parallèle; sa rive orientale et son extrémité nord sont encore indéterminées. Eki 1858, Stuart partageait encore l'erreur d'Eyre relative à la communication des deux lacs, lorsqu'à l'approche de la grande crique qui porte son nom, il écrivit : « Nous n'avons pas encore quitté l'incliDaisou du pajs vers le lacTorrens.» Et cependant à cette époque l'intervalle qui sépare les deux bassins avait été traversa k plusieurs reprises , par Rabbage entre autres dont la carte indique entre le lac Eyre et le Torrens un isthme large de 70 Itilomètres. Deux voyages de Stuart, accomplis avant sa grande expédititm aa

centre du rontinent, et les relèTements de Goyder, en 1860, ont accru d'une manière considérable la somme de nos connaissances sur cette zone.

Suivant Goyder, Ja majeure partie de la contrée limitrophe du lac Eyre consiste en plaines de couleur brunAtre, formées de glaise, couvertesde fragments anguleux de quartz et de grès rouge. Des crevasses et des bassins argileux découpent la suif ace du sol ; les ravins sont remplis de ricbes et succulents herbages, tandis que les polygonées recouvrent presque seules les plaines. Cette végétation occupe par moments la moitié du sol. Les terrains sablonneux se rapprochent par leur étendue de la plaine couverte de pierres rouges ; ils ont une végétation analogue, mais plus régulièrement distribuée. Cependant les dépressicHis comprises entre les collines de sable, ne portent pas de tapis d'aussi riche verdure; elles forment souvent des bassins d'argile ou sont revêtues de salsolacées, de poïygoniei et de muif as. La flore des vallées et des ravins est plus riche, puisqu'on y trouve une foule d'herbes trèenourrissantes appartenant à des espèces variées et croissant entre des eucalyptes rabougris, des acacias et des mul^s.

Relativement k l'étendue de leur aréa, les diverses parties du pays se divisent en steppes pierreux, en terrains sablonneux avec une végétation passable, en vallées fécondeseten terrains exposés à des inondations d'eau salée, ou qui du moins ne portent que des plantes salines. Cette végétation toutefois

ne surrit pas à l'hÎTer, les herbes se flétrissent à l'approche des chaleurs, et les polygoaées résis- • tetit seales à la température accablante de l'été , de sorte que si la contrée était complètement occupée w. les troupeaux seraient réduits à se nourrir de cette l deroière espèce. En hiver, ta contrée répond k tous les besoins des éleveurs; l'excellente qualité des pàturaf^es ne peut être appréciée assez haut à cause du rapide déreloppement pris par les bétes qu'on y a amenées jusqu'à ce jour.

La constitution géologique de cette région paraît fort simple. Ses trois chaînes de collines portent chacune le nom de sa cime la plus élevée : Termination Hill à 657, Willouran Hill à 420, et le mont North-West à 345 mètres au-dessus du niveau de la mer. La chaîne Allaroomba se relie aux monts Willouran, et peut être considérée comme une de leurs ramifications. Ces derniers se dirigent du nord- Dord-ouest au sud-sud-est de 135* 30' à 135* 59' de longitude est de Paris, en coupant le trentième parallèle ; ils sont formés de grès quartzeux alternant avec des bancs d'ardoises et de grès blanc compacte. Sorti de la plaine par 30* 3', le mont North-West constitue trois massifs séparés par de profondes vallées, et atteint 29* 58' de latitude. Le sommet central présente de minces aiguilles de granit et de gneiss contre lesquelles se sont posés sous une forte inclinaison du schiste argileux, du calcaire vert et du grès blanc avec des veines de quartz ; tandis ^ue les calcaires, les grès et les ardoises du

rameau occidental s'élèvent en strates presque perpen dieu) aires. Le Hennit Hill, séparé de lachalne, présente de la base an sommet des conglomérats calcaires, des grès de diverses nuances et du quartz. Entre les plateaux et les lacs s'étend un terrain de nature uniforme fortement imprégné de sel, et oîi la découverte de sources d'eau douce a été d'une importance extrême.

Une glaise d'un brun clair couvre la superficie des plateaux, mêlée de bancs de cailloux roulés reposant sur des coucbes horizontales d'opale, d'argile avec des cristaux de sel, des filons de g7pse et des dép6ts de grès rouge et jaune, un peu mêlés de sel, et enfin des grès calcaires grisitres. Cette formation reste assez uniforme depuis Saddle Hill, au sud du lac Eyre, jusqu'au lac au nord de Blancbewater, seulement près du mont Flint de Hack, les terres situées sous les graviers reposent sur un lit de sable. L'élévation apparente des plateaux provient de l'érosion excessive causée par les eaux qui ont entratné vers les lacs une énorme quantité de terres en creusant de larges vallées ; les couches siliceuses privées d'appui se sontefibndrées, et les plus petits fragments ont été dispersés par l'eau au niveau des plaines. Au milieu de ces vallées, l'eau creuse de nombreux ravins et donne naissance à des mares profondes surtout vers les lacs, et dans le voisinage desquels elles deviennent saum&tres ou même salées quand l'évaporation diminue leur volume. Après de longues sécheresses les

indigènes ne trouTeot même plus d'eau potable dans le lac Pauda — le lake Hope des colons.

Ces plateaux, souvent recouverts de collines sablonneuses, forment toutes les hauteurs du pays jusqu'à S4* 50' de latitude méridionale, à l'exception de la chaîne de Denison, près du mont Margaret. Il est également certain qu'une langue de terre semblable k l'isthme qui sépare le Torrensdu lac Eyre, s'étend entre le lac au nord de Blanche- -natefiet celui de rextrémité orientale de la grande région lacustre; mais malgré les appréhensions de Goyder, nous n'osons admettre avant de plus amples informations, la jonction de l'Ejre avec le bassin — le lac Grégory de la carte, — au nord du lac Blanche , et qui reçoit la rivière Cooper, ou Strelezki. Il est à regretter que le manque d'eau ait empêché Goyder de continuer la reconnaissance de la contrée située entre le lac Florence et l'embouchure de Moonarina ou Frome.

Immédiatement après les pluies survenues rers le milieu de mars 1860, des courants d'eau douce envahirent les torrents; les mares et les bassins argileux se remplirent tous, et lorsque Goyder arriva

.^^ . au bord du lac Eyre, au pointoùEyrele découvrit,

■ ?^^ une vaste baie pleine d'eau salée apparut a ses yeux.

. i Des bandes de pélicans, de cygnes, de canards

et d'autres oiseaux aquatiques animaient la surface de l'eau, où les brises les plus légères soulevaient mille croissants d'argent. A l'entrée de la rivière Cbambcr, une belle masse d'eau assez profonde dé-

bouchait par un caoal lar{^ de 600 mètres, et dans toute la contrée il j avait abondance d'eau douce.

Vers la seconde visite de Goyder, l'eau diminua d'une manière notable sur les bords du lac, mais il y en avait encore une masse importante au milieu du bassin. L'eau douce du creek de Pfelly était devenue saumfttre, de même que celle du Frances. Le Frome avait pris une teinte rougeitre, et était salé sur une étendue de S4 kilomètres ; seule la crique de Frazer continua à renfermer de l'eau potable, mais l'évaporation la fit rapidement diminuer.

