‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 54 sur 166 · II · texte numérisé non relu

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vi-xi. Le contenu législalit" du livre retrouvé est désigné par les termes ï^'^^jC' ï^it-'.) "~": employés iv, /lô ; vi, 20. La conclusiondes considérations précédentes estdoncque D i comprenant ou le code seul, xii-wvi, ou ce code avec le discours parénétique, v-\i, et la conclusion, xxviii, existait déjà en 621, puisqu'il a été retrouvé dans le Temple de Jérusalem.

Mais à quelle date antérieure faut-il reporter la composition de Di ? C'est ici surtout que les avis sont différents. Les critiques de l'école grafienne disent pour la plupart que cette composition ne remonte guère plus haut que Gai. A leur sens, la trouvaille n'a été ni fortuite ni imprévue ; elle a été préméditée et faite à dessein ; pour eux, u trouvé » signifie « fabriqué ». Rédigé peu auparavant et en vue d'une réforme à réaliser, il a été censé découvert dans le Temple et présenté au roi comme ancien et l'œuvre de Moïse. La « fraude pieuse » réussit grâce à la connivence de quelques comparses, 1 1 la réforme loyale de Josias eut pour point de départ ui.e supercherie. Pour justifier ces graves conclusions, on a présenté des considérations d'inégale valeur. Le manuscrit trouvé n'est pas ancien, puisqu'on le lit si facilement (Reuss). On ne peut se figurer comment un livre de cette nature aurait disparu sans laisser de traces de son existence (Dillmann). S'il avait été dans le Temple depuis longtemps, on l'eût remarqué plus tôt (Cornill). Le langage du Deutéronome, qui ressemble beaucoup à celui de Jérémie, prouve au moins que ce livre était de l'époque du prophète (Kucnen). D'après le récit du livre des Rois, Ilelcias et Saphan ne paraissent nullement surpris de la découverte; la prophétesse llolda semble être au courant; seul le roi est très troublé, parce qu'il n'est pas du complot. On ne peut donc se défendre de

l'impression que cette découverte est un coup monté, une mise en scène, faite avec de bonnes intentions, pour assurer le succès d'une réforme nécessaire (Holzinger), une intrigue pieuse, pour faire progresser les idées religieuses (Renan). Comme on y remarque les idées prophétiques, associées aux pratiques rituelles, on regarde le Deutéronome comme une sorte de compromis entre le parti prophétique et le parti sacerdotal, une transaction entre deux tendances de l'époque, ou, si le sacerdoce y a exercé peu d'influence, puisqu'il y demeure assez eflacé, comme le programme religieux et politique du parti prophétique. Contre cette considération, l'abbé Paulin Martin ' a fait valoir de fort justes observations, tirées du contenu du code et de la nature de plusieurs de ses prescriptions. Quelques-unes, telles que la loi militaire, \x, 2-8 (à la veille de la bataille de Mageddo) ; la remise des dettes à l'année sabbatique, \v, i-g; la distinction des animaux purs et impurs, xiv, 3-2 1, et les impuretés légales, xxiii, 9-14, ont un caraclère utopique et ne sont pas appropriées à la situation et aux conditions du règne de Josias. Si le code avait été fabriqué en vue de la réforme, il ne devait contenir que les lois correspondant à la réforme réalisée. Or le Deutéronome comprend bien d'autres ordonnances, qui n'ont aucun rapport avec ce projet. Ce manque d'adaptation, joint au désordre du code, et les tendances idéalistes de la législation ne permettent guère de voir dans ce code le programme, exactement défini et rédigé par écrit, du parti prophétique. C'est une pure supposition de prétendre qu'ayant échoué sous Ézéchias, ce parti, par réaction contreles abus du règne de Manassé, présente à Josias un

I. De l'origine du Penlateuque (litliog.), Paris, 1S87-1S88, t. 11, p. 243-270.

code précis de réforme. On pourra répondre avecStcuerwagel que ce parti a tardé bien longtemps à présenter ce programme, s'il ne l'a fait qu'à la dix-liuilième année du règne de Josias ; avec un roi si pieux, il eût pu agir plus tôt. Cornill et Bcrlholet expli<iucnt le contenu varié du Deulcronome, en tenant en même temps ce livre pour un produit et un résumé de l'enseignement des prophètes, comme un précipité et une cristallisation des vues et des espérances des prophètes. Après Colenso, Renan ' attribuait la rédaction du nouveau code au prophète Jérémie. Cette loi est remplie de l'esprit de Jérémie; ce sont ses idées, c'est son style. Mais Jérémie était bien jeune à l'époque de la réforme de Josias, pour exercer déjà une telle influence. Josias, qui fait consulter la prophétesse Holda, ne le consulte pas. Les critiques admettent plutôt que Jérémie a connu le Deuléronome et qu'il en a, partiellement du moins, pris l'esprit et imite le style -. 11 en est trop indépendant, d'autre part, pour qu'il soit légitime d'admettre qu'il a u fabriqué » leDeutéronome, à moins de supposer, avec Wellhausen ^, qu'il y eut part, mais qu'il s'en repentit ensuite.

