‹ L'auteur du traité de l'imitation de Jésus-ChristChapitre 11 sur 12 · C. Mella, Délia Controv. Gers · texte numérisé non relu

C. Mella, Délia Controv. Gers

On sait la difficulté qu'il y avait, avant la découverte de l'imprimerie, de se procurer et de propager des livres, dont la copie à la main était longue et coûteuse.

Il n'est pas étonnant qu'un recueil de maximes pieuses, dont toutes les parties n'étaient même pas toujours réunies ensemble, éclos dans un monastère au pied des Alpes lépontiennes, n'ait été d'abord connu que dans la haute Italie, et n'ait passé à l'étran-

ger que fort tard par la filiation de rOrdre.

La congrégation des chanoines réguliers augustiniens avait à Verceil une maison du titre de Saint- André, fondée en 1219, et dont quelques membres partageaient, avec les bénédictins de Saint - Etienne et les chanoines de la cathédrale, l'enseignement de l'Université de Verceil, surtout depuis que celle de Padoue y avait été réunie en 1224. Cette circonstance

«explique la diffusion du traité de V Imitation dans les autres maisons de cet Ordre, où il était le plus répandu après celles des Bénédictins (1).

Mais le nom de l'auteur ne se trouvant pas sur les originaux envoyés de Verceil, pour les motifs que Ton a vus, les copies faites à l'étranger n'ont pu le reproduire.

Et cela se comprend pour les dépendances de rOrdre bénédictin, à regard desquelles ce petit traité devenait une possession de famille sans propriété personnelle.

D'après un mémoire de Dom Calmet sur la règle de saint Benoît, il n'y a pas d'ordre religieux qui ait publié autant d'ouvrages anonymes que celui des Bénédictins, en vertu du principe : Ne quid prœsumat monachus habere proprium.

Quant aux Augustiniens et autres familles religieuses, l'absence de l'indication d'origine du livre tenait peut-être à une -question d'amour-propre d'Ordre.

Les manuscrits sans nom d'au*teur sont ceux de Grandmont ^i de Thevenot du xiv* siècle, de Liège, de 1417 à 1438, de MœlqcH,

.. J(l) Aittort. 9ciiHim Ktmptnêe, elc f hom^ Erhard^ Polycfates Qers^ensifi jcontra êcutum nmp. «te. . .

de 1421 à 1503, d'OehenhauftCft, 1427, de Reichenau, 1428, de Weingarten et de Winblingen, 1433, de Zwifalt et de Bruel, 1448, etc., provenant de maisons bénédictines ; de Bruges , 1400, d'Ervic, 1426, d'Augst, 1437, de Blois, 1456, de Bruxelles, 14fâ, provenant des Augustiniens, des Célestins, des Chartreux, etc.

Les citations nombreuses de saint Bernard de Clairvaux, dans V Imitation y lui ont fait attribuer l'ouvrage dans les manuscrits de Genève , de Raitenhaslach , de Braunen, d'Angoulême, de Toulouse, de Sainte-Geneviève de Paris, tous du xv® siècle. Dans ces deux derniers on trouve également le nom de Jean de Gerson, chancelier.

Dans l'incertitude du nom de l'auteur, certains copistes ne trouvaient rieii de mieux que de Tçittribuer à une célébrité de leur Ordre, ou au religieuse qui le prç^ mier l'avait fait conn,çiître à la communauté, quand ils ïie passaient pas eux-rnêraes ppur êtrç auteurs (1). Mais il était bien facile de le distinguer par la formule fi-

(D C'Qflii jitiai que les élèves da P. 9orôe, Jér suite, lui gnt altribué lé poème sur la D^clamek- Hon, âânt i'aQteuor est le P.^nfeoqiie, ckanoial de Saiot^Oeueyiève, égaleipent prof^seiur df rbétotique. .

nale. C'est ainsi que le man-uscrit d'Augst, de. 1437, se termine :

Scriptus et finitus per me Giorgium de Gottingen; celui de Weingarten, de 1433 : Per me fratrem Conradum Obersperg conventus S, Benedicti. Celui de Blois, de 1456 : Per Hermanum ord. Eremitarum. Celui de Salzburg, de 1463 : Per fratrem Benedictumy etc.

Quelquefois on ajoutait les mots per manuSy d'où est venu aux copistes la qualification à^amanuert" ses. Un manuscrit d' Augst, de 1451^ finit ainsi : Per manus Philippi Lessat. Celui de Bruei près Ratisbonne, de 1448 : Per manus Johannis Pejoris. Celui du Mont Ste-Agnès, de J441, transporté à Anvers, dont il porte le nom, en 1577 : Liber finitus et completus per manus fratris Thomœ Kernpensis. Celui d'Ervic, maison dépendant, comme la précédente, deWindesheim : Liber finitus per Johannis Kitchten manus^ 1426, etc.

Thomas de Kempen mourut en 1471. On publia la même année, à Utrecht, une édition de ses opuscules, qui ne sont pas tous de lui, puisque on en retrouve quelquesuns dans une liste qui termine le

ijaanuscrit de Ylmitation dit de Grandmont, et dont Tâge. rappelle l'époque de sa naissance. Aussi le livre qui aurait fait pâlir tous les.

autres, V Imitation, ne se trouve pas dans cette édition princeps.

