‹ L'autelChapitre 22 sur 62 · LE · texte numérisé non relu

LE

“Tou tra coup, réveillé de son étrange rêve, Robert | | sursauta, plein de. rage, devant ant du comédien et re la tiédienue Celle-ci enveloppait de ses deux bras la taille de celui qu’elle implorait ; et sa tête,,

son épaule, sa Joue, presque ses lèvres s ODA AE |

Nour la chair nue de l’homme dont le sein dé-

| lcouyert. impudiquement offrait aux regards une auréole brune, comme meurtrie par les baisers, dans la matité blanche de l’épiderme. Sn dL é ie Mady! cria Castély. Savez:VOous ‘qu di est minuit | “passé. "5 <

Madeleine dénoua aussitôt son étreinte, cessa le cou-

" plet qu’elle murmurait, recula, eut un geste de lassitude f

extrême, et, de sa voix ordinaire, seulement un peu voi 4 4e. lée, elle dit : | RON AG — Oui... assez pour ce soir, n est-ce pas?

Caula rabattit lentement la draperie qu l'enveloppait.…

oo — Si vous voulez.

CE Le front dans sa main, Joseph- Pol de La Boustièe.

‘4 restait plongé dans. un songe. Robert s’écria un peu one

+ haut :

LR 0 Mais, Mady, Habilles: vous der VE

. De Caula eut un sourire ironique retroussant ses lé- du: Na vres sur ses dents, ét le dévisagea : À —. Rien ne presse tant que cela, ] imagine !. PE Lt Maintenant, Mady parlait avec volubilité, vantant la +4 % pièce de La Boustière, dans laquelle chaque jour Que à LA découvrait des beautés insoupçonnées jusqu'alors. Peu à peu conquis, rasséréné, Joseph-Pol laissa s’ do

ou reparut, correctement vêtu. ou à . — Apprêétez-vous, Mady, fit-il avec une. autorité fami- | lière et nous irons tous souper au cabaret... Vous ne | pouvez pas vous coucher avec ce maigre diner sur l'es omac. fol a | ne : À | 1 — Tiens, c’est une idée ! s’écria la jeune femme avec un entrain soudain. Vous venez, La Boustière? Et vous, |

Castély? re : He La Boustière s’inclina, soumis. Robert si Foi

ment. | Bi J Hihes — Oh! non, je rentre chez moi! rats \

Si ileut une âcre déception de ce que l'amertutie et 1. blâme de son accent demeurassent inaperçus de Ma qui répondit avec légèreté : &

— C’est NE vous n'avez pas prévenu. se ne Le soir Er, |

Robert serra les mains qui se tendaient. Se Dee Bonsoir. Ten

. Dans la rue, le froid de la nuit, out modéré, let

© transit. Il grelotta, et, sur la mobilité de son cerveau d'artiste, une foule d'images absurdes, de pressentiments sinistres, d'appréhensions stupides, s’imposèrent. Sans force pour remonter jusque chez lui, malgré le peu de distance qui le séparait de sa maison, il prit une voiture si s’affaissa sur les coussins, pleurant d’ énervement, de ; : rage, de volupté surexcitée, ns Lorsqu'il paya le cocher, celui-ci le considéra, nar-. : ‘ne le croyant ivre. RS Et, malgré la fatigue atroce de sés membres, sa fais “ie mentale était telle qu’il préféra gravir à ni les out Bo en une terreur AE de l'ascenseur, de”

ur petit s ie ue soir due un she on | Elle ne dormait pas. À La lueur de la veilleuse, la svit se dresser; il entendit son soupir de soulagement, fer faible murmure de ses lèvres : |

‘ + oo — Enfin, te voilà !.…. Pro :

Et tout à coup, emporté par une impulsion irrésistie ble, il courut au grand lit, s ’agenouilla au bord, et en-. : veloppn le corps fragile de sa femme d' une étreinte ah

goissée.. ne +. —Ma Suzanne!.… Ma chère et honne petite Suzanne! RE “Elle frémit toute. : Vs pi tes ee Qu? as-tu ?.. Qu est-il arrivé ?.. adroubi n’es-tu -pas rentré dîner 2... J’ai eu si peur. SR . Rs Facilement, i Giles des mensonges. Un accident était survenu à un ouvrier... il était resté au théâtre; es puis, Ja répétition RSrRaNIne avait été Lu dans la de

