‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 103 sur 182 · III. — L’urine dans l’auto-intoxication digestive · texte numérisé non relu

III. — L’urine dans l’auto-intoxication digestive

A. — PBOPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES.

Volume journalier. — H y a dans l’auto-intoxication, comme l’a fait remarquer Boas, une oligurie bien marquée.

Quoique les malades boivent et mangent beaucoup, le volume total des vingt-quatre heures est très réduit, oscillant entre 300 et 600 centimètres cubes et atteignant très rarement la normale, soit 1200 à 1500 centimètres cubes.

Concentration. — Malgré cette réduction de volume, la CONCENTRATION de l’urine n’est pas augmentée et sa coloration est, en général, plutôt faible que forte.

Les propriétés physico-chimiques qui dépendent de la concentration de l’urine en matières organiques ou inorganiques (poids spécifique, dépression du' point de congélation, constante cryoscopique, tension de vapeurs, etc.) présentent des valeurs en général inférieures à ce qu’elles sont dans les urines normales.

(1) Ce chapitre a été rédigé en collaboration avec le D’’ Amann.

L’URINE DANS L’AUTO-INTOXIGATION

Poids spécifique. — Le poids spécifique de l’urine est au-dessous de la normale dans la grande majorité des cas.

Les chiffres de 1,008 à 1,010 pour les enfants, et 1,010 à 1,015 pour les adultes, sont fréquents.

Dans certains cas exceptionnels, on observe, au contraire, sans glycosurie, des poids spécifiques très élevés : de 1,032 à 1,036 avec une azoturie considérable.

Matières solides. — La teneur de l’urine en matières solides suit naturellement les variations du poids spécifique ; elle est, dans la règle, inférieure à la normale.

Cryoscopie de l’urine.

1® La constante cryoscopique A. — Le point de congélation dépasse rarement — 1®,2 et est fréquemment inférieur à — 1°,0.

2° La valence quotidienne cryoscopique de Strauss.

— C’est le produit du volume total des vingt-quatre heures (exprimé en centimètres cubes) par l’abaissement A du point de congélation.

Cette valence, chez l’adulte à l’état de santé, est comprise entre 1500 et 2 500 et est abaissée, dans l’auto-intoxication, à des valeurs comprises entre 200 et 700.

3° Le poids moléculaire moyen. — Calculé en fonction du point de congélation, il est en général élevé.

Alors que, pour l’urine normale, ce poids oscille autour de 75, les valeurs trouvées dans l’auto-intoxication dépassent fréquemment 150.

4® Le coefficient de von Koranyi :

NaCl

— Il est par

contre plus élevé que le chiffre de 1,7, admis comme normal par cet auteur.

Si l’on admet sa théorie de la formation de l’urine dans le rein, par échanges équimoléculaires, il faut conclure de l’élévation de ce coefficient que l’auto-intoxication produit.

Combe. — Auto-intoxication intestinale. 14

210 SYMPTOMATOLOGIE DE L’AUTO-INTOXICATION liNTESTINALE.

dans la règle, un ralentissement de la circulation rénale.

Conductibilité électrique. — Les' données que nous possédons sur la conductibilité électrique de l’urine des auto-intoxiqués sont encore peu nombreuses (une vingtaine environ).

Il paraît en résulter que cette conductibilité est plus forte en général dans l’auto-intoxication qu’elle ne l’est chez les personnes saines, ce qui confirmerait bien l’élévation du coefficient de déminéralisation que nous constatons plus loin.

Cependant il nous paraît que, abstraction faite du nombre encore trop restreint de nos observations, le phénomène de la conductibilité électrique est trop compliqué et dépend de trop de facteurs (concentration en molécules inorganiques, état de dissociation de ces molécules, influence des non-électrolytes sur la dissociation et sur la vitesse de translation des ions, etc.) pour qu’il soit possible d’en tirer 'des renseignements directement ulilisables.

Réfraction de Turine.

Nous avons, par contre, fait une étude très complète des propriétés de réfraction de l’urine, et nous sommes arrivés à la conviction que la mesure de l’indice de réfraction de l’urine (au moyen par exemple du réfractomètre à immersion de Zeiss) est susceptible de fournir au clinicien des données très utiles pour le diagnostic et la symptomatologie de l’auto-intoxication.

Voici très brièvement les conclusions auxquelles nous sommes arrivé :

1° Valence quotidienne de réfraction. — C’est-àdire le produit du volume d’urine émis en vingt-quatre heures (exprimé en centimètres cubes) par la, différence des indices de Furiiie et de l’eau pure ; cette valence, qui peut

ÊTRE CONSIDÉRÉE COMME LA MESURE DE LA DÉPURATION URINAIRE, EST PRESQUE TOUJOURS ABAISSÉE ’ CHEZ LES , AUTO-INTOXIQUÉS.

L’URINE DANS L’AUTO-INTOXICATION

Nous avons observé, dans l’auto-intoxication intestinale, des chiffres en général inférieurs à 8 et pouvant descendre parfois au-dessous de 2, ce qui équivaut, dans ce dernier cas, à une dépuration urinaire qui n’atteint pas ,1a cinquième partie de la dépuration normale.

Cette insuffisance de la dépuration urinaire dans l’autointoxication intestinale, sur laquelle on n’a pas assez insisté, est une des conséquences de la toxémie digestive.

