‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 77 sur 166 · S 2. NATURE DE SOX TRAVAIL · texte numérisé non relu

S 2. NATURE DE SOX TRAVAIL

Le rédacteur jéhovistc a traité assez librement les documents qu'il combinait. Il a des expressions familières. A partir d'Exode, m, il a probablement substitué Jahvé

à Élohim dans les morceaux clohistes. La Palestine est toujours pour lui « la terre coulante de lait et de miel » ; il dit : « les peuples de Chanaan. » Il a indique les points cardinaux, Gen., xiii, il\. Il a rapporté à Israël, fils d'Abraham, Gen., xxviii, i^, la promesse faite à Abraham selon J. Comme judéen, il a introduit des allusions à Jérusalem, Gen., xxii, 2: xxxv, 21. Il a donné au récit le point de vue théologique qu'on y remarque. Le caractère miraculeux des plaies d'Egypte et le contraste entre le sort des Israélites et celui des Egyptiens ont été fortifiés par lui, s'ils ne lui sont pas dus. Il modifie ses sources, même lorsqu'il leur emprunte des morceaux entiers, notamment les discours de Jahvé. Il semble donc avoir été plutôt un rédacteur qu'un simple compilateur, en particulier dans les récits de la sortie d'Egypte, de la législation du Sinaï et de la conquête de la Palestine; c'est pourquoi l'analyse du texte est si difficile et parfois impossible dans ces passages. Il est possible qu'il ail fait des emprunts à d'autres sources que J et E, provenant du même milieu que le Deutéronomc. Enfin, le travail rédactionnel, qu'on attribue à Rj, n'est peut-être pas d'une seule main, mais d'une école. Cette conclusion repose sur la diversité de la méthode suivie ; la préférence donnée à une source sur l'autre est très variable et change parfois très brusquement ; l'ordonnance de certains récits est défectueuse; les transitions sont négligées, et la narration n'est ni claire ni coulante. En outre, les éléments d'une même tradition sont placés à deux ou trois endroits différents; cette confusion provient vraisemblablement de mains différentes.

s 3. DATE

Si ce travail de rédaction a duré longtemps, on ne peut que déterminer l'époque à laquelle il a eu lieu. Les critiques la font assez tardive, si D i a encore connu J et E séparés, si Pg a eu Ja à l'état isolé, puisque, d'après Budde, il ne dépendrait que de Ja pour l'histoire primitive. En outre, Pga connuE pour Exod., m, 2 sq-, et, comme J, il appelle Sinaï la montagne de la révélation de Jahvé; ce fait s'explique, s'il lisait J et E séparés. Toutefois, la rédaction de JE pouvait être commencée avant la composition de D i et de Pg, car les documents originaux ont pu exister séparés, dans les milieux sacerdotaux, quelque temps après leur combinaison en JE. L'époque de cette combinaison peut être déterminée grâce à la ressemblance de Rj avec les idées et la langue de l'école deutéronomiste. Cette ressemblance est si grande que, dans quelques cas, on se demande si certains passages appartiennent à Rj ou à Rd (rédacteur deutéronomiste). Aussi Stâhelin et Kittel ont-ils supprimé le premier stade de rédaction de l'Hexateuque et attribué à Rd, qui aurait simultanément réuni J, E et D, le travail de Rj . Par conséquent la rédaction de JE doit être placée à l'époque deutéronomiste. Ruenen a essayé de préciser davantage cette date, en la plaçant après la découverte du Deutéronome sous le règne de Josias et avant le commencement de la captivité des Juifs à Babvlono. Cornill la devance et la met avant la composition du Deutéronome, parce que Rj n'a pas subi l'influence littéraire du Deutéronome proprement dit. Il faudrait admettre une date plus tardive, s'A était démontré, comme Kuenen le pense, que le cantique de

Moïse, Dcut., XXXII, i-Zj3, a été inséré par Rj et encadré par lui dans Deut., xxxi, i4-23. Ce cantique, en effet, au jugement de certains critiques, serait de la fin du royaumede Juda. Mais d'autres critiques pensent que ce cantique n'était pas encore connu de Rdet n'est qu'un supplément fait à JED, probablement avant sa réunion à P. Toutefois Dillmann place sa composition pendant les guerres des Syriens de Damas contre Israël entre Achab, Joachaz et Joas, par conséquent au temps d'Élic ou d'Elisée, vers 900. Reuss voyait au ^. 21 une allusion aux Assyriens et reportait le poème aux derniers temps du royaume de Samarie. Pour Kuenen, le point de vue est celui d'un éphraïmite des environs de 7/io, ou celui d'unjudécn contemporain de Jérémie; le cantique aurait donc été composé vers 63o, ou même 20 ou 3o ans après. Driver le date de 65o à peu près. A cause des idées théologiques qui y sont exprimées. Stade ne remonte pas plus haut que l'époque de Jérémie. Cornill descend jusqu'à la fin de la captivité.

ARTICLE DEUXIÈME Union de JE avec D par un rédacteur deutéronomiste, Rd.

Quelles qu'aient été les phases de la composition du Deutéronomc, Di, D2, D3, quand elle fut achevée et que le Deutéronome fut un livre complet, considéré comme l'œuvre de Moïse, un rédacteur, animé du même esprit, l'incorpora à l'histoire nationale JE. De son travail, il résulta un livre, à la fois historique et législatif, nommé JED en raison des éléments qui le composent.

s 1. NOMBRE ET ÉTENDUE DES PASSAGES

UÉDACTIONNELS

En unissant JE à D, Rd dut faire subir à JE quelques modifications pour l'accorder avec la loi deutéronomique. Les critiques ne sont pas d'accord dans la détermination des rctouclies, faites par le rédacteur deutéronomiste. Colenso est tombé dans l'exagération, en ne lui attribuant pas moins de quatre cent douze versets dans la Genèse, l'Exode et les Nombres. On ne constate dans la Genèse que des retouches isolées, et une seule est donnée comme certaine, XXVI, 5. S'il n'est pas de Rj, Exod., iv, 21-28, est de Rd. Dans le récit des plaies d'Egypte, viii, 186; IX, 296, sont des additions de sa main, et il a fortement influencé ix, i4-i6; le f. 2 du c. x, au moins, a aussi une teinte deutéronomiste. Il a remanié xii, 2i-2'j\ xiii, 3-i6; XV, 26. Le récit jéhoviste de la manne, xvi, notamment aux versets 4 et 28, rend un son deutéi'onomiste. On prétend retrouver encore des traces de sa main, XIX, 36-8. La section législative de JE a été foncièrement modifiée par lui. Afin de créer vin cadre historique au Deutéronome, il a transporté au Sinaï le livre de l'alliance, qui dans JE tenait la place qu'occupe le Deutéronome dans lePentatcuque actuel, et il est responsable de tout le désordre qui en résulte. Il a mis aussi xx, 18-21, à la suite de 1-17; il a ajouté xx, 22, 28, et il a donné à XXIV, i-i5a, sa teneur actuelle. L'exhortation finale, XXIII, 226-260, 2-, 3 1 6-33, vient de lui. Dans les Nombres, il n'y a pas d'indices de son travail. Le récif, Dcut., XXXI, 1-8, et les f. i4, i5 et 23, dont le fond est élohisle, sont de lui; ils relient le Deutéronome au livre de Josuc. L'éloge de Moïse, xxxiv, 10-12, lui est dû. Le

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