Ayant résolu de sonder la profondeur du lac Eyre, Goyder partit accompagné de deux hommes des sources de Walgarina et descendit le Margaret et le Cooper's-creek a l'aide d'un bateau fait avec des peaux grossièrement réunies. Le frêle esquif, bien qu'il fût chargé de provisions, d'armes, délits et d'eau, n'avait qu'un tirant de 10 centimètres ; le niveau de la rivière avait baissé de 15 centimètres depuis les pluies; toutefois, comme la voyageur croyait avoir remarqué de l'eau dans le lac, il espérait remporter quelque succès. Cependant la navigation dut être suspendue après peu de kilomètres ; l'eau qui dans la rivière variait de 15 centimètres à 3 mètres de profondeur, devint de plus en plus basse, et , à un détour subit du cours d'eau près de son embouchure dans le lac, le lit parut desséché. Il aurai t suffi de 1 5 centimètres d'eau pour transformer en un lac de belle apparence un bassin de vase ou de glaise desséchée et incrustée desel, et en-^

louréde rifcs marécageuies. Goyder et ses compagnons pénétrërent à quelques kilomètres dans l'intérieur du bassin , sur un sol susceptible de résister i des cheraux et dont la fermeté augmentait dans une progression croissante vers le centre. Les baies elles marécages que forme le lac soatenréalitéplus dangereux que l'intérieur. Quelques coquillages et du sable recueillis à la limite supérieure atteinte par le lac semblent avoir été apportés par des flots venus du nord, parce que l'emlMucIiure de la rivière de Cbamber ne présenta aucun indice analogue à la marque du fiux.

Les observations de Goyder donnent une image fidèle de la nature réelle du lac Eyre et il y a lieu de penser que les bassins situés à l'est et au sud sont constitués de la même manière. Dans l'Eyre et dans les petits lacs Henry, Arthur et Marion, on trouve des couches d'ocre rouge et jaune. Les indigènes donnent à la première variété de cette substance le nom de màéUy et font des deux sortes une énorme consommation pour leur toilette, les employant à la fois comme cosmétique et comme fard . Il y a beaucoup de bois pétriBé dans le Chamber et le Margaret.

Toutes les sources découvertes par Rabbage , le major Warburlon, Stuart et Goyder semblent traverser des fentes de roches argilo-calcaires d'un gris foncé pour venir au niveau du sol. Les sources deWalgarina dans le lit de Margaret sont entourées de roseaux et d'arbres à ibé et donnent de l'eau

douce et de l'eau salée suivant leur poBÎtion ; celles d'Eiiierald,lesZhirra-(Iurrtna des indigènes, ont une température maximum de 44* qui s'abaisse à 35* centigrades à 6 mètres du bord de la colline d*où il sort également une source froide. Cette eau n'a pas de maUTais goût malgré sa température élevée, fiabbage a évalué le débit à 91,200 litres et Goyder à 787,500. La diSérence très-forte provient de variations périodiques dépendantes des pluies dans tous les réservoirs. Telle source que Warburton juge suffisante pour abreuver tous les troupeaux du district ne fournit que 22,500 litres d'eau par jour, lors du passage de Goyder durant la sécheresse, et aurait été absorbée par 350 boeufs. Blanche Cup contient un réservoir de 387 mètres cubes, et son débit s'élève à 64,500 litres par jour. Le groupe de Mac Lacblan, près de l'entrée du Grégory, fournit autant d'eau que les Emerald Springs; une seule de ces sources en donne journellement 20,000 litres . Malgré ses recherches attentives, Goyder ne trouva dans aucun de ces bassins des traces de tuSs calcaires ou siliceux; leur élévation apparente audessus de la plaine semble provenir de la dureté des roches voisines qui résistent à l'érosion générale, et non d'un dépdt formé par l'eau même des sources. La rivière de Ghamber fut découverte, en 1858 , par Stuart. Ce voyageur, qui ne faisait encore que préluderàses grandes explorations, accomplit l'année suivante, en compagnie du botaniste Hergott et de M. Louis Muller , un nouveau voyage entre les

deux bassins du Torrecs et de l'Ejre, afin de con- Unuer les découvertes de Rabbage et de Wai4)urtoli à l'ouest de ce dernier lac. Nous donnons ici les principaux résultats de cette expédition (1).

Arrivé, le 25 mai 1S69, au pied du Davenport- Rangfl, ramificalioD méridionale des monts Denison, Stuart y gra<rtt la colline Margaret. Cette cime est formée de granit rose et vert, de quartz , de grès et de schistes verdAtres en coucbes boriBontales vers la base de la montagne. La chaîne a un aspect singulier ; elle apparattà une t^rtaine distance comme une accumulation d'innombrables collines coniques et âprei. Une plaine pierreuse la touche vers l'est, traversée dans cette direction par de larges ravins bordés de gommiers et de myills et d'autres arbrisseaux vers la montagne. La contrée stérile dans la proximité de la chaîne , devient plus plantureuse à une distance de quelques kilomètres.

Le manque d'eauramena Texpédition au Douglas Creek , où il y avait nue mare assez profonde, mais lorsque les chevaux eurent repris des forces, Stuart reprit encore le chemin des monts Davenport; on franchit des vallées de riche verdure et des collines basses, formées de quartz, de granit, de roches ferrugineuses avec quelques bancs de schiste argileux ; puis, au delà d'une hauteur aride, déchiquetée, où le sable, le gris, les calcaires et un peu de quartz

(1} Journal of IA« Au$tralian Exptditton dans le Journal of tht Geogmphieal SoHtty of London de iseï, t. XXXI, p. SS et

apparaissent péle-méle, on trouva la crique de Davenport encaissée entre des bancs schisteux perpendiculaires. Stuart ne trouva pas d'eau sur le plateau élevé, situé à l'est de cette vallée, ce qui le força de retourner au Davenport où il fut assez heureux de découvrir une source—lesHope-Springs — contenant du eel de cuisine et beaucoup de magnésie, mais sans laquelle il eût été impossible d'avancer vers le nord à cette époque.

D'autres sources furent découvertes dans la région pierreuse , mais riche en herbes et en polygonées à l'est du mont Margaret. Ces sources reçurent le nom de Hanker, et, bien qu'une légère croûte de salpêtre, de magnésie et de sel se soit déposée àl'entour, son eau n'est pas mauvaise. Les plaines et les collines environnantes sont abondamment pourvues d'herbes ; les hauteurs consistent en grès, en schiste, en schiste micacé et en quartz présentant quelques indices d'or. Vers le mont Yonnghusband le sol devient pierreux, desséché ; les nombreux torrents, en partie bordés d'eucalyptes , sont à sec. Néanmoins les traces d'indigènes et d'émus indiquèrent la présence de l'eau dans le voisinage , et Stuart crut en efiet apercevoir dans le lointain des sources nombreuses; les plaines bien arrosées avaient une apparence magnifique, elles semblaient sillonnées de ravins et revêtues d'une verdure exubérante, ■ C'est une contrée merveilleuse à laquelle on a peine à croire, » k'écrie Stuart dans son enthousiasme, Une cime isolée, le mont Kingston, d'une hauteur rela-

live de plus de 200 mètres , égale à celle du mouL YouQghusbaud, se dressait au nord devant une chaîne de collines plates dont on ne pût évaluer la distance à cause de forts mirages.

La découverte successive de plusieurs groupes de sources, qui suffisaient à abreuver des troupeaux considérables, amena celle du Neale dans le lit duquel il y avait de longues mares d'eau saumâtres Tout le paysprésente de beaux pâturages que Stuart compare à ceux des rives du Gooper, mais les sources dimiauërent. Néanmoins , malgré la surabondance des herbes qui étaient très-sèches, le manque d'eau causa de nouveaux déboires. Après de Tains efforts pour en trouver au delà des moûts Hanzon, l'expédition descendit le Neale jusqu'à ce qu'elle parvtnt au bord de longues mares. Là comme ailleurs le Neale n'est pas un cours d'eau régulier. Il forme une plaine large de 2,400 mètres coupée de nombreuxravinsetportantd'épaisboisd'eucalyptes. L'eau y a déjà atteint une profondeur de 3 mètres, et Stuart trouva même, aux points les plus larges, des objets évidemment charriés par les eaux à une élévation de â mètres sur les arbres. Suivant toute ap- parence le Neale n'avait plus été rempli depuis bien des années ; mais, à en juger par ses nombreux affluents, il doit être envahi par une masse d'eau énorme après des pluies excessives. Des huttes et d'autres traces d'indigènes se trouvaient partout dans le voisinage du Neale, mais aucun noir ne se montra.

