‹ L'Australie intérieure: explorations et voyages à travers le continentChapitre 2 sur 3 · n.iizedbyG00g['C · texte numérisé non relu

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et se terminant en pointe à ses deux extrémités ; des lignes étroites étaient gravées sur les parties latérales ; plusieurs morceaux d'écorce couvraient l'ouverture et le tout était solidement lié avec des cordes d'herbages. Le petit cercueil contenait encore les os et le crine d'un enfant.

Après une journée de repos, Stuart reprit le chemin du nord, afin de trouver une issue pour aller au golfe de Carpentarie ou au fleuve Victoria. L'inclinaison apparente au sud des coltines de sable que l'on venait de reconnaître, donna l'idée de les contourner plus au nord. Dans ce but, l'expédition suivit le versant des monts Asbburton; elle passa, àS milles du bivouac, le large torrent de Ferguson, et rencontra à 8 kilomètres plus loin l'extrémité de la chaîne que suivait une plaine sablonneuse, rouge&tre, couverte de triodias et de fourrés touffus. Des hauteurs pierreuses où étaient creusés les lits des trois torrents tous privés d'eau, ne tardèrent pas à apparaître; la sécheresse força Stuart à retourner au Ferguson, sur les bords duquel il caUipapar 17'S3'20" de latitude. La vue y embrassait un espace très-borné. L'expédition s' étant ensuite dirigée vers le nord, elle rencontra une rivière bordée d'ube lisière d'eucalyptes et qui semblait renfermer de l'eau que l'on trouva en effet en quantité considérable dans deux réservoirs rocheux. Les voyageurs franchirent successivement des hauteurs stériles. Une plaine couverte de forêts et de buissons, puis de nouveaux monticules de sa-

ble rougeàtre, tous cachés par d'épais fourrés. Mais là aussi l'eau manquait, et Stuart en allant au nordest, dut camper sans avoir rien pu découvrir ; toutes ses tentatives pour avancer dans diverses directions échouèrent également à cause du manque d'eau. Il résulte de ces reconnaissances que les hauteurs entre lesquelles passe le Lawson, sont enveloppées de tous càtés par les plaines de Sturt, dont la terre noire et féconde porte de hautes herbes, des polygODums, et par intervalles des eucaljptes isolés ; de faibles élévations sablonneuses avec d'impénétrables fourrés émergent de ces plaines. Le chef de l'expédition fit explorer les collines pierreuses qui entouraient le campement de Lawson ; elles finissent k 10 kilomètres de ce point, vers le nord-est, une plaine ouverte se présente ensuite, suivie elle-même par d'épais fourrés qui avaient arrêté les voyageurs. «LesbrouBsailles qui nous contraignirent au retour, écrit Stuart, furent les plus impénétrables de toutes celles contrelesquelles j'aie lutté jamais. Impossible d'y faire passer les chevaux, ils se sauvaient dans toutes les directions ; il y avait grand risque de les perdre, car nous ne les voyions déjà plus à la distance de 6 ou 7 pieds . Bien que nous ne pénétrâmes qu'à unefaible profondeur, nosmains,nos visages, nos vêtements, nos selles furent déchirés en land>eaux. Des buissons de toutes espèces se trouvaient réunis, et ils étaient aussi serrés que les épis d'une gerbe; si nous eussions avancé un peu plus, nous aurions perdu tous les bagages. Aucun in-

(lice d'eau, du sud à l'est, au nord* au nord-ouest, il n'y a rien à voir que les plaines de Sturt, ayec quelques collines de sable solidaires , également cou-vertes de fourrés et formant les points extrêmes des ramifications des hauteurs pierreuses. Elle me sépare complètement du Victoria. Je crois néanmoins que l'on trouverait de l'eau en de nombreux points de la plaine à une faible profondeur, et, si j'avais assez de provisions, j'essayerais de la franchir de cette manière; mais le seul moyen qui me reste maintenant, c'est de contourner par l'est ou le nord-est la plaine et les broussailles, là où il ; aura possibilité. »

On le voit, l'énergique explorateur se roidit contre l'obstacle, la résistance ne fait qu'irriter son ai^ deur, il marche, il avance malgré les déceptions de chaque jour, malgré la maladie qui l'accable, plein de confiance dans le grand œuvre qu'il a juré d'accomplir, et puisant toujours des forces nouvelles dans sa volonté et son enthousiasme. Et cependant, k la suite d'une nouvelle reconnaissance faite au nord-est, Stuart se voyait encore réduit à écrire dans son journal : «D'épaisses broussailles arrêtent tout progrès vers le nord; je crains qu'il soit absolument impossible d'atteindre d'ici le Victoria ou le golfe. Les plaines et la forêt sont un obstacle aussi grand que pourraient l'être un lac intérieur ou bien une enceinte murée. Je ferai reposer les chevaux jusqu'à lundi, pour essayer ensuite une route nordest ou nord-ouest. Si nous ne pouvons creuser des

puita, il ne me reste toutefois nul espoir de réusfiite, elles profilions ne euSEent pas pour attendre que les puits soient creusés. C'est une atnère déception d'être arrêté par le manque d'eau, quand le but est si procbfi' »

Après quelques jours de repos, on alla tout d'abord reconnaître la plaine orientale. Pendant que le reste de l'expédition alla s'établir près d'un nou- Tel étang situé k quelque distance du premier campement du Lawson, Stuart, accompagné de deux hommes et de sept cbeTaux, gravit tes bauteurs pierreuses. Puis, un plateau sablonneux, large de 6 kilomètres, où croissaient des spinifex, des eucalyptes et des broussailles d'espèces variées, le conduisit sur une plaine ouverte revêtue de pâturages. liC pays était désert et le sol était lézardé par d'innombrables ravines; nul oiseau, ni aucun autre être vivant, à l'exception de quelques milans et de myriades de sauterelles, ne se laissa voir; nulle part apparut une élévation du sol, un ravin, une trace d'eau; la plaine s'étendait aux dernières limites de l'horizon immense et sans boraes. Ou marcba dans cette plaine sur une étendue de plus de 30 kilomètres, puis on traversa une bande de fourrés de 10 kilomètres, pour s'engager enfin dans une zone unie, qui, exposée aux rayons verticaux d'un soleil tropical, présentait l'image d'une désolation complète, U fallut donc revenir sur ses pas, et cette fois aussi il fut possible de ramener les chevaux épuisés au réservoir du Lawson.

Une seconde tentatiTe entreprise le 23 mai, doDna de meilleurs résultats. Etant reparti avec ses deux compagnons et de nouveaux chevaux, Stuart découvrit à 22 kilomètres du campement, dans la plaine féconde où croissaient de jeunes eucalyptes et de riches pâturages, un heau bassin large de 140 mètres et d'une longueur indéterminée. Le réservoir d'eau douce < assurément la perle des Sturt's plains» * est situé par 17* 30' 40" de latitude méridionale ; il fut appelé NetDcaitlewater, et sa découverte éveilla de nouveau l'espoir d'atteindre le Victoria ; car Stuart crut d'abord avoir découvert rien moins que la source de l'affluent du haut Victoria , le Gamfield de Grégory, dont l'embouchure n'est éloignée que de trois degrés du point atteint. Le bassin repose sur un fond de calcaire, avec une profondeur de â mètres au milieu j il est entouré d'une lisière d'eucalyptes, et se continue sous forme d'un torrent venant du nord-est ; il renferme beaucoup de coquillages qui semblent constituer le principal aliment d^ indigènes, ainsi que de petits poissons dont la chair est excellente. De nombreuses bandes de pélicans, de grues, d'ibis et de canards animaient la surface du réservoir. Les voyageurs passèrent tout près le 15 mai sans te remarquer.

Stuart établit l'expédition sur ses bords, puis il continua sa marche. Le Mewcastlewater présente une seule masse d'eau sur une étendue de plusieurs kilomètres; au delà, il se change en une succession de mares et de réservoirs plus ou moins considé-

rables, comme il arrive pour le Sobat, et certaiug afDuents du fleuve Blanc. On remonta le lit de la rivière jusqu'à ce qu'il disparût totalement dans une plaine très-boisée. De là, Stuart marcha vers le nord, profitant d'un sentier tracé par les indigènes. Une course de 16 kilomètres le ramena dans les plaines de Sturt, qui sont coupées par des forêts épaisses et bornées vers le nord-ouest par des collines sablonneuses. Le 27 mai au soir, le voyageur campa au milieu de quelques bouquets d'arbres par 17* 12' 30" de latitude méridionale, sans trouver de l'eau. Comme l'œil ne pouvait découvrir que les plaines déjà reconnues, il fallut se résigner à retourner aux réservoirs abandonnés, vers lesquels de longues bandes de pigeons prenaient leur vol.

IjCS espérances éveillées par le Nencastlewater devaient recevoir un démenti bien plus cruel. Stuart résolut de laisser l'expédition près des réservoirs, situés par 17' 7' latitude, et 131° 20' de longitude est de Paris, afin de faire, avec trois compagnons, la recoiinaisEance préliminaire de la route qu'il croyait toujours pouvoir suivre pour se rendre au fleuve Victoria. Le 29 mai, les voyageurs quittèrent le campement, suivant d'abord un sentier ouvert parles indigènes dans une forêt épaisse, où il passa sa première nuit. Rien n'indiquait la présence de l'eau, mais la plaine portait partout de l'herbe. Le lendemain, Stuart fît encore 18. kilomètres, les broiisiiailles devinrent de plus en plus serrées, le

sol plus sablonneux, les triodias épineuses se substituèrent à l'berbe; bref, la nature inho^italièie de cette partie de l'Australie se prononçait de plus en plus. Il fallut retourner aux réservoirs du Newcastlewater.

