NUTRITION GÉNÉRALE
L’action des poisons intestinaux sur la nutrition générale est indéniable, car sous leur influence toutes les cellules de l’organisme et particulièrement les cellules du sang se trouvent dans un état de souffrance.
De là l’anémie et la croissance insuffisante des enfants auto-intoxiqués.
Aiiciiiîe. — Nos recherches sur l’anémie d’origine auto-toxique ont été assez complètes.
Nous avons trouvé, chez tous nos malades, les signes hématologiques de l’anémie et constaté que le degré d’anémie augmente en général parallèlement à l’intensité de l’auto-intoxication.
L’uémoglobine diminue à 80 p. 100, 70 p. 100 et même 50 p. 100.
Les globules rouges tombent à 4000 000, 3 500000 et même 3000 000; ils sont inégaux en volume, en forme, en couleur (macrocytose, poikilocytose, ombrocytose) . Chez le jeune enfant, il n’est pas exceptionnel de trouver des globules rouges à noyaux (normoblastes).
Les GLOBULES BLANCS sont augmentés en nombre (8 000 à 12000). Les polynucléaires se trouvent plutôt sous forme de cellules de transition.
(1) CoMHE, Thèse de Genève, 188
(2) IvoucHE, Roussk, 1904.
Les lymphocytes sont plus nombreux et les myélocytes apparaissent.
Dans les entérites glaireuses et membraneuses enfin, on trouve une augmentation des cellules éosinophiles.
Nos malades ont donc à des degrés divers tous les signes de l’anémie simple.
Anémie pernicieuse. — Les formes graves de l’anémie et de l’anémie pernicieuse en particulier reconnaissent des causes multiples; parmi celles-là, l’intoxication gastrointestinale paraît jouer un rôle important.
Il s’agit bien là, comme l’a démontré Hunter, d’un processus toxique et non pas d’un phénomène infectieux.
Cette question ayant été très discutée ces derniers temps mérite quelques développements.
W. Hunter, dans ses nombreuses publications sur l’anémie pernicieuse, a en effet donné un nouveau développement à la théorie de l’auto-intoxication d’origine gastro-intestinale que nous soutenons.
Ce qui a frappé cet auteur dans les autopsies d’autointoxiqués, c’est l’existence d’un gi’and nombre de granulations, d’apparence noirâtre, situées dans les cellules hépatiques. Ces granulations sont des dépôts de pigments sanguins extravasés qui contiennent du fer, comme le sang dont elles dérivent.
Pour le prouver, Hunter se sert de divers réactifs, soit d’une solution fraîchement préparée de sulfure d’ammonium, soit du ferrocyanure de potassium en présence de l’acide chlorhydrique dilué, qui colore immédiatement ces granulations pigmentaires en couleur bleu de Prusse.
Ces réactifs, d’après Hunter, ont l’avantage de n’agir que sur le fer combiné à l’hémoglobine du sang, ce qui n’entraîne aucune cause d’erreur, même lorsque le foie est congestionné.
Or, dans une série d’expériences, Hunter a démontré où se
produit normalement la destruction du sang dans les infections et dans les intoxications, et il a provoqué artificiellement ces dernières, en injectant à divers animaux des substances délétères, telles que l’acide pyrogallique et la toluydendiamine.
Voici les conclusions de ces expériences :
Dans les infections, la malaria, par exemple, la destruction du sang diffère de celle qui a lieu dans l’anémie pernicieuse.
Dans la malaria, le parasite attaque les globules rouges, diminue leur vitalité et amène la mort fatale de ceux qu’il a atteints. Les débris pigmentaires sont alors incorporés par les leucocytes et transportés dans les divers viscères, foie, rate, etc.
.Aussi, trouve-t-on ces corpuscules pigmentaires ordinairement englobés par les leucocytes dans les capillaires, et presque jamais on ne les constate dans les cellules hépatiques.
Dans les intoxications, l’anémie pernicieuse, par exemple, la destruction des globules rouges se fait dans le système porte et consiste dans une fonte des globules avec libération de la matière colorante, l’hémoglobine.
Ainsi l’hémoglobine, mise en liberté dans la veine porte, est transportée dans le foie, où les cellules hépatiques s’en emparent. Là l’hémoglobine soluble cristallise et forme ces granulations décelées par les réactifs chimiques dans la cellule hépatique.
On le voit, dans l’anémie pernicieuse, les granulations sanguines se trouvent uniquement dans les cellules du foie comme dans les intoxications; c’est donc là, pour Hunter, une preuve que la destruction des globules est d’origine toxique et que le poison provenait du tube digestif, puisque la destruction a eu lieu dans le système porte.
Hunter a recherché dans des cas d’anémie pernicieuse le
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poison dans l’urine, et il en a extrait deux ptomaïnes identiques à la cadcwérine et à la putrescine de la viande en décomposition, et un troisième poison, qui paraît être une diamine spéciale.
Or, la putrescine et la cadavérine sont, nous le savons, le produit des bactéries du tube digestif, ce qui paraît confirmer encore l’origine toxique digestive de l’anémie pernicieuse.
En Allemagne, Silbermann a même pu produire expérimentalement l’anémie pernicieuse chez des chiens, en leur faisant absorber de petites doses répétées de substances toxiques, et cette expérience a été confirmée par les recherches de Stadeleman, de Bignani et Dionisi, de Battistini et Rovere, de Von Voss, de Tallqviste et Schaumann, de Grawitz, etc.
Grawitz démontre que la substance toxique se forme dans l’intestin par la putréfaction des matières albuminoïdes. Cette fermentation peut du reste être favorisée par l’absence de sécrétion de l’acide chlorhydrique, que l’on remarque dans beaucoup de cas d’anémie pernicieuse.
