Ch. Guéry, Hist. de l'ab. de Lyre, pp. 206 et
Go ogle
GUILLAUME ALECIS L'HOMME 83
de couvent, notre moine, Guillaume Alecis, était un des plus anciens de l’abbaye, mais encore vert et verveux et combattif. (Ses ouvrages de cette époque l'attestent. !) Certes rien ne nous autorise à faire d’Alecis le Jean des Entomeures de cette monomachie, mais il est impossible de ne pas penser qu'il dut prendre sa belle part des horions à donner. Ce rude moine normand, sec « comme les harengs de Gauville », « ireux » et « jureur * », n'était d’ailleurs pas — nous le verrons — plus tendre pour ses confrères que pour les abbés de bon plaisir qui descendaient sur la riche abbaye. La vie dut lui être difficile dans un milieu qu'il a satirisé avec une verve cruelle, plus difficile encore la vie qu'il fit aux « noirs emplumés » de son entourage. Son œuvre nous le fait voir comme un composé d’humour et de violence. C’est cet humour qui, avec les consolations de la « librairie » et de la foi, dut lui permettre de rester si longtemps moine parmi ses moines. Mais que de fois le colérique auteur du Mireur des moines ne dut-il pas s'écrier, comme Pathelin dans son prétendu délire :
Or sa ! que le dyable y puist estre En chelle vielle prestrerie ! (852-53)
Cette « vielle prestrerie » il semble qu'il l’ait un jour quittée de gré ou de force, et cela au cours même de cette lutte contre Benoît de Chaumecy que nous venons de raconter. En effet il est remarquable qu’en 1485 il ne figure pas parmi les moines présents à Lyre 3. Or cette date précède d’un an la date de son prétendu départ pour Jérusalem. Le prologue d’éditeur de son dernier ouvrage, le Dialogue du crucifix et du pèlerin ‘, imprimé vers 1501, nous dit qu’il le composa en 1486 « en Hierusalem » où il était avec des pèlerins de Rouen « en arrest
4. Entre autres le rude Mireur des moines que MM. Piaget et Picot datent de cette dernière période. G. À., t. III, p. 1.
2. « J'ay par ire fait de juremens mains », G. A., t. IT, p. 64.