5. | soirée. de | Le LIRE — Mais, pourquoi pleures. (9 soupira-t- . oppres- | sée, ses lèvres ayant bu l’humidité des paupières et des joues du jeune homme — de cet être uniquemént adoré. - Il dit des craintes qui, trés nettes, cruelles, S’impo= à = saient à lui réellement en ce moment. — Sa pièce tom- : berait… il y découvrait peu à peu des trous, des incon- - séquences, des faiblesses irrémédiables. D'ailleurs, - | Madeleine Jaubert ne s’intéressait plus à son rôle... Le - n’était pas sûr de Caula, ou plutôt, il était certain que. : comme tous les cabotins, ce misérable ne cherchait q le succès. personnel. A la première, il lâcherait ne pièce, ne sortirait qu’un ou deux passages où il savait se tailler un triomphe aux dépens de Pauteur !.. . Nétait. nee A + il pas réputé pour ces trahisons!... et malgré cela, ces. PRBÉEIIES de directeurs couraient après son nom !.

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: de ce dE Rriré Fe écite à vioa dodtles causes uniquement passionnelles lui échap- paient, la pauvre Suzanne flattait. doucement da ue dé

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Ro tu pe je penseras Ad tout ce que fu ns : an Et comme il continuait ses pos et ses injures: vée. © hémentes, elle l’attira : D nat. #, un Viens. viens là, près de moi. Vois, mes mains. | __ sont fraîches. Je les mettrai sur ton front et je te e gué- D rirai, nue (ae | dt * “fl sanglota. Re a e He.

Oui oh!oui,tes cu bras Si i tendres, jeles veux! mie eetEtilla rejoignit dans la couche conjugale dont l'exil

lui paraissait si cruellement long, fauteur de tous ses.

tourments. PR A Ue d Ra Re

| Cette en muit. vers deux tous du matin, madame {Henriette Féraud ju brusquement réveillée par une suc- -/ cession de coups de timbre. Comme la domestique ne 2 couchait pas dans l'appartement, elle se leva, passa ra- pidement un peignoir et courut à Pantichambre. | Ho ee, Qu’ y at. fe 1 ui est là ?.. . demanda: t- elle avec inquiétude. | | | he ! à - La voix d Castély on sourdement L l’autre coté du battant, altérée. démo. : | | . — Vénez, je vous en supplie, madame !.. - Suzanne! Suzanne va mourir !..…. | | a : Madame Féraud. Ronde une ludo étouffée 1e détacha ae la chaîne et ouvrit la ROUE

Fa ue et qu ‘elle ne remise de son [ rte. — Elle croyait à une fausse couche arrivée natu- ré

A Litide et | défait, un veston jetés sur r sa chemise de nuit, Robert expliqua : | A D in — Une hémorragie. Elle s se meurt, je vous dis!.…. Hs faut que je coure chercher Dolle, et je n'ose la laisser du seule! | 1 RE . Madame Féraud fit un geste. Fe ne | — Je suis à vous.

Elle rentra en orale dans appirienens s’assura que ses deux filles dormaient paisiblement, prit son passe-partout et revint à l’antichambre. Robert n'y était. plus. La porte de son appartement était ouverte. Madame : Féraud entra, pleine d'Apebisse F0 pue Dans la ro. de A rapubl vivement. éclairée, la | jeune femme était renversée sur ses oreillers, pâle, semblant privée de sentiment, Rae Courbé sur elle, répondant à l'interrogation elrayée des yeux de madame Féraud, Robert murmura :

ne Non, non, elle vit... mais elle est si faible... Puis, quittant Suzatne, il conHuds + Se Ua # — L’hémorragie paraît arrêtée… Pourtant : si, pendant mon absence, elle recommençait, vous savez ce qu'il faut faire... des injections très chaudes. .il ya de l'eau bouillante dans le cabinet de toilette. RS tn . Madame Féraud eut un cri. Fine pe — Pour Dieu, n’allez pas jusque chez Lucien Dollet. L La rue de Vaugirard, c’est trop loin. ce serait trop. | ng !.….. Il y a un médecin tout pres, ‘dans | la rue, au numéro 50h, RU S Mais cpu cria violemment : . | Ne — Eh!jene peux pas !. Julien seul doit Ja soigner rl. ox Quelque chose d’indicible eu son accent — trouble, frayeur, menace, rancune — frappa madame Féraud, AE précisant tout à coup en elle de vagues soupçons, 5 or à fl recommença ses recommandations puis, son pare

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Er ie

7 le An qui. na parut Kiots à Heunioties Fe ï responsabilité, son ignorance des véritables causes, du

: degré de gravité de l'accident de Suzanne, la Us Elle fut traversée par ce sentiment d’épouvante, de sua | prême impuissance qui, à certains moments, BaÈnE les plus courageux. Nr

= Pourtant, cette minute de péblesse ne dure pas, sa nature énergique prit vite le dessus. Sans cesser de surveiller attentivement la ] jeune Ernie. toujours dans un état de prostration absolue, elle rangea la chambre en désordre, fit disparaître d'impressionnants linges ensan- Fe : ne glantés, s’assura du remède à à portée, apporta à tout ha- < sard auprès du lit de Peau de Cologne, des sels.

