MALADIES CUTANÉES AUTO-TOXIQUES
Les accidents cutanés sont fréquents chez tous les autointoxiqués, mais ils le sont surtout chez les intestinaux.
Cette question de l’influence de l’auto-intoxication causée par les anomalies de la digestion, par les anomalies du métabolisme et par les anomalies de l’excrétion sur la genèse d’un grand nombre de dermatoses a été discutée dernièrement à Berlin, au dernier Congrès de dermatologie et de syphiligraphie.
Les représentants les plus autorisés de la science dermatologique moderne l’ont résolue affirmativement.
Soit RadclifTe Crocker (de Londres), soit Duncan Buckley (de New-York), soit Jadassohn (de Berne), soit Brocq (de Paris), ont affirmé que, dans un grand nombre de maladies de la peau, la lésion est causée par l’élimination cutanée de substances toxiques.
Les unes influencent la peau en s’y déposant directement, d’autres en irritant les terminaisons nerveuses,
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d’autres, enfin, en s’éliminant par les glandes cutanées qu’elles enflamment.
Sans doute ces substances toxiques ne proviennent pas toutes de l’intestin.
Les anomalies des échanges nutritifs (métabolisme) d’une part; d’autre part, l’insuffisance des organes antitoxiques et l’insuffisance des émonctoires de l'organisme : toutes ces causes produisent au même titre que l’intestin des substances toxiques qui peuvent agir sur la peau en y déterminant les mêmes troubles, les mêmes éruptions, les mêmes dermatoses, en un mot.
L’observation montre, dit Brocq, et cette observation est basée sur plus de 2 000 analyses d’urine, que, si l’alimentation pêche par excès, par défaut, par mauvaise qualité des ingesta, par leur non-adaptation au milieu et au climat dans lequel vit le sujet. Que ces aliments soient mal digérés, mal absorbés ou surtout mal élaborés dans l’organisme (ralentissement de la combustion des albuminoïdes), ou que les diverses fonctions excrétoires (poumons, reins) soient viciés dans leur fonctionnement, il s’accumulera peu à peu dans les liquides et les organes de l’économie divers produits excrémentitiels plus ou moins toxiques, qui impriment à l’organisme un cachet de vulnérabilité morbide et qui, sur la peau, se manifestent par des dermatoses diverses.
On le voit, parmi ces causes productrices d'auto-toxines, l’auto-intoxication intestinale joue un rôle prépondérant, mais nullement exclusif.
Or, l’apparence et la nature de la dermatose n’indiquent que bien rarement si son origine est intestinale.
En effet, ces dermatoses sont quelquefois sous la dépendance directe de l’infection intestinale, mais le plus souvent elles ne le sont pas. Si donc les toxines intestinales provoquent plus spécialement certaines dermatoses [prurigo^ strophulus^ urticaire^ acné^ certains eczémas), il
L’URINE DANS L’AUTO-INTOXIGATION
serait très erroné de vouloir toujours conclure de la nature de la lésion à sa cause, car seuls l’examen et l’analyse urinaire pourront permettre de se prononcer d’une manière définitive.
Nous nous bornerons à un simple résumé des principales dermatoses observées dans l’aulo-intoxication intestinale.
Strophulus. — Parmi les affections propres à l’enfance, le strophulus joue un rôle considérable, car c’est une affection des plus fréquentes.
Bien qu’étant de nature bénigne et ne s’accompagnant jamais de fièvre ni de troubles généraux, le strophulus ne s’observe que chez des enfants suralimentés, présentant malgré leur embonpoint un aspect anémique, une pâleur cireuse, qui dénote bien l’auto-inloxication.
C’est surtout chez les nourrissons de trois à neuf mois qu’on l’observe ; passé deux ans, il est très rare.
Le strophulus infantum est caractérisé par l’apparition sur les mains et les pieds, plutôt à la face palmaire, sur le tronc et les épaules, quelquefois à la face, de petites papules de la dimension d’une lentille, mais pouvant aussi atteindre la grosseur d’un pois et très fortement prurigineuses.
