‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 1 sur 182 · RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

RUE HAUTEFEUILLE

Tous droits réservés.

PRÉFACE

Ce livre a pour but de faire connaître mes méthodes 4le traitement.

Comme professeur de clinique infantile, j’ai été amené bien souvent à m’occuper des troubles intestinaux que l’on rencontre si fréquemment’ chez les enfants.

Les circonstances m’ont, depuis quelques années <léjà, obligé de voirde nombreux malades adultes atteints d'affections de l’intestin.

C’est l’ensemble de ces deux catégories de malades <(ui m’a donné l’occasion d’étudier de plus près les maladies digestives.

Médecin d’enfants et spécialisé dans cette branche, je n’avais, en effet, jamais jusqu’alors particulièrement étudié les maladies du tube digestif.

Aussi, peu familiarisé avec le traitement classique, ai-je été tout naturellement amené à me créer des méthodes personnelles et des procédés spéciaux pour le traitement des maladies de l’estomac et de l’intestin.

Parmi ces maladies, il en est une qui, par sa fré- (juence et son importance, a plus spécialement attiré mon attention; je veux parlei- de l’auto-intoxication

PRÉFACE

intestinale, et c’est ce qui m’a amené à en recliercher la pathogénie, à en établir la symptomatologie et les éléments de diagnostic et à en étudier le traitement rationnel.

De différents côtés’, on m’a demandé de publier les résultats de ma pratique dans le traitement de cette maladie.

Je me suis rendu très volontiers à cette invite, et voilà la genèse de ce livre qui sera consacré à l’bistoire de l’auto-intoxication digestive.

J’y ai réservé une place importante au traitement, car c’est là le côté pratique auquel doit tendre toute étude médicale.

Le régime de cette maladie a été l’objet de ma constante préoccupation. J’y attache une importance si considérable que j’ai fait organiser en Suisse, dans de nombreux hôtels, des tables de régime où, sous la direction d’un cuisinier spécial et responsable, sont scrupuleusement suivies mes prescriptions diététiques.

Les malades sont sûrs d’y trouver, outre le logement de leur choix, les aliments qui leur sont permis, sans avoir la tentation des aliments qui leur sont défendus.

C’est à quoi devraient tendre tous les médecins de villes d’eaux.

Bien que jouant un rôle moins important, les médicaments et les médications ont leur utilité dans des cas bien déterminés. Je n’ai pas omis de leur donner le développement qu’ils comportaient.

Tel qu’il est, ce livre me paraît mettre bien au point la question, si importante, de l’auto-intoxicatîon intes-

PRÉFACE

tinale; je me suis servi des travaux qui ont paru déjà sur ce sujet, et, en particulier des d)elles recherches de Strauss, Albu, Yon Jacksch, etc., en Allemagne, et <le Charrin, (xilbert, Widal, etc., en France.

Je souhaite avoir fait œuvre utile et avoir rendu service aux praticiens; je serai heureux si mon hut est atteint.

L’AUTO-INTOXICmON

GASÏRO-liNTESÏlNALE

INTRODUCTION

L’auto-intoxication est un empoisonnement causé par des substances qui se forment sous l’influence des processus vitaux de l’organisme.

Nous devons donc, si nous voulons être fidèle à cette définition de l’auto-intoxication, telle que nous la comprenons, éliminer de notre étude tous les empoisonnements, dans lesquels la substance toxique a été produite en dehors du corps, et môme ceux dans lesquels les poisons ont été formés dans l’organisme, mais sous l’influence de microbes venus accidentellement du dehors.

Or beaucoup d’auteurs ont étendu les limites de l’autointoxication bien au delà des limites que nous leur assignons ici. Aussi devons-nous examiner et discuter la pathogénie de toutes ces maladies afin de bien limiter notre sujet.

Ce sont :

1° Les intoxinations par infection ;

Les intoxinations par résorption;

3*^ Les intoxications alimentaires.

Voyons rapidement pourquoi nous ne faisons pas rentrer ces maladies dans le groupe des auto-intoxications.

Combe. — Auto-intoxication intestinale. 1

INTRODUCTION

liVTOXIIVATlONS PAR lAFECTlOJV.

Nous ne ferons pas rentrer dans le cadre des autointoxications, comme le font la plupart des auteurs allemands, les phénomènes toxiques produits par les microbes.

Sans doute, dans les maladies infectieuses et contagieuses, la toxine se forme dans l’organisme ; mais cette substance toxique ne s’est pas produite sous l’influence d’un processus vital de l’organisme, mais bien sous l’influence de microbes qui ont pénétré par effraction accidentelle dans le corps.

Aussi, pour les distinguer de ceux de l’auto-intoxication, réserverons-nous aux symptômes qui accompagnent les maladies infectieuses (lièvre typhoïde, rougeole, scarlatine, etc.), le terme de symptômes tV intoxinations, ainsi que nous l’avons proposé il y a quelques années.

