DIAGNOSTIC URINAIRE CHIMIQUE
Pour bien comprendre quels sont les éléments de diagnostic que nous pouvons trouver dans l’analyse de l’urine, il est indispensable de bien se souvenir des substances qui se produisent dans l’intestin, par la décomposition de la molécule d’albumine, et de bien faire la part exacte, d’un côté des produits de la digestion par les enzymes, de l’autre côté des produits de la digestion bactérienne.
Car ce n’est que dans ces derniers que nous trouverons les éléments de notre diagnostic chimique.
Nous les résumerons dans un tableau.
*A. Digestion par les enzymes digestives. — 1° Corps non cristallisables : albumoses, peptones, ammoniaque ;
2° Corps cristallisables acides (acides diaminés) :
a) Série grasse : leucine, glycocolle, alanine; acides
aspartique, glutaminique ;
b) Série aromatique : tyrosine, phénylalanine, indol-
alanine;
3" Corps cristallisables basiques (acides monoaminés) : lysine, histidine, arginine.
B. Digestion micmobienne. — La digestion microbienne donne naissance tout d’abord aux mêmes corps que
(l) Ce chapitre a été écrit en collaboration avec le D'’ Ainann.
DIAGNOSTIC
la digestion par les enzymes protéolytiques de l’estomac et de l’inteslin :
1® Corps non cristallisables : albumoses, peptones et ammoniaque ;
2° Corps cristallisables acides (acides diaminés) : leucine, glycocolle, alanine, acides aspartique et glutaminique, tyrosine, phénylalanine, indolalanine ;
3“ Corps cristallisables basiques (acides monoaminés) : lysine, arginine et histidine.
Mais la digestion microbienne n’en reste pas là, car elle donne en outre naissance à deux autres groupes de corps, l’un appartenant à la série grasse, l’autre à la série aromatique;
4° Corps de la série grasse :
a) Sels ammoniacaux des acides butyrique, caproïque,
valérianique ;
b) Les ptomaïnes;
3® Corps de la série aromatique :
a) Les oxyacides aromatiques : l’acide paraoxyphényl-
acétique et paraoxyphénylpropionique;
b) Les phénols : le phénol et les crésols, principalement
le paracrésol;
c) Les indols : indol et scatol.
Les bactéries agissent donc sur la molécule albumineuse, en la décomposant en corps de la série grasse et de la série aromatique.
Or ces corps ne peuvent plus être utilisés par l’organisme; ils ne s’y brûlent pas en dégageant de la chaleur. Ils sont donc des produits excrémentitiels plus ou moins nuisibles, dont l’organisme se débarrasse par ses émonctoires naturels après les avoir rendus moins nocifs en les combinant, dans le foie, à l’acide sulfurique et à l’acide glucuronique.
Un seul coup d’œil jeté sur les deux tableaux nous montre que c’est dans les corps de la série grasse ou de
L’URINE
la série aromatique que nous devons chercher les éléments de notre diagnostic.
Examinons ces différents corps au point de vue diagnosique.
' Acides gras. — Les acides gras volatils sont surtout des produits de la fermentation microbienne des aliments ternaires ; car la faible formation d’acides gras qui accompagne la putréfaction de la leucine est si minime qu’elle ne saurait entrer ici en ligne de compte.
Pour ces deux raisons, nous devons faire abstraction des acides gras comme moyen de doser les produits de la putréfaction azotée de l’intestin.
Ptomaïnes. — L’idéal serait d’avoir un procédé chimique sûr, facile et simple, permettant de doser les ptomaïnes.
Les ptomaïnes sont en effet les substances véritablement toxiques et qui seules causent l’intoxication.
Les doser nous donnerait donc le moyen le plus exact pour apprécier l’auto-intoxication intestinale.
Mais ce procédé n’est malheureusement pas encore connu, et la méthode pratique est encore à trouver (1).
Corps aromatiques. — Force nous est donc de nous rabattre sur les substances aromatiques.
Sans doute, ces substances ne sont pas les vrais corps toxiques, mais elles se développent, comme les ptomaïnes, parallèlement à l’intensité de la putréfaction.
Elles peuvent donc servir d’index à ces dernières.
