S I. LE PENTATEUQUE A ÉTÉ ÉCRIT
PAU UN AUTEUR QUI ÉTAIT TUÉS AU COURANT DES CHOSES d'égypte
Bien que l'auteur du Pentateuque n'ait emprunté aux annales de l'Egypte aucun des grands noms des Pharaons, qu'ont révélés les découvertes égvptologiqucs, bien
que son histoire d'Israël ne présente avec celle d'Egypte telle qu'elle est aujourd'hui connue, d'autre synchronisme que le nom de la ville de Ramessès, qui indique le règne d'un Ramscs, cependant ce récit, quand il traite des choses égyptiennes,. non seulement n'est pas en opposition flagrante avec nos connaissances renouvelées sur le pays des Pharaons, mais, au contraire, est merveilleusement d'accord avec les laits et les institutions, manifestés par les monuments égyptiens. Cette coïncidence a été justement mise en lumière par les apologistes modernes en vue de prouver l'authenticité et la vérité des récils du Pentateuque. M. Yigouroux l'a fait notamment pour tous les événements du Pentateuque, qui ont rapport à l'Egypte, pour le séjour d'Ahraham en ce pays ', pour l'histoire de Joseph, le séjour des Israélites en Egypte, leur oppression et leur exode -. Les plaies d'Egypte sont conformes aux phénomènes naturels de la contrée et sont des maux propres au pays. Cet argument, il est vrai, prouve seulement l'exactitude et la vraisemblance des faits racontés ; il ne prouve directement rien au sujet de la personne de l'écrivain et de l'époque de son existence, car un historien postérieur aux événements pouvait avoir des renseignements exacts sur l'histoire qu'il raconte. Les critiques reconnaissent que l'écrivain dit élohiste était bien renseigné sur l'Egypte, et cet aveu ne les empêche pas de rapporter son récit à une date relativement récente. Pour que les connaissances égvptologlques de l'auteur
1. La Bible et les découvertes modernes, ù' édit., Paris, i8yG, t. i, p. /,53-.',8o.
2. /6i(/, , t. II, p. i-ZiSg. Cf. Dictionnaire de la Bible, art. Echanson, t. II, col. i558-i559; Gessen, t. m, col. ai8-32i; Joseph, col. 1G57- 16C9.
du Pcnlalcuquc puissent êlrc Invoquées en laveur de l'authenticité mosaïque de ce livre, il faut montrer qu'elles répondent à l'époque même des événements et pas à une autre date. Or des spécialistes ont constaté que l'Egypte, telle qu'elle est décrite dans l'histoire de Joseph, du séjour des Israélites et de leur exode, est l'Egypte du xv" siècle avant notre ère. Ils en ont conclu que le récit avait été rédigé peu après les événements et à l'époque où le souvenir des faits était encore récent. Ce qui est dit de l'état du pays, des principales villes de la frontière, de la composition de l'armée, est vrai de l'époque des Ramsès; il ne le serait pas du règne des Pharaons, contemporains de Salomon et des prophètes. En effet, les livres dits du milieu du Penlaleuque retracent l'état de l'Egypte, non pas tel qu'il était à la fin de l'époque des rois de Juda, mais tel qu'il était bien auparavant. L'Egypte y est décrite comme un royaume unique, placé sous le gouvernement d'un seul roi, et non pas morcelée en douze petits Etats, mentionnés par Isaïe, xix, a. Les noms des villes appartiennent au l'ègne de Ramsès et aux âges antérieurs. On y parle de Ramessès, Exod., i, 1 1, et deZoar, Gen., xni, lO. 11 n'est question ni de Migdol ni de Taphnès, et on ne trouve aucun exemple des noms sémitiques qui furent usités sous la dynastie hubastite, contemporaine de Salomon. L'armée égyptienne, formée de chars de guerre, Exod., XIV, 7, ne comptait pas encore de mercenaires étrangers, pareils aux Lubim qui en faisaient partie plus tard. Les relations de l'Egypte avec les pays étrangers supposent une époque ancienne. Il n'est parlé ni du royaume d'Ethiopie qui dominait l'Egypte sous le règne d'É/,échias, ni du premier empire assyrien qui brilla un moment à la chute de l'empire égyptien.
Cet accord entre le Pentalcuquc et les anciens documents égyptiens est certainement favorable à la thèse de l'authenticité mosaïque, d'autant plus qu'il existe dans les passages dits jéhovistcs aussi bien que dans les passages élohistes '.
Les critiques qui attribuent au seul écrivain élohiste cette connaissance spéciale de l'Egypte, puisqu'il nomme Putiphar, Séphora et Pliua, les sages-femmes égyptiennes, et qu'il a conservé cjuclques mots égyptiens, abrek ^, le nom égvpticn de Joseph, le nom de sa femme, Aseneth ^, ont prétendu fixer par là l'âge du document. Sleindorff avait rapporté le nom de Joseph, Gen., xli, 45, à des formules usitées seulement au début de la XXII° dynastie et à l'époque saïtc. Paul de Lagarde avait soutenu que les noms de Neith et de Petoprc appartenaient aussi à la même période. 11 en avait conclu que l'élohistc était contemporain de la seconde dynastie saïte et avait connu l'Egypte de cette époque. M. Naville a renversé ce fragile échafaudage'' et les critiques n'ont pas adopté les conclusions aventureuses de Lagarde. Ils en sont réduits à des suppositions sur la manière dont l'élohiste aurait été si bien renseigné sur les choses égvpticnnes. Ils l'attribuent gratuitement à la tradition populaire, fixée à l'époque où le royaume d'Israël avait été en relations avec l'Egypte. Mais ils ne rendent pas compte de la correspondance de ces renseignements avec l'ancienne situation de l'Egypte, à moins de supposer que cette tradition consei'vée par
1. Cf. R. S. Poole, Ancicnt Eijypt, dans la Conlcmporary Review, mars 1879, p. 757-759-