Ses yeux ne cessaient de se porter sur la. pendule, s sui-

vant avec anxiété les aiguilles, si lentes à se mouvoir. Eofin, n ayant plus à agir, dis vint s’asseoir au Lhéel ” du lit et ne quitta plus du regard le pâle visage amaigri - de Suzanne. so pee He à ER © Pauvre petite! murmura-t- ll très issobtie A ra d’une pitié infinie. TRES Au bout de quelques instants, les paupières de Ja |

jeune femme se soulevérent ; die ne bougea pas, mais 4 ses ue se tournèrent, elle aperçut madame os CS “Vous, Henriette? fit-elle avec: étonnement. sa Puis elle sè souvint, — comprit.

D — Oui, 7? ai été très malade. Robert vous a appelée. nn. 2: il est parti chercher un médecin... :

bis FE NT se pencha sur elle et, rnb avec affec- k

tion. Fe 3e) pes -

| MANS Ne parlez pas . Vous pourriez vous faire mal. de Votre mari va Hot ramener le docteur Dolle. AA ”

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CA nom du médecin, les traits de Suzanne s se C tèrent. hs ji 2 Lo — Oh, lui! AT

et avec une expression indicible, elle Ro bas : — Ils m'ont tuée.

dormir. Re à )

Un Lporsedl ble sourire railla 4 tristement les lèvres décolorées de Suzanne. ( ; __— Je n’ai pas la fièvre, je ne divague pas, dit he avec

dire que je suis morte... bien morte pour l'aimer, lui © Robert. pour être aimée de lui. C’est fini, je le vois bien... il s'éloigne. il s’éloignera de plus en plus... Je ne suis plus pour lui qu’une pauvre petite chose qu'il soigne, qu'il plaint, qui peu à peu lui pésera, le répugnera. Et tout cela, à cause de ce qu’ils ont fait! de ,. ce qu'ils ont ui de ce qu'ils m'ont pee

pas... Mais son ami! Ce chirurgien, et elle, cette femme... qui savaient !... Les bourreaux, les misérables !

Suzanne, madame Féraud saisit ses mains, la conjura : oo — Ne parlez pas, ne pensez pas !.…. Au nom du ciel,

ne songez plus à quoi que ce soit de pénible! rent, égarés.

— Ah! Henriette. madame! Ed meurs | L. |

ne Féraud tressaillit, douloureusement frappée, é — Chut, chut, ma chérie! Calmez- -VOUS. Essayez de

“ . un peu plus de force. Je sais que je ne mourrai pas... Ceci est un accident dont je me remettrai... mais, je veux au

Tout à fait alarmée par l’agitation qui montait en

ma petite. mon enfant, fermez les yeux, Phase VOUS... ?

Elle ferma les yeux, sembla se recueillir en une ne rieure vision d'horreur ; puis, elle les rouvrit tout grands, me

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... — A lui, Robert, je ne lui en veux pas, il nese doutait

Mais Suzanne eut un léger soubresaut, ses yeux virè-. û

TP à VS. \ y : : AN ?

épouvantée, souleva les draps, qui \

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tes s plus tard, Robert entrait À prépitam va

Le has Deites. après, ‘tout danger écarté, Julien fa | bras de Robert. Eee as SR oo — Va t'installer sur le Han de. ton cabinet, il est Fe re que tu prennes un peu de repos. Sacha couchera. sur le petit lit, près de Suzanne, et la surveillera. Quant : à moi, si madame Féraud le permet, je dormirai … quelques heures dans son atelier. Ce n’est pas d’une correction parfaite, mais je la crois au-dessus de ces ui … niaiseries, et, du resie, personne ne le saura eine ” … Henriette Serie. énergiquement la main de Castély, jeta un dernier coup d'œil à Suzanne endormie et fit un signe de tête à Dolle. | a + — Venez. | de o 15 .4.-Elle fe conduisit sans ot d. dans son atelier, une : ie pièce simplement décorée, aux murs couverts ns Elle jeta sur le divan plusieurs coussins, ape por une fourrure et se disposa à regagner sa cham= io bre. Re RO RES un Sur Je EUR. ses yeux rencontrèrent ceux de Julien, | son regard exprimant malgré elle une interrogation iméie langée “e blâme. Sa SPA re Fe Le jeune homme eut un geste, hocha la tête di sous 5 dain, s’écria avec. irritation Ta ie HU jrate Eh bien, oui. vous avez deviné! Laon, ue * le nie pas. et. je recommencerais... et je persiste à croire que je leur ai rendu un service imminent... que ‘ Lie les ai sauvés!.. Ne vous exagtrez pas occident de : As nuit, su quie pre il y AAcar GS Et,