Son collaborateur et ami, le continuateur, après lui, de la chronique du Mont-Sainte-Agnès , fait son éloge en rappelant ses opuscules à destination de la jeunesse, sans dire un mot de V Imitation.

Il ajoute qu'il copiait des manuscrits pro domo et pretio; c'étiait le gagne-pain de la maison.

L'idée de sa candidature n'avait pas encore germé.

Et si \ Imitation eût été l'œuvre d'un de ses devanciers, comme le prétend M. Arthur Loth, est-il croyable que Windesheim non plus qu'aucune des 80 maisons qui lui obéissaient, n'en eût gardé le souvenir et la tradition, comme nous la trouvons dans les maisons bénédictines pour l'abbé de Verceil, un siècle avant l'établissement de Windesheim ?

Il est surprenant avec quelle légèreté et quelle outrecuidance on oppose les hypothèses les plus invraisemblables à des réalités palpables, contre lesquelles on épuise les exigences de la critique I

Il est telle contrée où, selon les questions que Ton a à traiter, on doute de tout, ou l'on ne doute de rien!

En 1448, Thomas avait traduit V Imitation en allemand pour Tusage du peuple. Une note assez obscure de Jean Busch, prieur de Sulten en Saxe, exploitée par un autre religieux , Hermann Ryd , sur cette vulgarisation de V Imitatioriy a seule inspiré Tidée de sa paternité de Touvrage. Cette réputation posthume et tout-à-fait erronée, fit son chemin, avec l'appui que lui prêtèrent quelques jésuites hollandais, plutôt par gloriole nationale que par esprit de leur corps, qui n'y était point intéressé, puisque les jésuites italiens, entre autres Bellarmin, Possevin, Noirot^ étaient pour Jean Gersen, dont ils avaient la meilleure preuve dans le manuscrit d'Arona.

Mais il y avait un obstacle dans le manuscrit d'Ervic, de 1426, antérieur à ceux de Thomas, avec la même formule prétendue d'auteur.

Alors on trouva dans une maison de Tordre à Kircheim en Vurtemberg, un manuscrit sans nom d'auteur, de 1425. On y ajouta ces lignes : Notandum est quod iste tractatus éditas est à probo et

egregio viro magistro Thoma de Monte S. Agnetis^ etc. descriptus eœ manu auctoris in Trajècto.

Ce manuscrit, retrouvé au siècle dernier par l'abbé Ghesquieres, dont il porte le nom, nous laisse quelque doute sur la valeur de cette annotation. En tout cas, il n'en résulterait pas autre chose qu'il a été écr^Y par Thomas de Kempen, qui en était ainsi V éditeur. Car^ avant l'imprimerie, Téditeur c'était le copiste. Cette remarque s'applique à toutes les formules similaires.

Le char était lancé, il alla bon train.

En 1585, le P. Jean Vlimmer fit ajouter le nom de Thomas àKempis au manuscrit de Louvain, qui était sans nom d'auteur. En 1589, le P. Sommail en fît faire autant aux copies prises en 1429, 1433, 1436 , 1438 , sans nom d'auteur, sur le manuscrit de Liège, de 1417, qui n'en avait pas non plus.

Le nom de Thomas à Kempis fut encore ajouté, après coup, au manuscrit de Schyre de 1467, où celui de Jean Gersen fut oblitéré.

Quant à celui de Padoue, de 1436, on surchargea le nom de Jean Gersen de celui de Thomas; la finale de Campis peut encore mieux s'entendre du premier que

du second, puisque Gersen était du village dei Campi (1).

Le P. Rosweide a édité une Imitation au nom de Jean Busch , en 1621, et les autres au nom de Thomas à Kempis 1

Mais au congrès de Paris de 1671 , les Augustiniens ne purent faire reconnaître l'authenticité que du manuscrit de 1441. Or l'on y trouva environ 80 barbarismes et solécismes, et plus de 200 autres fautes. On ne put croire qu'un auteur eût si mal écrit son ouvrage, et on le tint pour copiste, selon la formule finale.

Peut-on encore être kempiste sans rougir? On comprend la sagesse de la Congrégation de la Propagande , comme toujours , dans sa décision du 14 février 1639.

(1) Rtvutt des questions historiques, 1873, p. 554-579. — Montîalcoa, Catalogue des ManuscritSj etc. — Amort, Scutum Kempense,

Ce ne fut qu'en face de procédés aussi déloyaux de la part des auteurs hollandais que ceux d'Italie se mirent à défendre leur tradition non interrompue. Le cardinal Bellarmin et Constantin Cajétan, bibliothécaires du Vatican, utilisèrent les richesses des archives confiées à leur garde. Celles de Verceil furent exploitées par de célèbres érudits de cette contrée, Jean- Baptiste Modena, Charles-Amédée Bellini, Marc-Aurèle Cusano^ Aurèle CorbeUini, Augustin délia Chiesa, évêque de Saluées, etc.

Citons encore les bénédictins français Mabillon, Delfau, l'anglais Valgrave, l'allemand Mezler, Varadier, chanoine d'Arles, etc.

C'était trop tard, répondra M.

Arthur Loth, à bout de raisons :

comme si l'on devait se défendre avant d'être attaqué.

Mais, à côté de Thomas à Kernpis, l'Université de Paris poussait un autre prétendant.

Jean Charlier, né à Jarson, avait été promu à la dignité de chancelier de cette université, en 1395.

