‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 81 sur 166 · S 2 . NATURE DE S O X TRAVAIL · texte numérisé non relu

S 2 . NATURE DE S O X TRAVAIL

Tandis que les rédacteurs précédents traitaient assez librement leurs matériaux et faisaient œuvre d'écrivains,

le dernier ne fait guère acte de composllion personnelle. Le plus souvent, son rôle a consisté à combiner les écrits et à retoucher modérément les textes de manière à former un livre unique et complet, car c'est Rp ([ui est le rédacteur définitif du Pcntateuque. Selon Kuenen, son but aurait été de donner à JED l'autorité de code législatif du judaïsme de la restauration. C'est pourquoi il s'est efforcé de le conserver aussi intégralement que possible et de ne pas modifier D ; mais quand l'unité du tout exigeait des modifications de détails, il les faisait dans le sens du code, dont il était un disciple fervent. Les récits de JED sont maintenus, même lorsqu'ils ne cadrent pas très bien avec P. Quelques-uns cependant, ayant leurs parallèles dans P, auraient été omis, tels que le récit de la création de Ja, la généalogie des Sélliites, l'arc-en-ciel donné comme signe après le déluge, la venue d'Abraham au pavs de Clianaan, le récit de la naissance d'Ismaël, la mort de Sara et d'Abraham, la construction du tabernacle, l'envoi des espions suivant le désir du peuple. Toutefois, des corrections plus importantes ont été faites au texte de P d'après JE ; mais Pg est resté presque en entier dans le Pcntateuque. Il manquerait seulement le début de l'histoire d'Abraham, la naissance d'Esaû et de Jacob, les faits et gestes de Jacob en Mésopotamie (sauf quelques débris), l'explication du nom d'Israël, la sépulture de Rachel et l'histoire de Joseph (hormis des détails, comme xli, li6a). Rntre Exod., ii, 236-35, et vr, 3, il y a une lacune de P ([ui n'est pas comblée par vi, i3-35. La mission d'Aaron n'est pas justifiée dans les récits intermédiaires. Le rédacteur a donc conservé les deux écrits, autant qu'il a pu le faire, et quand il a dû sacrifier un texte, il a donné la préférence tantôt à l'un tantôt à l'autre. Cependant

— uyo —

il a pris P comme fond de sa rédaction et il a retouché JE d'après P, mais pas P d'après JE. II a donc fait surtout œuvre de compilateur. Souvent il a combiné les deux récits, par exemple pour le déluge; mais parfois il a conservé les deux récits, qui, dans le texte actuel, sont des doublets : ainsi l'envoi des espions, Num., xiii, XIV, et la révolte de Dathan et d'Abiron, mélangée avec celle de Coré, Num., xvi. Par suite, quelques récits sont déplacés; ainsi le c. xxvi, i-33, de la Genèse ne vient guère heureusement après xxv, 19-34. Le texte a reçu de petites retouches pour harmoniser les récits différents; mais les additions sont peu considérables et ne touchent pas au fond. On signale de rares emprunts faits à des sources étrangères ; le plus célèbre est la table ethnographique, Gen., XIV, introduite par Rp dans le Pentateuque. La liaison des récits n'est pas toujours très cohérente ; le rédacteur a laissé des contradictions par désir de garder les livres qu'il combinait. Il a réussi toutefois à donner à l'ensemble une unité suffisante et aussi convenable qu'il était possible de l'établir. Kuencn pensait que ce rédacteur est l'auteur de la division en cinq livres. Le nouveau code, ainsi augmenté, ne pouvait tenir en un seul codex; on l'a partagé en portions à peu près égales en étendue. Le rédacteur aurait donné des titres particuliers aux livres du Lévitique et des Nombres, qui n'en avaient pas. L'histoire de Josué était peut-être déjà détachée de JED. Aussi le dernier rédacteur l'a-til traitée plus librement que le Pcntateuque. Cette disjonction expliquerait encore pourquoi les Samaritains ont reçu le Pcntateuque et pas le livre de Josué. Enfin, la rédaction définitive du Pcntateuque n'a pas été faite par un seul auteur. La différence de la méthode suivie en est une preuve. L'œuvre a duré assez longtemps et a

-- igG —

été exécutée pai' un cei\:le, appartenant à la même école, à une école de scribes, vraisemblablement à l'école d'Esdras.

