‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 3 sur 166 · II. Utrum Mosaica authcntia II. L'authenticité mosaïque · texte numérisé non relu

II. Utrum Mosaica authcntia II. L'authenticité mosaïque

Pentateuchi talem necessario du Pentateuque exige-t-elle

postulet redactioncm totius nécessairement la rédaction de

operis, ut prorsus tenenduni l'ouvrage entier telle qu'il faille

sit INloysen omnia et singula tenir que Moïse a écrit de sa

manu sua scripsisse vel amanu- main ou dicté à des copistes

ensibus dictasse ; an etiam co- tous et chacun des détails ; ou

rum hypotbesis permilti possit bien peut-on permettre l'hypo-

qui existimant eum opus ipsum thèse de ceux qui estiment qu'il

a se sub divinac inspirationis a confié à un ou plusieurs se-

afflatu conceptum alteri vel plu- crétaires le soin d'écrire l'œuvre

ribus scribendum commisisse, elle-même, conçue par lui sous

ita tamen ut sensa sua fidelitcr le souffle de l'inspiration divine,

redderent, nihil contra usam de façon toutefois que ces se-

voluntalcm scriberent, nihil crétaires rendent fidèlement ses

omittcrent ; ac tandem opus pensées, n'écrivent et n'omettent

hac ratione confectum, ab eo- rien contrairement à sa volonté,

dem Moyse principe inspi- et qu'enfin l'ouvrage ainsi com-

raloque auclore prolatum, posé, approuvé par Moïse son

ipsiiismet nomine vulgaretur? principal auteur inspiré, soit

publié sous son propre nom?

Resp.Negativeadprimampar- Rép. Non à la première par-

tem, affirmative ad secundam. tie, oui à la seconde.

III. Utrum absque praejudicio Mosaicae authentiae PenlateuchiconcedipossitMoysen ad suum conficiendum opus fontes adhibuisse, scripta videlicet documenta vel orales traditiones, ex qiiibus, secundum peculiarem scopum sibi propositum et sub divinae inspirationis afflatu, nonnulla hauserit eaque ad verbum vel quoad sententiam, contracta vel amplificata, ipsi operi inseruerit?

Resp. Affirmative.

IV. Utrum, salva substantlaliter Mosaica authenlia et integritate Pentateuchi, admitti possit tam Ion go saeculorum decursu nonnullas ei modificationes obvenisse, uti : additamenta post Moysi mortem vel ab auctore inspirato apposita, vel glossas et explicationes textui interjectas, vocabula quaedam et formas serraone anliquato in sermonem recentiorem translatas ; mendosas demum lecliones vitio amanuensium adscribendas, de quibus fas sit ad normas artis crilicae disquircre et jiidicare?

Resp. Affirmative, salvo Ecclesiae judicio.

III. Peut-on, sans préjudice pour l'aulbcnlicité mosaïque du Pentateuque, concéder que Moïse, pour composer son œuvre, s'est servi de sources, documents écrits ou traditions orales, desquelles, conformément au but particulier qu'il se proposait, et sous le souffle de l'inspiration divine, il a tiré plusieurs parties, qu'il a insérées dans son œuvre propre, mot à mot ou quant au sens, résumées ou amplifiées.'*

Rép. Oui.

IV. L'authenticité mosaïque et l'intégrité du Pentate\ique étant sauvegardées quant à la substance, peut-on admettre que dans un si long cours des siècles quelques modifications s'y soient produites, comme par exemple des additions faites après la mort de Moïse mais par un auteur inspiré, ou des gloses et des explications insérées dans le texte; certains mots et des formes de discours traduits d'un style vieilli en un style plus moderne ; enfin des leçons fautives, dues à la maladresse des copistes, qu'il soit permis de rechercher et de fixer d'après les règles de la critique ?

Rép. Oui, sauf le jugement de l'Église.

Die aulcm 27 junii an. 1906, Le 27 juin 1906, à l'audience

in Audienlia R"'* Consultori- bienveillamment accordée aux

bus ab Aclis bénigne concassa Consulteurs secrétaires, le Saint-

Sanctissimus praedicta Res- Père a approuvé les Réponses

ponsa adprobavit ac publici susdites et a ordonné de les

juris fieri niandavit. publier.

FULCRANUS G.VIGOLROUX, P. S. S. FLLCn.VNG. VIGOLROUX, P. S. S.

LAURE>TIUS JANSSEKS, O.S.B. LAURENT JASSSENS, O. S. B.