Sa position au milieu de l'aristocratie de la capitale lui avait fait répudier son nom roturier pour prendre celui de son village avec la particule. L'orthographe de ce nom finit par suivre la prononciation locale, corroborée de la formule latine : c'est ainsi que dans les premières éditions de ses opuscules on lit : de Jarson, et dans les autres : de Gersenne^ de Gersone ou de Gersonay comme le porte VArs moriendi dans VOpus tripartitum.

En France le Jarson s'était

transformée en Gerson pour conserver en latin à la première lettre la prononciation grasse du G. Tandis qu'en Italie Gersen s'écrivit quelquefois Ghersen ou Garzone pour conserver au G la prononciation gutturale allemande. Le premier était un nom de village qui supplantait le nom de famille Charlier. Le second était un nom patronymique que la famille a toujours gardé. Ces deux familles étaient donc aussi diflFérentes qu'elles étaient éloignées l'une de l'autre.

Mais Jean Charlier n'avait pas les mêmes principes d'humilité que Jean Gersen. La diffusion de son Opus tripartitum àdjï^ 22 diocèses de France lui avait acquis une notoriété nationale. Elle passa à Té-

tranger depuis les conciles de Pise, en 1409, et de Constance, en 1414, dans lesquels le chancelier avait joué un certain rôle à la tête des Gallicans.

Quelques copistes de Y Imitation, plus calligraphes qu'érudits, n'ayant aucune notion du P. Jean Gersen de Verceil, dont la réputation n'était guère sortie des couvents de la Haute-Italie ou de son ordre, reproduisirent le nom de Fauteur tel qu'ils le trouvaient :

Johannis Gersen. Mais, ne le connaissant pas, et le prenant pour un autre dont le nom avait quelque ressemblance avec celui-là, et qui était connu parce qu'il avait fait bien plus de bruit, ils ajoutèrent la qualité de ce dernier, cancellarii Parisiensis^ peut-être de bonne foi.

C'est ainsi qu'on lit : Johannis Gersen cancellarii Parisiensis à une copie de V Imitation de 1464, dite de Florefnce, parce qu'elle provient des collections des Médicis ; Comme à celles de Wolfenbuttel et de Reischersberg, de 1477.

Le manuscrit; de Vérone de 1467 porte : Johannis Gersem cancellarii Parisiensis. Cette variante de Gersem paraît avoir été prise sur le manuscrit (le Bobbio, et cons-

tate évidemment Tantëriorité du moine Verceillais au chancelier de Paris dans les manuscrits qui ont servi à faire les copies postérieures.

Les copistes suivants crurent devoir corriger une faute, en remplaçant Vé par l'o, puisque, d'après le qualificatif, il ne pouvait être question que du chancelier de

Gerson.

Cette confusion n'a rien qui nous surprenne pour cette époque. N'avons-nous pas vu, de nos jours, des littérateurs en renom confondre saint Bernard de Menthon avec saint Bernard de Clairvaux, des géographes autorisés prendre Aixles-Bains pour Aix en Provence, placer le Mont-Blanc en Suisse et le Grand St-Bernard en Savoie, des fonctionnaires soutenir que l'arrondissement de Nice touchait la Savoie et que l'on parlait italien dans nos deux départements ?

Quand, en plein xix® siècle, on est aussi peu renseigné sur la Savoie, qui a été française de 1792 à 1815, il ne peut paraître étrange qu'on ignorât, il y a quatre siècles, ce qui s'était passé au-delà des Alpes, puisqu'on a peine à en (ionvénir aujourd'hui.

Les PP, Bellarmin, Rossignol,

Possevin, qui étaient pour Thomas à Kempis, passèrent au camp des Gersénistes , dès qu'ils eurent connaissance du manuscrit d'Arona, et conclurent, sans hésiter, que la ressemblance de nom seule avait pu donner lieu à l'opinion en faveur de Gerson.

Une des causes de la méprise qui s'est faite sur ce personnage vient de ce que les copistes réunissant plusieurs ouvrages dans un seul volume, ceux du chancelier qui se sont trouvés accolés à 1'/mitation l'ont fait passer pour être l'auteur de ce dernier.

Tous n'ont pas été aussi exacts que le moine bénédictin de Mœleck. Le chancelier, fugitif du concile de Constance, alla se cacher à Rathenberg en Bavière pour y écrire le de Consolatione théologie y 1418, qu'il porta ensuite à Mœleck dans la Basse-Autriche. Mais le copiste, en ajoutant cet opuscule à la suite d'autres ouvrages ascétiques et de Vlmitatioiiy se garda bien d'attribuer ce dernier au chan^celier français.

Herman l'ermite, copiant des opuscules de Gerson et d'autres avec Vlmitatioriy ne lui attribua point non plus ce dernierMans le manuscrit de Blois, de 1456.

Tandis que Jacques Lupi, après avoir copié, en 1472, l'opuscule de Meditatione Cor dis du chancelier, avec V Imitation et un ouvrage d'Isidore de Séville , les donna à son neveu Thomas de Gerson, qui publia les deux premiers sous le nom de son oncle, 1481. Le frère du chancelier, prieur des Célestins de Lyon, procédait avec plus de loyauté, en donnant la liste de ses ouvrages, conforme à celle de son secrétaire, qui ne parlent ni Tun ni l'autre de V Imitation.

