‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 53 sur 166 · II. Au point de vue de la forme · texte numérisé non relu

II. Au point de vue de la forme

Le Deutéronoiiie se distingue des documents antérieurs autant par sa forme littéraire que par son contenu.

1° Genre littéraire. — Si le Deutéronome primitif n'était qu'un code moral et religieux, dans sa teneur actuelle, il est essentiellement parénétique ou exhortatif. Ce n'est pas, comme le livre de l'alliance, un code inséré dans un récit historique; c'est un corps de lois, exposé et expliqué dans une homélie ; ou plutôt, c'est une série de discours, prononcés pour encourager à la pratique de la loi divine. Dans le grand discours, l'orateur rappelle d'abord le Décalogue et sa promulgation pour y rattacher ~'^rj' le commandement, -''■"• les statuts, - Ti frij"' et les ordonnances, que Jalivé Elohim a ordonné à Moïse de donner aux Israélites pour qu'ils les observent au pavs de Chanaan, vi, i; vu, 11. La "'*•:, dont les c. vi-xi contiennent l'exposé, est le commandement d'aimer le Seigneur u de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force », vi, 5. Ce commandement est expliqué, justifié et recommandé longuement. Les -■■"-" et les =''f2"r7' xii, i. constituent le code proprement dit, xii-xxvi, xxvui. Dans sa teneur actuelle, ce code n'est pas une simple liste de prescriptions; le législateur les explique plutôt qu'il ne les rassemble et ne les codifie ; il exhorte à les observer plutôt qu'il ne

les promulgue, et il indique les motifs de les mettre en pratique. Les autres discours, qu'ils soient des résumés de l'histoire d'Israël ou qu'ils contiennent des promesses et des menaces, tendent au même but et sont des adjurations pressantes à observer la loi, les statuts et les ordonnances de Jahvé. Pour l'auteur l'histoire est un thème à sermons; il prêche plutôt qu'il ne raconte.

2° Particularités de lexique. — Comme homéliste, le deutcronomiste emploie un vocabulaire spécial. Certaines phrases, certaines périodes, tiès caractéristiques, reviennent fréquemment sous sa plume et constituent dans son œuvre comme des sortes de refrains : « Oter le méchant de votre milieu, » xiii, 6; xvii, 7, la; xix, 19; xxi, 21 ; xxu, 21, 22, 24; XXIV, 7; « c'est pourquoi Jahvé vous bénira, » xiv, 2Z1, 29; xv, /j, 10; xvi, 10, i5; xxiii, 21 ; XXIV, 19; « les dieux que vous n'avez pas connus ni vos pères, » viii, 3, iG; xi, 28;xiii, 3, 7, i4; xxviw, 33, 36, G4 ; XXIX. 25 ; « pour qu'il t'en arrive du bien, » IV, 4o; v, 16, 26; VI, 3, 18; XII, 26, 28; XXII, 7; « provoquer Dieu à la colère, » iv, 20; ix, 18; xxxi, 29; XXXII, iG, 21 ; « de tout ton cœur et de toute ton âme, » IV, 29; VI, 5; X, 12 ; xi, i3 ; xm, 4 ; xxvi, iG ; xxx, 2, G, 10; « Jahvé combat pour Israël, » m, 22; Jos., x, 10, i4,42;xxni, 3, 10; ((la terre que Jahvé votre Dieu vous donnera » (3o fois) ; « faire le bien (ou le mal) devant le Seigneur, » iv, 25; vi, 18; ix, 18; xii, 20, 28; xiii, 19; xvM, 2 ; XXI, 9 ; XXXI , 29 ; (( que je vous ordonne » (plus de 3o fois); (( lieu où Jahvé fait habiter son nom, )> xii, 1 1 ; XIV, 23 ; XVI, 2, G, 11 ; xxvi, 2 ; (< le lieu que Jahvé choisira, » xii, 5, 11, i4. 18, 21, 2G ; xiv, 23-35; xv, 20; XVI, 2, 6, 7, M , i5, iG; XVII, 8, 10; xvni, 6; xxvi, 2; XXXI, II ; « dans tes portes, » xii, i5; xvi, 18; xxviii, 52, 58; (( circoncire le prépuce du cœur, » x, i6;xxx, 6.