Consultores ab Actis. ConsuUears secrétaires.

Cette décision prise le 27 juin 1906 parla Commission biblique au sujet de l'authenticité mosaïque du Pentateuque aura un grand retentissement. Après un long et mûr examen des arguments accumulés depuis plus d'un siècle par les critiques contre cette authenticité, les membres de la Commission, chargée par le souverain pontife de promouvoir les études bibliques, maintiennent la thèse traditionnelle et déclarent que les nombreuses objections des adversaires ne contrebalancent pas les preuves, invoquées ordinairement en faveur de l'origine mosaïque du Pentateuque. Ce jugement ne provoquera probablement sur les lèvres des critiques indépendants que sourire de dédain ou sarcasme de mépris. Il n'entraînera peut-être pas, par lui seul, la conviction des catholiques qui avaient adopté, totalement ou partiellement, les conclusions de la critique moderne. S'ils sont habitués à rechercher la solution des problèmes exégétiques par leurs propres efforts plutôt que de

la recevoir par voie d'autorité, ils se rappelleront que la décision de la Commission romaine, approuvée par le pape et publiée par son ordre, procède de leurs pairs, sinon de leurs maîtres. Persuadés qu'elle n'a pas été prise à l'aveugle ou sans compétence, ils reprendront sincèrement l'examen de ce grave sujet, et nous espérons qu'après de nouvelles études, ils changeront d'avis et reviendront à l'enseignement traditionnel, qui leur avait paru trop fortement battu en brèche par les assauts réitérés de l'ennemi. Les esprits hésitants seront fortifiés dans leurs convictions ébranlées; ils se rallieront sans arrière-pensée à un sentiment qu'ils savaient combattu, mais qu'ils sauront désormais solidement appuyé par des arguments sérieux et par l'autorité ecclésiastique. Les exégètes conservateurs, qui avaient fidèlement suivi la ligne de la tradition catholique, trouveront dans cette décision une puissante confirmation à la thèse traditionneUe, dont ils étaient demeurés les champions avisés, et ils emploieront, avec une ardeur et une confiance renouvelées, leurs forces vives à faire valoir les arguments favorables à l'authenticité mosaïque et à réfuter victorieusement les objections des adversaires. Plus que jamais ce sera leur rôle de soutenir, sans bravade vaine, mais avec vigueur et une compétence indéniable, la lutte qui continuera sans trêve ni merci contre l'authenticité mosaïque du Pentateuque.

Bref, si la décision portée le 27 juin 1906 enraye les progrès de la critique, il ne s'agit que de la critique destructive et indépendante de la tradition. Elle a été prise dans ce but, et il faut franchement reconnaître là sa raison d'être. Mais elle ouvre des voies nouvelles à l'exégèse conservatrice. Elle ne se borne pas à maintenir l'authenticité mosaïque du Pentateuque : elle indique dans quel sens on peut entendre cette authenticité. Si, ici encore, elle exclut toute explication qui refuserait à Moïse la composition réelle et entière du Penlateuque, elle admet comme légitimes des hypothèses qui supposent le recours à des documents antérieurs, l'emploi de secrétaires, et des additions, ou modifications de diverse nature, opérées dans le Pentateuque postérieurement à l'époque mosaïque. Ces hypothèses, bien comprises et largement appliquées sous le contrôle bienveillant de l'autorité ecclésiastique, rendent raison de beaucoup d'arguments qui servent d'étais aux systèmes imaginés par les critiques indépendants pour ruiner l'authenticité mosaïque du Pentateuque.

Les exégètes conservateurs sauront, moins timidement que parle passé, en faire un usage, officiellement reconnu légitime, sans craindre de passer, aux yeux des intransigeants de droite, pour des esprits hardis et aventureux. C'est dans cette voie qu'est, pour l'exégèse catholique, le véritable progrès, celui qui se fait.

non à rencontre de la tradition, mais ineodem sensu ■ eademqiie sentent la.