Ce fut bien autre chose pour le manuscrit de Valenciennes de 1462, qui, avec V Imitation, contient Vlnternelle consolation j que de Gerson n'a pas avoué être de lui, le Miroir d'humilité, traduction du de Contemptu mundij du Pape Innocent III, le Stimulus amoris, de saint Bonaventure, traduit en français, en 1406, par Simon de Courcy, au témoignage de Gerson, enfin le Traité de moralité sur la passion, dont on ne connaît pas l'auteur (1). Tout fut endossé au nom du chancelier, qui aurait dû succomber sous cette paternité de contrebande.

(1) Revue des Questions historiquss. 18r73, p. 58X 615.

On alla plus loin : on surchargea du nom de Gerson le manuscrit de Padoue, de 1436, où celui de Gersen avait été altéré pour céder le pas à Thomas de Campis.

Quant à celui de Padolirone, apporté, comme le précédent, à Paris, pour les discussions de 1671 et 1687, dont nous avons parlé précédemment, une main postérieure y a apostille l'inscription tombale du chancelier, en vers latins ; mais en mettant au second vers Gersen sans particule à la place de Gerson y afin, probablement, de ne pas contredire l'orthographe primitive que porte le manuscrit et de fourvoyer plus facilement le lecteur (1) !

Peut-on être encore Gersoniste sans rougir ?

Quelle que soit Tépoque de ces substitutions, elles étaient l'œuvre d'un parti, qui finit par s'afficher audacieusement. On conserve à la bibliothèque de Turin un manuscrit de Vlmitation^ venu de l'étranger, avec la suscription : A Magistro Johanne Gerson Cancellario parisiensi. Mais, à son arrivée en Italie, où le véritable auteur de V Imitation était parfaitement con-

(1; Catalogue des manuscrits.

nu, on se hâta d'apostiller cette rectification, qui est, du reste, d'une très-ancienne écriture : A uctor hujus lihrifuit Johannes Gersen abbas sancti Stephani Vercellarum ex Canabaco.

Ce qui s'était fait dans la copie des manuscrits s'est continué dans les éditions imprimées. J.-B. Sessa en fit une à Venise, en 1501, sur un manuscrit de l'abbaye bénédictine de Sainte-Catherine, qui portait le nom de l'auteur : Johannis Gersen. A la fin du livre imprimé, on lit : Johannis Gerson Cancellarii parisiensis de contemptu mundi libri quatuor finiunt. Un des exemplaires dont fut gratifiée l'abbaye tomba entre • les mains d'un homme qui connaissait parfaitement le manuscrit original ; et il écrivit ce correctif à la suite : Hune librum non compilavit Johannes Gerson^ sed D.

Johannes abbas Vercellensis , ut habetur usque hodie propria manu scriptum in eadem abbatia (1).

Cette note, constatée déjà par Cajétan,enl615, parut tellement importante qu'elle fut contrôlée et authentiquée par acte notarié à Rome, le 25 février 1641 , confirmé par

(1) Voir G. Cajetan et J. Yalart, sur VauUur de l'Imitation.

le protonoteire apostolique Félix Marcorio.

L'usage de ne désigner Jean dé Gerson qu'avec son litre de chancelier de Paris , auquel il tenait extrêmement, nous autoriserait à revendiquer comme une variante de Johannis Gersen la suscription du manuscrit de Brescia, qui porte Johannis Gerson, sans autre qualification ; même celle du manuscrit de Saint-Germain-des- Prés, de 1460, à magisiro Johanne Gerson. Car , $i le titre d'aôbas, qu'on lit cinq fois dans le plus ancien manuscrit qui porte un nom, celui d'Arona, ne peut s'appliquer ni à Thomas à Kempis , ni au chancelier, et ne convient qu'à Jean Gersen, qui était abbé du monastère de Verceil , il n'en est pas de même du titre de magister , dont ce dernier pouvait aussi être qualifié , comme professeur de morale et de droit à l'Université de Verceil.

Quant à l'emploi de Vo pourl'^?, il se justifie assez par l'orthographe de Gardon ou Garzoni, qu'on trouve dans plusieurs actes de cette famille à Gavaglià et à Verceil, ainsi que nous l'avons dit plus haut (1).

[\) Alexandre Paravia, âtWfh Controversia

M. Arthur Loth, (|uieètlom d'être favorable à lTtalie> avoue que les Gersénistes ont toujours invoqué pour eux avec autant de droit que les Gersénistes le nom tout court de Gerson dans les manuscrits.

Nous n'avons rencontré qu'une fois le nom de l'abbé de Verceil avec la particule Giovanni de Gersenis , dans le manuscrit de Bologne. Mais, comme il ne porte aucun autre qualificatif, et que dans la panse de la lettre initiale ornée du Qui sequitur me ^ on a figuré le buste d'un moine, ce qui ne pouvait convenir au chancelier, ce manuscrit a toujours été compté sans difficulté pour l'abbé de Verceil.

Au vrai, ce sont deux mots oubliés ou négligés par le traducteur probablement à cause de leur ressemblance avec l'italien, de' Gerseniy comme on dit aussi de' Aoogadriy en latin de Adoocatis. Ce pluriel des noms patronymiques est aussi en usage dans nos contrées pour les familles nombreuses, Desgeorge^ Desjacque, Desduc, Desjean, Desrobert, etc.