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Les rocliers de quartz qui remplissent le bassin de la crique Peake entre le mon t Kingston et le mont Younghusband fixèrent l'attentioa Je Sluart. Le voyageur y séjourna plusieurs jours sans trouver de traces d'or, puis l'épuisement de sa provision de fers à cheval, si vite usés dans les steppes de l'Australie intérieure, le força à se retirer. Aucun incident ne signala le retour. Les pâturages sont d'excellente qualité dans tout le pays à l'exception du bassin d'un ancien lac desséché. Stuart découvrit au sud-ouest du mont Stevenson une belle source appelée London ou Lodden Spa par le gouverneur Mac Donnell qui la vit depuis. Elleest situéedansune grande plaine basse, limitée à l'orient par un plateau pierreux s'élevant subitement de 10 mètres, à l'ouest par une petite ligne de hauteurs de gypse et de chaux avec des cailloux de grès et de quartz. Sur la colline même de la source, Stuart prétend avoir trouvé de la lave. En remontant le cours d'eau salée qui va se perdre dans les lagunes près des sources de Strangway, l'expédition rencontra des indigènes. L'aspect étrange des hommes k cheval causa une véritable panique aux noire qui montrèrent avec hésitation le chemin d'une mare et refusèrent tout autre service lorsque les chevaux l'eurent épuisée.

Au commencement de novembre 1859, Stuart se trouve en société plus nombreuse, pour la troisième fois sur les bords du Chamber, La nouvelle expédition se dirigea tout d'abord, par les sources d'Emerald, vers une baie de la rive occidentale du lac

Eyre. Cette baie s'ouvre au nord-est où une li^e d'un bleu foncé marquait l'horizon, mais la rive opposée n'était pas visible même à l'aide d'une lunette d'un fort grossissement. La masse d'eau semblait entourée d'une lisière de sable blanc ou de sel comme aussi le rivage des petites lies situées Yers le nord. Du sel et des galets de grès et de calcaire couvraient les bords du bassin. Il ne fut pas possible à Stuart de pénétrer jusqu'à la masse d'eau qui apparaissait dans le lointain, à cause delà mollesse du sol. La dépression du bassin est de 1 mètre à 50 mètres de la rive etlaterre est recouverte d'une croûte de sel de 8 centimètres d'épaisseur, reposant sur de la glaise molle qui rend la marche fort diiEcile. A 400 mètres du rivage, Stuart vit une multitude de poissons étendus dans le bassin comme une longue lisière de 13 mètres de largeur. Ilsétaient desséchés et recouverts de sel. Suivant toute probabilité ils restèrent à iec par suite du retrait des eaux ou furent poussés vers le rivage par une tempête violente.

Dans une autre excursion entreprise des sources d'Emerald, Stuart se vit arrêté par une lagune salée de 8 kilomètres d'étendue, qu'alimentent les William's Springs situées, comme beaucoup de sourcesdupays, au sommet d'une colline de 30 mètres d'élévation. Alentour rôdaient des bandes de chiens sauvages et des émus indigènes. Les chiens n'aboient pas,mais ils hurleotlamentablement, lorsqu'ils sont en quête de leur proie ; la variété qui

provieDt de leur croisement avec les chien» domestiques, est très-utile pour la chatse àl'ému. Cet oiseau, sorte de kasoar sans casque, a souventla hauteur d'un homme, ses jambes et son cou sont longs^ et son corps massif. Il n'a (jue des ailes rudimentaires qui n'apparaissent pas en dehors, et se caractérise surtoutpar la singulière naturede ses plumes : elles sont complètement dépourvues de barbules et ressemblent à des crins flottants. Les chiens ni les kaoguroos ne l'attaquent pas facilement, car il court avec une vitesse extrême ; d'un autre côté le coup de pied de l'ému est si fort qu'il jette un chien à la renverse, et il suffit souvent d'un seul de ces coups pour le tuer.

La découverte des sources de William facilita le voyage au Pleale. Au nord du Douglas, le sol quartzeux produit peu d'herbe, mais Stuart pense que l'on y trouve de l'or et que les environs du Douglas ne sont que le commencement d'une plus vaste région aurifère. Cette circonstance parait avoir causé le retardapporté à la publication du premier journal de Stuart, toutefois on n'a pas encore trouvé d'or dans cette contrée. L'expédition visita le mont Anna, colline absolument plats dominant un plateau traversé par plusieurs ravins qui aboutissent au Douglas, Le mont Anna consiste en grès, en quartz, en granit, en une sorte de substance crayeuse outre une grande masse de conglomérats et des ccmches schisteuses diversement colorés. Ici ausaile quarts prédomine et donne parfois au 6<A une couleur

— !60 — blanche, de sorte que l'on prend ces points pour des groupes de sources ou des lagunes. Les voyageurs érigèrentdescairng en pierres sur les monts Charles et Margaret pour le relèvement de la contrée que Stuart opéra malgré une chaleur accablante. Les mesures prises ont permis de donner à cette partie de sa carte une certaine précision.

Après ces opérations, Stuart revint au Nealedans les environs de la colline Primerose. En ce point comme sur tous ceux où l'expédition le franchit, le cours d'eau est formé d'une série de ravins de disposition irrégulière occupant une largeur totale de plus de 6 kilomètres, en partie recouvert d'eucalyptes, de joncs et d'autres plantes d'eau douce. Le ravin principal rentermait une succession de mares les unes saumàtres, les autres salées, mais eu creusant on trouve de la bonne eau à quelques centimètres au-dessous du niveau du sol. Ce moyen est mis en pratique par les émus et les autres oiseaux comme par les hommes. Les sources thermales du mont Primerose ont une température plus élevée que celles d'Emerald. Des raisins sauvages d'un hou goût croissent près de ces sources où Stuart établit son campement pour entreprendre diverses courses dans la contrée voisine.

Une de ces excursions ramena le voyageur sur les hords du lac Eyre. Durant tout le trajet, le pays présenta une succession de plaines pierreuses revêtues de polygonées et d'herbes sèches, alternant A^ec des collines de saHe m deçà comme au delà

— 16I — da Nenle. Les rives du lac sont à une soixantaine de kilomètres des sources du Primerose. Étant arrivé à ce point le 1" décembre au soir, Stuart passa la nuit au bord du bassin. « L'aspect du lac ne me plait pas ce soir, dit-il, j'ai peur que nous ne le perdions. ■ Et le lendemain : « Je crains que mon apprébension d'bier ne soil que trop vraie. Je^uis reconnaître it l'horizon une ligne étroite, sombre, de terres basses, la ligne bleue de l'eau est bien petite. Ainsi finit le lac Torrens (1). Dirigé aunord vers le point où le Neale débouche dans le lac, arrivé là en 7 milles anglais. Trouvé une masse d'eau, mais très-salée avec des pélicans et d'autres oiseaux aquatiques. ■

Stuartdoute cependant d'être en vue du lac Torrens et quelques jours plus tard il écrit : c Réflexion faite, je puis être dans l'erreur en affirmant que j'ai vu l'extrémité septentrionale du Torrens. Ce que j'ai pris pour le lac pourrait être une grande lagune qui reçoit les eaux du Neale, avant de parvenir au grand lac. Pareille chose m'est déjà arrivée : il me faut encore une fois examiner le fait. Je ne puis pas me persuader que ce soit l'extrémité nord, n

On revient aux sources du Primerose en remontant sur une certaine étendue le cours du Neale. Le large lit du torrent renfermait partout de grandes mares plus ou moins saumfttres. Stuart trouva dans le cours d'eau qui sejette dans le Neale en venant du

(t) Siuatl appelle toujoura l'Eyre, tAa north lake Totrmt.

— I6î — Bord des sources d'une valeurextréme : les branches quij étaient plongées se recouvraieut de cristaux. DuresteonneTÎt pas d'eau douce dans le pays d'alentour.