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Beaucoup de mots isolés ou de locutions spéciales caractérisent encore la langue du Deutéronome. On lit plus de 3oo fois Jahvé. a ton Dieu, » ou « votre Dieu, » ou « notre Dieu )). Jahvé est encore dit u le Dieu de tes pères, » i,

11, 21 ; VI, 3; XII, I ; xxvi, 7; xxvii, 3; « le dieu jaloux, »

IV, 24; V, 9; VI, i5. Israël est nommé « le peuple, » ou « tout Israël, » ou « Israël, » ou encore « les fils d'Israël ». Les habitants de la Palestine sont appelés Amorrhéens, comme dans l'élohiste, i, 7, 19, 27, 44; m. 9- L'Horeb est, comme pour E, la montagne sur laquelle le Décalogue a été promulgué, i, 2, 6, 19; iv, 10, lô; v, 2; i\, 8; xvin, 16; XXVIII, 69. La montagne sur laquelle Moïse est mort est nommée Phasga, m, 17, 27. Le pays des Moabites est dit « la terre de Moab, » i, 5: xxxiv, 5, 6. Les mois sont désignés par leurs plus anciens noms, par exemple, abib. « Aimer » désigne les rapports de Dieu envers Israël, iv, 37; vu, 8, i3; x, i5; xxiii, G, et ceux d'Israël envers Dieu, v, 10; vi, 5;

VII, 9; X, 12; XI, l, l3, 22; XIII, 4 ; XIX, 9; XXX, 6, 16,

20. « Manger devant Jahvé, » xir, 7 ; xiv, 23, 26 ; xv, 20 ; « manger et être rassasié, » vi, 11 ; vni, 10, 12; xi, i5; xiv, 29; XXVI, 12; XXXI, 20; ~çi^> ancilla, v, i4, 18; xii,

12, 18; XV, 17; XVI, i4; ^.:^~"' 1,37; IV, 21; IX, 8, 20; « toi et ta maison, )> xiv, 2G; xxvi, 11, etc. ; « maison de servitude » pour désigner l'Égvpte, v, 6; vi, 12; vu, 8; VIII, i4; XIII, 6, 11; ~'-, « étranger, 0 joint à la veuve et à l'orphelin; « s'attacher à Dieu, » iv, 4; x, 20; XI, 22; XIII, 5; xx\, 20; « sang innocent, » xix, 10, i3; XXI, 8, 9; XXVII, 20; u ce bon pays » de Chanaan, I, 20, 35 ; III, 20 ; iv, 21, 22 ; vi, 18; vm, 7, 10; ix, 6 ; XI, 17; (( aller après Dieu, n vi, i4; vni, 19; xi, 28; Mil, 3, 5; xxviii, 24 ; « aller après les dieux étrangers, »

V, 3o; VIII, G; X, 12 ; XI, 22 ; xix, 9: wvi, 17 ; xxviii, 9;

XXX, 16; « peuple saint, » vu, G; \iv, 3, 21 ; xxvi, iq; XXVIII, g; ^^", « enseigner, » v, 1, 3i ; vi, i; xi, iq;

XIV, 23; XVII, 19; XX, 18; "■■2='% « prêter, emprunter, »

XV, 6, 8; XXIV, io-i3; « mettre la main, » xii, 7: \v, 10; xxin, 21 ; xxviii, 8, 20 ; « travail des mains, » 11, 7 ; XIV, 29; XXIV, 19; xxviu, 12; XXX, 7; « comme du daim et du cerf, » xii, i5, 22; xv, 22; « les femelles fécondes du troupeau » et a les portées des vaches, » vu, i3; XXVIII, ^, 18, 5i; Bélial ou enfants de Bélial, xiii, i4; XV, 9^