D'ailleurs la plus ancienne édition de Vlnïitation où se lise le

Geneniana, A. Blanchet, fiotes nrkf les familUs Qeraonio et Gersenio de Cavaglià et de Yerce\l

Bi —

nom de Qerson est postérieure de cinquante ans à sa mort. Pendant ce demi-siècle on ne trouve aucun témoignage qui lui fasse Thonneur de cet ouvrage. Et pourtant ses œuvres étaient célèbres ; son nom avait retepti partout.

Et qu'on ne nous oppose pas que cinquante ans séparent aussi la mort de Jean Gersen du premier manuscrit qui porte son nom ; car la situation n'était plus la même.

Les droits de Gersen^étaient établis, que les prétentions de Gerson n'avaient pas commencé ; puisque le manuscrit d'Arona a précédé d'un siècle la nomination de Charlier à la chancellerie.

Pour ne pas nous répéter, nous résumerons avec M. Arthur Loth que 'tout manque au chancelier pour être Paxrteur de V Imitation y la preuve testimoniale, la preuve historique , l'autorité des manuscrits, la tradition, la vraisemblance. Il ne doit qu'à une erreur ou à un amour-propre de parti, qui ont formé le préjugé des modernes , d'avoir été considéré comme l'auteur d'un livre qu'il n'aurait pu faire.

Et c'est pour combattre ce préjugé et celui des Kempistes que les auteurs que nous avons cités au

chapitre précédent, ainsi que Thomas Mulatera, Durandi, Muratori, Olivieri, Valsechi , Le Thuillier, de Quatremaires, Valart, Vernazza, Napione, Cancellieri, de Gregory, Cibrario, Avogadro, Pillet, etc., se sont mis à l'œuvre.

Mais, en démasquant les fictions d'à Kempis et de Gerson, ils ont maintenu à sa hauteur la personnalité de Jean Gersen, très-connu en Italie et même ailleurs par les maisons de son ordre, mais purtout à Gavaglià et à Verceil.

M. Arthur Loth leur dira : Vous venez trop tard I sans se douter le moins du monde qu'on peut lui rétorquer son argument, à lui qui vient chercher une nouvelle patrie au sublime inconnu, lorsque Gersen et Verceil sont en possession depuis six siècles ! Oui, vraiment c'est trop tard pour oser, avec des suppositions toutes gratuites, nier une existence aussi bien établie, et proposer un auteur moins ancien, dont le nom est encore à chercher !

Si la moindre tradition avait conservé le souvenir d'un auteur de V Imitation dans les lieux et à l'époque prétendue par M. Loth, comment les Hollandais auraient-ils attendu à la fin du xv® siècle pour n'op*

poser que Thomas à Kempis, prêtre seulement dès 1413, à Jean de Jarson, chancelier de Paris dès 1395? Comment n'ont-ils pas trouvé un auteur au moins contemporain de Gerson pour porter l'honneur de Windesheim? M. Arthur Loth est-il plus rapproché des traditions primitives qu'on ne Tétait, il y a quatre siècles?

En supposant la découverte d'un nom, qui est absolument inconnu jusqu'ici comme du prétendu auteur de VlmitatioUy il faudra faire litière du principe de notoriété, si hautement formulé à l'égard de Jean Gersen.

Nous osons mieux espérer de celui qui a défendu tant de fois la bonne cause dans V Univers. Un précieux aveu s'est échappé un jour de sa plume ; il ne voudra pas toujours le contredire.

En observant dans son manuscrit de 1406 la citation du chapitre L du livre III, terminée par ces mots : ait humilis Franciscus; ce qui permet, dit-il, de conjecturer que l'auteur du troisième livre de V Imitation était contemporain de saint François d'Assise, M. Arthur Loth, comparant la différence de citation du chapitre xxxiv, toujours d'après son manuscrit, en conclut qu'on peut croire le texte original de Vlmitation contemporain du Saint (1).

Qu'il vienne donc étudier les rapports de ce saint avec le B. Jean Gersen, et l'histoire de cette université de Verceil, dans laquelle ce dernier a enseigné les disciples de saint François, et alors la vérité n'aura plus à se voiler la face dans les plis de tel ou tel drapeau.

(1) Revue des QueBtions historiques, lâ73, 517.

Verceil était une station romaine sur la voie militaire de Milan à Aoste. On y a conservé quinze inscriptions romaines et plusieurs autres souvenirs de cette époque.

D'après les travaux de Cusano et de Mabillon, Tabbaye de St- Étienne de Verceil remonte au vi® siècle et se rattache au passage de saint Maur, disciple de saint Benoît, allant dans les Gaules. Elle était située hors la ville vers la porte actuelle de Casai.

A la demande d'Otgier, guerrier au service de Charlemagne, et devenu abbé de St-Faron près de Retz, elle fut unie avec plusieurs autres à cette dernière maison bénédictine, en 806.

Cette dépendance cessa après que Charles-le-Gros eut donné aux

évêques de Verceil le pouvoir temporel de la contrée. Ceux-ci le firent administrer par des avoués, Advocatiy par des vicomtes, Viscontiy d'où les noms de ces familles.

L'abbaye deSt-Étienne prêtait le principal concours à un Studiurriy appelé aussi Sapientia^ établi près de la maison capitulaire de Saint- Eusèbe. Cette école, devenue célèbre, publiait des travaux, entre autres, un dictionnaire littéraire, dédié à l'évêque Atton, qui contribua beaucoup au progrès de cette université naissante.

Malheureusement, son successeur Ingon faillit l'anéantir par une mauvaise administration dès 961.

