Ch. Guéry, Hist. de l'ab. de Lyre, p
k. G.A.,t. Il, p. 149. Nous étudierons plus loin avec plus de détail l'ouvrage en question.
de LACTEUR DE La FAaRCE DE PATHELIN
par les Macométistes. commissaires et officiers du Souldan ». Un autre témoignage à ce sujet. celui du facteur d'Estrées, l'auteur du Cantre blason de jaulces amours publié vers 1512, ajoute mème qu Alecis serart mort aux mains des Macométistes « pour nostre sancte foy catholique augmenter et soubstenir. en visitant les sametz heux jherosolomitains ! ». Or dans le passage de d'Estrées auquel nous empruntons ces lignes il y a pluswurs erreurs qui mfrment la validité du témoignage en question : il parle du Blason comme s'il avait été composé juste avant le Dialogue da crucifèr et da pèlerin et :il fait d'Alecis un « natif de Lvre ». ce qui est une confusion avec son lieu de moinage. Pour faire valoir son propre Contreblason il a une tendance évidente à exalter son modèle et il nous parait probable qu'il a pris sur lui de broder dramatiquement sur le thème du pélerinage tel que le donnait l'éditeur du Dialogue en 1501. Si, à cette dernière date, l'éditeur en question ne fait aucune allusion à la mort « martyreuse » d'Alecis, c'est évidemment quil n en a rien su et on voit mal comment dix ans plus tard d’Estrées eût été mieux renseigné sur cet événement. Mais il v a mieux : c'est la réalité même du pèlerinage d’Alecis qui est contestable. En effet il est remarquable que le nom de Guillaume Alecis ne figure dans aucune des relations de pèlerinage de l'époque *. Les éditeurs d’Alecis et son biographe, le chanoine Guéry, doutent en somme de son pèlerinage et de son martyre. Comme à eux il nous semble que la date même de 1486 pour la mort de notre moine est suspecte à cause de ce que le fond de l'histoire a de douteux. Nous irons plus loin que ces érudits et nous nous demanderons si Alecis n’a pas, vers 1485, disparu volontairement de l'abbaye de Lyre sous couleur de pèlerinage. Les raisons de cette disparition ne sont pas connues, mais les événements de l’abbatiat de Benoît de Chaumecy à cette époque peuvent y
BE 4. Le contreblason de faulces amours, Paris, Symon Vostre, s.d.([1512), fol. Aiiij.
2. De Marsy, Les Pèlerins normands en Palestine, Caen, 1896, in-8. — Ch. Guéry, Hist. de l'ab. de Lyre, p. 423.
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avoir été pour quelque chose. Et il nous semble que le mieux à faire, à propos de ce « pèlerinage », c'est encore de dire avec Alecis en personne : |
Tel s'en fuyt en païs bien loing Qui ne dit pas toujours pour quoy :.
Bien que connu surtout comme le « bon moine » et le « moine de Lyre » notre homme est aussi appelé « prieur de Bucy ». C'est sous ce titre qu'il figure dans son Passe temps des deux Alecis frères où il converse avec un sien frère cordelier ?. D'anciens auteurs précisent que ledit prieuré était « en Perche, au diocèse d'Évreux 3 ». Mais en fait ni le chanoine Guéry, ni les éditeurs, MM. Piaget et Picot, n’ont pu identifier ce prieuré. Nos recherches personnelles n’ont pas été plus heureuses. Les Bucy ou Bussy ou Busy ne manquent pas en France, mais les prieurés manquent aux Bucy, du moins dans les régions où . on peut raisonnablement chercher la prébende d'un bénédictin normand à. S'il y a quelque réalité dans ce prieuré de Bucy et s’il était situé en Perche, c’est-à-dire dans la région de Nogent-le-Rotrou, il pourrait y avoir là une confirmation des
4. Feintes du Monde, 1#3-44. — Il est curieux que les premières éditions imprimées des ouvrages les plus importants de Guillaume Alecis, les Feintes du Monde, le Blason de faulses amours, le Dialogue du crucifix el du pèlerin soient précisément de cette année 1486 où l’auteur disparaît. Et que le plus ancien imprimé connu de Pathelin date également de 1486. Tout se passe comme si Alecis avait confié son reliquat litteraire aux imprimeurs avant de quitter la France pour se rendre à Jérusalem ou ailleurs.