Malgré la malheureuse issue de toutes ces expériences, l'infatigable explorateur tenta un nouvel essai qui ne réussit pas mieux que les autres. Une forte pluie le retint pendant plusieurs jours et détrempa tellement la terre, que les hommes et les chevaux y enfonçaient à chaque pas. Puis, lorsque le 10 juin le sol eut repris quelque consistance, on se mit en marche. Comme dans les courses précédentes, les espaces parcourus offrirent tour k tour des pâturages, des bois, des sables, des broussailles; mais pas une goutte d'eau malgré les fortes pluies qui étaient tombées ; et cependant Je Victoria n'était plus éloigné que de 150 kilomètres à peine.

La pluie était venue de l'est; de ce côté du moins il pouvait y avoir de l'eau, et ce faible espoir sufEt pour rejeter l'intrépide pionnier sur les chemins du golfe de Carpentarie. L'expédition redescendit donc la vallée du Newcastlewater, et vint camper près du dernier réservoir. Les pluies récentes n'avaient pas influé sur le bassin ; l'eau n'avait baissé que de 5 centimètres depuis la première visite. S'étant dirigé au nord, en compagnie de trois hommes, Stuart passa successivement un plateau de sable, un bras des Sturt's plains, puis une forêt si touffue, qu'il eut beaucoup de peine à la traverser. Toutes

l«8 tentatiTes pour trouver de l'eau échouèrent; le sol était si sec, la poussière si abondante, qu'il semblait n'avoir jamais plu. II devenait évident ^e toute tentative pour aUer plus loin serait vaine -, on revint au poste central de Newcastlevïater.

Tout autre que Stuart eût maintenant abandonné toute l'entreprise, mais lui ne désespère pas. Il se souvint avoir vu du mont Primrose, bien loin à l'ouest, des collines d'où l'on pourrait peut-être pénétrer plus avantdans l'intérieur. En conséquence, il ramena les siens au Lawson par les plaines de Sturt, et, suivant l'ancienne route, il campa, le SI juin, dans le Camilbers^reek, aux environs du mont Primrose. Le lendemain, il trouva près du torrent ToQiltinson, deux chevaux qu'il avait abandonnés six semaines auparavant, parce qu'ils étaient complètement épuisés. Il établit U son quartier général pour avancer avec quelques comparons au nord-ouest. On conçoit à peine comment après ses précédentes expériences, il pouvait attendre un résultat favorable. Une marche de 34 kilomètres dans la vallée de Tomkinson, conduisit les voyageurs sur une hauteur pierreuse, à une faible distance de laquelle le creek se perdait au milieu des herbes. Une plaine avec des eucalyptes suivitla hauteur, puis onarriva sur un sol léger, ondulé, formé de sable et de gravier où quelques broussailles se mêlèrent aux arbres, mais où le triodia remplaça totalement les herbes ; on campa ta sans eau. Le dernier espoir de

contourner la fofét par le ma se trouTS ainsi anéanti, et cependant Stuart ne peut se décider au retour qu'après avoir acquis la certitude de l'impossibilité absolue du succès.

Quelques jours après, nous le voj'ons de nouveau aller au nord-est. Cette direction parut en effet favorable au début; la cbalne d'Ashburton se continuait en collines de grès, bautes de 240 mèlres (Mount-Hawker et Mount-Hall), et qui envoyait au loin des rameaux escarpés et d'une élévation presque égale, entre lesquels se trouve le lit de la rivière MaC'Kinlay ; mais dès le mont Hall, on né put plus douter que cet eSort échouerait comme tous les autres. Une plaine sans fin s'étendait devant les yeux du voyageur du sud-est au nord-est, et, après avoir traversé vers le nord une bande de forêts et de brotlssailles, ils purent reconnaître la contrée qui les avait forcés au retour à deux reprises, sans qu'il fût possible d'apercevoir une élévation du soi autre que les monts Asbburton. Lorsqu'ils descendirent des versants pierreux de cette dialne, ils trouvèrent des terrains d'une composition identique il celle des points de la plaine déjà exploréet', aucune trace d'eau. «Il n'y a pas d'espoir d'atteindre le golfe sans puits, s'écrie Stuart, il serait inutile d'aller plus loin : tout effort, qui affaiblirait plus les cbevaux, ne ferait qu'aggraver les difficultés du retour, n Le retour coûta presque une vie d'homme. L'un des compagnons de Stuart, Masters, retenu ea arrière pendant quelque temps

par soD cheval, ne trouva pas sur le sol rocheux les traces de l'expédition. Eu valu on le chercha pendaut plusieurs heures; les coups de fusil, ni les feux allumés sur les collines, ne purent te rappeler. Stuart le croyait perdu (car tels sont les obstacles que ces solitudes opposent à chaque pas, qu'il est presque impossible de retrouver quiconque a le malheur de s'égarer), lorsque Thring le rencontra aux environs du mont Hatl, presque complètement privé de sentiment. Un autre homme, également perdu durant trois jours, fut ramené au camp par son cheval déjà épuisé et sans connaissance.

Le temps pressait. Cependant Stuart, bien que n'ignorant pas le péril auquel il s'exposait en différant plus longtemps le retour, essaya encore de reconnattre la ligne de séparation entre les forêts impénétrables du nord et les sables déserts du sud. Le 4 juillet, il quitte les bords du Tomkinson, pour aller au nord avec Woodfords, Masters et Tbriog. L'expédition s'avance en ligne droite à travers des collines et un sol sablonneux, portant des eucalyptes, des spinifex et des broussailles, sur une étendue de 40 kilomètres, sans trouver de l'herbe, ni de l'eau. On campe le soir par IS" 25' 40", S'étant remis en marche le lendemain, les voyageurs découvrent un creek avec de l'eau et quelques pâturages ; Stuart lui donne le nom de Burke, sans se douter alors que ce dernier, son émule, avait déjà succombé à la faim, aux privations, en revenant

des rivages du golfe de Carpentarie, après avoir opéré le premier la traversée complète du cootineat australien. On suit ce cours d'Ëaujusgu'au point où il se dessèche, puis l'immense plaine reparaît absolument anhydre, et avec elle la sécheresse, la soif, l'épuisement, tout un cortège d'affres et de tortures qui fixe enSn l'heure d'un retour définitif et pressant. Au nord-ouest et à l'ouest de Nencasllewater, le pays est plus has et la probabilité de rencontrer de l'eau aune faible profondeur plus certaine.

Les chevaux avaient été cent six heures sans eau, à peine avaient-ils la force de supporter les fatigues du retour. Le bivouac deTomkinson ne fut atteint qu'avec beaucoup de peine le lOjuillet. On avait emporté des provisions pour trente semaines, et !e voyage avait déjà duré six mois. Déjà l'influence d'une nourriture insuffisante se faisait sentir, les chevaux étaient épuisés, les fers manquaient, il ne restait plus que quelques lambeaux de vêtements arrachés aux épines des solitudes, et trente jours de vivres pour une course de dix semaines an moins.

Aucun incident ne signala le retour. L'expédition atteignit le premier run colonial (Levi's station), près des sources de Milne, le 31 août. La route suivie fut la même que la précédente, sauf quelques différences légères, et ne conduisit à aucune découverte nouvelle, si ce n'est celle de quelques mares et de torrents desséchés; mais l'un des résultats importants du voyage fut la constatation de

l'existence de masses d'eau considérables, suffisantes pour de grands troupeaux durant toute l'année. Le 16 septembre, un vapeur prit Stuart à Porl- Augusla, et le conduisit à Adélaïde; tandis que Kekwick ramena le reste de l'expédition dans la colonie par la voie de terre.

Les résultats généraux de ce voyage Confirment pleinement les conclusions que nous avons tirées de l'exploration précédente (l). Les espaces parcourus ne présentèrent plus de montagnes considérâbles. Les monts Ashburton et Whilington n'ont qu'une faible altitude) et les deux cbaines sont en* (ourées de plaines immenses, qui semblent se relier àcelles aperçues aux environs du mont Stuart, et forment aussi la continuation du bassin du Victoria. Dans cette dernière direction, le terrain est si plat, si uni, qu'il est difficile de deviner de quel côté il s'incline, et que nul indice n'y montre la présence d'une ligne de partage des eaux. Quant k la nature de ces plaines basses, les nombreuses excursions de Stuart nous en font connaître les traits caractéristiques. La base des hauteurs est bordée d'un sol noir, fécond, revêtu de hautes herbes, portant quelquefois des forêts d'eucalyptes peu serrées, mais le plus souvent privé d'arbres; les nombreux torrents venus des hauteurs se perdent dans ces plaines, de sorte qu'elles disparaissent complètement sous tes eaux après de fortes pluies. Au delà,

(1) Voyei lei JVaucsUM Afutale* dtt f^oj/agei de isea , t. III, p. 71 et M

se montre un terrain uniforme et désert, formé de sables rouge&tres légèrement ondulés et couvert de fourrés presque impénétrables, où de tristes trîodias remplacent les moindres brins d'herbe. Cette région, qu'aucune rivière n'arrose, est également difBcile dans toute saison ; pendant la sécheresse, elle perd toute trace d'humidité, et quand la pluie persiste, le terrain sablonneux et mou se transforme bien vite en marécages. L'expédition ne rencontra qu'un petit nombre d'indigènes ; l'homme est rare dans ces contrées, les espèces animales, la végétation, le sol y sont uniformes et monotones comme l'existence.