Les voyageurs furent surpris de voir, aux sources de Louden, de l'eau froide jaillir au pied de la même colline qui porte à sa cime des sources thermales. Après diverses observations ils se dirigèrent vers le lac parle Davenport qui s'étend en nombreux ravins sur une vallée riche en herbe, Stuart franchit des lignes de collines sablonneuses, séparées par des plaines pierreuses mais recouvertes d'une belle verdure. Cette région est généralement basse et du même niveau que le bassin du lac. Le Douglas, dont le vaste lit sablonneux est traversé de nombreux ravins ombragés d'eucalyptes, de mallée, d'arbres à thé et d'autres buissons, était à sec ; son embouchure seule contenait un peu d'eau, encore étaitelle plus salée que celte de la mer. L'eau du lac ne semblait apparaître que dans le lointain et il était impossible de la bien distinguer à cause de forts mirages. Le 14 décembre au matin, la réfraction fut moins considérable. Stuart crut apercevoir de l'eau du haut d'une colline et une forte lunette indiquait à l'est une terre basse sous l'apparence d'une ligne sombre. Le rivage est formé de sable, de gravier et le lit du lac consiste en une glaise limoneuse sur laquelle Stuart ne put avancer que de & kilomètres, même k pied. De ce côté le sel est moins abondant qu'au sud.

Forcé de reTeuir aur ses pas par suite du manque d'eau douce, il rencontra près du mont Margaret une troupe d'indigènes. Ces hommes étaient occupés à préparer leur repas avec des graines d'acacias ; mais à l'approche des blancs, ils s'enfuirent subitement. Ils étaient plus grands et plus forts que leurs congénères du sud ; les femmes seules semblaient petites et maigres. Les voyageurs se rendirent aux sources de Freeling, en suivant les montagnes afin de chercher de l'or dans tes terrains quartzeux. Cependant, malgré les assertions de Eektciiek, de n'avoir vu nulle part des indices aussi certains depuis qu'il avait quitté les placera aurifères de Victoria, tous les eiTorts étaient restés sans résultat. Il j avait tous les indices de la présence de l'or, mais on ne trouva pas un fragment de ce métal précieux.

Les cours d'eau de la rive gauche du lac Ejre □'ont pas de lit profond, ils se partagent en un grand nombre de ravins ; sur leur bord, les gommiers et les myalls forment des lisières verdoyantes, mais les arbres n'y atteignent pas un développement considérable. Stuart gravit deux collines plates, élevées, de la chaîne de Hauson, sans rien voir dans le lointain que des rangées de hatiteurs aplaties. Un vallon descendant de la dernière de ces deux cimes, le mont Robinson, conduisit l'expédition dans une plaine ouverte, plantureuse. Divers cours d'eau viennent s'y rejoindre, mais tous furent à sec. La cime blanche du mont Hunter, qui s'élève

sur un buDc de craie et domine la plaine, fut le point eitréme atteint par Stuart, vers le nord-est. Au delà s'étendent une plaine pierreuse et de hautes .collines de sable. La mière Frew traverse la plaine vers le sud-est, pour se jeter dans le lac, qui parut éloigné de 40 kilomètres du mont Hunter, Toutefois les collines de sable et de continuels mirages ne permirent pas de bien distinguer les mes de l'Eyre. Toute tentative de pénétrer plas loin eût compromis les voyageurs d'une manière sérieuse ; ils revinrent en tonte faite au dépôt de Freeling, pour ne pas périr de soif. '

De nouvelles fouilles furent entreprises pour la rechercbe de l'or. En vain. Il n'y eut pas plus de succès cette fois qu'aux tentatives antérieures. Toutes les espérances furent déçues , les outils usés, les provisions épuisées sans que le moindre résultat couronnât tantd'efforts. Cependant avant de retourner à la crique de Chamber, Stuart passe encore au cours du Neale, et y découvre quelques sources bouvetles. Passant ensuite les monts Denison, il trouva le cours supérieur du Blytb tout à fait desséché. Sur les rives de ce torrent, s'étendent des collines basses, sablonneuses, revêtues d'herbes, et des plaines arides ; puis, à l'ouest de cette zone inféconde, on voit une grande lagune salée, de 12 kilomètres de longueur. Des roseaux dépassant la taille d'un homme, croissent sur les rives humides delà lagune, et dans leur voisinage sourd une eau excellente. Une crique salée venant du sud débouche

dans la lagune, et l'on trouve de l'eau eu abondance en creusant la croûte sèche de calcaire qui la recouvre. Le district est habité; le sol portait des traces fraîches d'indigènes, et le soir l'expédition voyait briller leurs feux.

Entre les Milne-Springs ( 28" 16' 45" de latitude nord), et les Louden-Springs, Stuart découvrit les sources deKeknick, quijaillissentégalementau sommet d'une colline. Il alla ensuite à la rivière de Chamber, où l'attendaient des provisions fraîches. Six semaiues de repos suffirent pour le remettre de ses fatigues, et le 2 mars 1860, il reprit le chemin de l'intérieur pour commencer la première de ses grandes explorations.

Une iotéressante collection de plantes recueillies par Stuart, fut soumise à l'examen du savant botaniste Ferdinand Muller, de Melbourne. Plusieurs de ces plantes appartiennent à des espèces encore inconnues, et leur nature indique un paya sans grandes montagnes. L'embranchement des monocotylédonées est dans un faible rapport avec les dicotjlédonées et les cryptogames manquent presque totalement. Les familles dominantes sont les composées et les légumineuses -, les salsolacées abondent surtout près des lacs , et les myrtacées, si nombreuses dans les autres parties de l'Australie, ne sont représentées que par quelques espèces dans le bassin du Torrens et de l'Eyre, bien qu'il n'y ait que peu d'arbres outre tes eucalyptes. En aucun point du monde, les salsolacées ne sont représen-

tées par qd nombre d'espèces aussi considérable que sur les rives du Torrent ; ces pâturages peuvent être utilisés pour les troupeaux de moutons (1).

Le triodia pmyenê, — berbe porc-épic des squatters, — récemment découvert sur les rives du lac Gairdner, recouvre de vastes espaces vers le centre du continent. Grégory prétend que cette plante est exclue de l'Australie occidentale, son apparition annonce toujours un sol complètement desséché. Le quandang (sanlalum ptrêicarium) aux fruits amers, qui semble identique avec le santal de la câte nordouest, est répandu dans les déserts de Victoria et de l'Australie du sud. Les magnifiques variétés d'érémopbilas constituent peut-être la partiels plus intéressante de la végétation de cette contrée. Ck»ntrairemcnt aux idées émises par MuUer, Stuart a rencontré entre la région des lacs et la côte du nord, d'épais fourrés comme ceux de la partie occidentale de la grande Ile,

Longtemps on a douté de la situation du bassin du Torrens au-dessus du niveau de la mer. Eyre, jugeant suivant les apparences, donna à l'Océan et au lac un égal niveau, mais Sturt pensa que )e Ht du lac se trouve à 30 mètres plus bas : la colonne de mercure de ses baromètres marqua sur les bords du lac septentrional une élévation égale à celle observée plus tard près de Ja mer. Ce voyageur ajoute

(1) Trantactiom nf the philoiophieal iniUtuU of Fietoria, t. IV, 18S0. ~Ftgttation of the âlitrictM turroundlng loi* Tarrttu, d«ai k Kne Miietll. dt Booker, isse.

que ses instromentl étaient en nautail état t hi observations ne peuvent donc être admises. De* puis, Rabbage, Grégory et Goyder, ont pris de nouvelles mesures barométriques dans la grande dépression, et leurs calculs établissent qu'elle est bien située au-dessus du niveau de la mer. Grégory, dans la relation de sou voyage de la baie Moreton à l'Australie du sud, fait )a remarque expresse que le lac Eyre est plus élevé que la mer. Quant à Rabbage, il établit dans un profil du pays compris entre le golfe de Spencer et le lac Youngbusband, l'altitude de l'Eyre à 21 mètres, et l'altitude des difïérents bassins se trouve ainsi répartie.