3" Slyle. — Les critiques qui distinguent les couches primaires et secondaires du Deutéronomc déclarent que dans une partie de ces dernières le souci littéraire est des moindres. Partout cependant le style deutéronomiste est nettement caractérisé et aisément reconnaissable; il manifeste du goût littéraire. Wellhauscn a remarqué que les ordonnances du code sont formulées en phrases courtes, tandis que les discours ont plus de liberté d'allure. Ce sont de longues expositions en phrases pleines et riches et en périodes bien remplies. Les ré[>étitions abondent et les mêmes manières de dire reviennent sans cesse. Les longues périodes ne s'achèvent pas toujours, et il y a des anacoluthes, vi, 10-12 ; viu, 1 1-27 ; ix, 9-1 1 ; XI, 2-7; xxiv, 1-4. Tous les critiques reconnaissent le ton prédicateur du Deutéronome. L'auleur ne raconte pas, n'expose pas ; il exhorte, il plaide, il stimule. Ce qui domine en lui, c'est l'onction et la persuasion. Il ne man(|uc pas d'énergie, mais n'a pas la véhémence des prophètes. Il s'exprime avec clarté pour être compris du peuple, auquel il s'adresse. Il s'insinue doucement dans l'esprit de ses auditeurs, et il ne se lasse pas d'insister

1. Cf. Sieuernagel, Deuleroiwmium, Josua, Gullinguc, 1900, p. xxiii- XI.1 ; F. de Iluniuielaucr, Deuteronomium, Paris, 190J, p. iio-i3.').

sur l'observation fidèle de la loi divine. L'abondance de son exhortation tourne parfois en longueurs ; l'orateur veut toujours arriver au fait et il n'y parvient jamais. 11 remonte en arrière et répète ce qu'il a déjà dit. Son style n'est pas concis, et l'uniformité des formules finit par le rendre fastidieux.

Elle est très discutée. Le point de départ de sa détermination, de l'avis général des critiques, est le récit de la découverte du Deutéronome au Temple de Jérusalem, la dix-huitième année du règne de Josias, Il Reg., xxii, 3-xxiii, 23. On écarte du débat le récit parallèle de II Par. , xxxiv, 8-xxxv, ig, dont l'auteur entend parler de toute la législation mosaïque, telle qu'elle est dans les livres du milieu (sa description de la Pàque, xxxv, 1-19, conforme au rituel de l'Exode et du Lévitique, le montre bien), parce qu'il a décrit les rites usités de son temps et transporté dans le passé les observances pratiquées à son époque. Quelques critiques français, il est vrai, ont dénié aussi au récit des Rois toute valeur historique. A leur jugement, «ce n'est pas le roi Josias qui a fait sa réforme d'après le Deutéronome; c'est l'écrivain qui décrit la réforme attribuée à Josias d'après les termes du Deutéronome qu'il a lui-même sous les yeux ^ . n Hoort -plaçait la composition du code, xii-xxvi, avant l'exil, mais reportait le c. IV et l'exhortation, vii-xi, après le retour des Juifs de Babylone. G. d'Eichthal '' attribuait lacomposi-