L'empereur Otton, par diplôme du 1«^ novembre 1000, annula tous

ses actes ; et les évêques suivants la rétablirent dans son premier lustre. Innocent II, dans une bulle du l^^'mars 1142, constatait cette prospérité, et prenait Tabbaye sous sa

protection (1).

L'abbé Jean Scoto, d'une famille distinguée, qui a donné des juges, des consuls, des capitaines, des abbés, des chanoines à Verceil, est Tauteur d'une Concordance de TEcriture-Sainte et du droit canonique, que le cardinal Ferrari, évêque de Verceil, utilisa plus tard pour la correction et publication du décret de Gratien, sous Grégoire XIII.

Après lui François Ranzo donnait un commentaire des Décrétales, qui lui valait le surnonj de Glossateur Verceillais (2).

Jean Gersen lui succéda comme doctor in Decretts. Mais ce fut son cours de théologie mystique qui lui valut le surnom de Commentateur Verceillais de la part de Thomas Gallo ou le français, qui lui avait succédé dans la même chaire.

Il suffit de lire Y Imitation pour se convaincre que Jean Gersen donnait ses préférences à la théolo-

(1) Mandelli, Il eommuM di VercelU. CandtU, Vabbazia Ifenedeltina di S. Stefano.

&) Camille Metta, Délia controvereia Gerseniana^ p. 108.

gie ascétique. Et, parmi les titres que lui ont conservés les historiens, le plus fréquent, celui d'abbé Jean de Verceil ou simplement Vabbé de Verceily atteste que, comme supérieur du couvent bénédictin, Jean Gersen avait été Vabbé par excellence, parce qu'il avait laissé Vlmitationy le livre par excellence.

Les cours publics étaient trèsfréquentés. L'Université de Padoue y fut annexée en 1224. Le règlement de 1228 constate quatre rectories, celle des Français, Anglais et Normands, tenue alors par Adam de Canocle, celle des Teutons par Regnaud de Boxvil- 1ers et Henry de Stanz, celle des Provençaux, Espagnols et Catalans par Gaufrpd et celle des Ita" liens par Tarchevêque de Milan et Jacques d'Ivré,e. Les étudiants se distribuaient e.n 5iP0 pe^^sions au prix le plus éleyé de 19 livres de Pavie, et jouissaient de divers droits et privilégps pour pouvoir s'adonner aux études, à Tabri de topte autre sollicitude (1).

Pour retenir sous le frein de la discipline cette jeunesse cosmopolite et prévenir les divisions qui menaçaient de surgir entre les di-

(i)Qaboiii, Raccolta délie Ug§i, etc., vol

vers partis dans radministration de la commune de Verceil, Tabbé avait institué la Société laïque de St- Etienne sous la direction du monastère. Elle devint assez importante pour que son chef figurât avec le prévôt du chapitre de St- Eusèbe parmi les consuls de la cité, qui partageaient avec celui du peuple le pouvoir exécutif. Ils ne reconnaissaient au-dessus d'eux qu'un Podestà, qui avait sous sa main les jug€s civils et criminels (1), et qui finit par absorber le pouvoir, en 1240.

Mais les guerres entre les princes de cette partie de l'Italie allaient bientôt détruire les fruits de prospérité que Verceil recueillait du culte des sciences et des lettres.

Dès 1372, Galéas Visconti, seigneur de Verceil, avait dû étendre les fortifications de la ville, et le monastère de St-Étienne se trouva enclos dans les murs d'enceinte.

Ce voisinage de la soldatesque fut loin d'être favorable à la vie pacifique et studieuse du cloître. Les privilèges de l'Université reçurent aussi de graves atteintes , dès 1404 les cours ne purent être fré-

(1) Goffredo Gasalis. Vercelli, 257.

Monumenta hUt. patriœ, I, 1015.

quentés, et la ville devint presque déserte avec l'épidémie de 1410 (1).

Déjà en 1405, Louis de Savoie, prince d'Achaie et apanage du Piémont, avait reçu la soumission des Avogadro et autres grandes familles du Verceillais, ainsi que de plusieurs communes. A sa mort, en 1418, son apanage revint à Amédée VIII, qui acquit définitivement la seigneurie de Verceil de Philippe-Marie de Visconti, en 1427. Ce fut alors qu'il fit transporter à l'université fondée à Turin par Louis d'Achaie, en 1405, les droits et privilèges de celle de Verceil, qui était resté fermée, mais en laissant aux abbés de St- Étienne le titre de conservateur apostolique de ses droits et privilèges, en souvenir de la prépondérance que leurs prédécesseurs avaient eue dans celle de Verceil (2).

Nous donnons ici un tronçon de la liste des abbés de St-Étienne d'après Mgr Augustin Louis délia Ghiesa, dans sa chronologie des évêchés et abbayes du Piémont et de la Savoie, augmentée par Victor MandeUi, historien de Verceil

(1) MandeUi, /( commune di Vercelli, III.

(2) Duboln, Raecolta délie Leggi, yoI XTI.

