‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 40 sur 67 · À BC · texte numérisé non relu

À BC

Je sçauray bien ou en trouver,

Des robbes et des chapperons !

Se Dieu plaist, nous eschaperons

Et serons remis sus en l’eure.

(Path., 36-39)

Dans l'A B C l’auteur parle en chrétien qui conseille à l’homme de mépriser les biens du monde, ces biens que Pathelin convoite. Et d'autre part le passage de la farce est comme le répons cynique du grave passage de l'A B C. Dans Pathelin l'hypocrite invocation à Dieu de l'avocat bohème complète le signalement moral du personnage. Il y aurait ainsi entre le passage de l'A B C et celui de Pathelin une association par contraste qui paraîtra encore plus instructive si on relève d’autres analogies entre les deux ouvrages. Or voici au moins un de ces rapprochements où il semble bien que les idées de l'auteur de Pathelin aient suivi le même chemin que celles de

l'auteur de l'A B C. Il s'agit des vers 310-25 de l'A B2 Cet

des vers 9312-31 de Pathelin respectivement. Dans le premier

poème l'auteur met en scène de jeunes compagnons couturiers

qui se convient à des beuveries. Dans Pathelin, l'avocat convie

le drapier à venir « boire et galler ».

Du vin en noz gorges coullons.

Il n'est si doulce vie comme

Boire bien, quelque chose que homme

En die. Nous ne sommes que huit

Qui n'avons vaillant ung pain cuit,

Je n'ay paour qu'on ne m'en croye ;

L'aguille, le fil et la croye

Nous acquitera en ce cas.

Tu as ce que j'ay, j'ay ce qu'as;

Tu tailles bien, et puis je coustz ;

Nous bevrons a nos propres coustz ;

Toy et moy, troys ou quatre coups :

Il nous fera grand bien aux couiz.

Beuvons fort, j'en donne congié.

Nul de vous n’a tant beu com j'é :

Veez cy bon vin, ou qu'il ait creu.

… Hal c’est tres bien alé.

Il y aura et beu et gallé Chiez moy, ains que vous en aillez.

GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 93 Le DRaAPPIER

Je vous pry que vous me baillez . Mon argent dez que j'y seray.

Feray. Et, par Dieu, non feray,

Que n'ayez prins vostre repas

Tres bien ; et si ne vouldrois pas Avoir sur moy de quoy payer.

Au mains viendrez vous assaier

Quel vin je boy. Vostre feu pere,

En passant, huchoit bien : « Compere »

Ou « Que dis tu ? » ou « Que fais tu? »

Mais vous ne prisez ung festu,

Entre vous riches, povres hommes!

Le DRAPPIER

Et, par le saint sang bieu, nous sommes Plus povres.

Ouay ! a Dieu! a Dieu!

Rendez vous tantost au dit lieu Et nous bevrons bien, je m'en vant. (Path., 313-31)

Dans ce passage de l'A B C Alecis témoigne d'une verve comique que les exigences de la rime léonine ne réussissent pas à entraver. Et ceci est à retenir. Mais les idées aussi nous paraissent offrir une analogie instructive avec celle du passage de Pathelin que nous en rapprochons : ces gens qui n’ont pas « un pain cuit » et qui parlent de boire à gogo sont bien les compères de Pathelin qui n'a ni denier ni maille et parle de faire bombance. Sans doute les compagnons du fil et de l'aiguille de l'A B C sont plus sincères dans leurs promesses de ripaille que l’avocat. Mais quand ce dernier dit au drapier : « Au moins viendrez-vous essayer quel vin je bois... Rendez “vous tantôt audit lieu et nous boirons bien, je m'en vante. » nous croyons bien entendre ses frères en pénurie et en « gabe-

rie » de l'A B C. « Voici bon vin où qu'il ait cru Nous boirons trois ou quatre coups... Buvons fort, j'en donne congé ». Ce vin de l'A B C et ce vin de Pathelin font bien l'effet de venir de la même bouteille, comme leurs « robes et chaperons » de la même boutique.

Le Debat de l'omme mondain et d'un sien compaignon qui se veult rendre religieux !. — Bien que dans les manuscrits ce dialogue ne porte pas le nom d'Alecis les éditeurs ont tout à fait raison de le lui attribuer. En effet 1l est dans la manière la moins méconnaissable de notre poète. C'est la suite naturelle de l'A B C des doubles auquel il ne doit pas être très postérieur. Il appartient en tout cas à la période de la vie d’Alecis qui a précédé son moinage. Dans l’A BC notre homme dégoûté — et peut-être déçu — était en marche vers le cloitre. Dans le Débat il en est déjà à toucher le seuil. Document précieux sur le passé et le tempérament de Guillaume Alecis, le Débat mérite aussi de nous intéresser par ses qualités dramatiques. Il s'ouvre par une attaque nette et vive en bon français de théâtre :

L'Ouue Monpain

Mon compaignon, que veulx tu faire De te rendre religieux ?

Jadis souloys aux dames plaire, Dancer et chanter en tout lieux.

Helas ! je t'ay veu si joyeux

Et tenir tousjours table ronde!

Attens au moins que soyes vieulx :

Il n'est vie que d’estre au monde.

Mais il y a un autre point de contact entre ce poème de Guillaume Alecis et le théâtre comique de l’époque. L'homme mondain rappelant le « bon temps » à Guillaume Alecis, le temps des chants, des danses et des « farceries », lui dit :

Que diras tu d'un amoureux Qui est tombé d'une goutiere

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