Arslan, de son côté, a étudié, près de Padoue, une véritable épidémie d’anémie pernicieuse, produite chez vingt et un enfants par l’ankylostome duodénal, et il est arrivé à la même conclusion que Grawitz par une méthode toute différente.
Plusieurs de ces enfants étaient considérés comme tuberculeux ou atteints d’autres affections cachectiques. Après l’expulsion des vers, la guérison est survenue chez tous.
Arslan a fait à ce sujet d’intéressantes expériences, qu’il expose en ces termes :
« En reprenant les expériences faites par Lussana, nous avons pu démontrer que cette anémie forme un des plus beaux types d’auto-intoxication intestinale. »
Après avoir séparé la toxine des urines de deux malades
par la méthode de Briger-Otto, nous l’avons inoculée à dose progressivement croissante à des lapins. Ces animaux, dès les premières injections, présentèrent tous les symptômes caractéristiques de l’anémie en question, et à peine cessait-on les injections hypodermiques que peu à peu ils reprenaient leur état primitif, comme on l’observe chez les malades quand ils ont expulsé les ankylostomes.
Comme contrôle, Arslan a répété les mêmes expériences avec des urines de ces malades après l’expulsion de leurs vers, et avec celles d’individus atteints d’autres formes d’anémie, sans obtenir le moindre changement dans le sang des lapins.
De tout cela, nous pouvons conclure que l’anémie pernicieuse EST causée au moins DANS UNE DE SES FORMES PAR UNE AUTO-INTOXICATION d’oRIGINE GASTRO-INTESTINALE.
L’influence du poison s’étend dans cette maladie simultanément sur les éléments du sang et sur la moelle osseuse : sur le sang en le détruisant, sur la moelle en l’excitant et en stimulant son activité plastique.
Nutrition. — Comme toutes les cellules, celles de la peau souffrent de l’état d’intoxication générale de l’organisme.
La peau est sèche, rugueuse, desquamante; les cellules épidermiques mortes, mais non encore remplacées, donnent à la peau une couleur sale et un aspect flétri.
Les cheveux sont secs, mal nourris, blanchis avant l’âge, leur pigment ayant été détruit prématurément par les ?nacropliages (Metchnikoffj. Ils sont cassants et très souvent fendus.
Les ongles sont aussi mal nourris, secs et cassants, couverts de taches blanches ou parsemés de rainures plus ou moins profondes.
Vieillesse prématurée. — L’auto-intoxication intestinale s’accompagne souvent de tous les signes d’une vieillesse rapide.
206 SYMPTOMATOLOGIE DE L’AUTO-INTOXIGATION INTESTINALE.
Les changements de la peau, des cheveux, des poils qui blanchissent prématurément, la fatigue musculaire, l’aspect courbé, tout chez l’auto-intoxiqué sent la vieillesse.
Bien souvent même les enfants ont l’air de petits vieux.
Or l’auto-intoxication retardant l’évolution, on ne pourrait guère faire cadrer ce syndrome avec la théorie de Weissmann sur la vieillesse, qui consisterait dans l’épuisement du pouvoir reproducteur limité des cellules.
La théorie de Metchnikoff envisage au contraire la vieillesse comme une maladie causée normalement par les poisons intestinaux stimulant les macrophages à manger nos pigments, à dévorer nos cellules nobles, cérébrales, glandulaires, musculaires, et à ronger nos os.
Lorsque des toxines pénètrent dans l’organisme (tuberculose, syphilis), lorsque les poisons intestinaux pénètrent en trop grande quantité dans le sang, les phénomènes de vieillesse doivent se faire avant l’âge.
On comprend fort bien, avec la théorie de MetchnikolT, pourquoi l’auto-intoxication digestive cause une vieillessse prématurée.
Croissance. — La même souffrance de toutes les cellules en général et de celles de la thyroïde en particulier se trahit par la diminution de la croissance des enfants auto-intoxiqués, qui restent à une taille très au-dessous de leur âge.
Nanisme auto-toxique ^ — Dans quelques cas même, les enfants restent si petits que l’on peut parler véritablement de nanisme.
Il s’agit ici d’une diminution générale de la taille et du volume du corps, qui reste petit dans toutes ses dimensions.
Le corps reste bien proportionné, différant en cela du nanisme myxœdémateux et achondroplasique et se rapprochant du nanisme des maladies congénitales du cœur.
L’explication de ces faits nous a été donnée par les intéressantes recherches de Charrin et de Le Play.
Dan une première série, ces auteurs, en injectant des produits intestinaux stérilisés par des tyndallisations successives à des femelles pleines, ont obtenu des rejetons nains {nanisme congénital).
Dans une deuxième série, Charrin et Le Play ont injecté les mêmes produits intestinaux à des animaux de même portée gardant les autres comme témoins, et ils sont arrivés à produire un nanisme chez les animaux injectés {nanisme acquis).
Le poids des témoins atteignait et dépassait 1 300 grammes, quand ceux des avortons s’arrêtaient à 400 grammes environ. L’examen des squelettes et des os séparés montrait entre les avortons et les témoins des différences énormes, car les radiographies indiquent que chez les avortons les os sont plus transparents et contiennent moins de matériaux solides, moins de chaux, moins de phosphore.
L’action des poisons digestifs porte en effet ici sur le métabolisme, qui est imparfait, et sur la thyroïde et les glandes génitales, qui s’atrophient ; or ces glandes doivent stimuler et actionner l’évolution de l’économie.
C’est donc par une action complexe que les poisons digestifs engendrent le nanisme.