MAErM. Htlrst.

LacGillei 199 Grand lac Salé 72

— Gairdner. . . 109 Lac HarL 86

— Finnis 55 — Hanson 87

— Blyib 61 — Younghusband. . 118

— WindabouU . 67

Il ressort de ces cbîfïres que le terrain monte rapidement du golfe de Spencer aux monts Baxter à l'ouest à une altitude de plus de 200 mètres que vers le nord-est , il s'élève insensiblement à 120 mètres aux rives du lac Younghusbaud. Cette dernière zone, ricbe en lacs, subit une étroite dépression resserrée entre un plateau pierreux et la contrée riveraine du lac Gairdner situé à 37 mètres au-dessua du grand lac Salé.

Vers le bassin de l'Byre, le niveau de la dépression tend à se rapprocher de celui de la mer sans

l'atteindre. Toutefois les résultats obtenus présentent des différences notables, puisque Frome observa, au moyeu de l'h^psomètre, une altitude de 90 mètres dans le désert sablonneux des rives du lac Ejre.

Sans ' aucun doute, le bassin du Torrens et de l'Eyre constitue la zone la plus basse de l'Australie méridionale. Tous les voyageurs qui s'eu sont approchés, quelle qu'ait été la direction suivie, constatent une inclinaison du sol vers les deux lacs. La pente et la direction des cours d'eau dans la contrée environnante démontrent le même fait. Aucun des lacs de la dépression n'a de déversoir, tous let» torrentsvoisinscoovergent vers elle, soit qu'ils viennent de la chaîne de Flinders et de ses ramifications au nord du 32* parallèle .'soit qu'ils aient leur source dans les plateaui. pierreux de l'est à plus de 100 mètres d'élévation, ou sur le versant occidental des monts Stanley et Grey à l'est. Il en est de même pour les cours d'eau venant du nord,

« L'enchaînement des explorations successives de Mitchell, de Kennedy, de Sturt et d'Eyre prouve que les e^ux de l'intérieur de la partie orientale du continent s'écoulent sinon dans le golfe de Spencer, du moins dans sa direction, tandis que les observations baroinéiriques montrent que le lac Torrens — la pJt« 6a**e dépreaion de l'intérieur — se trouve en réalité au-dessus du niveau de l'Océan. Par suile de ce reliel particulier du centre, il n'est pas vraisemblable que des lacs intérieurs d'une certaine im-

porUDce communiquent avec le réseau hydroj:;raphique actuellement connu (l). >

Le lac Grégory, s'il ne communique pas avec l'Eyre, se trouve du moins à un niveau égal ; son lit sert de déversoir à la rivière de Cooper;et si les pluies qui tombent à] l'intérieur de l'immense bassin de ce cours d'eau balanç»ieQt l'etlet de l'évaporalion, il se formerait de nouveau un lac permanent à la place des marais salants actuels. Dans les divers bassins, le degré de salure des eaux dépend beaucoup de leur abondance ; il dépasse celui de l'eau de mer, qui est en moyenne de trois et demi pour cent. Nous ne possédons aucune analyse des eaux du Torrens, mais leur poids spécifique et la quantité de matières solides en dissolution y est très-variable. Dans la mer Morte, en Palestine, et dans le ^rand lac salé deTUtab, en Amérique, la matière solide dissoute a atteint le quart du poids de l'eau (2),

Les conditions climatériques du bassin du Tor' reQs et de toute la région lacustre, n'ont encore été observées que d'une manière imparfaite, et les observations sont en trop petit nombre pour en tirer dès maintenant des conclusions précises. Ces observations comprennent l'état du ciel et de l'almo-

(1] Htmoirede Grégory tur son Toyige de la baie Horeion au Totreni en 18S8, iradult dan* la Zeittchrift fUr ETdkunda ds Berlin. Ncue Folgc V, page A33.

(a) Sur lacomposlilondcseauxdcla ma r Morte, voyez lu Complet r»ndui de FAeadimiodtiSeieneet, octobre ISS 3, t. LVII, p. 001.

sphère, le degré de chaleur, la quantité d'eau tombée, la direction de» venta.

Sturt, retenu par le manque d'eau dans les monts Grej, sur le bord oriental de la dépression, durant l'été de 1845, note pour les mois de décembre, janvier et février, une température moyenne de 38*, 40' et 38* centigrades à l'ombre. A plusieurs reprises, le thermomètre s'éleva k 5$* à l'ombre, à 70" au soleil. Toute végétation s'arrêta, toute humidité disparut sous l'action d'une chaleur aussi intense. «Les vis de nos vases tombent, écrit Sturt, les manches en corne de nos instruments se fendillent en petites l»roelles, le plomb sort des crayons, et il est impossible de se servir des fusées à signaux ; nos cheveux cessent de croître, ainsi que la laine des moutons, et nos ongles deviennent cassants comme du verre. La farine a perdu plus de 8 pour 100 de son poids primitif, et nos autres vivres encore plus. Le son, où nous avons conservé le lard, est tellement pénétré, qu'il pèse autant que le lard même. Nous avons dû enterrer nos bougies; un flacon plein dejus de citron, dans la malle de M. Browne, a coulé, et il nous est difficile d'écrire ou de dessiner à cause de la rapidité avec laquelle le liquide de la plume ou du pinceau se dessèche. Par bonheur une saison plus fraîche commence, autrement plusieurs d'entre nous ne pourraient résister plus longtemps. > De fortes rosées tombèrent en avril, des nuages passèrent avec du tonnerre. Le 12 mai il y eut un orage, et une pluie douce commença k

tomber vers le milieu de juillet avec une température beaucoup plus basse. Une fois, le 6 juillet, le thermomètre marqua 3° centigrades. Quant au baromètre, il varia constamment entre 739 et 756 millimètres au dépôt près des monts Grey.

La sécheresse de Tété de 1844-45, dans tes montagnes de Grey, n'est pas exceptionnelle ; cette chaîne constitue avec les rives du lue Ejre, un des points les plus arides de l'Australie du sud. Cepen- . dant nous ne donnons de moyenne ni pour la quantité de pluie tombée, ni pour la température; les observations faites sont rares, incomplètes, irrégulières. De même pour la direction des vents et les autres phénomènes météorologiques.

Il n'y a pas de saison pluvieuse régulière dans toute la zone des grands lacs. Les pluies qui tombent en hiver, de mars à octobre, sont toutes lo> cales et leurs suites passagères. Le sol n'est pas régulièrement humecté ; et lors même que l'eau tombe en quantité énorme, les inondations passent vite. Tel cours d'eau complètement desséché, déhorde ses rives après une pluie de quelques heures ; il inonde toute la contrée environnante, les plaines se transformejQt en marais, l'eau s'accumule d^ns les dépressions au point qu'on y peut naviguer en canot; le sol se couvre de verdure, puis tout se dessèche de nouveau avec une égale rapidité- Pas un des cours d'eau qui débouche dans les lacs Gairdner, Ëyre, Torrens, ne renferme de l'eau courante durant toute l'année (1) .

(1) Vojei Da$ Torrent Bicàen und Hê umlUgandm f^nd-

Considérations générales.