1. M. ^ crnes. Précis d'Iiistoire juive, Paris, i88ç), p. 795. noie i.

2. Etudes sur le Deulcronome, dans la Revue de i histoire des religions, 1888, t. XVII, p. 11-23; t. xviii, p. 330-33/4.

3. Etude sur le Deutéronome, dans ses Mélanges de critique biblique, Paris, 188C, p, 85-108.

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tlon de ce livre à la réforme religieuse d'Esdras et de Néhémic. Mais M. Vernes ' reprenant les conclusions de L. Ilavet - prétendait que le Dculéronome avait été comj)0sé à l'époque de la domination perse, environ 3oo ans avant notre ère. Ces conclusions arbitraires n'ont pas été prises en considération, et Piepcnbring-^ a prouvé (juc la revision deutéronomiste des livres des Rois est antérieure à la captivité et que le récit, si rapproché des événemenls. devait être historique pour le fond. De fait, les critiques rapportent à cette revision et tiennent comme de seconde main II Reg., xxii, lib, ô a, G, 7, 9 b, ib-'ioa; win, 4fl. 5. "jb, 8b, i/j-'^o, :26-^7. 11 en résulte donc qu'en la dix-huitième année du règne de Jo- , s»las (on G-i'A ou 621), en restaurant le Temple de Jérusalem, on retrouva rii'pn -se, appelé encore ^"•"^7'] "'.r*' ct(]ue la lecture de cette législation provoqua la réforme religieuse do Josias ''. Comme le Deutéronome n'est appelé nulle part u livre de l'alliance », M. Fries ^' a prétendu {|ue ce livre, retrouvé dans le Temple, était le Décalogue jéhovisle, Exod., xxxiv, simple feuillet détaché, dont la découverte aurait servi d'occasion et de règle à la réforme de Josias. Néanmoins les critiques pensent généralement, avec plus de raison, que le livre retrouvé était le Deutéronome. Bien qu'il ne soit pas nommé « livre de l'alliance », il a été rédigé en vue de renouveler l'alliance contractée à l'Horeb entre Dieu et le peuple d'Israël, v, i, 3; xxvi, 17-19; xxix, 8, et les

1. Une nouvelle hypolhise sur la composition </u Deutéronome. Examen des vues de M. G. d'Eichthal, Paris, 1687.

2. Le christianisme et ses orif/ines, Paris, 1S78, t. m, p. iSy-iôy.

3. La réforme et le code de Josias, clans la lie vue de l'histoire des religions, I. xxix.

/(. Diciionnaire de lu liihle, l. m, col. i(J8o-i(jSi.

j. Die Gesetzsclirijt des KOnigs JoiiVi, Leipzig, i(jo3, p. 5i-Go.

termes de l'alliance renouvelée par Josias, II Reg., xxiii,3, sont des expressions deutéronomiques. D'ailleurs, plusieurs Pères de l'Église avaient justement remarqué que ce livre retrouvé était le Deutéronome '. Les critiques discutent seulement sur le contenu du Deutéronome retrouvé. Les adeptes de l'école grafienne restreignent le Deutéronome découvert sous Josias au code proprement dit, xn-xxvi, ou Di. Us déterminent son contenu d'après la nature de la réforme religieuse opérée en 621, et ils la ramènent à trois points : 1° l'abolition des cultes étrangers et de leurs infiltrations dans le culte de Jahvé ; 2» la centralisation du culte de Jahvé au Temple de Jérusalem ; 3'^ la célébration correcte de la fête de Pàque.Or,ces trois points sont spécialement recommandés par le code, xii ; xvi, 1-8, qui est bien dès lors le code d'après lequel Josias a lait la réforme religieuse. Mais ces critiques oublient la rénovation de l'alliance, faite par Josias, alliance signalée particulièrement, v, 2,3; xxvi, 17-19, en dehors du code proprement dit. Cette constatation permet à d'autres critiques de conclure que le livre retrouvé comprenait Deut., v-xxvi, xxviii. Du reste, la partie reconnue authentique du récit des Rois contient d'autres traits convenant à tout cet ensemble. Sans parler de la réponse de la prophétesse Holda, qui viserait les malédictions du c. xxvui, ni de l'éloge de Josias, II Reg.,xxiii, 20, fait en termes deutéronomiques, VI, 5, puisqu'ils ne sont pas reconnus comme originaux, il y a dans le récit primitif des indices convenant aux c.

I. S. Jérôme, Adversus Jovinianum. 1. I, n. 5, Pat. Lat., t. ixm, col. 317; Comment, in Ezech., 1, i, t. sïv, col. 17; S. Clirvsostoine, 7a Matlh., hom. 11, n. h. Pat. Gr., t. lvii. col. i8i ; In I Cor., hom. Tii, n. 3, t. XLi, col. 58; Procope de Gaza, Comment, in Deut., stii, 18, Pat. Gr., t. LXïXTii, col giO.

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