AUTEL

. Madame Férand ferma résolument la porte, r Ve Julien et s’assit. ’ He PRINCE à :— Alors, c’est vrai? fit- elle, la voix altérée par l ke on dignation. ou ter RS ET Il eut une amertume. ee à Ne — Comment, vous aussi, vous allez me parler. de te crime?.… invoquer la Société à qui il faut sans cesse des

ne enfai ne un troupeau de misérables, d’affamés.. Fa

ui coupa la parole : ne — Vous savez très bien que je suis au- dessus de ces Le | préjugés. . que j'estime, au contraire, que c’ “est une faute ‘ ithatifable de mettre au monde des êtres frappés d’a- | vance par une tare quelcondue, physique ou morale, de | alheureux enfants condamnés à la misère, à La souf- ê rance, ou Simplement à la torture de n ’être ni aimés i “choyés en un foyer où ils entrent en intrus. den on .. — Eh bien? s’écria Dolle avec une certaine violence. Madame Féraud éleva la voix, elle aussi : :

— Mais encore ne faut-il pas sacrifier la femme pe “loria.: . | Co x Quand ; Je vous répète que nent — oui, “ap pelons cela par le nom que les bonnes femmes pronon- __ cent en se voilant la face, dont les juges se gargarisent . quand ils martyrisent la malheureuse fille qui s’y est de . décidée! — Eh bien! avortement, exécuté quand il faut, comme il faut, n’est que l’ opération la plus élémentaire,

Lay

“la plus insignifiante !.… o Ce + Madame Féraud étendit le bras dans la direction de as à < | l'appartiment des Castély. see UN AAA + i Éxetmplet,.., rene ess Dolle s’exaspéra. LS AE ET ‘ — Comprenez-donc que Sd est rit et que Ro- : Le = bert est une brute!... Je ne le lui ai pas caché tout à

l'heure, je vous en ÉDO É "est leur, faute, unique- “

< : li Je à Re En ment leur te si cet se cidoutest el. | ‘je (age avais

; assez répété qu'il fallait du repos. qu’il était urgent,

indispensable d'observer un calme Al rois sexuel absoldt i à Fi pendant six semaines, ou même dus mois!.. . Et, celte : ra À * nuit, pas même quinze jours après opérant à aa C'est | … insensé! — cu est-ce que vous voulez que le chirurgien

fasse à cela? C'est comme lorsque, derrière le dos

| du médecin, À malade enfreint le traitement, se bourre

. ‘de tout ce qui lui est pernicieux, et vient ensuite ac iSer

celui dont il ne suit pas des De npiobele ue “

‘ser | S nr Madame Féraud ant un geste; et, fe voix incisive et

vibrante : Ne ne Ë io

— Mais vous, docteurs, vous montrez- -VOUS logiqu “et sensés, vraiment scientifiques, lorsque vous n° envisa- BEA vos sujets qu’au point de vue. matériel ?.. | vous agissez lémérairement en supposant que vos dé. fenses peuvênt arrêter la course du cerveau, du cœur, des sens. paralyser l'affection, brider la Jalousie, Pa- mour!... Opérez-vous des mannequins ou de la chair vi- | vante?., : des animaux inférieurs où des individus aux sens Aro compliqués, soumis aux mille influences de l'existence où ils se trouvent, dont il leur est impossible e dese dégager? — Voilà le ménage de nos amis... IL . règne entre ces jeunes gens un amour sensuel exalté par : de jolis sentiments tendres, exacerbé par leur solitude dans la pénible lutte qu’ils soutiennent, par lPanxiété de - leurs jours... Uertes, la maternité dans ces conditions D était. inquiétante à tous points de vue pour Suzanne. Le chirurgien triompha.

. — Ah! vous Pavouez!..

__ Henrietle riposta avec fou: 5 a \ F SE ter Mais, malheureux! si la Ho normale, : sk z les suites morales de la naissance d’un enfant pouvaient

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