ANCIENNE IMPRIMERIE CH. BURDET
J. NIÉRAT ET C'% SUCCESSEURS
L'accueil fait aux quelques pages tirées de la Revue savoisienne sur Y Auteur de l' Imitation^ m'engageait à donner un travail plus étendu. Je le commençai en déférant à la demande de reproduire ma première brochure dans V Union savoisienne. Pendant cette publication, je reçus de M. Tabbé Blanchet plusieurs brochures italiennes, publiées à l'occasion de la fête de Cavaglià ; du P. Zozime, de Chambéry, une collection du Journal de Florence^ qui avait traité la même question, et enfin du P. Camille Mella, Jésuite, de Verceil, son ouvrage Délia controversia Gerseniana, le plus approfondi que j'aie pu voir sur cette question et que je regrette de n'avoir pas connu avant de commencer.
L'opuscule que j'offre au public n'est donc pas la suite régulière des articles qui ont paru dans V Union savoisienne, et dont plusieurs ont été modifiés. C'est, en réalité, une troisième édition plus développée.
La gloire du Traité de l'Imitation a été revendiquée pour plusieurs contrées, dont quelques partisans ont poussé l'esprit de rivalité jusqu'au ridicule.
Placé dans une région adossée à une partie centrale des Alpes, et qui, à cause de cette situation, a subi diverses dominations, nous nous sommes trouvé néanmoins dans une parfaite indépendance de sentiments. Car nos origines nationales ne relèvent ni de la France, ni du Piémont, encore moins de la Hollande ou de la Bavière.
Nous n'avons aucun intérêt de caste ni de clocher dans cette question.
Aussi n'avons-nous cherché que la vérité, et nous l'avons affirmée avec l'assurance que donne une conviction raisonnée. Nous n'avons pas craint même de stigmatiser certains travers, qui ne peuvent s'expliquer que par les illusions de l'amour-propre national.
La cause paraît finie. Rome et la science ont été d'accord, comme toujours. Il ne reste plus qu'aux nouveaux éditeurs de Vlmitation à sortir de la routine et à ne pas fermer les yeux à la lumière.
Je n'ajouterai que quelques observations relatives aux pages 5, 23 et 24 de cet opuscule.
La tradition locale qui fait naître Jean Gersen ai campi cli Cavagliày a trop d'autorité pour qu'on puisse s'en écarter. C'est pourquoi nous n'avons pas discuté si le nom de Canahacam, qu'on lit dans le manuscrit d' AUacci-Biscia , représente une métathèse, assez commune d'ailleurs, comme on la trouve ici dans Gebenna pour Genaca ou Jaaoba ; et si, en conséquence, la variante Cabanacuni pourrait mieux convenir à Cavagnago dans la Levantine, où il n'y a pas de tradition, qu'à Cavaglià, où elle est consistante. Entre la Doire et le Tessin, on rencontre une dizaine de noms de localités, dont le radi^
Wi
cal celtique Cabal ou Canval concorde parfaitement avec rét3nnologie grecque d' Yporédia^ Yvrée, donnée par Pline, Hist. nat. III. xvii.
D'après le P. Mella, l'apprécia tion de M. Philarète Chasles remonterait à vingt ans plus tôt et serait contemporaine de celles de Guérard et de Dégerando. Je n'ai pu vérifier. Mais son témoignage n'en serait que plus précieux.
Tout en tenant pour la Haute Italie contre les Gersonistes et les Kempistes, M. Gibrario s'est fourvoyé sur le nom de Jean Gerso, hospitalier de saint Antoine du xn® siècle. Mais, à la dernière date connue de ce personnage, 1194, il n'aurait pu citer saint François d'Assise, qui n'avait alors que douze ans, et dont la parole n'a pu obtenir de l'autorité que depuis l'approbation de son Institut, en
1215. C'est ce qu'ont démontré Mgr Bernardi, Discorso inaugu^
randosi una lapide monumentale à Giovanni Gersen ; et le P. C. Mella, Délia controv. Gers., p. 200.
p. s. aux pages 35, 49 à 50.
Deux journaux italiens, la Metropoli Eusebiana^ de Verceil, du 10 juin, et VEmporio popolare, de Turin, du 14 juin 1876, nous annoncent les découvertes précieuses faites dans la bibliothèque de l'université de Padoue par le P.
Claude Buzoni, du monastère de Mont-Gassin, berceau de Tordre de St-Benoît, où ont commencé et se continuent encore les travaux paléographiques des Bénédictins avec une richesse et une perfection que j'ai eu l'avantage d'admirer en 1867.
C'est d'abord un codex de V Imitation de 135 pages in-16, protégé par deux plaques de bois recouvertes de peau. Le caractère du texte est roman de la seconde moitié du xni® siècle, selon les principes établis par M. Cossa
pour cette partie de l'Italie. L'/ n'est jamais pointé. Il y a beaucoup d'abréviations régulières. Les titres des chapitres et les lettres initiales sont en rouge. La distribution et la numération des chapitres est conforme au manuscrit de Advocatis, dont celui-ci est contemporain.
Sur le parchemin auquel se rat-tache la couture des feuilles on lit :
Johajinis Gersen de Imitation r Ckristi, A la première page du texte : Joannis Gersen. Incipit libellas de Imitation e C/iristi, etc.