Leur nombre est variable; tantôt il n’y en a que huit à dix, tantôt un très grand nombre.
Ces papules sont d’une couleur rouge clair; leur forme est circulaire, quelquefois un peu irrégulière.
La papule ne forme pas une saillie brusque en plateau, mais elle s’élève graduellement en cupule, des bords à son sommet. Elle contient au centre une ou plusieurs vésicules situées assez profondément sous l’épiderme et que l’on peut mieux encore sentir avec le doigt que voir.
Ces vésicules résistantes ne s’ouvrent que par le grattage et donnent lieu à la formation de petites croûtes; mais très souvent même le grattage ne les entame pas, tant l’épiderme est résistant.
232 SYMPTOMATOLOGIE DE L’AUTO-INTOXIGATION INTESTINALE.
' Le strôphulus est très prurigineux, surtout sous l’influence de la chaleur du lit, et provoque bientôt, après que l’enfant a été couché, une démangeaison intense qui trouble le sommeil du petit malade.
Le jour et sous l’influence de la fraîcheur, la démangeaison s’amende, et, dans les cas légers, l’affection revêt un type intermittent caractérisé par des poussées séparées par des intervalles libres d’une durée variable de plusieurs jours à plusieurs mois. . ' -
. Dans les cas plus sérieux, on observe des poussées nouvelles chaque jour. • •
Lorsque le strôphulus existe depuis longtemps, on trouve souvent chez l’enfant des ganglions, surtout des ganglions inguinaux, par suite d’infection secondaire provoquée par le grattage. ' . • •
Nous avons insisté sur cette affection, parce que nous l’avons vue plusieurs fois, au grand détriment des pauvres bébés, confondue avec la gale. Un peu d’attention suffit cependant à faire le diagnostic différentiel. ' - •
Prurit [lichen, prurigo). — Il est un grand nombre de sujets dont le système nerveux a subi une perturbation soit héréditaire, soit acquise, perturbation entretenue ou provoquée par les auto-intoxications en général et par les auto-intôxications intestinales en particulier.
Cette perturbation nerveuse se traduit principalement par un trouble vaso-moteur cutané spécial qui entraîne le prurit et les multiples sensations d’hyperesthésie cutanée.
Sur la peau ainsi préparée, les traumatismes variés, et au premier rang le grattage, provoquent l’éclosion de lésions diverses (épaississements circonscrits ou diffus, papules).
C’est à cet ensemble de lésions, diflerentes d’aspect, mais unies par un fond commun, qu’on a donné des noms dissemblables [prurigo, lichen).
L’URINE DANS L’AUTO-INTOXICATION
Le prurit est 'ici antérieur et supérieur aux lésions, la papule n’en est ni l’origine, ni la cause. Le prurit survit aux papules, les papules ne survivent pas au prurit, dit excellement Besnier.
Or ce prurit est d’origine auto-toxique et souvent, mais non toujours, .d’origine intestinale.
Urticaire. — L’origine intestinale et auto-toxique de l’urticaire dans les empoisonnements alimentaires (crustacés, fraises, œufs, etc.) est hors de discussion actuellement.
Elle est plus discutée dans l’urticaire dite idiopathique. Nous en avons observé plusieurs cas, soit d’urticaire chronique, soit de crises aiguës et fébriles avec éruptions cutanées et muqueuses et, dans tous les cas, l’examen de l’urine montrait des signes indéniables d’auto-intoxication intestinale.
• Nous n’en citerons que deux preuves, l’une dans Lurticaire chronique, l’autre dans la forme aiguë.
Urticaire chronique. — Enfant B. G..., six ans, urticaire chronique : '
Coefficient de Combe = 629.
Phénols.. .
Indol
Scatol
Oxyacides
55 milligr,
Urticaire aiguë. — M. J. B..., dix-huit ans. Depuis
sept ans, crises d’urticaire fébrile interne et externe, asthme, entérite muco-membraneuse :
Urine 700 cent. cub.
Poids spécifique 1 031
Solides 73,80
Minéraux 26,70
Matières organiques 97,10
Azote total 25,50
Urée
Acide urique Ammoniaque
Indol
Phénols
35 milligr.
