I. Des récits historiques
Du contenu de P, comparé à celui de J et de E. il résulte, de l'aveu de tous les critiques, que l'auteur de ce document a connu J et E et les a utilisés, notamment dans l'histoire des patriarches et dans l'introduction au récit de la sortie d'Egypte. Sur ces points, en effet, il ne donne guère qu'une énumératlon de noms et de chiffres sous forme de tableaux généalogiques, qu'un schème historique propre à orienter sur les événements comme la série chronologique des rois d'une dynastie, à rappeler des faits connus et à raviver des souvenirs. Or, en dehors des chiffres, des noms de personnages secondaires et de l'achat de la caverne de Macpélah, toute l'histoire des patriarches de P dérive de J et de E, plus
I. Die Geschichle der alllesiamenllichen Priestcrlhums, 1889.
probablement déjà combinés, par conséquent de JE, où au moins de E, selon Dillmann, et même de J, soit dans son état primitif, soit dans l'une de ses sources. C'est à CCS documents que P a emprunté les faits qu'il résume. Mais pour ces chiffres et pour les données étrangères à JE, a-t-il eu d'autres sources? Les grafiens le nient et tiennent ces particularités comme des arrangements, des modifications voulues et arbitraires de la tradition de JE. A leur sens, l'auteur de P ne s'est pas borné à faire des extraits de JE ni à le compléter par quelques renseignements, il a manipulé à sa façon les matériaux qu'il utilisait pour les faire servir à son plan et à son but, qui était de montrer la hiérocratie réalisée historiquement dans le peuple d'Israël par sa constitution propre, après avoir été préparée clans l'histoire de l'humanité dès la création' du monde. Ce but explique la manipulation que l'auteur a fait subir aux matériaux employés. Holzinger * l'expose longuement.
L'auteur choisit les matériaux de JE, prenant ou omettant ce qui allait ou n'allait pas à son but. Il a pris d'abord les renseignements généalogiques et tout ce qui servait à faire ressortir la situation privilégiée d'Israël. La création est le fondement de toutes choses. L'idée en est empruntée à J. Le déluge qui prépare l'alliance de Dieu avec Noé, est longuement narré. L'histoire des patriarches et de Moïse tend à raconter la fondation de la société théocratique. Mais l'auteur omet tout ce qui ne va pas à son but : l'histoire du paradis terrestre et de la chute, l'envoi des oiseaux par Noé à la fin du déluge, le détail des actions des patriarches, dont la biographie est réduite à l'état de squelette et qui sont des