Exploration de Surhe, m 1861.

La traversée du continent australien accomplie pour la première fois , après un grand nombre de tentatives malheureuses, a conquis à Burke une renommée aussi rapide que chèrement achetée par les épisodes navrants du voyage et la catastrophe qui en fut le terme.

Comme son nom l'indique , Robert O'hara Burke est d'origine irlandaise, et fut pendant plusieurs années inspecteur de la police à Castlemaine. Lorsqu'en 1860, à la suite d'une souscription couverte tant par l'État que par les colons de South-Australia, la Société royale de Melbourne se décida à envoyer une expédition au golfe de Carpentarie par te

centre du continent, In détermination dont il avait fait preuve en diverses circonstances et son intelligecce reconnue le firent choisir pour chef de la mission projetée. Grâce aux dons magnifiques qui affluèrent de toutes parts, les préparatifs furent faits sur une large écbelle. L'expédition comprenait tout un corps de savants, composé de MM, John Wills, jeune topographeetastronome, le docteur H. Beckler, médecin et hotaniste, Louis Becker, Landells, Gray, quelques autres Anglais et des cipayes du Bengale pour escorte. Elle avait vingt-cinq chevaux, autant de chameaux amenés d'Arabie, avec des bagages nombreux et des provisions pour une année et demie. Cette mission, ia plus considérable de toutes celles qui, jusqu'à ce jour, aient tenté l'exploration de l'Australie, promettaitde beaux résultats et l'on pouvait espérer de rompre enfin, à force d'énergie, le charme fatal qui avait arrêté sur les chemins du nord tous les voyageurs précédents.

Le début de l'expédition ne fut pas heureux. Après de longues hésitations sur la route à suivre, elle se décida à se rendre au golfe de Carpentarie par le Cooper's Creek , au nord-est do bassin du Torrens (1). La caravane quitta Melbourne le 20 août,

(t) PiBLUHEMH» Papbb. j4utlTalia» exploring Ea^edition. Copy of ait detpatchtê from Sir Htnry Barilft and tht oihtri eoloniat govtrnort on th« tubjeei of th» Avttralian exploring Expédition. LoDdret, 18«!. lo-fol*, avec 3 canes. Cette broduire , outre lEi jDurDiui de Burke, de Wllli et de KJng, contient une relation détillite du voyage de WilU depuli Torowoto-swanip jusqu'au Coopcr'f-CKelc; une partie du journai de HacKinlay; lea inUracUona

fraDcbit le fleuve Murray et atteignit facîtemeiit le Darling, vers Ménindie, petite station située sur les confias de la colonisation , aux environs des lacs de Laidley, découverts par Mitchell en 1836. Les bagages, trop nombreux, devinrent un embarras pour les voyageurs, et aux difficultés de la route se joignit encore la mésintelligence entre Burke et Laodells chargé de la direction spéciale des chameaux. Cette mésintelligence donna suite à des désordres regrettables qui diminuèrent le personnel de l'expédition. Landells la quitta sur les bords du Darling avec plusieurs chameaux, quelques serviteurs hindous s'enfuirent, d'autres furent congédiés, et il semble que Burke n'a pas eu le secret de s'attacher ses compagnons; en diverses circonstances, il donna la preuve d'une dureté et d'une rudesse extrêmes. Favorisés par des pluies extraordinaires, les voyageurs s'avancèrent rapidement à travers de beaux pâturages où l'on trouvait de l'eau à de courts intervalles. Ils passèrent près du Scrope Range et du mont Daubeny, traversèrent à une altitude de 600 à 900 mètres tes monts Wannaminta et atteignirent le 29 octobre le marais de Torovroto, situé approximativement par 30° de latitude méridionale et 140* de longitude est de Paris. Le chemin, d'abord passable, devint parfois très-pierreux au delà de la rivièreBulla.On descendit à petites étapes le long des rives du Cooper pour faire reprendre des forces aux wmiuloDienroïéts i in re-

béteg, et, le 20 novembre, on établit un dépôt en un point favorable (campement 63 ou fiatsbole) . Plusieurs tentatives pour trouver de ce point une route praticable, allant au nord, entre celles de Sturt et de Grégory, échouèrent. Wills pénétra une fois à 140 kilomètres vers le nord sans trouver de l'eau, et courut de grands dangers; ses trois cbameaus a^ant pris la fuite, il fut obligé de revenir à pied et aurait probablement péri s'il n'eût trouvé par hasard une mare d'eau. Les indigènes avaient abandonné cette zone tout récemment à cause du manque d'eau ,'et Burjte pensa que l'on ne pourrait pas aller au nord suivant une voie directe, à moins que ce ne fût pendant la saison des pluies, ou bien en creusant des puits.

Des bandes de gerboises (dtptu JUitchellH), qui pullulent dans tes plaines voisines du Cooper forcèrent les voyageurs àétablirplusbas un second dépdt, appelé Fort-Wills. Le voyage à travers les terrains de la partie orientale du Cooper présente beaucoup de difficultés, et semble devenir presque impossible pendant les pluies. Burke vante néanmoins les bons pâturages de cet important cours d'eau.

Sur ces entrefaites, de violents orages ayant éclats vers le nord, Burke en conclut qu'il devait y avoir de fortes pluies dans cette direction, Il se décida à se mettre en route avec King, Gray et Wills, amenant six chameaux (1) et des provisions pour trois mois

(1) VoTM le journal de Wills du» le i>arliatnenlary Poptr.

(3 quintaux de farine, 50 livres Ae riz, autant de farine d'avoine , un quintal de viande de cheval séchée, 100 livres de porc salé et de lard et 30 livres de biscuit). Pendant que l'expédition se mettait en route vers la rivière Eyreetle f^olfedeCarpentarie, Brahe reçut l'ordre de demeurer au fort Wills pendant trois mois ou plus longtemps si se» provisions le lui permettaient.

Ainsi la mission se trouvait partagée en trois divisions : l'une resta h Ménindie sous* les ordres de Wright, l'autre attendit au Cooper's-Creek , dans un poste eDtouré de palissades, le retour de la troisième qui prenait avec Burke le chemin de la côte septentrionale du cootinent.

Burke passa sa première nuit au point où la rivière Cooper, quittant les collines de grès qui enferment sa vallée, s'écoule dans la plaine, bien que les rives du cours d'eau soient arides et rocailleuses jusque-là, le sol fertile de la dépression est riche en herbe. Une forte tribu d'indigènes suivit les voyageurs avec des intentions hostiles. Ils étaient tous robustes et bien bâtis, mais ils n'avaient pas l'apparence belliqueuse et ne possédaient que quel<iues armes servant à tuer les animaux dont ils font leur nourriture. A mesure que le Cooper avance dans la plaine son cours devient plus sinueux et se dessèche par intervalles ; son lit renferme néanmoins des réservoirs profonds , animés par des oiseaux aquatiques de toutes espèces. Les terrains d'alentour sont assez légers mais fertiles , les pAturages portent

(les bouquets d'arbres et, comme os y rencontre moins de crevasses que plus haut, le voyage devient plus facile. La rivière se dirige de là vers le bassin du Torrens et les voyageurs entrèrent sacs s'en apercevoir dans la vallée d'un de ses affluents. Le pays est riche en pâturages et en plantes salines, les yallées renferment de petits ruisseaux et, au delà, on rencontra une vaste plaine couverte de grands arbres et de sarrasin — suivant Muller le poïygonum Cunntni^fiaint, variété très-répandue dans les plaines souvent inondées du nord de l'Australie méridionale. Le creek semblait- traverser la plaine, mais Burke en ayant perdu la trace, après l'avoir suivi pendant quelque temps, il dut revenir à son dernier étang large et peu profond. Cette mare renfermait une eau très-chaude ; à l'ombre, elle avait une température de 36* centigrades; néanmoins, les outres une fois remplies, on lui trouva un goût agréable , et elle parut même assez fraîche à la suite d'un vent froid qui se leva vers le soir et %n réduisit la température à 22°.

Le 19 décembre, l'expédition quitta les bords du torrent. Burke regardait son campement de la veille comme l'extrémité du Gooper et pensait que cette rivière, de même que la plupart des cours d'eau de l'intérieur, se partage en plusieursbras secondaires, se perdant, vers le nord, dans des plaines qui sont inondées à des époques périodiques. Il se dirigea d'abord vers l'ouest afih de contourner la plaide, dans laquelle débouche le bras suivi en dernier lieu,

et pour voir si les vallées franchies par Sturt en 1845, un peu plus à l'est, renferment de l'eau. On arrive ainsi auprès d'une succession de collines dirigées au nord-ouest, couvertes d'une belle herbe et séparées par des dépressions contenant des mares desséchées avec du sarrasin et une sorte d'eucalypte queles colons appellent boxtree. Une course^de 18 kilomètres conduisit les voyageurs dans une seconde plaine remplie d'eacalyptes isolés, au milieu desquels se trouvait le lit d'un large torrent. Les crevasses du sol et d'innombrables canaux qui débouchaient dans le torrent incommodaient beaucoup la marche. En deçà, se présentèrent de pou veau àt belles vallées avec xm sol ferme revêtu d'une tendre verdure, puis plus loin, à la jonction de deux plaines, la rencontre depigeons, de kacatoès rouges, d'une corneille donna la certitude ^e la présence de l'eau dans le voisinage. Il régnait alors une chaleur inte&se, les voyageurs s'arrêtèrent jusqu'au soir et trouvèrent en elle t, à la distance de deux kilomètres, un ruisseau magnifique, l'Ohallorun de Sturt , avec plusieurs mares où ils s'arrêtèrent pour la nuit.

