‹ L'AustralieChapitre 3 sur 14 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

peuples à demi cîvîlîsés, ayant des rois portant le sceptre et la couronne, des villes fortes, des armées organisées ; on se représentait ces pauvres sauvages nus, mal armés, mourant de faim une partie de Fannée, et passant leur vie à chercher à manger, on se les représentait comme une nation brave, guerrière comme les Malais leurs voisins ; il fallut deux cents ans encore pour qu'on connût les mœurs de ces indigènes, qui, dès lors furent regardés comme des brutes ne se distinguant de l'homme que par la parole, et qui furent traités en conséquence, — pour que les contours du continent fussent tracés à peu près exactement sur les cartes, — et pour qu'on songeât à exploiter ces terres vierges.

Aussi, il y a cent ans, le littoral australien avait été exploré presque entièrement :

et pourtant Cook ne connaissait pas le détroit que Bass découvrit en 1798 et qui sépare la Tasmanie du continent; plusieurs

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cartes de la an du siècle dernier l'y rattachent encore, et ne le séparent que par un étroit canal d'une vaste terre s'étendant jusqu'au pôle antarctique. L'intérieur était inconnu, on n'avait même point l'idée de faire des hypothèses sur sa configuration :

l'imagination aurait pu se donner carrière, puisqu'on ne savait rien, mais on n'y songeait même pas. La première tentative de colonisation eut lieu en 1787; mais ce n'était pas une émigration volontaire qui allait peupler ces contrées désertes ; c'est d'une colonie pénitentiaire que sont sortis ces grands États australiens, si fiers de leurs progrès. Qu'importe! Rome, n'a pas eu, dit-on, de plus beaux commencements.

Heureusement, l'Australie n'est pas restée ce qu'elle était en 1787 : grâce à ses richesses pastorales et minières qui ont attiré les émigrants libres, grâce à la sagesse de la mère patrie qui ne l'a point maintenue au régime sévère de pénitencier, si funeste à

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d'autres colonies, — de nouvelles Angle* terres sont nées aux antipodes, elles ont grandi, elles grandissent tous les jours. Ce continent si longtemps dédaigné et inconnu aura bientôt été parcouru dans tous les sens, il est sorti pour ainsi dire des limbes, et le voile qui le couvrait à nos yeux a été subitement déchiré. C'est la merveille de la colonisation anglaise, comme le Canada fut la merveille de la colonisation française.

Mais le Canada, où notre langue^ où nos mœurs, où nos sentiments d'amour pour la France sont restés si vivaces, le Canada, où l'initiative des vaillants navigateurs et commerçants de la Normandie, de la Bretagne, de la Saintonge, avait su accomplir tant de brillantes et utiles conquêtes, le Canada a cessé d'être français : ce résultat était inévitable ; il est dû à l'excessive centralisation qui habituait nos colons à tout attendre de la métropole, môme les vivres et les vêtements; n'ayant aucune indépendance, ils

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perdirent leur esprit d'entreprise, et ils succombèrent après une résistance héroïque, quand la France cessa de pensera ces < quelques arpents de neige, i

L'Australie montre au contraire ce que peut devenir une colonie où la patrie crée des institutions libres à l'image des siennes, et ne songe qu'à développer l'indépendance et à habituer les colons à compter avant tout sur eux-mêmes.

La Nouvelle-Calédonie n'a point les richesses de l'Australie, mais, comme elle, elle débute par un pénitencier. La France doit songer à profiter de l'exemple de l'Australie et espérerenl'avenir de cette possession lointaine : nous savons que transportés aux colonies^ les criminels, quand ils sont traités avec justice et excités au travail, peuvent s'améliorer ; leurs fils, du moins, ont bien des chances de ne point leur ressembler.

Mais il parait douteux qu'on puisse fonder

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