Cette insuffisance de la dépuration urinaire dépend en effet de la viciation des mutations organiques et du ralentissement du métabolisme normal, qui donnent lieu à la formation de déchets anormaux incomplètement métamorphosés. Ces déchets, retenus et accumulés dans les tissus, ajoutent leur toxicité cellulaire à la toxémie digestive.

Dans certains cas, qui ne sont pas rares, on observe, chez l’auto-intoxiqué, de la polyurie et parfois même de X^pollakiurie^ soit d’origine nerveuse, soit d’origine congestive locale. 11 s’agit alors d’une poussée plus aiguë d’auto-intoxication, ou bien d’une crise d’élimination par la voie rénale.

Mais, dans ces cas aussi, malgré l’augmentation du volume de l’urine, la dépuration urinaire, mesurée par la valence de réfraction, se trahit comme étant nettement insuffisante.

2° Mesure de rinsufflsance du métabolisme. — La

mesure de la réfraction de l’urine combinée aux données de l’analyse chimique, peut encore nous renseigner exactement :

a) Sur la présence^ dans l’urine^ d’un déchet anormal de la nutrition et de la dénutrition.

La nature de ce déchet échappe du reste, dans la règle, complètement à l’analyse chimique ;

b) Sur la proportion de ce déchet anormal par rapport au déchet total.

Cette proportion du déchet anormal, qui traduit et qui mesure les imperfections du métabolisme, est très élevée chez les auto-intoxiqués, où nous la trouvons égale à 20, 30 et même 40 p. 100 du déchet total, alors qu’à l’état normal cette proportion est d’environ 10 p. 100.

Tout ce que nous savons des mutations organiques nous indique que, au point de vue chimique, le résultat final le plus général du métabolisme vital consiste en une scission des grosses molécules introduites dans l’organisme par l’alimentation, scission qui met en liberté l’énergie nécessaire à l’entretien de la vie.

Nous pouvons donc conclure que la présence dans les déchets de la nutrition de grosses molécules qui, dans la règle, sont des molécules toxiques, est bien l’indice d’un fonctionnement défectueux de l’organisme.

3° Volume spécifique des molécules urinaires. — On sait que la réfraction moléculaire peut être considérée comme une mesure assez exacte du volume moléculaire (Brühl).

Nous AVONS TROUVE DANS LE RAPPORT — - UNE VALEUR TRES

FACILEMENT ET EXACTEMENT MESURABLE, QUI NOUS RENSEIGNE PRÉCISÉMENT SUR LA RÉFRACTION SPÉCIFIQUE ET SUR LE VOLUME SPÉCIFIQUE MOYEN DES MOLÉCULES DE l’uRINE.

Ce rapport est formé de la différence des indices de V urine et de Veau divisée par celle des densités des deux liquides.

On doit s’attendre a priori à la présence de ces grosses molécules toxiques dans l’urine des auto-intoxiqués. C’est en effet ce que vérifient les valeurs obtenues pour le rapport ci-dessus [réfraction spécifique différentielle), qui sont, dans la règle, considérablement plus élevées qu’à l’état normal (1).

(1) On trouvera l’exposition de ces nouvelles méthodes et les résultats numériques obtenus dans le travail du Dr Amann intitulé : Étude sur

L’URINE DANS L’AUTO-INTOXICATION. 213

4® Tension superficielle. — Dans un travail publié en 1902 (1), l’un de nous a montré que la mesure de la diminution de la tension superficielle [abaissement de la constante capillaire) est susceptible de fournir des renseignements très utiles sur la présence et la proportion dans l’urine de certains constituants anormaux, qui, très souvent, échappent à l’analyse chimique, mais sont facilement décelables par la propriété qu’ils possèdent d’abaisser plus ou moins considérablement la tension superficielle de l’urine.

Gomme la méthode de Y égouttement permet de faire très facilement cette mesure de la constante capillaire au moyen du stalagmomètre, elle a été mise en pratique dans un certain nombre de cliniques et d’hôpitaux.

Au point de vue qui nous occupe, nous avons constaté que, presque sans exception, dans l’auto-intoxication intestinale, l’urine présente une dépression spécifique de la constante CAPILLAIRE FORTEMENT OU TRÈS FORTEMENT ACCUSÉE ;

cette dépression est l’un de ses symptômes les plus caractéristiques et les plus constants.

5® Viscosité. — Il nous reste encore une propriété physico-chimique de l’urine à mentionner : la viscosité (ou son inverse, la fluidité) mesurée par la méthode d’Ostwald.

On sait que cette propriété est en rapport avec la pression osmotique et la conductibilité électrique, en tant qu’elle influe sur la dissociation électrolytique et la vitesse de translation des ions.

Nous ne possédons encore qu’un nombre réduit d’observations faites dans cette direction : les cinquante et quelques mesures de la viscosité qui se rapportent à l’auto-intoxication intestinale nous ont donné, pour le coefficient de viscosité, des valeurs en général plus élevées que les urines normales.

la réfraction des urines normales et pathologiques (Bull. Soc. vaudoise des SC. 7iat., 1906).

(I) Amann, Revue médicale de la Suisse romande, 1902.

Nous nous réservons du reste de compléter cette étude et de l’étendre à quelques autres propriétés de l’urine, telles que la tension de vapeurs, la chaleur spécifique, la diffusion, la compressibilité, etc.

Nous passerons sous silence les résultats des examens spectroscopique, spectrométrique et polarimétrique, qui ne nous ont pas offert de caractères généraux au point de vue de l’auto-intoxication .

Page 1