Sur ce point, des arbres cïair-semés couvrent la plaine. Burke découvrit, à une dizaine de kilomètres plus loin, un beau lac dont il suivit la rive, et s'établit près de l'embouchure d'une rivière, probablement celle qu'il avait vu la veille. La rivière présentait dans son lit sablonneux des mares profondes. Quant au lac, bien qu'il fût assez bas, il renfermaitbeaucoup d'eau; d'innombrables bandes d'oi-

seaux d'espèces variées, iinimaieDt sa surface et ses rives, avec leur fraîche verdure , lui donnaient une physionomie des plus attrayantes. Une tribu d'indigènes campait dans le voisinage, ils oflrirent à Burke des poissons semblables à ceux pris dans les rivières du pays, longs de 25 à 30 centimètres et tous fort gras. Les relations avec ces hommes furent amicales, mais aucun ne voulut accompagner les Européens.

A 5 kilomètres de distance se trouvait un second lac , recevant également une rivière qui semble le mettre en commuoication avec le premier. Cette rivière renfermait tant d'eau qu'il fallut la suivre pendant une demi -heure pour la franchir. Wills aperçut sur ses bords deux plantes inconnues (1), de la famille des cucurbitacées, avec des fruits semblables au melon ou à la courge ; l'un avait la forme de la pastèque et des graines d'un goût très>piquant. Les voyageurs aperçurent ensuite un troisième lac , puis un autre encore. Ils les laissèrent à droite pour suivre la vallée d'un ruisseau qui s'échappait de l'un d'eux; le campement fut établi sûr ses rives, près d'un réservoir superbe. Le ruisseau coulait au nord dans uue vaste dépression boisée, où il y avait des lacs desséchés revêtus de salsolacées et de hautes herbes. De beaux pâturages couvraient tout le pays parcouru pendant te jour; en

(1) Multer appclla celte plaote fflucUa mforanlAa. Ce*t pn^aMcment la même que celle irouvéo par SUiart dans les monta ReyDold*. — Wo^tkW-i Ifoavtltti Annak*inetl,i.in,p.ta.

lieux poÎDls seulement avaient apparu des collines sablonneuses avec leur végétation particulière de triodiapungens. Cette plante, le spinifex des squatters, porte à Melbourne le nom significatif d'Aerfte porc-épic.

Burke quitta ce campement, l'un des plus riants qu'il ait eus, le 22décembre, et passa au nord-ouest, par quelques collines de sables mouvants. Les triodias couvraient en partie ces hauteurs ; l'escarpement de leur pente orientale, les crevasses du versant opposé y rendaien t la marche bien pénible. Dix kilomètres au delà, on atteignit un terrain ondulé avec une forêt de buis d'une fraîcheur extraordinaire, de belles herbes et des volées d'oiseaux, surtout de pigeons, annonçaient la présence de l'eau; toutefois on ne chercha pas à la découvrir. De nouvelles collines de sables suivirent les buis, faisant place elles-mêmes à un lac desséché, k des hauteurs aussi trrégulières dans leur direction que dans leur forme et présentant quelques concrétions calcaires; les dépressions intermédiaires portaient une croûte de sel. L'expédition campa ensuite au pied d'une hauteur sablonneuse, sur le bord du désert pierreux découvert par Sturt quinze ans auparavant

Ce grand désert pierreux, une hammada de l'Australie intérieure, forme une large zone allant de l'est à l'ouest, plate, unie, couverte seulement de galets et de cailloux roulés comme le rivage de la mer. Sur les deux points où Sturt et Burke l'ont abordé , c«t espace est limité par des sables rou-

geàtres , il ne fit pas sur l'expéditioD nouvetle l'impression désolante qu'il laissa à son premier explorateur. Tout d'abord , il lui parut identique avec les hauteurs rocailleuses qu'elle avait déjà passées, puis il se montra presque totalement couvert de pierres , mais plus plat en général que les terrains de même nature. Les autres particularités de cette dépression ne nous sont pas connues, et nous ignorons pour quel motif Arrowemitt, sur sa dernière carte, la met en communication avec le bassin du Torrens(l).

L'expédilioD pénétra en avant sans difficulté, le désert pierreux présenta moins d'obstacles que le paj'S compris entre le Cooper's Greek et la rivière BouUa; il y avait même entre les pierres assez d'herbes pour que cette région puisse se prêter à ■ l'élève des moutons. Après 23 kilomètres, on atteignit une hauteur sablonneuse où il croissait beaucoup d'herbes, et plus loin se trouvait une plaine plus basse avec des toufTes de polygonum, et de nombreux cours d'eau enlacés de buis ; néanmoins , malgré des recherches attentives, on ne trouva pas le moindre indice d'humidité. Quelques huttes abandonnées et des faisceaux d'herbages étendus sur le sol, près d'une mare desséchée, montraient que des indigènes avaient séjourné en ce lieu peu auparavant. En conséquence, Burke décida que l'on attendrait que les grandes chaleurs fussent passées pour

S7continner au soir la course vers le nord, où volaient de nombreuses bandes de pigeons, La plaine sablonneuse, située près du campement, est souvent inondée; une rivière, qui reçut le nom de Graj, et plusieurs ravins profonds la coupent dans diverses directions. Les trous, dont le sol de la plaine est percé, rendaient fort incommode la marche des chameaux ; mais il portait beaucoup de plantes parmi lesquelles prédominait surtoutlecArtfjanthemum. Les voyageurs trouvèrent de l'eau dans le Ut d'un ruisseau coulant vers le nord. Une troupe d'indigènes timides et craintifs , campés dans le voisinage, les engagea à aller au norct-est.

Avant de suivre Burke dans son aventureuse odyssée , jetons encore un coup d'ceil sur te chemin déjà parcouru.

Nous disions plus haut que les relations de Wills et de Burke dépeignent la contrée, au nord de la rivière de Gooper, sous un jour favorable, tous deux affirment que la zone qui précède le désert pierreux, par ses riches pâturages et l'abondance de l'eau, se prêterait à l'élève des moutons, et par conséquent à la culture. Que l'on compare cependant k ces données le récit de Sturt, les deux voyages présentent entre eux un singulier contraste. Sturt explora le même pays à quinze années d'intervalle, sa route est parallèle à celle de Burke, à peine passait-elle k quelques milles plus k l'ouest. A son retour, en octobre 1845, il trouva ces mêmes plaines couvertes d'herbes desséchées, des déserts pierreux, des sa-

blés mouTanu, des lacs sans eau ; il se vit contraint de creuser la terre pour trouver de quoi étanclier sa soif, et encore eùl-il péri d'épuisement, si une colombe solitaire ne l'eût guidé près d'une mare cachée sous l'herbe. Et, cependant, ce serait injustice que de douter de l'entière véracité des deux assertions si diftéren tes. Les conditions climatériques de cette partie de l'Australie expliquant cette divergence ; il suffit d'un peu plus ou moins d'eau pour tout transformer. Quand )es pluies abondent, la contrée se change en un marais immense avec une végétation exubérante ; lorsque la sécheresse persiste, tout reste nu, aride, désolé; le paysage ne présente que des steppes inféconds, absolument anhydres.

C'est par erreur que le grand ruisseau, atteint par l'expédition, porte sur l'itinéraire le nom d'Eyre (l); la vallée de rEyre-Creek, découverte par Sturt, se trouve à un degré plus à l'ouest. Wills doute de l'identité des deux cours d'eau, mats il est possible qu'ils se réunissent plus loin pour se rendre ensemble daos un des lacs nouvellement découverts au oord du Torrens. Cette rivière avait un magnifique aspect, et présentait beaucoup d'analogie avec le Cooper. H était rempli d'eau ; ses rives élevées de 6 à 9 mètres au-dessus du niveau et , bien que fort escarpées, étaient revêtues d'une fraîche verdure , dominée à leur sommet par une lisière de buis et

iDVoTU 11 carte. L'BSquiH« de K. Pttermma {lUiUh. IMi, S'S) m reproduit pas l'erreur de la carie Driglnate de Wllls. G.

de broussailles. Une colline de sable rougeilre s'élevait à gauche sur le bord même de la rivière; à droite, uue plaine s'étendait à perte de vue, sillounée par des ravins el de nombreux cours d'eau où se déverse la rivière pendant les fortes crues. En certains points, le terrain s'incline du creek vers la plaine, suivant une pente sensible.

Au point où l'élévation sablonneuse touche sa rive, la rivière, qui coule d'abord du nord à l'ouest, tourne subitement au nord-ouest. Puis le canal creusé dans un terrain calcaire s'élargit, le li t se dessècbe peu à peu , et, au delà d'un nouveau réservoir, il va plus au nord. L'expédition passa là sur la rive gaucbe et marcba droit au nord à travers une plaine herbeuse, après avoir vu de loin les arbres se rapprocher des collines de sable. Elle dressa son bivouac à une distance de 1 2 kilomètres au pied de ces collines. Un affluent considérable débouchait dans la rivière au voisinage du campement, et, en face, une bande boisée allait rejoindre la forêt de buis dans laquelle elle se perd. Le lit toujours assez large repose sur un fond de sable avec des concrétions calcaires ; l'eau n'y était pas rare, mais lors du retour, à la fin de l'été, elle avait un goût désagréable.