Lors de sa première traversée de la Murray, Sturt avait trouvé ud immense dépât de fossiles, et, en 183S, duraot son voyage de Murundi sur la Murray, à Adélaïde, il passa de ce dépàt fossile  des couches de grès et à des collines scbisteuses, puis il découvrit des roches plutoniques aux monts Barker et Lofty, et revit enfin près d'Adélaïde les grès et les mêmes espèces de fossiles que sur les bords de la rivière Murray. Ces circonstances lui firent supposer tout d'abord que le continent australien cousis* tait naguère en un archipel, et que les dépressions actuelles formaient le fond de la mer. Sept'années plus tard, après son exploration de la région déserte au nord du bassin du Torrens, le même auteur exprima l'hypothèse que toute la masse du continent australien a été soulevée à son niveau actuel audessus de la mer; mais comme les parties nord et nord-est sont plus élevées cjue celles du sud et du sud-ouest de la grande tie, les eaux de cette haute région ont dû s'écouler vers la zone inférieure divisées en deux courants par des collines ou un obstacle quelconque : l'un des courants a suivi la ligne du Darling pour déboucher dans la mer entre le

ttriche dans leï GeographUchen lHiUkeilungen de ISSO et dans CEllud«lBS3i Dit EyreSia «nd uin tuiheettliehet Fluitgêbitt •>ec une belle cirto de Polenninr.

— 1T3 — cap Bernouîlli et la baie Encounter, l'autre s'est dirigé vers l'ouest et a atteint la càte du grand golfe situé entre l'Australie du sud et l'Australie occidentale. Maintenant les lignes de déserts marquent ' le cbemin suivi par les eaux.

La région des grands lacs de l'Australie méridionale présente une analogie frappante avec les rives de l'Océan. Les bancs de galets, les lits de cailloux roulés, les dunes disposées enlignes parallèles et régulières autour des bassins de l'Eyre et du Torrens sont toutes semblables k celles des plages maritimes. Les dunes, d'étendue variable, s'aflermissent vers le plan supérieur et y portent quelque végétation. Elles se lient d'une manière insensible à des pla> teaux pierreux et forment, comme celles du Sab'ra, des couches régulières de sable appartenant au terrain pliocène supérieur. Déposées par des eaux douces ou saum&tres, elles ne sont pas, comme beaucoup d'écrivains l'affirment, le résultat de l'accumulation des sables par le vent. Quant h ces sables, ils sont essentiellement quartzeux et contiennent de faibles quantités de carbonate de chaux et d'argile ferrugineuse. Parfois ils sont agrégés par un ciment calcaire, les couches régulières de grès calcaire qui en résultent permettent alors de déterminer la classification des lits de sable environnants. Le contour extérieur des dunes peut varier, mais la masse générale des sables ne se déplace pas. Le vent n'opère en eux que des modifications légères et leur position présente est celle qu'ils occupaient

à rorigine de la période géologique actuelle (1).

Le grès apparaît sur toute l'étendue de l'Austra- Ue; il abonde surtout dans la grande dépression occupée par les lacs Torrens et Eyre, où il forme des coucbes de nuances et de dureté variées. A défaut de coquilles, ces médailles de la nature où l'âge des formations géologiques est écrit delà main de Dieu, le degré dedure té des grès suffitpourdétermioerleur ancienneté relative. En généralj le ciment qui les UDÎt est d'autant plus consistant que la roche d'agrégation est plus ancienne. De plus, comme la composition des grès est produite par l'agglomération de débris de roches plus anciennes, charriées par un fluide aqueux, la question de savoir si les dunes du Torrens sont un transport alluvionnaire ou le résultat d'une désagrégation spontanée de roches préexistantes, ne présente pas les différences que l'on peut supposer, si par roches préexistantes on désigne les grès situés dans les mêmes localités.

Tout dans l'aspect des lacs salés de l'Australie rappelle les ehottt et les sebhas de l'Afrique du nord.

(1] ht» dunes du bassin du Torrens ont une retsembUnce parfaite avec celles dn Si'ra. Or les couches tenaces de sables arglleni de couleur grlsitre, obierTéas i direraes hiuieure dans ses dones, prouvent évidemment qu'elles tonl le résultai d'un transport par les eaux. Cette opinion est conHrniée par les résultai des sondages de l'Oued- Halab et d'EI-Uesran en Algérie, Suivant H. Ville, on a tronTé en profondeur des couches de sables fluide* qal ont opposé uns grand* résistance t l'enloncemeiit des tubes de retenue. Puisque dans c« terrain Il y a des coucbes de sable en profondeur, est-Il éionnant qu'il j en ail également i la surface du sol ? El les rtata n'oot pas d'aciioa Hir ces coucbes Inférieures.

11 est probable que le Torreos et t'Eyre ont fonné une vaste mer intérieure dont le niveau s'est progressivement abaissé comme il arrive pour le lac Tsad et tant d'autres. Sans aucun doute, l'eau de ces lacs était douce à une époque géologique précédente. C'est à l'action des eaux pluviales s'înfiltrant entre les assises rocheuses après avoir lave le sol , ainsi que l'eau des torrents qui, à cause de la soude répandue dans les terrains qu'ils traversent dissolvent en peu de temps des quantités, de sel considérables, qu'est due la salure actuelle. L'eau qui s'évapore étant pure ou ^ peu près, il devait en résulter la formation et Taccroissement des dépôts salés.

L'Australie, comprise entre 11° 6139° de latitude méridionale, 111' et 152° de longitude à l'est du méridien de Paris, a une longueur de 3,650 kilomètres d'orient en occident, sur 31Ô0 kilomètres dans sa plus grande largeur. Sa superficie, égale à peu près aux trois quartsde l'Europe, atteint775,000 kilomètres carrés, l'aréa des terres fermes répandues à la surface du globe étant de quatre millions de kilomètres carrés environ.

Au premier abord, une si vaste étendue de sol semble impliquer l'existence de ressources extraordinaire; on pente y trouver de hautes montagnes et de beaux âeuves proportionnés à sa grandeur. Il n'en est rien cependant : l'Australie est mal partagée sous le rapport hydrographique, elle ne possède pas cette admirable succession d'eaux et de

ferres disposées daDs d'autres zones d'une manière si proiidentîelle, succession à laquelle l'Europe doit d'une manière spéciale les progrès de sa civilisation avancée.

Les rivières qui descendent du versant oriental des montagnes Bleues n'ont pas un cours considérable; ce sont : le Shoalhaven, le Hawkesburv, grossi du Colo et du Mac Donald sujet à des crues subites de près de 15 mètres; le Hunter, qui reçoit le Goulbum et le William; le Macleay, laNambueca et la Brisbane qui traverse la ville de même nom, capitale du Queensland , et se jette dans la baie Moreton. Le Burdekin après sa jonction avec )e Belyando atteint près du montËlliot une largeur de 1,500 mètres, et se partage ensuite en trois bras principaux et en une multitude de canaux secondaires, dont aucun ne peut être utilisé pour la navigation. Sur la pente occideolale des montagnes Bleues, les rivières ont un cours plus long que sur le versant opposé i elles en tombent pour former un réseau inextricable et quelquefois même de vastes maré^ cages quand elles atteignent les plaines. Les principales sont les rivières Murrumbidgie , Lacblan, Darling qui forment ensemble la IVIurray qui déboucbe dans la baie Encounter, sur la côte méridionale. Un grand nombre d'affluents grossit chacune de ces rivières à sa descente des montagnes : tels sont le Culgoa, la Condamine, la Macquarie et le Bogan, tributaires du Darlin^, la Beorova, l'Abercrombie, la IVorra-Burra affluents du Lacblan ;

le Goulbum, le Cainpaspe et le Lodâon qui rejoignent la rive gauche du Murray.

