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DIAGNOSTIC URINAIRE PHYSIOLOGIQUE

Bouchard, qui s’est occupé le premier de cette question, l’a étudiée sous toutes ses faces dans toute une série de travaux des plus intéressants.

Il démontra d’abord que l’urine était toxique et que, même filtrée et stérilisée, elle rend malade et tue les animaux auxquels on l’injecte dans les veines.

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Il met ensuite en évidence la multiplicité des poisons qu’elle renferme, et l’analyse physiologique de cette toxicité urinaire fit voir qu’elle se composait d’éléments variés tels que : poisons convulsivants; poisons agissant sur la pupille; substances diurétiques; poi-sons hyposthénisants, etc.

La nécessité d’avoir une unité permettant de doser la toxicité urinaire et pouvant servir de terme de mesure et de comparaison amena tout naturellement Bouchard à établir le coefficient urotoxique (nombre d’urotoxies fabriquées par kilogramme et par vingt-quatre heures).

L’urotoxie est la quantité d’urine nécessaire pour tuer 1 kilogramme de matière vivante (de l’animal en expérience).

Armé de cette mesure, Bouchard étudia comparativement, au point de vue de leur toxicité, les urines émises dans les diverses maladies et en particulier dans l’auto-intoxication gastro-intestinale.

Il parvint ainsi à démontrer que les urines fébriles, les urines des maladies infectieuses, celles des éclamptiques, ont un coefficient urotoxique très élevé.

Poursuivant ces études sur l’urine des auto-intoxiqués. Bouchard prouva que, chez ces malades aussi, ce coefficient urotoxique augmente avec le degré de la putréfaction intestinale et diminue quand on pratique, d’une façon efficace, l’antisepsie du tube digestif.

On le voit^ le coefficient urotoxique peut à la rigueur servir à doser V auto-intoxication intestinale^ mais il ne peut en aucune façon servir à la diagnostiquer, car le coefficient urotoxique élevé se trouve dans les maladies les plus diverses, et la propriété hypertoxique de l’urine s’observe dans toutes les maladies infectieuses et dans beaucoup de maladies de la nutrition.

C’était là un premier inconvénient du diagnostic physiologique; mais bientôt on en découvrit un second, beaucoup plus grave : c’est que le coefficient urotoxique n’indiquait

L’URLNE.

pas seulement la toxicité de l’urine, mais qu’il comprenait toute une série d’autres facteurs, que nous allons énumérer.

Les premiers, en effet, Beck et Hymans v. den Bergh fl) ont relevé, dans la méthode de Bouchard, toute une série de causes d’erreur :

1® La quantité du liquide injectée augmente la pression sanguine, ce qui, d’après Lesné, un élève de Bouchard, peut produire des thromboses du cœur dï^oit et des embolies pulmonaires, qui, à elles seules, peuvent causer la mort de l’animal;

2® Les diverses races de lapin et même les différents individus résistent d’une manière très différente à l’injection de la même quantité de la même urine;

3° Dans l’urine injectée, ce sont les sels de potasse et l’ammoniaque qui sont surtout nuisibles, car, si on en débarrasse l’urine, elle devient presque inoffensive.

En effet, pour Charrin, le coefficient urotoxique dépend, pour les trois quarts, des sels de potasse et pour un quart seulement des matières extractives.

Lépine va plus loin encore, en admettant que 85 p. 100 de l’action nocive de l’urine sont dus aux sels et J 5 p. 100 seulement aux substances organiques;

4° Enfin et surtout, le sang et l’urine sont loin d’être des liquides isotoniques : leur pression osmotique (2) est très

(1) Beck et IIymans v. den Bergh, Zeits. f. klin. Med., XXXV.

(2) La pression osmotique, ou pouvoir absorbant d’eau, est proportionnelle à la quantité des molécules en solution dans l’unité de volume (le litre) du liquide.

(Nous faisons abstraction ici de l’influence de la dissociation électrolytique, en donnant au terme molécules l’acception molécules -{- ions.) Cette quantité des molécules en solution peut être mesurée par la cryoscopie, car la dépression du point de congélation est proportionnelle à la pression osmotique.

Deux liquides, contenant en solution le même nombre de molécules (de n’importe quels corps) présentent la meme pression osmotique et la même dépression du point de congélation et sont dits isoto-

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diiïérente. Alors qu’elle équivaut, pour le sang, à environ 6,7 atmosphères, la pression osmotique de l’urine est, dans la règle, deux ou trois fois plus considérable.

Le mélange au sang d’un liquide de propriétés aussi différentes que celles de l’urine doit donc produire, dans l’organisme, des altérations considérables par rupture de l’équilibre normal entre les éléments histologiques : les globules du sang en premier lieu et le sérum sanguin.

Cette rupture brutale de l’équilibre osmotique suffit à elle seule pour produire les symptômes morbides observés par Bouchard et pour amener la mort des animaux.

En résumé, dans le diagnostic urinaire physiologique^ Vosmonocivité surpasse la nocivité toxinienne.

Bouchard (1) admet ces objections; mais, pour lui, la part du défaut d’isotonie et celle de la pléthore sanguine résultant de l’injection ne représentent qu’un quart de l’effet nuisible total. Par conséquent, pour Bouchard, alors même qu’on ne tient compte que du résultat brut d’une injection intraveineuse d’urine, on obtient encore des renseignements précieux.

Tel n’est pas l’avis des auteurs allemands.

Schiffer, Stadthagen, Posner, pour déterminer le rôle de l’osmonocivité, firent toute une série d’expériences, avec des injections sous-cutanées d’eau salée sur des animaux d’un poids toujours égal (souris blanches).

Ils obtinrent, avec des concentrations salines fortes, des effets toxiques aussi marqués que ceux obtenus par Bouchard avec ses injections intraveineuses d’urine.

En variant les concentrations, on observe des symptômes proportionnels et, à même concentration, l’urine ne produit aucun effet et devient inoffensive. Brieger a pu même, dans

niques. C’est ainsi ([ue le sang est isotonique à une solution contenant par litre de NaCl (le chiffre classique de 0,7 se rapportait au sang de la grenouille).

(1) Bouchard, A7//« Congrès inter national de médecine, Paris, 1900.

L’URINE

une seule journée, injecter à des cobayes quinze fois leur poids de cette urine fraîche, mais rendue isotonique, sans aucun inconvénient pour leur santé.

En rémmé^ le coefficient urotoxique ne peut être considéré comme une mesure exacte de la quantité d’entérotoxines contenues dans Vurine.

Il ne peut donc servir à doser le degré de V auto-intoxication gastro-intestinale et encore moins à diagnostiquer cette maladie.

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