Les jours suivants, du 27 au 29 décembre, Burke suivit constamment la vallée de la rivière qui finit' par venir du sud-est. Comme cette direction ne répondait pas à son but , il résolut de la quitter pour franchir au nord les sommités pierreuses visibles

depuis quelque temps. Durant 11 kilomètres on passa sur une plaine d'alluvion, ferme mais pauvre en plantes; on avait eu la précaution d'emporter nue provision d'eau pour dix jours. A partir des hauteurs où elle campa, Te 30 décembre, l'expédition avança suivant une ligne presque droite, peu distante du 138* méridien (de Paris) jusqu'au cours moyen de la rivière Yappar. D'innombrables cours d'eau, tous desséchés, sillonnent les terrains unis et plats, traversés pendant les étapes suivantes; l'un d'eux, situé dans une plaine argileuse, reçut le nom de King. Une troupe d'indigènes chercha à intimider les voyageurs par des menaces, mais ils furent repoussés. Les chefs voulaient tenter une attaque sérieuse, le reste de la bande, les jeunes surtout, se souciaient peu de se battre ; ils parurent même s'îunuser beaucoup de la rude leçon infligée à leurs guides. Un vieillard, qui planta sa lance dans le sol et jeta du sable en l'air, s'enfuit à toutes jambes à la détonation d'un coup de revolver tiré par Burke. Lavégétation et l'eau sont également rares dans toute la contrée, les ravins présentent seuls une végétation passable, surtout des mauveset le pourpier (par (ulaca oleraeta). Dans la suite cette plante rendit des services précieux , lorsque les voyageurs, après l'épuisement des provisions, se virent réduits à la viande sécbée de leurs bétes de somme. Elle remplaça les légumes, et Willg assure que, sans cette ressource, il eût été impossible de revenir du golfe de Garpentarie au Cooper's-Greek.

Aucun incident ne marqua la marche monotone de l'expéditioD ; seulement, le 5 jnnvîer 1861, elle trouva près d'une rivière et d'une mare peu profonde des traces d'indigènes, La rivière fut appelée WiU's-Creek, des hauteurs rocailleuses et des collines de sable l'environnent. On y vit des tas de coquillages, puis l'eau diminua progressivement, et, h son extrémité, il se perd en plusieurs bras tous desséchés. Les indigènes avaient disposé là une sorte de piège pour prendre le poisson : c'était une petite digue ovale en terre, haute de 4 mètres, large de 3, élevée de S5 centimètres au dessus du niveau de l'eau et recouverte d'herbages qui dépassaient un peu le bord supérieur. En poursuivant sa route, Burke trouva au nord de la rivière de Wills de petits espaces couverts de hautes herbes et de pourpiers d'un vert délicieux, il prit d'abord pour des marais ces fratches oasis nées sur un sol léger; mais il ne tarda pas à reconnaître qu'elles étaient dues à une pluie récente, et que les terrains argileux et durs des environs n'en portaient plus aucune trace,

Burke trouva dans cette même plaine, au milieu des arbres, un large cours d'eau avec une profondeur de plus de 4 mètres vers le milieu. Il coulait lentement sur un lit de sable , des buis et des broussailles croissaient sur ces rives inclinées en pente douce , et deux hérons, les seuls que les voyageurs eussent aperçu depuis le Darling, y cherchaient leur nourriture. On quitta cette rivière sans empor-

ter la provision d'eau accoutumée. La pluie avait rempli les ravins et les mares; mais tous' se desséchèrent rapidement et l'expédition ne trouva que peu d'eau dans son prochain campement. Un violent orage survenu vers le soir empêcha Wills de faire ses ohservations astronomiques j l'itinéraire marque le lieu du campement à quelques minutes au nord du tropique du Capricorne.

L'argile avait partout une dureté extrême, telle que les pluies n'y laissaient pas de trace sensible; rependant la plaine est parfois inondée. Des kakatoès à poitrine rouge et d'autres perroquets prenaient leurs ébats au milieu des bouquets d'arbres d'un torrent profond ; il y avait aussi quelques mares remplies d'eau d'une couleur laiteuse. Le pays se transforme subitement sur la rive septentrionale du creek. Une petite bande de terre molle , exposée aux inondations, puis des sables avec quelques points rocheux où s'accumule l'eau de pluie , remplacèrent l'argile ; ce pays devient légèrement ondulé et porte des bouquets d'arbres et des pâturages abondants. Plusieurs ruisseaux^ abrités par les hautes herbes et les buissons, renfermaient de l'eau. Cette fratche ■verdure et cette onde si claire présentent une gracieuse image de la vie. La source nourrit l'arbre, l'arbre protège la source ; un même lien enchaîne leur existence commune, si l'un vient à périr l'autre languit. Ainsi de tous les êtres.

A mesure que le voyageur avance, la nature prend un aspect meilleur, l'horizon s'étend, le paysage se

pare de couleurs plus brillantes. Il fallait bien qu'un cbangerocnt heureux apportât, pour un instant, quelque diversion dans l'existence monotone de ces hommes qui luttaient avec^ant de persévérance et de courage contre les obstacles d'une terre absolument inconnue. D'innombrables bandes de pigeons prennent leur vol vers l'orient et Wills découvre un aibre nouveau, semblable aucasuarina par sa forme et sa croissance, avec de longues aiguilles pendantes comme celles du pin. Tout annonce une zone nouvelle, l'eau abonde, des montagnes apparaissent fort loin à l'est, la richesse des pâturages est telle que l'Australie n'a que peu d'exemples d'une exubérance comparable.

La pluie favorise le développement des plantes, mais la variété des végétaux et leur apparence vigoureuse, même dans un pays ouvert, semblent donner 1» preuve que cet état n'est pas la conséquence de quelques ondées et d'orages passagers. Des bandes de canards folâtrent sur l'onde babillarde, les pigeons décrivent dans l'air des orbes capricieux, Burke chasse une outarde, une forêt se présente, l'herbe abonde toujours. Sur les bords d'un cours d'eau enlacé de gommiers blancs , probablement celui qui reçut lors du retour le nom de Burke, les voyageurs sont incommodés par des mosquitcs. La direction générale de la route continue d'être au nord. L'expédition traverse une dépression plantureuse formée de glaise, et, après avoir frpnchi la plaine, elle trouve plusieurs ruisseaux et des étangs

doQt les bords , presque au niveau du sol et cachés par l'herbe, ne peuvent être aperçus qu'au moiaent où l'on en approche. Tout près, une colline formée de cailloux, de granit déchiqueté et de dépôts d'alluvions, limite la plaine. Burke appela Patten's- Creek la principale rivière de cette dépression, et la franchit deux fois dans un court intervalle. Plusieurs parties de cette zone paraissent susceptibles de culture, même en faisant abstraction des fortes pluies tombées (1).

Au 12 janvier, on trouva une succession de collines de grès séparées par des dépressions bien arrosées, les hauteurs étaient couvertes çà et là de triodiasetd'acacias rabougris, végétaux caractéristiques des formations de grès en Australie ; les nids de termites de plus d'un mètre d'élévation étaient fréquents. Vers le nord, les collines s'élevèrent graduellement, et de la plus haute cime, celle du mont Forbes, on jouissait d'une vue étendue sur une longue chaîne d'apparence granitique. L'extrémité orientale de ces montagnes se trouvait dans la direction du pôle magnétique boréal — nord 6 à 8* est — et du côté de l'ouest, elles se terminaient en un pic conique d'une belle élévation. D'autres chaînes qui s'estompaient faiblement à l'horizon paraissaient avoir une altitude plus considérable encore. De jolies vallées et des chaînes de hauteurs analo-

(1) Il y ■ quelques divergences entre le Journal de Wll* et la carte. Alnil 11 ut dlIBclle de comprendre pourquoi la chaîne située au nord de 31* M dirige, nir la earlt, du nord au ïud. G.

gues à celles traversées, s'étendaient au pied de ces montagnes.

Bien que les traces d'indigéDes fussent plus nombreuses que partout ailleurs, on n'en avait pas aperçu un seul depuis la rivière de King. Des entailles faites aux troncs d'arbres montraient que les noirs cbassent de la même manière que les aborigènes de l'Australie méridionale , un petit rongeur semblable à l'opossum qui établit sa demeure au haut des arbres creux. Les noirs déploient une grande adresse dans la rbasse de ces animaux. Quand le chasseur s'est assuré que sa proie s'est réfugiée dans un arbre, il en examine l'inclinaison, puis, assujettissant sa lance derrière le dos, il fait avec sa hachette, dans l'écorce épaisse, trois entailles superposées à un demi-mètre l'une de l'autre. Il passe la main droite dans l'entailte la plus élevée, l'orteil du pied droit dans la plus basse et le pied gauche dans l'entaille intermédiaire, et, avec la main gauche, il fait une coupure nouvelle. Prenant sa hachette entre les dents, il moute d'un échelon et de la main droite devenue libre il ouvre une autre entaille. De cette manière il monte sur un gommier dont l'écorce est fort lisse en aussi peu de temps qu'un Européen le ferait avec le secours d'une échelle (1) .