Dans riûtérieur, la rivière Cooper se jette dans ïe lac Grégory sous le nom de crique de Strelezki, elle reçoit les rivières Thomson et Victoria, seulement le volume habituel de ses eaux est loin de répondre à son cours immense; souvent elle ne forme que des mares qui n'atteignent même pas le Grégory. Stuart signale comme permanents la partie supérieure du!NeaIe,le Stevenson, le Bonney-creek et le Daily-Water afSuent de la rivière Wickham; les mares de ces cours d'eau sont peuplées de poissons durant la saison sèche, Â l'exception de la rivière Victoria, qui a un cours de plus de 500 kilomètres, et du Flinder ou Yappar, on ne connaEt guère que la partie inférieure des rivières de la côte septentrionale. On peut y signaler en outre les rivières Mitchell, Lynd, Albert, Calvert, Wickham, Roper, qui se jettent dans le golfe de Carpentarie ; les rivières Prince-régent, Fitzroy et Glenelg dans la Terre de Tasman. Enfin les rivières de l'ouest sont le Grey, qui reçoit le Schaw et l'Oakover; le Fortescue; l'Ashburlon, dont la profondeur atteint de 12 à 18 mètres après les pluies; le Gascoyne, le Murchison, l'Arrowsmitb, le Svfan-River à Perlh, et le Blackwood, grossi du Bucbanan dans la baie de Flinders. L'inclinaison du pays au sud -est du mont Mac Pherson indique, dans cette direction, l'existence d'une grande rivière servant de déversoir à une grande partie des eaux de l'intérieur. Vers le sud

•on voit I>eaucou|i de lacs en cbapeleU communiquant ensemble après les pluies -, mais sous ne pensons pas que la zone inexplorée recèle quelque lac intérieur d'une étendue égale à la mer imaginaire dont certaines théories supputaient l'existence avant les derniers voyages de Stuart.

Arago évalue à 306 mètres l'élévation moyenne de toutes les terres du globe au-dessus du niveau de lamer(l). En Asie cette hauteur moyenne générale est de 350 mètres , de 284 pour l'Amérique et de 205 pour l'Europe. Le chiilre de 306 mètres est beaucoup plus faible que celui adopté par Laplace dans sa Mécanique céleste. Pour l'Australie, il serait prématuré de se livrer aujourd'hui à aucune évaluatioa de l'altitude moyenne, altitude qui se rapproche sensiblement de celle de l'Amérique. On y voit, vers le nord et l'ouest, des plateaux de 500 et même 700 mètres d'élévation, certaines parties de la région alpestre du sud-est atteignent 3,500 mètres, et les montagnes Bleues qui forment la chaîne la mieux étudiée du continent australien, ont des sommités dépassant 2,000 mètres. Comme le conslatentles Fragments asiatiques d'A. de Humboldt, les soulèvements des énormes masses de ter-' rains qui constituent les plateaux de l'Asie cen-, traie ont amené un affaissement sensible dan^ les' lieux limitrophes, puisque la Russie et la Perse présentent une vaste région avec des terrains fertiles, des villes populeuses et de grands établissements

(1) Mtrçnomi» populaire, 1. 111, p, 3il.

commerciaax au-dessous du niveau de l'Océan. L'êlendue de cette Immense dépression est de 56 millions d'hectares, et cette dépression ne peut être attribuée aux erreurs dont sont susceptibles les meilleures opérations rie nivellement quand elles embrassent de grandes étendues; le niveau de la mer Caspienne, et par conséquent la position d'Astrakan est de tOO mètres plus bas que celui de la mer Noire et de l'Océan. En Australie, on n'a pas rencontré de tels espaces enfoncés, la grande tte ne peut donc oSrir des soulèvements comparables è: ceux de l'Iran et de l'Asie centrale.

L'orographie ie l'Australie n'est pas mieux connue que son système fluvial. Quant aux formations géologiques , elles sont les plus diverses et présentent tous les terrains qui forment la surface solide du globe. La flore, et surtout la faune, j ont des caractères propres qui les isolent des autres flores et des autres faunes.

Les mammifères ne sont guère représentésquepar deux groupes principaux : les marsupiaux et les monotrèmes. L'un de ces ordres n'occupe qu'un domaine restreint, l'autre est exclusivement propre à l'Auslralie. Les marsupiaux forment les trois quarts de la faune mammalogiqne; sur cent trente et une espèces connues habitant cette région, cent deux appartiennent à l'ordre des animaux â poche, dont certaines espèces se sont propagées d'une manière singulière. Cette disposition particulière des marsupiaux semble intimement liée à la création zool»-

gîtjue lie cette zone, puisque Meyer a même retrouvé quelque chose d'analogue dans l'ému. Les kangurouSjles plus grands mammifères indigènes, correspondent aux ruminants qui y ont manqué totalement. La fonne de leur tête, leur système dentaire et leur geure de vie rappellent ceux de la biche. D'autres animaux du même ordre, les genres Myrmêcobira et Tarsipes, représentent les insectivores; les dasyures et les tbylacinés tiennent dans cette faune la place des carnassiers, les phalangers celle des makis, et quelques-unes de leurs espèces se rapprochent des rongeurs. Les pétauristes, munis d'une membrane propre au vol, se lientd' une partaux marsupiaux, de l'autre ils tiennent des chéiroptères ou plutôt des' galéopithèques; cependant les chéiroptères comme les rongeurs comptenten Australie des représentants véritables. Les monotrèmes remplacent sur ce continent les édentés des autres parties du globe et sont représentés par deux genres bien distincts : l'échidné et romitborhynque. Ces animaux semblent établir le passage entre les mammifères et les vertébrés ovipares. L'intestin, au lieu de s'ouvrir directement endehors, débouche dans un cloaque commun de ta même manière que chez les oiseaux ; l'appareil de la reproduction présente aussi des anomalies très-grandes, et le système dentaire est rudimeataire ; quelquefois les mâchoires sont garnies de lames cornées qui ressemblent beaucoup à un becde canard; outre ce bec, l'omithorbynqueestencorepourvudes pattes d'un palmipèdedont

il a les habitudes aquatiques. Quant àrécbidDé,ilse rapprodte «galemeut du fourmilier et du hérisson.

Si de la terre nous éleroDs leregard vers Tbomme, le nom de l'indigèue australien éveille en nous l'idée d'un être déchu, arrivé à la dégradatioo la plus complète, sans lois, sans industrie, sans art, privé de toute idée religieuse, et absolument incapable de sortir de son état de profonde barbarie. Le tableau de sa conformation physique est en rapport avec celui de ses facultés intellectuelles. Bo-: menj de Rienzi place les Australiens au-dessous de l'orang-outang. Bory Saint-Vincent les compare au mandrill, l'un des représentants inférieurs de l'ordre des singes, et récemment, dans un livre estimable à plus d'un titre, M. Alfred Maury nous les a dépeints sous des traits moius sombres, il est vrai, mais d'une exagération encore évidente {!}.

Tel a été l'effet fatal de l'absurde préjugé qui pèse sur les populations de tout un continent. Cependant, après l'éloquente défense de M. de Quatrefages, dans ses excellentes études sur VUnité de Vespéce humaine, il reste peu à dire pour replacer les Australiens au niveau des autres races humaines. Des informatioas plus vraies ont fait justice d'assertions inexactes fondées sur des faits mal observés, sur des généralisations hasardées, et souvent même sur de plus tristes motifs. Beaucoup de voyageurs n'ont vu les aborigènes que sur un seul point du territoire, et ont étendu les observations faites sur

(1] La Ttrrt ei l'Homme , p. SAS.

quelques iadivîdus à tous les habitants de l'Australie (1). De là vient le mal ; l'erreur est propagée et perpétuée par une foule d'écrivains, qui, n'ayant pas fait des observations personnelles, acceptent sans examen des données inexactes.

L'Australien n'est pas aussi disgracié au physique que l'affirmeDt Rîenzi et Bory, que le disent plusieurs voyageurs qui n'ont fait que toucher terre, et ont jugé d'un contiaent par quelques points de relâche où ils ont abordé. Mitchell décrit son guide comme un parfait spécimen de rftutnatttt^, et ce n'est pas là une exception, car cet auteur revient à différentes reprises sur la perfection physique de CCS machines humaines développées en toute liberté. Un des membres de la fameuse expédition scientifique deWilkes, Pickerinç, confirme le jugement de Mitchell. Chose étrange, dit-il, je regarderais l'Australien comme le plus beau modèle des proportions humaines sous le rapport du développement musculaire. Il combine la plus belle symétrie avec la force etTactivité, tandis que sa tête pourrait être comparée au masque antique de quelque pAtlosophe. Dalrymple fait un portrait semblable des riverains du fleuve Burdekin, et depuis les dernières

(I) o Noas n'avona vlsiiâ lea Indigènes île ta NouTdre-Hol lande que sur uu seul point, t la bai« Raflles, par (>■ environ de lalltude sud t mais h description que nous en allons donner peut se rapporter i tous les babllaats de la Ho uTel le- Hollande en général, car Ils sont partout Identiques...., Nous tlmes i la baie FaOes une vingtaine d'hommes eailroa. • Jacquinot , Cottiidiraliom ginèralii sur Panthropologie.

explorations à travers le contiDeiit, ce témoignage a été appuyé par les observations de Stuart, de Burke, de Mac Kinlay etde Landsborough. A diverses reprises, dans le cours de cette étude, nous avons signalé la beauté du type des peuplades de l'intérieur.