Le nom de l'auteur est en caractères de transition du roman au gothique, d'une encre un peu plus noire que celle du texte, et il paraît avoir été ajouté à la fin du xni® siècle ou, au plus tard, au commencement du .^iv®, aussi bien
qu'une note marginale indiquant ([ue les Bénédictins de Ste-Justine de Padoue avaient destiné ce volume à leurs confrères de Saint- Georges-Majeur à Venise , d'où il est rentré à Padoue.
Cette coïncidence confirme ce que nous avons avancé, page 47, n savoir que l'inscription du nom de l'auteur, qui semblait inutile à Verceil et aux environs, où il était parfaitement connu, devenait nécessaire à mesure que les copies de l'ouvrage s'éloignaient du lieu de leur origine.
Ce manuscrit réunit à lui seul l'autorité de celui do Advocatis pour l'âge, et celle des manuscrits d'Arona et de Bobbio pour l'épo- (jue de l'inscription nominale.
Le second manuscrit trouvé donne la plus ancienne traduction de VInutation en dialecte lombard.
Le cai'aclère est de transition du roman au jrothique, de la fin du
x\\V au commencement du xiv® siècle. Les lettres initiales sontminiaturées en émaux. Il v a aussi beaucoup d'abréviations. Les / ne sont pas ponctués. La numération des chapitres est conforme au manuscrit de Advocatis,
L'union de l'université de Padoue à celle de Verceil au xni^ siècle, et le rétablissement de la première lors du transfert de la seconde à Turin , expliquent la conformité de ces deux manuscrits à ceux d'origine Verceillaise , et leur témoignage vient corroborer la thèse que nous avons établie d'ailleurs en toute évidence, c'està-dire, la paternité historique de Jean Gersen au xm® siècle à Verceil , et couséquemment l'exclusion non seulement de Gerson et de Thomas de Kempen, mais d'un auteur quelconque du xiv« siècle à Windesheim en Hollande.
L'A.UTEXJR
DU
Entre les bassins de la Doria et de rElvo,etles anciennes seigneuries d'Ivrée et de Verceil, un ensemble de plateaux encadrent le petit lac de Viverone. Au flanc sud-est, à Textrémité de la colline de la Serra, qui sépare les arrondissements d'Ivrée et de Biella, s'étale le gros bourg de Cavaglia, autrefois Cabanaco ou Canabaco.
Le 28 octobre 1874, il avait re-
vêtu ses plus beaux habits de fête, et voyait accourir dans ses places et ses rues près de dix mille personnes, parmi lesquelles Mgr Fissore, archevêque de Verceil, NN.
SS. Moreno, évêque d'Ivrée, Mascaretti de Suze, Salvai d'Alexandrie, Léto de Bielle, Garga, auxiliaire de Novare, un clergé nombreux, les membres des familles les plus distinguées de ces con-
Irées, des représentants de Ja magistrature , du barreau , de l'administration, de l'armée, de l'instruction publique, de la presse, etc. reçus au milieu des démonstrationsles plus sympatiques, carillon des cloches, détonations des boîtes, feux et musique duSO"^® de ligne en garnison à Ivrée, et venu aussi pour la solennité.
Il manquait à la fête d'abord Mgr Losanna, mort depuis peu, évoque de Bielle et l'un des premiers promoteurs de l'œuvre avec Mgr Moreno, Mgr Rinaldi, évêque de Pignerol, autre promoteur, Mgr Calabiana, archevêque de Milan, Gastaldi, archevêque de Turin, qui se sont fait excuser à cause de leurs occupations, aussi bien que M. Bonghi, ministre de l'Instruction publique, le savant Frédéric Sclopis, l'historien César Cantù, dont les réponses à l'invitation témoignaient d'une chaleureuse sympathie pour cette œuvre nationale.
Ce dernier, en s'excusant sur sa vieillesse, dit qu'il s'unira d'intention à Cavaglià par la prière et par la lecture d'un chapitre de plus de r//nfYa^fOAi^qu'illit chaque jour (1).
(1) CMci nous rappelle le lejçs fait par J.-François Hucis, ae l'Académie française, d'une jolie édition de YJmitation, « mon livre de tous les jours. »
Après la grand'messe célébrée solennellement dans la somptueuse église de Cavaglià par Mgr Moreno, doyen de Tépiscopat piémontais, le clergé se dirigea vers la chapelle du fond; l'archevêque de Verceil et les évêques d'Ivréa et de Bielle levèrent le voile qui couvrait un monument; un frisson d'indicible émotion saisit l'assistance.
Ce monument, en marbre de Carrare, revêt la forme d'une stèle funéraire surmontée d'un pignon triangulaire à oreillettes. Le tympan porte les armes de Cavaglià.
La face est remplie au sommet par un médaillon représentant en hautrelief le buste de Jean Gersen, tenant une croix; au-dessous on lit cette inscription, composée par l'illustre professeur de l'Université de Turin, Thomas Vallauri :
lOANNI GERSEN
CABALLIACENCES
POPVLARI SVO IMMORTALI
HONORIS CAVSA P.P.
AN. MDCCCLXXIIII.
C'est-à-dire en français : Icii habitants de Cavaglià ont élorr ce monument pour honorer leur immortel compatriote Jean Gersen, Van 1874.
Au bas est représenté un livre,
sur lequel on lit : de imitatiône