Afin de travailler, pour notre modeste part, à ce progrès que nous recherchons, nous voudrions publier comme une sorte de commentaire de la décision sur l'authenticité mosaïque du Pentateuque. L'ordre des proportions nous empêche seul de suivre, pas à pas, le texte des réponses données. Toutes n'exigent pas les mêmes développements, et la première réponse, concernant le fait de cette authenticité, est bien plus importante que les trois autres, qui en expliquent la nature. Notre attention se portera donc tout spécialement sur la première réponse, et comme elle oppose les argumenta a criticis congesta aux preuves de la thèse traditionnelle, nous exposerons assez longuement les uns et les autres. Notre étude comprendra quatre parties. La première sera consacrée à l'exposé des systèmes contraires à l'authenticité mosaïque. Cet exposé développé et systématique n'a pas été fait encore en langue française, au moins par la plume d'un catholique. Beaucoup de prêtres nous l'avaient demandé. Ils avaient entendu si souvent parler des documents élohiste, jéhoviste, deutéronomiste et sacerdotal que, ne pouvant pas eux-mêmes se rendre un compte exact de ce que signifiaient ces noms, ils désiraient vivement en être informés, non pas sans doute pour accepter les vues des critiques, mais seulement pour en être mieux

renseignés et connaître les systèmes qu'on opposait à la thèse traditionnelle. Cet exposé était rédigé avant la publication de la récente décision. Il sera utile même après la décision rendue, car cette décision ne résoud pas les difficultés. Il est impossible, en effet, de réfuter sérieusement les systèmes adverses, si on ne les connaît pas à fond. Il ne suffit pas d'en avoir une idée vague et par à peu près ; il faut suivre l'adversaire dans tous ses retranchements et le poursuivre sur son propre terrain. On ne le fera avec succès que si, au préalable, on a bien exploré ce terrain et si on en a examiné les moindres plis. Quelques-uns trouveront peut-être que cet exposé est fait avec trop de complaisance et une sorte d'adhésion tacite. Ce serait pure calomnie. Nous indiquerons simplement l'objection, en toute sincérité, telle qu'elle est réellement, dans toute sa crudité, sans l'atténuer, la pallier ou la cacher. Le rôle de l'autruche, qui ne craint plus l'ennemi parce qu'elle ne le voit plus, nous a toujours paru ridicule. Mais il est bien entendu, et nous en faisons la déclaration la plus formelle, nous ne serons en tout cela qu'un rapporteur, fidèle, il est vrai, autant du moins qu'il nous sera donné de l'être, mais un rapporteur seulement, qui n'adopte pas pour son compte toutes les pensées d'autrui qu'il relate, et qui, au contraire, les réprouve formellement. Il nous semble enfin qu'il est bon qu'on ne puisse légitimement

taxer d'ignorance les partisans de l'authenticité mosaïque du Pentateuque. D'ailleurs, l'étude approfondie des systèmes critiques et de leurs contradictions ne peut que confirmer la vérité de la thèse traditionnelle. La seconde partie contiendra l'exposition des preuves de la thèse traditionnelle. Nous suivrons naturellement l'ordre indiqué dans le premier dubiiim, soumis à la Commission biblique. Nous n'avons pas la prétention d'être le porte-parole autorisé de la Commission. Nous agissons sans mission, de notre propre mouvement et avec nos seules lumières. Nous ne donnerons même pas à toutes les preuves, par exemple aux critères internes, pas plus qu'à la réfutation des arguments contraires, tous les développements que ces matières comporteraient. Nous ne nous sommes pas proposé de faire une réfutation en règle des systèmes critiques. Il nous eût fallu un plus grand nombre de pages. Nous serions suffisamment satisfait, si notre travail, tout sommaire qu'il est sur ce point, pouvait néanmoins servir d'utile indication à tous les lecteurs. Du reste, ceux qui prendraient la peine de contrôler les nombreuses références que nous avons données, constateraient souvent combien peu elles justifient les conclusions qu'on en déduit. La Commission biblique s'est abstenue, à dessein, semble-t-il, de donner aucune note théologique à la thèse traditionnelle de l'authenticité mosaïque qu'elle soutient et reven-

(lique. Dans une troisième partie, nous chercherons à déterminer nous-meme quelle noté cette thèse mérite. Nous conclurons qu'elle n'est pas définie ni de foi catholique ni de foi divine, mais que, à supposer même qu'elle ne soit pas théologiquement certaine, elle est cependant si nettement enseignée par la tradition catholique qu'il y aurait témérité à la nier. Cette conclusion nous paraît résulter clairement de l'opposition des thèses contradictoires, telle qu'elle est faite dans le premier diihiam. Une quatrième partie, plus courte, traitera de la nature de cette authenticité mosaïque. Nous nous bornerons ici à quelques indications sur un sujet, qui est, nous l'avons déjà dit, largement ouvert aux investigations des catholiques et qui devra être traité à l'avenir avec plus de liberté que jamais, salvo Ecclesise judicio .

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