Le journal de Wills, ni celui de Burke ne mentionnent les incidents survenus du 13 au 18 janvier,

(1| yoftz La Aborigènu de l'Auitratie, dans le cibler de février dcTDlei dei Annatii 4n Fo^O^ti, ISOt, 1. 1, p. ISA.

1a:s voyageurs continuèrenl à uvancer <lan8 le pays moatagneux appelé Standi's-Range sur la carte itinéraire. Dans la soirée «lu 18, au moment où l'on établit le bivouac à l'ouest du mont Forbes, la sommité la plus considérable delà cbatne, fiurke se contente d'inscrire sur son carnet de notes ces mots laconiques «Toujours dans les ranges ; les cbameaux suent de crainte, n Le lendemain, l'expédition parcourt une plaine plantureuse avec des cailloux de quartz, et ne tarde pas à voir des collines basses dont cette roche est la formation dominaate. Le triodia croit sur la partie supérieure de ces hauteurs , mais une riche végétation se développe dans les vallées. Plusieurs aborigènes surpris au bord d'un ruisseau, au nord du Green's-Creek, prirent subitement la fuite. Les voyageurs remontèrent néanmoins ce cours d'eau jusqu'à sa source, et y découvrirent une nouvelle espèce d'eucidypte tout à fait distincte de celles déjà connues; ce fut avec une peine extrême que les chameaux passèrent la montagne pour arriver àta rivière de Turner etaux sources d'un fleuve qui va se jeter dans le golfe de Garpentarie. Cedei^ nier cours d'eau n'est autre que la partie supérieure du Flinders, découvert par Stokes en 1841; les indigènes l'appellent Yappar (1), qui veut dire l'eau j nous n'adoptons donc pas, comme étant superflu, le nouveau nom de Gloncurry, imposé par Burke.

L'expédition descendit jusqu'au golfe de Carpen-

(1) Voyei le Journal du vojBge d« UlcbardL

tarie le cours de la rivière Yappar, Elle avait observé du quartz aurifère aux environs du mont Forbes; dans la vallée du Yappar , elle vit de nombreux palmiers, dont l'un, entre autres, parut porter des dattes presque mûres. Les fourmis importunaient singulièrement les voyageurs dans leurs campements, et d'innombrables voies souterraines, creusées en tous sens par les rats, étaient un obstacle à la marche des chameaux.

A 8 kilomètres de ses sources, le Yappar Iransforme son large lit sablonneux et bordé de bois d'eucalyptes en on canal étroit, aux parois perpendiculaires , coulant au nord -nord-est. Cette partie du torrent ne semblait plus avoir contenu depuis longtemps d'eau cour.irf te, mais il renfermaildes réservoirs en chapelet alimentés soit par des sources, soit par la pluie. De même pour les affluents, ils ne renfermaient tous que peu d'eau malgré de fortes averses. La végétation gagnait en beauté et en richesse à mesure que l'on avançait vers le nord, les palmiers surtout donnaient au paysage un aspect pittoresque. Leichardt, qui observa avec tant de soin les végétaux de cette zone, trouva parmi les palmiers du golfe de Carpen tarie la seule espèce Corypha; peutêtre pourrait-on encore y voir le Livislona inermts?

Cependant la mer est proche. La vallée du Yappar se remplit de marécages, un des chameaux périt, les autres ne marchent plus, King et Gray restent en arrière pour veiller sur ces animaux, pendant que Burke et Wills continuent à marcher

vers le golfe de Garpentarie. Ici, la relation de l'expéditioD devient obscure. Autant que l'on peut en juger par les notes laissées par Wills, ils paraissent avoir traversé, non lans peine, ta rivière Billy, affluent du Yappar, déjà reconnu par Grégory. Ils suivirent ensuite le courant principal, qui allait toujours au nord, mais le seul cheval amené jusque-là avait peine à marcher sur le sol mou de ses rives. Au delà d'un petit ruisseau où le grès apparaît à fleur de terre, le terrain devint plus ferme et le voyage plus facile. Bientôt le fleuve tourna subitement à l'ouest, les voyageurs poussèrent droit au nord et ne tardèrent pas à poser le pied sur une sorte de plateau dont le sol bas et graveleux, quelquefois couvert de limon, portait des buis et une variété d'eucalypte. Une plaine argileuse qui vint ensuite était couverte d'eau; on avança avec beaucoup de difficulté sur un espace de quelques kilomètres, d'où un sentier des indigéues conduisit l'expédition vers un chemin meilleur. Elle trouva là , dans une forêt, un joli cours d'eau, des monticules où les indigènes errants allument leurs feux , et des yams {dioscorea buUtifera) dont les tubercules lui fournirent un aliment agréable. Burke fitia rencontre d'une famille indigène, mais à sou apparition les noirs s'enfuirent; leur cabane était semblable à celles du Cooper's-Creek , quoique plus vaste et mieux bâtie.

Le 11 février 1861, jour qui marquera dans l'histoire des découvertes australiennes, Burke et Wills

atteignent le point extrême de leur longue exploratioD. Ce n'est pas encore la mer, mais l'Océan ne peutétre loin, car leflux inonde les marécages environnants. Trois indigènes menèrent, comme de coutume, les deux voyageurs par leur meilleur sentier jusqu'aubord du canal — probablement leBinoe inlet deStokes — qui les arrêta et par où l'eau de mer venait à chaque marée inonder le sol. Aux environs les eaux étaient stagnantes, de beaux pélicans, des oies et d'autres oiseaux animaient les mares. Une note de Burke, écrite le 28 mars, annonce sa découverte par ces paroles brèves et obscures : « Il sera « boD de dire {it toould be well to $ay) en terminant « la relation, quenous atteignîmes la mer, mais que « nous De pûmes voir l'Océan même, quoique nous « nous soyons eQorcés d'y parvenir. »

Voilà tout ce que nous savons sur le résultat de celte expédition magnifique. Cette fois encore nos espérances sont déçues. Combien le moindre progrès exige de sacrifices !

Burke et WiUs rejoignirent leurs compagnons dans un état d'extrême faiblesse, et l'expédition revint vers le Cooper's-Creek. Elle avait mis deux mois pour aller de cette rivière au golfe de Carpentarie ; pour le retour, elle employa un peu plus de temps. Ses deux itinéraires se confondent sauf quelques différences légères.

Vers, le milieu d'avril, les voyageurs se retrouvent dans la vallée de Cooper, leurs provisions sont épuisées, leur cheval, quatre chameaux ont péri, la

fatigue les accable. Le 10, Gray, le mieux constitué d'entre eux, aaccombe aux privations. Les aurvi- Tsnts ae traînent avec peine au dépdt, ils espèrent y trouver dei secours. Déception cruelle! Brahe a quitté le poate le matin même de leur arrivée, fatigué d'attendre et les croyant perdus. Leur désespoir est immense. Comment pousser plus loin dans un état da dénuement absolu; le manque de nourriture végétale les a ruinéa, à peine peuvent-ils faire quelques pas. X^a provisions, enterrées par Srahe, raniment pour un instant les forces des voyageurs ; Kiog et Wills proposent de rejoindre Brahe et ses compagnons ; cette mesure eût pu les sauver, mais leur chef décide, au lieu de franchir lea 160 lieues qui les séparent du Darling, de se rendre aux plus voisins établissements de l'Australie duSud, prés du mont Hopeless , nom de sinistre augure. Le plan de Ëurke est de descendre, autant que possible, le cours de la rivière Cooper, et de passer ensuite entre les lacs Eyre et Blancb par l'isthme traversé par Grégory en 1858^ la route à parcourir ne devait Être que de 60 lieues.

«M. Burke, dit King, dans son rapport naïf, M. Burke ayant pris les papiers laissés par Brahe, il demanda k chacun de nous si nous étions capables de remonter le creek pour suivre la division (de Brahe)7 Nous répondîmes négativement, sur quoi il répliqua qu'il avait jugé de son devoir de nous cuDSulteri quant à lui, cela lui était impossible. Il voulait essayer de passer au mont Hopeless : le co-

mité de Melbourne avait assuré qu'il y avait là à 150 milles duGooper une station de bétail. M. Wills n'approuva pas ce plan et eût préféré suivre notre premier cbemin ; mais il finit par se rendre à ]a vo* lonlé de M. Burke. J'aurais également préféré reprendre notre ancien chemin. u

Ici commence le dernier acte d'un drame navrant. Les deux derniers chameaux succombent, et l'épuisement des voyageurs ne leur permet pas d'exécuter leur projet. Après avoir inutilement cherché le principal lit du Cooper au point où la rivière, tournant au sud, se partage en plusieurs bras avant de se jeter dans le bassin du Torrens, Burke fit la rencontre d'une tribu d'indigènes. Les pauvres sauvages partagèrent avec lui leur nardou — plante aquatique et cryptogame, dont les spurules forment un assez bon aliment — et quelques poissons, toutefois il ne réussit pas à leur faire comprendre ses désirs. Puis l'expédition demeura inaclive pendant plusieurs jours, les indigènes se retirèrent, elle ne se remit en marche qu'au moment où elle aperçut qu'elle consommait inutilement ses dernières provisions. Les voyageurs se dirigèrent vers le sud; chacun portait 30 livres de vivres , de munitions et un peu d'eau. La découverte du nardou réveilla un peu leur espoir.