Thomas Vallauri, Storia delleVniversità degli

studi del Piemonte, I.

et le p. Camille Mella. Les chiffres représentent 'les dates des actes qui se sont passés sous leur administration :

Aldon 1142

Hugon 1172

Opizzon 1173

Jean Scoto 1200

Robald Calcaneo.... 1206-1214

Jean Gersen 1220-1238

Pierre des Boudons . . 1240-1245

Ardizon 1275-1285

Simon 1288-1291

Guillaume Avogadro

de Quarègna 1308-1340

Simon Massarola des

Boudons 1344-1357

Guillaume, neveu du

précédent 1365-1375

Augustin 1381

Benoît des Bolgares . . 1391-1411

Pierre Salomon 1424-1432

Pierre de Lucinges en

Genevois 1432-1434

Perceval de Lucinges ^ 1436-1462

Le personnel du monastère avait considérablement diminué pour les causes que nous avons rappelées. A la mort de Perceval de Lucinges, Philippe de Lucinges en eut l'administration avec six religieux, et Tabbaye fut donnée en commande.

ABBÉS COMMENDATAlAES

Augustin Corradi de Lignana 1462

François Philibert de Savoie 1476

Il devint archevêque d'Auch en 1483, puis évéque de Genève en 1484.

Jean de Gompeys, évêque de Turin, dès 1469, puis de Genève en 1482, enfin archevêque de Tarentaise en 1484 1484

Jean Etienne Ferrèro, évêque de Verceil, cardinal, 1492

Léonard Grosso della Rovère^ évêque d'Agen, cardinal 15..

Urbain de Miolans, évêque nommé du nouveau diocèse de Chambéry, 1515, qui fut supprimé sur les instances de François I**", roi de France 1518

Boniface Ferrero, évêque de Verceil 1522

Augustin Ferrero, évêque de Verceil 1529

En l'absence de religieux, le pape Paul III, par bulle du 11 avril 1536, confia la desserte de leur église au chapitre de Saint-Jean-de-Latran, qui devait y tenir un prévôt et 14 chanoines, réduits à 8 en 1539.

Charles-Emmanuel I®"*, duc de conservé que le roi Charles-^Albert

Savoie, devant augmenter les fortifications, se mit d'accord avec Tabbé commendataire, Gui Ferrero, évêque de Verceil^ et obtint du pape Grégoire XIII une bulle du 15 mai 1581, qui transférait les chanoines de Latran au monastère de St-Just de Suse. Les biens de l'abbaye avec les charges d'une école secondaire étaient attribués aux Jésuites, étabhs là dès 1578. On rasa ensuite le monastère et l'église, dont le titre fut transféré à une petite église, dite aussi de St-Étienne dans la Cité, parce que le monastère dont elle dépendait, était autrefois hors ville.

C'est probablement à l'occasion de l'une de ces translations que le portrait de l'abbé Jean Gersen fut transporté à Turin comme celui d'une célébrité de l'abbaye supprimée. On peut le voir encore au musée de cette ville.

Cette petite église, située près Sainte-Marie-Majeure, se trouvant ruinée, l'abbé commendataire en fit faire une près de la porte qui ouvre la route de Turin, appelée pour cela St-Étienne délia Strada. Elle fut vendue en 1805. Toutefois on avait conservé quelques terres de Tantique abbaye, et c'est sur ce reste

rétablit en 1841 le titre abbatial, qui s'éteindra à la mort du dernier titulaire, en vertu de la loi du 25 mai 1855 (1).

En face de cette extinction prochaine d'un titre qui n'est plus lui-même que l'ombre nominale d'un établissement complètement détruit, les VerceiDais n'ont pas voulu laisser tomber dans l'oubli un passé aussi glorieux. Et, si Cavaglià a donné le jour à l'immortel auteur de Vlmitatioriy c'est dans le monastère de St-Étienne de Verceil que ce livre inimitable a été composé. C'est le seul monument impérissable qui en reste; et il suffirait à lui seul pour illustrer à jamais la ville de Verceil (2).

Mais il y a un devoir de reconnaissance pour les compatriotes de son saint auteur de perpétuer le souvenir local de cette œuvre.

Déjà la rue qui de l'église de Cavaglià va dans la projection des ruines du couvent où le pieux bénédictin fit son noviciat, porte le nom de Jean Gersen. Il sera donné également à la rue qui de l'ancienne cité de Verceil tend vers

(1) GanetUi L'abbazia benêdittina di S, Stefano.

(-2) Blancbet, Le monument du Bienheureux Jean Gersen à Cavaglih, Ivrée, 1875,

l'endroit où existait le célèbre monastère de Sf-Étienne^ dont l'auteur de V Imitation a été la plus grande illustration.

Ce n'est pas assez. Il faut que ce glorieux souvenir se traduise par un monument national, dont le marbre transmette aux générations futures, comme celui de Cavaglià, le nom désormais certain de celui à qui Dieu a inspiré l'œuvre sublime, dont saint François de Sales disait : « Ce livre est tout d'or. C'est un élixir et un consommé de l'Evangile (1). »

On se rappelle la bénédiction apostolique que le Souverain Pontife envoya à toute l'assistance, le jour de l'inauguration du monument de Cavaglià, le 28 octobre

Lorsque le projet du monument ù élever à Verceil fut présenté à Pie IX, Sa Sainteté voulut bien écrire de sa main au bas de la supplique : Benedicat De us vos et opéra manuum vestraruniy die 22 februarii 1875, Pius P. P.

IX (i).

Le P. Camille Mella a eu l'obligeance de m'envoyer une gravure représentant la miniature du manuscrit de Cava, et l'abbé A.