IIVTOXINATIOXS PAR RÉSORPTION

Nous ne ferons pas non plus rentrer dans le cadre des aulo-intoxications les intoxinations par résorption, et cela malgré l’opinion autorisée de V. Jacksch (1).

Ces intoxinations par résorption sont nombreuses et fréquentes.

On peut voir, en effet, toute une série d’intoxinations pyémiques : une inflammation suppurée de l’urèlre postérieur, de la prostate, des glandes de Bartholin; on peut voir le pus d’un empyème, d’une péritonite à pneumocoques ou d’une autre cavité séreuse du corps; on peut voir enfin le pus d’une bronchiectasie, d’une caverne tuberculeuse, donner naissance à des produits toxiques d'origine microbienne accompagnés de phénols, indols, etc., qui, résorbés, peuvent causer des symptômes morbides plus ou moins accentués.

L’anémie, l’amaigrissement, le teint pyémique, la langue

(1) V. J vcKscii, Nolhncif/ers Ilandhucli.

INTOXINATIONS.

sèche et luisante, les sueurs profuses, les douleurs rhumatoïdes (rhumatisme des bronchiectasies de Gerhardt) sont les signes les plus caractéristiques de cés intoxinations pyémiques.

Lorsque l’urine se décompose dans la vessie et produit des amines et de l’ammoniaque, elle peut donner lieu, par résorption de ces produits, à l’ensemble symptomatique que l’on connaît sous le nom d’ammoniémie. On peut voir d’autres fois se développer dans la vessie, sous l’influence des colibacilles, de l’hydrogène sulfuré, qui, résorbé, donnera lieu à V hydrot hionémie de von Jacksch et Senator.

Des carcinomes ulcérés donnent lieu à de nombreux produits de décomposition d’origine microbienne, parmi lesquels nous citerons plusieurs substances aromatiques : phénol, scatol, etc., qui, par résorption, vont causer la cachexie cancéreuse.

Dans tous ces cas dhntoxinalions par résorption, les poisons qui sont d’origine microbienne se sont, il est vrai, formés dans l’organisme; mais ils se sont produits aux dépens de microbes entrés accidentellement dans des cavités où normalement ils n’existent pas.

Us sont donc sans aucune relation avec les processus vitaux de l’organisme, et nous ne pouvons pas non plus parler, dans ces cas, de véritables auto-intoxications.

lIMOXICAriOINS ALIMENTAIRES.

C’est être aussi beaucoup trop compréhensif que de traiter d’auto-intoxications, comme le fait encore Senator, les empoisonnements alimentaires tels qu’ils se produisent par les viandes, les saucisses, les poissons gâtés, les sardines, les pâtés, les conserves avariées, les fromages, les beurres altérés, etc.

Sans doute nous trouvons dans les trois formes classiques

INTRODUCTION

de cette maladie le cachet de l’intoxication digestive.

Que ce soit la forme pseudo-typhoïde avec ses éruptions scarlatiniformes ou rubéoliformes (épidémie de Trogen) ; que ce soit la forme botulique, vraie ptomaïnémie avec des symptômes intestinaux insignitiants et des manifestations nerveuses graves; paralysies nucléaires avec diplopie, ptose, strabisme etc., paralysies périphériques avec aphonie, dysphagie, paralysie, etc. (maladie de Gerlier) ; que ce soit la forme la plus fréquente : l’entérite glaireuse dysentériforme avec ses vomissements, ses selles glaireuses sanguinolentes, ses éruptions variées mélangées d’éléments purpuriques (épidémie de La Sarraz), partout nous retrouvons les caractères de l’intoxication digestive.

Mais cette intoxication digestive est produite soit par la viande d’animaux déjà malades, comme le veut Bollinger, soit par des microbes pathogènes, ou par leurs toxines, qui se sont développés accidentellement dans des aliments sains (bacille de Gærtner). En effet, même cuits^ ces aliments sont nocifs et peuvent déterminer l’intoxication, ces toxines n’étant détruites ni par la coction, ni par l’ébullition.

Il n’y a donc aucune raison pour faire rentrer ces intoxications digestives dans le cadre des auto-intoxications. Nous ne ferons pas même d’exception pour les maladies causées par le lait chez le nourrisson [Milkdisease des Anglais).

Le lait, même le lait cuit, même le lait stérilisé, peut contenir des bacilles de Flugge; le lait, même le lait cuit, même le lait stérilisé, peut contenir des toxines, comme Marfan l’a démontré.

De plus Flugge et Lubbert nous ont prouvé que les toxines des bacilles protéolytiques du lait ne sont dangereuses que pour les petits chiens et pas pour* les chiens adultes. Ce fait nous explique fort bien pourquoi, dans une même famille, buvant le même lait, on voit les nourrissons être seuls

Page 1