Celte plante (marsika quadrifida) appartient à la famille des marsiléacées , de l'embranchement des acotylédoneset se développe dans l'eau. Elle est sans graineproprementdit6,maiBelleadessporules,qui

sont la partie comestible, et qui, avec leur in\olucre, ont l'apparence d'un grain ovale, aplati comme une lentille, bruni tre et long de 2 ou 3 millimètres. Cette substance est irrégulière et rude au toucber, très-dure et difficile à broker quand elle est sèche, elle devient mucilagineuse sous l'action de l'eau. Les indigènes l'écrasent entre deux pierres pour la réduire en farine dont on peut faire du pain. Les sporules végètent dans l'eau et les racines s'enfoncent dans le sol au fond des mares ou des ruisseaux. Lorsque les marais se dessèclieiit, la plante meurt et l'on recueille les iuvolucres sporulaires répandus sur le limon desséché. Au retour de l'humidité, les enveloppes des sporules se ramollissent et laissent échapper la semence destinée à reproduire de nouvelles plantes. Le feuillage ressemble un peu à celui du trèfle ; chaque feuille, composée de trois folioles, est supportée par un pétiole de 3 centimètres de longueur (1).

Les voyageurs s'étaient fait illusion sur leurs forces. Au bout de trois jours, ils touchèrent le lit d'un cours d'eau desséché venant du sud, mais qui se perdait immédiatement dans une plaine aride, sans aucune trace d'humidité. Il fallut revenir au Cooper,après de vains efforts pour trouver de l'eau; et pendant que Burke se préparait à une nouvelle

(1) Cm DotioDt lur le nvdou sont data i H. Runal, corrêqwndant de laSodéléd'iGcllmiutloniJaHelbounie. — VoTcilaaoUcedeM. E. Corumbert «n BMttin de la Soeiété de Giographit, mal 1863, p. 395 el lulTiDlH.

tentatiTe pour parvenir au mont Hopeless, Willa alla enfouir au dépôt avec ses journaux une note ainsi conçue :

« 30 mai. — Nous sommes incapables de quitter le creek. Les deux chameaux sont morts et nos provisions consommées. M. Burke descend le cours de la rivière avec King ; je vais les rejoindre, puis nous remonteroBS probablement par ce chemin.

Nous tâchons de nous nourrir le mieux possible, à la manière des indigènes, mais une telle vie nous semble rude. Nos vêtements s'en vont en lambeaux. Envoyez-nous au plus tôt des provisions et des habits. — La division a quitté le camp contrairement à ses instructions , ce| qui nous retient ici. J'ai enterré en ce lieu quelques-uns de mes journaux dans la crainte de malheurs possibles, n

Une tribu aborigène établie dans le voisinage, fît à Wills l'accueil le plus amical. A son retour auprès de ses compagnons, le voyageur lui proposa de visiter cette tribu hospitalière ; son avis prévalut surtout lorsqu'à la suite d'un incendie qui dévora leurs cabanes et leurs effets, il fallut définitivement abandonner le projet d'aller au sud. Malheureusement on ne les retrouva pas à l'endroit oii on l'avait espéré.

Les forces des voyageurs diminuaient d'une manière rapide. En peu de temps il devint impossible à WiUs de se remuer ; Burke s'épuisait à broyer le nardou; King resta un peu pour subvenir aubesoin commun. On conçoit leur désespoir. La per-

spectire de mourir de faim fait cependant tenter un dernier edort; mais déjft il n'eatplus tempa.

( Nous nous mimes à chercher du nardou, dit King, et nous eo trouv&mes un peu, que je pitai ; avec une corneille que je tuai, cela nous fit un assez bon souper. M. Burke e» prit sa part, quoique depuis notre halte il parut aller plus mal. u Je sens bien, me dit-il, que je n'ai plus que peu d'heures à TÏTre ; » sur quoi il me donna sa montre, qu'il me dit appartenir au comité, ainsi qu'un calepin, oîi il icriTÎt quelques notes, et qu'il me chargea de remettre à sir William Stawell. Il me dit alors : « J'espère que tous resterez ici auprès de moi jusu qu'à ce que je sois tout à fait mort. C'est un souu lagementque de savoir qu'on a quelqu'un auprès « de soi. Mais quand je serai mort, je désire que K TOUS placiez le pistolet dans ma main droite, et « que TOUS me laissiez tel que je serai, sans me N mettre en terre. ■ Le reste de la soirée il parla très-peu, et le lendemain matin, il avait à peu près perdu la parole. Il expira vers les huit heures. Je me tins encore là quelques heures ; mais comme je Tis qu'il était inutile que je restasse plus longtemps, j e partis pour remonter le creek. Je me sentais bien isolé.»... King court alors à la recherche des indigènes, prêt à défaillir lui aussi. Pendant quelques jours il se nourrit de corneilles et de nardou trouvé dans une hutte abandonnée, puis il revient auprès de Wills, mort à son tour. Avant d'expirer, il avait laissé échapper une dernière et faibU plainte contre

BrRhe.qui avait abncdonné sod poite : aC'eit du moiDS une grande coDsolalion daDs la position où DOU9 sommes, de savoir que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir et que notre mort de» vra étte imputée à d'autres plutât qu'à nous-mêmes. Si nous avions souffert ailleurs, nous n'aurions pu blimer que nous, mais nous étions revenus au Cooper's-Creek, où nous devions nous attendre à trouver des provisions et des y£tements ; et nous allons mourir de faim malgré les instructions expresses données par M. Burke à ceux qu'il avait laissés au dépât pour j attendre notre retour, et aussi contre nos pressantes recommandations au comité de Melbourne de nous faire appuyer, h Le seul survivant de l'expédition est recueilli par les indigènes, son infortune les émeut; la guérison d'une femme, quelques légers services lui assurent l'amitié de* noirs. Ces pauvres gens le soignent avec une compassion touchante, lui donnant la plus belle butte, lui offrant leur meilleure farine, leurs poissons les plus succulents. — Et ce sont là lei moMtru auitrn* liens que tant d'écrivains ont mis et mettent encore au ban de l'humanité.

Vers le milieu de septembre, une petite troupe envoyée de Melbourne, et commandée par M. Howitt,remontaitleCooper's-Crcek, afin de s'instruire du sort de l'expédition, et pour lui porter des secours. En remontant le lit du ravin, elle arriva sur les lieux où campait la tribu qui avait recueilli King. Celui-ci, à l'airivée de ses libérateurs si long-

temps atteodus, était assis dans la hutte que les natifs lui avait Mtie. «Son apparence semblait bien triste, dit le rapport de Howitt -, les traits dévastés comme ceux d'un cadavre et n'ayant plus guère de l'être civilisé que les restes de vêtements dont il était couvert. II paraissait excessivement faible ; à peine si parfois je pouvais enteudre ce qu'il disait. Les indigènes étaient tous groupés en rond, accroupis sur le sol, leur physionomie rayonnait d'une expression de plaisir, n

Les jours suivants, les hommes venus au secours de l'expédition remplirent un triste devoir. Les restes de Burke et de Wills gisaient encore aux lieux ou la mort les avait frappés. Une double fosse, creusée dans le désert, reçut les ossements des deux victimes, et une inscription j marqua leurs noms et leur fin. Ce sombre dénoùment exerça une im* pression profonde sur l'opinion publique en Australie, qui tout d'abord se montra fort défavorable, et pour cause, à l'égard de Burke. Le sacrifice du martyr couvrit les défauts de l'homme. On oublia la dureté impitoyable du chef de l'expédition, pour ne plus voir que ses malheurs et sa peine -, puis, par un singulier retour, les journaux de la colonie déversèrent tout leur bUme sur Brahe et Wright. Ils reprochent avec amertume à ces deux hommes la catastrophe, qui, disent-ils, fut la suite de leur retour précipité. Depuis, la colonie a voté des fonds considérables pour élever un monument à la mémoire de l'expéditioD. Honorant d'une manière

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digne d'elle le dérouemeot des malheureux explorateurs, elle ordoDDa à HowiU de rapporter leurs restes à Melbourne, et leur a fait, le 21 janTier dernier, des fuDérailles publiques au milieu d'un concours de quarante mille personnes. Burke avait quarante ans; Wills n'était encore que dans sa vingt- septième année.

Les journaux laissés par ces voyageurs forment un ensemble très-incomplet, une partie en a été perdue dans le désert, et les branches spéciales de la science ne peuvent tirer qu'un résultat minime de ce qui reste. Les documents remis à la Société royale de Melbourne ont été publiés par la plupart des feuilles australiennes ; ils ont permis à MM. de Cruçby et Leigh de dresser une carte, où l'on suit jour par jour les étapes des explorateurs ; l'aspect du sot, les productions, les principaux événements de chaque étape y sont marqués. Les Mitlkeitungen (1) ont en partie reproduit cette carte avec une traduction abrégée des relations de Burke, de Wills et de King, également coordonnées en un mémoire substantiel par le docteur Meinicke, dans la Zeitschrifl /ïir ((Ugemeine Erdkunde de Berlin (SE). Toutes les notes recueillies par M. Howitt, oot été copiées avec soin par une commission nommée par l'Exploration committee, sous la direction du savant botaniste Fr. MuUer. Ces journaux sont empreints d'une monotonie fatigante, aucun dé-

(I) Année IB61 , cahier d« réirier, pp. 66 1 80. (3) Ifette folge. Toms XIII. JuUlai 1661.

tail géographique n'y a été nettsment étudié ; celui de Burkfl lurtout ne préeente que des débris trgit-* quéa, unis par aucun lien commun ; la tristesse et la lassitude qui accablait les voyageurs semble peser sur chaque page.