Les critiques la fixent à des époques différentes. Les grafiens, qui prétendent qu'Esdras, en 4^^, n'a promulgué que le code sacerdotal complet (sauf quelques morceaux secondaires), placent naturellement la rédaction définitive du Pentateuque à une date plus basse. La limite extrême est la date, malheureusement imprécise, de la réception du Pentateuque, isolé du livre de Josué, par les Samaritains. Kuenen pense que JED n'est pas demeuré longtemps séparé de P. L'un ne pouvait supplanter l'autre; par ailleurs, leur comparaison allait de soi, tant qu'ils étaient distincts. Pour que leurs divergences et leurs contradictions ne soient nuisibles à l'autorité d'aucun des deux, on a dû de bonne heure travailler à les combiner. Le travail des scribes était achevé à la fin du v" siècle, au moins pour le Pentateuque. Selon Cornill, il aurait été entrepris entre 44o et Zjoo. Naturellement il aurait été accompli à Jérusalem.

Mais tous les critiques n'admettent pas l'hypothèse grafienne de la promulgation de P par Esdras. Plusieurs, se fondant sur son l'écit, pensent que ce scribe a promulgué en !xl\^ le Pentateuque actuel. C'est lui-même qui, aidé d'autres scribes, aurait réuni JED à i* par nécessité d'harmonisation, et c'est ce code complet qu'il a fait agréer à la foule comme la législation de la communauté nouvelle d'Israël, récemment restaurée. En effet, la réforme, inaugurée par Esdras et Néhémie, ne s'appuyait pas seulement sur le code sacerdotal, comme le pré-

tendent les grafiens ; elle imposait l'observation de lois qui sont contenues dans le Deutéronome. Un des points importants de la réforme était la défense d'épouser des femmes étrangères, II Esd.,x, 3o. Cf. I Esd., x, i-^^;!! Esd.,xiii, 28-29. Or cette prohibition n'est pas portée par lecode, mais bien par le Deutéronome, vu, 2-4.Esdras, I Esd., IX, 10-12, fait à ce sujet allusion à une ordonnance qui se trouve partiellement aussi Lev., xviii, 25, 27, en l'attribuant aux prophètes serviteurs de Jahvé. On en conclut parfois que le Lévitique n'était pas encore uni au Deutéronome, car Esdras autrement aurait attribué ce précepte à Moïse plutôt qu'aux prophètes. Mais l'allusion ne vise pas le seul passage du Lévitique , elle suppose la connaissance du Deutéronome. De même encore l'observance de l'année sabbatique, II Esd., x, 3i, est commandée Deut., xv, 2. Le serment de marcher dans la loi de Dieu, de pratiquer et de garder les commandements, les jugements et les préceptes, Il Esd., x, 29, est formulé en des termes essentiellement deutéronomlstes. Le livre qu'Esdras lut au peuple avant de renouveler l'alliance contenait donc d'autres lois que celles du code sacerdotal ; il contenait au moins le Deutéronome *, et puisqu'on ne connaît pas le recueil DP, il était JEDP, seule collection ayant groupé PetD. Il est vrai cependant qu'Esdras n'impose que le paiement annuel d'un tiers de sicle pour le culte, II Esd., x, 32-33, tandis que le code exigeait la moitié d'un sicle, Exod., xxx, 11- 16. Mais la difficulté est aussi réelle pour les grafiens que pour les autres critiques, et on peut se demander si Esdras a diminue l'impôt du code ou a créé un impôt nouveau qui aurait été

1. Selon Koslers, lier Ilerslel van Israël, Leyde, iSg.'i, p. 87 sq., le seul Deutéronome.

augmenté plus lard. La rcdaclion définitive du Pcntateuquc aurait donc précédé la promulgation en l\!il\ et aurait clé exécutée en Babylonie, et en vue de la i-estauralion d'Israël, puisqu'Esdras, à son retour, avait dans sa main la loi du Seigneur, I Esd., vu, i/j. La dernière réforme de Néhémie, réalisée conformément au volume de Moïse, prohibait l'admission des Moabites et des Ammonites dans la société religieuse d'Israël, II Esd., xiii, 1-3. Or cette prohibition se trouve, Deut., xxiii, 3 : nouvel indice que la réforme d'Esdras et de Néhémie était fondée sur d'autres lois que celles du code sacerdotal. Le Pentateuque, dans son ensemble actuel, existait donc déjà du temps d'Esdras et de ^Séhémie* .

Page 1