‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 41 sur 67 · G. À.,t. IlL, pp · texte numérisé non relu

G. À.,t. IlL, pp

GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 95

En allant repaisire ses yeulx ?

Parlons du temps passé joyeux

Et des faitz d'amours, je t'en prie, Sans tant souvent parler des cieulx :

De menger pain blanc l’on s'ennuÿye.

(Debat de l'omme mondain, 306-12)

« Ce passage, disent MM. Piaget et Picot, fait sans doute allusion à un monologue qui a été attribué à Coquillart : Le Monologue de l'amoureux qui par fortune fut pendu a une goutière, puis à une perche, sous les robes d'une femme, et se sauva dedans le coffre aux hardes. Voy. Romania, XVI (1887), p. 481 ». Dans l’article auquel cette note renvoie, M. Picot fait les plus expresses réserves sur l'attribution à Coquillart du monologue en question qu’il date de 1460 environ. Or c'est là une date voisine de celle que nous conjecturons pour le Débat de l’omme mondain, lequel nous apparaît comme ayant été composé peu après l’A B C, c'est-à-dire peu après 1451. Le Monologue serait antérieur au Débat (puisque ce dernier y fait allusion) et serait plus voisin de 1450 que de 1460.

Maintenant pourquoi l'interlocuteur narquois de Guillaume Alecis dans le Débat éprouve-t-il le besoin de lui rappeler cette histoire de l'amoureux à la gouttière ? Et pourquoi la rappelle-t-1l comme un épisode du temps joyeusement passé en faits d'amours ? Quelle est au juste la relation personnelle entre le futür moine de Lyre et cette farcerie de haute graisse ? Nous serions bien curieux de le savoir. Peut-être n'est-il point tout à fait hors de propos de rappeler que nous ne sommes pas ici très loin d'une autre farcerie qui s'appelle Pathelin. Là en effet, dans son « délire », l'avocat évoque un personnage à robe longue qui lutte de vitesse avec le chat grimpeur de gouttières et ressemble ainsi comme un frère à l’amoureux surpris du monologue, qui, « caché sous les robes d'une femme », fut « pendu à une goutiere » :

Vela ung moisne noire qui vole!

Prens le, bailles luy une estolle;

Au chat, au chat ! comment il monte!

(Path., 619-21)

Quoi qu'il en soit, cette allusion à l'amoureux camouflé en femme du Monoloque que nous lisons dans le Débat (et que suggère peut-être à son tour le passage en question de Pathelin) nous la retrouvons dans le Blason des faulses amours de Guillaume Alecis, mais sous une forme lyrique et grave :

L’'ystoire avon.…

De Salomon.

De Candalès

Et d’'Herculès

La mort recite

Les grans excès

Qu'a perpetrez

Femme mauldicte.

(Blason, 614 ; 617 ; 625-30)

Salomon esclave de ses amours, Hercule déguisé en femme sont bien, à ce qu'il nous semble, les prototypes tragiques de l'amoureux vaudevillesque du Monologue. Quant au Lydien Candaule dont la femme fut contemplé sans voiles par Gygès invisible, le pauvre sire a bien quelque rapport avec le mari du Monologue et du Débat. Dans ces deux poèmes c’est en effet

En allant repaistre ses yeux

que l’amoureux fut surpris.

Mais — et c'est là que nous voulions en venir — ces souvevenirs tragi-comiques avaient un lien direct avec l'expérience personnelle de Guillaume Alecis. Et ce qui le prouve c'est le commentaire d'un accent très pénétré dont il accompagne ces mêmes vers de son Blason :

Quand je contemple

Si dur exemple.

Je n'ay front, ne sorcilz, ne temple,

Qui de grant cremeur ne se remple, .

Doubtant d'avoir ung tel renom.

(Blason, 619-20 ; 622-24)

GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 97

Il avait donc ses raisons de douter — c’est-à-dire de craindre — d’avoir le renom de ces galants à mascarades. Et pourtant c’est lui-même qui, par sa confession du Débat, s'est donné le renom de leur ressembler. Étrange bonhomme ! Pour notre part nous le soupçonnons fort d'avoir ri plutôt que tremblé chaque fois qu’il s’est souvenu du monde et de son « faulx mestier ». Et ce qui nous paraît encore mieux définir l’attitude d'humoristique componction de notre Guilloume c’est Guillemette, la Guillemette de Pathelin disant, aux vers 792-93,

Par ceste ame, je ris et pleure Ensemble.

Le Passetemps des deux Alecis freres. — « Il y a, disent les éditeurs, un étroit rapport entre cette petite pièce et l'A B C des doubles ! ». Ainsi le Passetemps apparaît bien comme voisin par la date du premier poème d’Alecis. Mais, d'autre part, il est sûrement postérieur au Debat de l'omme mondain, puisque ce dernier appartient à la période laïque de la vie de l’auteur tandis que dans le Passetemps il s'exprime déjà en religieux. 11 s'y qualifie même de « prieur de Busy ». D'autre part le Passetemps contient, comme on verra, une allusion à une poésie de Charles d'Orléans composée peu avant 1456.

Le Passetemps est un dialogue. Il comprend 316 octosyllabes divisés en quatrains dont chacun est une petite tirade que prononce un des deux frères Alecis. C'est une pochade d'un caractère nettement dramatique et on a recueilli dans les collections de théâtre maintes œuvres qui sont bien moins scéniques que celle-ci. Alecis, appelé ici prieur de Busy, invite son frère, un cordelier, à dire, pour passer le temps, « quelque chose nouvelle touchant cette vie mortelle »,

Car le soulas Aux esperis, quand ilz sont las,

Est requis.

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