Cependant, malgré des lacunes nombreuses et la brièveté des détails que nous donnent ces notes, il est certain qu'il existe une voie praticable allant de la càte méridionale vers le golfe de Carpentarie. Le désert pierreux de Sturt ne s'étend pas au delà du tropique du Capricorne, et n'a par conséquent qu'une largeur de quelques degrés. Au delà, jusque dans le voisinage du golfe de Carpentarie, la contrée est relativement bonne et bien arrosée ; certains points se prêteraient même avec avantage à l'agriculture. Des collines pierreuses et des vallées formées d'alluvions fertiles remplacent les plaines arides et nues où Turgile prédomine. A mesure que l'on avance vers le nord, la végétation prend une vigueur nouvelle, le terrain s'élève, les montagnes deviennent considérables. La présence des indigènes, des cours d'eau nombreux assez profonds prouvent assez que toute cette région pourra être utilisée pour l'élève du bétail, ou bien comme voie de transit entre les colonies du sud et la côte sep tentrîonale. Il n'est pas possible avec les données incomplètes dont nous disposons, de déterminer d'une manière satisfaisante le relief de l'Australie intérieure, mais nous pouvons admettre en toute sécurité, que le continent présente beaucoup de va-

riJté dans la conformation de ui territoires (1), Les observations méléorologiqueB de Wills, montrent ({lie la saison pluvieuse a lieu en été, dans les pays au sud du Carpenlarie, du moins le long de la route suivie par l'expédition, comme sur la côte nord et dans le voisinage du détroit de Torrès. Des orages violents et de fortes averses se succédèrent de février au mois de mars sous le tropique. Les voyageurs furent assaillis par un vent chaud qui vint du sud, et dont les plaines arides de la grande dépression sont la cause évidente.

Tous les indigènes rencontrés depuis les districts du Torrens, sont décrits sous des couleurs plus favorables que celles que nous sommes accoutumés devoir donner aux Australiens. Ce n'est pas sans quelque émotion qu'on lit le récit touchant et simple du séjour de King parmi les noirs. C'étaient en général des hommes de belle apparence, bien constitués, bons, pacifiques, parfois très-timides. Un pagne en filet de plumes ou de feuilles jeté autour des reins, constitue leur unique vêtement; ils se tatouent souvent en rouge; leur tête est enveloppée dans une sorte de réseau orné d'une plume de faucon, et les chefs, suivant une coutume fréquente chez les peuplades barbares, s'arrachent les dents de devant. Pour armes, les indigènes du Gooper's- Creelc, ont une hachette en pierre, et le boomerang, singulière arme de jet, en bois durci au feu, re-

(I) VoTCi les opinions émises i la suite du voragede Stoirl, eD I8S0. — JVouvtUe* Annaltidei foyagt*,l8ii,t, III, p. là.

recourbée et poiDtue aux deux extrémités. Les Nyams-Nyams, habitant au sud du Bahr-el-GbazaI , possèdent une arme semblable en métal.

Les voyageurs noua fournissent peu de notions sur l'histoire catarelle. Outre le nardou, ils trouvèrent un aliment substantiel dans les portulacées qui croissent en abondance sur certains points de l'intérieur. Wills remarqua beaucoup de polygonées; les terrains salins portaient diverses espèces du genre salsola. Les buis, tes gommiers, diverses sortes d'eucalyptes, dont plusieurs nouvelles, sont souvent citées dans ses notes. L'acacia, l'oranger, une espèce de thé, plusieurs palmiers, une v.-iriété de casuarina semblable au chêne par la structure du tronc, à l'acacia par les gousses, au pin par les feuilles, forment des forêts considérables. Quant aux végétaux comestibles, nous avons déjà cité l'igname vers le golfe de Carpentarie, deux sortes de concombres et de pastèques ; on peut y ajouter encore une fève qui aie goût de la châtaigne.

L'Australie est pauvre en grands mammifères.

L'expédition vit beaucoup de rais dont elle vanle l'excellente chair, mais qui mirent aussi tant d'obstacles à la marche des chameaux. Les moindres mares étaient peuplées d'oies, de canards, de pélicans, de cormorans, de pluviers; le milan et le faucon représentaient la classe des rapaces diurnes, et l'on vil des corbeaux, des perroquets, des kakatoès rouges. Puis descendant l'échelle zoologique, nous trouvons divers poissons très-goùtés des indigènes.

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des termites, des cigales, des moustitjûes aussi importuns que leurs cousins du Brésil .

P. S. — Ces lignes étaient écrites lorsqu'il nous est arrivé d' Angleterre un nouveau volume (1) sur la grande' expédition dont nous venons de voir le sombre dénoûment. Ce livre reproduit l'histoire détaillée de l'exploration australienne, et bien que les documents qu'il donne et sur lesquels il s'appuie aient déjà été publiés, il n'en réunit pas moins toutes les conditions d'un mérite durable. Mais il ofire un intérêt particulier en ce qu'il présente la biographie deWilis, le membre le plus considérable de la mission sous le rapport scientifique, retracée par la main même de son père.

Un beureux hasard a voulu que cette œuvre parût au même moment où M"' Elise Polko miMie la vie d'un autre martyr de la science, celle d'Edouard Vogel , son frère (2), Vogel, Wills, ces deux noms consacrés par une commune infortune emportent nos sympathies à un titre égal. C'est un spectacle poignant que celui de ces jeunes hommes, enthousiastes du progrès, usant leur santé , leur jeunesse, succombant à la tâche sur les voies périlleues de l'inconnu , au moment où tant d' efforts, de sacrifices , de dévouements allaient être couronnés. Une vie si bien remplie, et ces luttes de chaque jour, rappelées

Ear un père , par une sœur, figureront toujours avec onneur à côté du monument impérissable élevé par leurs travaux.

(1) W. Wllls. ffarrattvê of a iueetitful uipEoraNon tkrough 1A« interior of Aiuiralia. From ttiejournals orwtlliam John Wllls, by hli bllier. Un vol. bi-8°, Londres ISSS.

<S) Erlntrungan an ein«n f^trteholUntn. AulieichDungw) and Briete tod und Ob«T Eduird Vogd. 1 toI. Id-S-, Ulpilt. ISU.

Voyage de Frank T. Grigory dans le nord-mtest de l'Australie,

Les découvertes des deax frères Grégot^ ont déjà eu un retentissement considérable, et bien que les dernières explorations à travers le continent aient docné naissance à des célébrités plus brillantes, leurs travaux n'en occupent pas moins une place importante dans l'histoire de la géographie de l'Australie. En 1858, pendant que Frank T. Grégory découvraitle bassin où les rivières Gascogoe et Murchison prennent leur source, son frère Augustus se rendait de la baie Moreton au lac Torrens, et revenait k Adélaïde en complétant les reconnaissances de Mitchell, de Kennedy, d'Eyre. A peine de retour de sa noUTelle exploration dans le nord de la grande !lè, ce voyageur partit dans la secoode moitié de décembre 1857, à la tête d'une petite troupe bien pourvue de vivres et d'instruments. Re> ' montant la rivière Maronoa, à partir de 25* 46' de latitude sud, jusqu'au mont Owen, ilparvintàun pays abondamment pourvu d'eau et de verdure.

Des vallée* ouvertes et bien boisées, où des prairies naturelles sont entremêlées de buissons d'acacias, l'amenèrent le 15 avril au mont Playfair, élévation basaltique qui apparaît sur des pentes de grès, et sépare la vallée du Warrego de celle du Nive. Ce petit «ours d'eau arrose un pays sablonneux et d'une

végétation cbétive. Grégory étai t alors à la recherclie de l'infortuné Leichardt, disparu depuis dix ans (1), et dont il ne réussit pas à trouver la trace. Dans ses courses sur les bords du haut Victoria, il vit le lit du fleuve presque desséché. Le pays aux environs de la rivière Tbomson était également triste et désolé -, te manijue d'herbe et d'eau contraignit le voyageur ù rétrograder. Il descendit le long du Thomson jusque sous le 27° 50', où il reconnut que ce cours d'eau va déboucher dans le Cooper's Creek . Les jours suivants, l'expédilion s'iipiirçut que ce qui avait été pris pour le bras oriental du Torren* constitue un lac distinct, séparé du premier par un banc sablonneux peu étendu. Le 26 juin, elle otteignit, à 12 kilomètres au delà du mont Hopeless, le point extrême où se fussent encore avancés les colons.

La Société de Géographie de Londres adressa, en août 1860, nu gouvernement britannique, ii demande de fournir l'argent nécessaire à un voyage d'exploration dans le nord-ouest de l'Australie. « Le moment propice est venu, dit-elle dans son rapport, de clore la chaîne de découvertes et de reconnaissances qui enveloppe le continent iiustralien, en remplissant la lacune de 1 ,000 à 1 ,200 kilomètres, comprise entre l'itinéraire de Fr, T. Grégorj, le long de la côte occidentale, et les routes de son frère sur la rivière Victoria. II y a un intérêt réel à éta-

(I) Lea derniïrcs nouvelles da Ldchtrdi loat diiéea du t Mrll 1U8, époque i laquelle 11 m troaTalt aa mont Abondinee,

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