234 SYMPTOMATOLOGIE DE L’AUTO-INTOXICÂTION INTESTINALE.
Scatol
Oxyacides
SuII'oéthcrs . . ..
Daumann
Aniann
Combe
25 milligr.
Eczémas séborrhéiques. — Ils semblent être, chez Iç nourrisson, en relation avec la suralimentation, et beaucoup d’auteurs admettent leur origine intestinale.
Mais il me paraît plus que probable qu’il faut les mettre en relation avec les auto-intoxications acides, provenant de la fermentation des aliments ternaires, les graisses en particulier, car j’en ai vu guérir plusieurs en les alimentant avec du babeurre.
Acné viilgfaîre. — Les dermatoses qui ont les appareils pilo-sébacés pour siège ou point de départ s’accompagnent volontiers d’un éréthisme cutané, provoqué par l’ingestion des aliments, et cela particulièrement au visage.
Cet éréthisme de la peau est dû vraisemblablement à une surcharge momentanée de l’organisme en matériaux? ceux-ci trouvent leur émonctoire dans les glandes de cette région; ils en excitent les fonctions et en amènent ainsi la congestion (Hallopeau).
L’acné coïncide le plus souvent avec un état séborrhéique prononcé, qui est dû à la même cause et représente les modes divers de réaction des appareils pilo-sébacés.
Beaucoup d’auteurs admettent que l’auto-intoxication gastro-intestinale joue, à coté de la prédisposition, un rôle déterminant important dans la pathogénie de l’acné vulgaire.
Furonculose. — Il en est exactement de même de la furonculose, trop connue pour que nous en parlions plus longuement.
DIAGNOSTIC
Comment pouvons-nous diagnostiquer une auto-intoxication intestinale?
Dans un grand nombre de cas, les symptômes gastro-intestinaux sont si prédominants que le diagnostic s’impose.
Mais il est loin d’en être toujours ainsi.
En effet, première difficulté pour diagnostiquer une autointoxication digestive, il ne suffit pas de dire que la maladie a commencé ou s'est accompagnée de vomissements, de coliques, de diarrhées fétides, ou de constipation, en un mot de troubles digestifs plus ou moins prononcés ; car ces mêmes troubles intestinaux se rencontrent dans l’urémie, dans les septicémies et dans beaucoup de maladies infectieuses, où ils ne constituent que des symptômes secondaires à l’infection générale.
En outre, deuxième difficulté, il existe, comme nous l’avons vu, un certain nombre d’auto-intoxications intestinales qui sont larvées et qui se caractérisent par des troubles de la nutrition générale, par de l’anémie, par des phénomènes nerveux, par des éruptions cutanées, en un mot par des symptômes multiples et variables, sans que le malade se soit Jamais plaint d’un trouble digestif quelconque.
Seule la multiplicité des plaintes pourra éveiller ici le soupçon d’une cause générale, qui pourrait être l’empoisonnement intestinal. *
On le voit, par ce simple exposé de faits, le diagnostic de l’auto-intoxication intestinale est quelquefois difficile, cette affection ne s’accompagnant pas toujours d’un tableau symptomatique précis et défini, qui entraîne la conviction.
DIAGNOSTIC
et se cachant parfois sous les dehors d’autres maladies, grâce à certains symptômes prédominants, qui voilent les symptômes digestifs peu apparents.
En résumé, à côté des formes nettement intestinales et faciles à diagnostiquer, qui sont les plus fréquentes, il y a donc des formes larvées, auxquelles il faut penser et qu’il faut savoir rechercher.
Sans doute, même dans ces cas, une anamnèse bien prise éveillera le soupçon ; sans doute un examen du malade bien fait permettra souvent de le confirmer en trouvant des signes certains d’une entérite (1) ou d’autres troubles nettement intestinaux.
Mais, dans quelques cas plus obscurs, cela même n’existe pas.
Il faut donc pouvoir recourir à des preuves plus sûres et plus démonstratives. On les a recherchées dans les fèces, DANS LE sang et DANS L’üRiNE des individus auto-intoxiqués.