2. G. A.,t. Il, p. 7. Le nom, dans l’imprimé de 1500 environ, est écrit Busy. Outre Bucy on trouve aussi Bussy, Buzy, etc. Pour les recherches sur le prieuré de Bucy (toutes négatives), on consultera Charles Guéry, Hist. de l'Ab. de Lyre, p. 423,et G. A.,t. III, pp. 1x et x, notice de MM. Piaget et Picot.
3. Contreblason de faulses amours (par d'Estrées), G. À., I, p. 278.
&. I y a en France 5 Bucy et 35 Bussy. Cf. Alfred Holder, Altceltischer Sprachschatz, Leipzig, 1896, t. I, p.626. — Le seul Bucy à prieuré auquel la mention « en Perche » pût à la rigueur s'appliquer est Bucyle-Roi, près d'Arthenay en Beauce, mais on n'y retrouve aucune trace d'Alecis. Bucy-le-Roi avait un prieuré cité en 1200 dans la Gallia Christiana, VIII, col. 14390 E. Cf. aussi Dumay, Invent. des sceaux, III, n° 9389. |
indices que la première œuvre d'Alecis, l'À B C des doubles, nous a fournis sur son séjour aux rives du Loir. Mais il se peut aussi que notre homme ait pris ce titre du droit de sa fantaisie comme son compatriote et admirateur Pierre Fabre a pris celui — également inidentifié — de curé de Méray. Ce prieuré en Perche n’était peut-être qu'un château en Espagne. Enfin, ce nom de « Bucy » ou « Busy » — sans mention de prieuré — a pu être la forme originale du pseudonyme d’Alecis. En effet ce même nom est porté, dans le Mystère de Saint-Valentin, par le « quatrième écolier », compagnon du trio Josias, Dorech et Joseph !. Cest peut-être encore cette appellation d’un clerc de légende pieuse qui expliquerait le mieux le nom de plume de notre moine. En somme un nom-protée, une jeunesse donnée au Monde, à ses folles amours et à son « faulx mestier »; puis une vie passée parmi les livres mais aussi parmi des moines guerroyeurs ; un prieuré qui ressemble à un mythe et, pour finir, un pèlerinage qui ressemble à un alibi ; enfin un moine obscur qui était en même temps un écrivain célèbre — voilà l’homme. Sans doute nous ne pouvons savoir ce que les registres perdus de son abbaye nous eussent livré sur sa vie, mais c’est encore le peu que nous connaissons de lui qui explique le mieux pourquoi nous n'en connaissons pas davantage. Dans le demi-jour que le poème de ses débuts, l'A BC des doubles, nous a ouvert sur lui, on a pu déjà entrevoir une personnalité à la fois ardente et prudente dont les dénonciations les plus vigoureuses s'enveloppent, s'insinuent, se garent. De cette première œuvre le titre même est à double sens, « le poète voulant à la fois parler de vers rimant deux par deux et des hommes doubles, c'est-à-dire des hypocrites qu'il oppose aux hommes simples ? ». Dans une œuvre ultérieure, le Passe temps des deux Alecis frères, il prévient luimême le lecteur dans les deux derniers vers qu'il y a anguille sous roche :
Monmerqué et Michel, Théätre fr.au moyen âge, 1839, pp. 294-327. G.A.,t.1I,p. 1.
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En tout ce livret n’y a couple Qui ne soit de substance double.
Enfin, dans la dernière de ses œuvres, le Dialogue du crucifix et du pèlerin, cet écrivain que de vieux biographes ingénus nous montrent attendant la mort aux mains des Macométistes « s'amuse à brouiller volontairement les rimes d’un de ses poèmes de façon que le lecteur soit obligé de les rétablir luimême pour trouver le sens ! ». Il y a eu, chez notre homme, un goût certain de mystification, une duplicité d’ailleurs purement formelle et intellectuelle qui s'allie à la plus rude franchise d'accent et de cœur. Son œuvre, que nous allons regarder de plus près, accuse encore ces traits de son caractère. Mais surtout elle révèle un satiriste, un observateur si âpre et si fin tout ensemble que ce nom de « bon » moine qu'il a porté apparaît comme la plus ironique de ses boutades. Ce surnom bénin a trompé la postérité. Mais, quand on a réussi à voir le vrai visage dé l'homme sous la capuche du moine, on s’aperçoit qu'on n'a pas à faire à quelqu'un — pour parler son propre langage —
Qui ne sçait pas son patelin ?.