Les aptitudes intellectuelles des aborigènes ne sont pas inférieures à leurs qualités physiques. Ils possèdent toutes les industries des autres peuples sauvages, et ne sont pas, comme on le leur reproche, sans idée de gouvernement et d'organisation sociale. Depuis longtemps Gray et le docteur Long ont montré qu'il existe chez eux une répartition du sol et qu'ils sont divisés en tribus et en familles. Quant â leurs qualités morales, on les a défigurées d'une manière étrange. L'ivrognerie, le désir de la vengeance, le relâchement des moeurs dans le voisinage des villes, en un mot, les passions les plus communes chez les nations civilisées, ont été reprochées aux Australiens, comme des traits leur appartenant en propre. De nombreux exemples prouvent cependant combien le cceur de ces mêmes hommes est accessible aux plus doux, aux plus nobles sentiments, aux afiections de la famille, à la plus vive reconnaissance pour de légers services. Ils ont des institutions qui rappellent le (aboudes ties de la Polynésie, et le totem des Américains. La croyance à la divinité, à des génies malfaisants, k l'immortalité de l'âme, est générale, et les travaux de Logau, d'Alfred Maury, de Pruner-bey rattachent les idiomes australiens â une même langue

184 — fondamentale, qui présente avec les langues dravidiennes de l'Hindoustan, de telles ressemblances, qu'on est conduit h les réunir dans [une seule famille.

La population de l'Australie n'est pas homogène. Les tribus présentent des dillérences sensibles qui constituent autant de races distinctes suivant )e milieu où elles sont confinées. Leur nombre diminue rapidement, et bien que certaines localités soient assez peuplées, il ne dépasse plus 30 à 40,000 Ames. On a fait quelque bruit d'une peuplade de l'intérieur privée de système pileux. Des renseignements vagues, contradictoires, circu laient sur cette étrange race, Stuart disait avoir vu des hommes sans cheveux lors de son expédition de 1860. L'année suivante, un autre voyageur, Mac Kay, rencontra près de ta rivière Balonne, un jeune indigène, dont le crâne, suivant la comparaison d'un journal anglais, étaitaussi poli qu'une boule de billard. Ce pauvre nègre, âgé de 17 ans environ, ressemblait à un vieillard que les rides auraient épargné. Il étail petit, d'une complexion faible. Ses yeux légèrement bridés et sa peau d'un jaune brun assez prononcé, lui assignaient une parenté directe avec la race mongole. Cependant l'anomalie n'était pas complète, puisque l'individu sur lequel elle a été observée, conservait encore quelques cils (l).

(1) A. deQuair«[ages, Utùté de re$pée» humaine, 1801, cl An' nalei du foyaget, février 1863, 1, 1", pp. 155 à 17*.

Comparant entre eux les résultats 'obtenus par les dernières esplorations, sous rappelons la première tentative de Stuart pour pénétrer au golfe de Carpentarie, en associant au nom de ce voyageur ceux de Burke, de Wills, de Lansborough et de Mac Kinlay. «Si cette expédition, disions-nous, si cette a expédition a peu proGté aux braoches spéciales c de la science, il n'en estpas moins vrai qu'elle a a mis un à bien des systèmes et des bypothèses sur c la conformation de l'intérieur du continent, où « Oxley, Gawler etbiend'autres avaient soupçonné «l'existence d'une mer intérieure. Malte-Brun y « plaçait un vaste désert de sables brûlants semc blable au Sab'ra ; Lander, des plaines inondées u chaque printemps et desséchées en été ; Syre, a. des lacs salés alternant avec des plaines ; Sturt, « des dunes de sable qui devaient s'étendre des ri- « vesdes lacs Torrens et Eyre, aux c6tes du golfe a. de Carpeotarie. Toutes ces hypothèses généraliu sées d'après des apparences locales, furent dén truites, et l'intrépide voyageur ne put non plus « constater l'existence d'une grande dépression a adoptée par le comte Strelezki et par Roderïck «Murchison. Les découvertes de Stuart confir- « mèrent les conjectures des voyageurs plus réu cents et de qoeiquei éminents géographes, tels (I que D. de Rienzi, le docteur Muller et le sau vant A. Petermann. U trouva une grande va- ( riété dans la conformation du terrain. L'expédi- ■ tion vit des montagnes et des vallées alternant

K avec des plaioes, des forêts, de belles sources et

< des p&turages immenses ; mais elle ne découvrit

< aucun fleuve considérable. »

Les itinéraires qui traversent le continent d'une mer à l'autre, sont situés à l'est du 130' méridien à l'est de Paris. Toate la moitié occidentale de l'Australie intérieure reste ouverte à l'activité des explorateurs futurs. Leurs découvertes feront voir sans doute dans la conformation du sol la même diversité que celle reconnue depuis trois ans dans la zone orientale. Toutefois, la somme des observations qu'un voyageur peut faire des deux côtés de sa route, ne dépasse pas la dimension d'un fil tendu sur une sphère : au delà de cette route, rien n'est certain, et le relief d'une contrée n'est complètement déterminé que lorsqu'elle se recouvre d'un réseau d'itinéraires par lesquels les observations sont multipliées et rectifiées. Landsborougb et Mac Kinlay accomplirent leurs explorations dans d'excellentes conditions. Stuart, deux fois contraint au retour à cause du manque d'eau, parle de fraîches oasis, de pays admirables succédant à des plaines desséchées. Burke et Wills confirment ce témoignage et attestent l'existence de pays bien arrosés surtout dans le voisinage du Carpentarie. Au retour, ils moururentde faim et d'épuisement. Considérées dans leur ensemble, ces régions ne sont pas plus un désert aride, qu'elles ne ressemblent à un Eden, et s'il y a sur lé globe des points mieux favorisési de grandes parties en peuvent être utilisées

par la culture. Le sol s'améliore sous les pas AeS troupeaux ; il suffît de peu d'années pour transformer les lieux où la colonisation pénètre, et, s'il faut en croire l'appréciation des squatters, juges compétents en cette matière, l'Australie centrale est de beaucoup supérieure à certains districts actuellement occupés.

Pour donner un cadre plus animé aux solitudes del'intérieur, il nous resterait àparcourir ces belles colonies dont le merveilleux progrès demeure sans égal. Le spectacle est séduisant, mais il nous faut abréger. Il est temps de conclure cette étude aride, incomplète, monotone, écrite avec trop de précipitation pour être bien écrite. Les récentes explorations dans l'intérieur du continent,' de Stuart à Lansdborough, ont peu profité aux branches spéciales de la science. Il s'agissait de trouver une route à travers les parties centrales du continent : cette voie est ouverte. Des savants spéciaux viendront déterminer le relief de ces mêmes zones, en étudier la faune et la flore avec ses formations géologiques et les phénomènes de l'atmosphère. De cet ensemble de travaux comparés, expliqués, éclairés par la critique et l'analyse, jaillira une image vraie, complète, lumineuse, de cette grande terre, avec le détail de ses montagnes, de ses productions et de ses arrosements. L'ardeur du travail et des découvertes est telle que tout cela sera réalisé avant la fin du siècle.

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