D'autres critiques rejettent l'hypothèse d'une fraude et de la fabrication intentionnelle du Deutéronome. Ils entendent le récit des Rois de la découverte réelle d'un livre égaré, et ils cherchent à déterminer de combien d'années ce code était antérieur à sa découverte. Puisqu'il n'était pas connu de Josias, il est peu vraisemblable qu'il ait été perdu durant les premières années du règne. 11 leur paraît bien plus probable qu'il a disparu de la circulation à l'époque de la réaction idolàtrique qui se produisit sous

I. Jlisloirc (lu peuple d'hrucl, Paris, 1891, t. m, p. 209, 233-23G. a. ni'lionnaire (le la Bible, t. m, col. 1278. 3. l'rolcgomcna, p. i'(28.

ie règne de Manassé ; peut-être même lut-il peu répandu et n'exista-t-il qu'un seul exemplaire. D'ailleurs, des indices certains permettent de fixer approximativement sa date. Les documents élohiste et jéhoviste ne sont pas animés de son esprit. Les divergences entre le livre de l'alliance et le Dcutéronome au point de vue législatif supposent un clian:^^cment dans la situation sociale du peuple. La loi sur la royauté, xvii, i4 sq., fait, sous forme de prédiction, allusion au règne de Salomon. La prédication orale ou écrite des prophètes Elie et Elisée, AmosetOsée, qui ne s'élève pas contre la pluralité des sanctuaires, n'a pas la préoccupation deutéronomiste de la concentration du culle israélite. Le culte idolùtriquc, surtout celui de l'armée des cieux, que le Dcutéronome décrit et condamne, iv, ic); xvii, 3, s'est introduit en Israël sous les règnes d'Achaz et de Glanasse. Les vues prophétiques de cet écrit, les idées théologiques qui y sont dominantes, le point de vue spécial de la législation, les motifs proposés comme règles et mobiles des actions, tout cela fait supposer un développement progressif de la pensée théologique et se rapproche des idées de Jérémie et d'Ezéchicl. Perdu donc dès la fin du vui' siècle, le Dcutéronome a été rédigé au cours de ce siècle, sous les règnes d'Ézéchias et de Manassé.

Ewald, Robertson Smith, Bleek, Valeton, Rittel, Kautzsch, Wildcbocr, Driver, Steuernagel, Procksch et Gautier ont pensé au règne de Manassé. Pour exclure l'époque d'Ezéchias, ils constatent l'absence de points de contact et d'affinité entre le Dcutéronome et le prophète Isaïe, contemporain et conseiller de ce roi. Il est probable en particulier qu'après que le Dcutéronome eût formellement prohibé toute inasséba comme idolùtriquc, XVI, 22, Isaïe, XIX, iq (si ce passage est authentique),

n'eût pas choisi le symbole d'une inasséba pour prédire le culte futur de Jahvé en Egypie '. Le Deutérononie tend plutôt à réaliser l'idéal des jiroplictes Osée et Isaïe. On comprend dès lors fort bien que ce programme de réforme religieuse ait été élaboré sous le long règne de Manassc par réaction contre l'infidélité de ce prince et contre le culte des idoles qu'il avait introduit en Juda. Les Israélites qui tenaient aux institutions sacrées, aux pratiques religieuses de leur nation, voulurent les remettre en honneur. Animés de l'esprit des prophètes, ils en recommandèrent l'observance et prêchèrent le culte en esprit et en vérité, les sacrifices et les cérémonies religieuses, pratiquées par amour de Dieu. Pour obvier aux abus et éviter tout mélange d'idolâtrie, ils poussèrent à no plus lionoror publiquement Jahvc qu'en un seid lieu, au Heu qu'il avait choisi, c'est-à-dire à Jérusalem, et ils interdirent le culte divin aux sanctuaires multiples, où jusqu'alors il avait été permis. Peut-être, le livre qui contenait ce programme, ne fut-il d'abord qu'un écrit privé, dont la publication fut relardée en raison des circonstances défavorables.

Rlehm, Kônig et Frics sont remontés plus haut et ont pensé à la réforme d'Ezéchlas, II Reg., xvin, li-G. Ce roi pieux détruisit les hauts-lieux, les idoles, même le serpent d'airain, et fit observer tous les préceptes donnés par Dieu à Moïse. Le Deutéronome aurait été le programme suivi dans cotte réforme. En outre de l'absence d'influence de ce livre sur Isaïe, on fait généralement valoir contre ce sentiment qu'en dehors de la suppression dos hauts-lieux, la réforme d'Ezéchlas ne présente aucun autre caractère deutéronomiste. Faite

I. Cr. A. Condamin, Le livre d' Isii'ù', Paris, lyof), p. ôSi.

sans règle et sans programme fixe, cette entreprise particulière ne réussit pas et provoqua plutôt la réaction idolâtriquc du règne de Manassé. Franz Delitzsch et Westplial ont cependant admis c[ue le Deuiéronome était antérieur à Isaïe et avait servi de guide à la réforme d'Ezécliias. Klostermann a cru que ce livre existait déjà du temps de Josapliat et qu'on le lisait au peuple, II Par., XVII, 9. Mais, selon I Keg., xxii, l^lt, ce pieux roi ne détruisit pas les hauts-lieux, où le peuple continua à sacrifier. Il n'a donc pas appliqué les prescriptions du Deutéronome; aussi d'autres critiques pensent-ils que le livre de la loi, qui fut la règle de sa réforme, était le livre de l'alliance. Kleinert crovait que le Deutéronome avait été rédigé à la fin de l'époque des Juges. Mais, dans cette hypothèse, il faudrait conclure qu'il a été perdu ou méconnu de bonne heure, puisque, nonobstant sa prohibition des autels multiples, David, Salomon, Elie sacrifiaient en différents lieux, et que les meilleurs rois de Juda, Asa, I Reg., xv, i4, Josaphat, I Reg., XXII, 44, Joas, II Reg., xii, 3, Amasias, II Reg., XIV, 4, Azarias, II Reg., xv, 4, n'ont pas fait disparaître les hauts-lieux dans leur royaume.

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