Blanchet, le dessin du monument de Cavaglià, dont j'ai donné la description au commencement, et, tout dernièrement encore, un moulage en plâtre reproduisant de grandeur naturelle le médaillon de ce monument, qui est calqué sur

l'image miniaturée du manuscrit de Cava.

Le copiste de ce manuscrit, du XIV® siècle, en formant la lettre initiale du texte du premier verset, s'est évidemment inspiré des souvenirs de sainteté de l'auteur de V Imitation. Il l'a figuré en miniature dans la panse de la lettre, A toute la hauteur du buste, et tenant des deux mains contre son

(!) Le Camus, Enprit de saint François de (1) Circulaire du Comité de Vereeil pour i^ $ales, YUy vu, souscription au monument de Jean Gersen,

cœur une croix, que vient de lui remettre la main droite du Christ, marquée de la plaie du crucifiement et entourée d'un léger nuage. La figure angélique du bénédictin noir est absorbée dans cette contemplation, et semble répondre : Suscepi de manu tua crucem; portabo usque ad mortem^ etc. III, Lvi. C'est l'histoire de cette apparition, dont le souvenir a dû être conservé sur quelque monument de rOrdre, non loin de Verceil, et que le copiste a voulu reproduire. Cette conjecture s'appuie de l'origine lombarde des nombreux manuscrits de l'abbaye bénédictine de Cava près Salerne.

Il est regrettable que ce précieux spécimen ait été séparé de son fonds, qui aurait pu mettre sur la voie du fait signalé (1). Nous avons cru être agréable aux lecteurs en le faisant reproduire dans la photographie qui est en tête de cet opuscule.

\J Imitation a versé le baume des consolations dans bien des cœurs affligés. Elle a éclairé des intelligences distinguées, qu'un enseignement hostile et l'entraîne -

(1) Porté à Paris pour le congrès de 1671 ; comme les autres, ce manuscrit n'a jamais été restitué, et se trouve classé à la bibliothèque nationale sous le n» 1555 fris.

ment des circonstances avaient dévoyées (1). Elle a puissamment contribué à la sanctification de beaucoup d'âmes. Ce ne peut être que

l'œuvre d'un saint. L'auteur Jean Gersen a reçu dans les documents que nous avons cités les qualifications de serviteur de Dieu, de vénérable, de bienheureux et même de saint, parce que c'était l'opinion publique. Encore aujourd'hui on cueille religieusement des fleurs dans les ruines de l'abbaye de Cavaglià, où San ôiovanni Gersen a fait son noviciat, comme on le pratique à Annecy dans le jardin de la Maison de la Galerie, où saint François de Sales avait installé le premier Institut de la Visitation .

On invoque le B. Jean Gersen avec un plein succès pour des malades désespérés et condamnés par les médecins. Nous ne connaissons pas les faits qui ont motivé la réputation de sainteté dont il jouissait dans les siècles précédents. Mais nous pourrions en citer plusieurs de cette année 1876, qui sont de notoriété publique à Cavaglià. Les eœ-voto de la Chapelle du monument en sont un

(]} Bernardi, Discorso inaugurandosi una

lapide monumentale à Giovanni Gersen, 1874 ^

témoignage authentique (1). Et, comme c'est bien à Fauteur de Vlmitation qu'on s'adresse, il est évident que le Ciel intervient dans la question que nous avons soutenue. Nous avons hâte d'ajouter que la valeur hagiologique de ces faveurs et les qualifications données à celui par l'intercession duquel on les obtient, sont du

(1) Correspondance de M. Blanebet et de H.

Vella, prévôt de Gavaglià.

ressort exclusif des jugements de l'Église.

Nous n'avons donc qu'un vœu à exprimer^ c'est que l'on instruise la cause de son culte. Ce sera le couronnement des actes que nous avons rapportés de Paul IV, d'Innocent XI, de Pie Vil, de Grégoire XIII et des œuvres qu'a bénies l'immortel Pie IX.

EIIRATA.

Page S Colonne i Lignô 18, ajoutez : Mgr.

— 3 — 1 — 3, da, lisez : de.

— 13 — 1 — 8, Deniao, lisez : Denina.

- 14 — 1 — 19, du manuscrit, lisez : des manuscrits.

— 15 — 2—21, les, lisez: des.

— 22 — 1—15, Gersen, lisez : Gerson.

— 28 — 2—30, (1), lisez : (2).

— 28 — 2—36, (1), lisez : i2).

— 30 — 1—20, accentuées, lisez : accentués.

— 30 — 2 — 9, par, lisez : pour.

•^60 — 2 — 5, Gersénistes, lisez: Gersonistes.

Pages

Avant-propos v

I La fête de Cavaglià 1

II Les candidats et leurs titres 4

III Le décret de la Propagande et les congrès de Paris 9

IV Le manuscrit de Advocatis, les paléographes et les Académies... 44 V L'école gersoniste et les Académies 19

VI Arthur Lolh et Windesheim Î5

VII Chronomètres historiques, date inférieure S9

VIII Date supérieure. Saint François d'Assise et les œuvres de Gersen 34

IX Synchronismes. Citations de V Imitation aux xiii® et xiv® siècles. . 40

X Jean Gersen, les copies, les traductions et les incunables 45

XI Les manuscrits et Thomas à Kempis 51

XII Les manuscrits et le chancelier de Gerson 56

XIII L'abbaye de St-Étienne et l'Université de Verceil 63

Conclusion 68

•■WP^

Page 1