Ne faisons-nous pas de même avec l’acide carbonique? Lorsque nous dosons ce gaz dans nos salles d’école, nous savons fort bien que ce n’est pas le véritable corps toxique, mais seulement son index que nous dosons.
(1) Dombrosky {Sc7naine mêd.^ 1902, p. 252) a indiqué une méthode qui permettrait non seulement de déceler, mais encore de doser les toxalbumines dans toutes les urines, normales ou pathologiques. Gela mérite attention et confirmation.
DIAGNOSTIC
Il en est de même ici.
Or Jaffé, Baumann, Brieger ont montré que les produits de la putréfaction azotée appartenant à la série aromatique sortent de l’organisme presque entièrement par l’urine, où nous pouvons les doser.
Baumann enfin a prouvé que ces corps, à l’exception d’une partie des oxyacides, s’unissent soit à l’acide sulfurique, soit à l’acide glucuronique. Les premiers apparaissent dans l’urine sous forme de sulfoéthers ou d’acides sulfoconjugués; les seconds, sous forme de conjugués à l’acide glucuronique.
Nous pouvons, par conséquent, doser chimiquement les corps aromatiques dans l’urine : a) sous forme de sulfoéthers; b) sous forme de substances aromatiques en nature.
A. — Dosag*e des sulfoéthers.
Pouvons-nous doser l’aulo-intoxication intestinale en dosant les sulfoéthers?
Pour y répondre, deux questions se posent :
1° La première question est celle-ci :
Les sulfoéthers peuvent-ils être envisagés comme un index de la putréfaction azotée intestinale et de celle-là seulement?
Nous ne reviendrons pas ici sur l’origine des substances aromatiques, car nous l’avons déjà étudiée (1).
Cette étude nous a permis d’affirmer que :
Normalement les sulfoéthers doivent être envisagés comme un index de V auto-intoxication intestinale, car ils ne proviennent que de la putréfaction azotée microbienne de Vintestin.
Il n’en est naturellement plus de même lorsque l’albu-
(1) Voy. Origine des corps aromatiques ».
L’URINE
mine du corps subit une putréfaction microbienne locale, dans un abcès, une collection purulente, un carcinome ulcéré, etc. Dans ces cas, les mêmes substances aromatiques sont produites par les mêmes microbes et s’éliminent par l’urine sous forme de sulfoéthers.
Nous pouvons donc conclure que ;
Abstraction faite d'une suppuration dans l'organisme, les sulfoéthers ne proviennent que de la putréfaction intestinale microbienne qui se fait aux dépens des aliments azotés et des nucléo-albumines des sucs pancréatique, intestinal, de la bile et du mucus de l'intestin (1).
2° La seconde question qui se pose est celle-ci :
La quantité des sulfoéthers est-elle proportionnelle au degré et à Vintensité de la putréfaction qui se fait dans V intestin ?
Nous pouvons répondre affirmativement à cette question grâce aux recherches subséquentes faites par Baumann, Nuttall et Thierfelder.
Baumann (2), chez un chien en état de famine prolongée, ne trouve plus que des traces de sulfoéthers dans l’urine, et, après avoir désinfecté le mucus et les sucs intestinaux par de fortes doses de calomel, il voit disparaître d’une manière absolue les sulfoéthers, l’indol et le phénol de l’urine.
Nuttall et Thierfelder (3), par leurs belles expériences, sont venus donner la solution définitive du problème : ils ont en effet démontré que, chez des animaux à intestin stérile et n’ayant jamais reçu qu'une nourriture stérile, l’urine ne contenait pas la moindre trace d’indol, de scatol de phénol, de crésol, de pyrocatéchine et de sulfoéthers.
Les oxyacides, par contre, s’y trouvaient en quantité
(1) Voy. « Origine des corps aromatiques ».
(2) Baumann, Zeits. f. phys. Ch., XVI, p, 221.
(3) Nuttall et Thierfelder, Zeils. f. phys. Ch., XXII, p. 71.
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minime, formés probablement par simple digestion par les enzymes protéolytiques.
On comprend, grâce à ces expériences, pourquoi le méconium, les selles du nouveau-né, ne contiennent aucune substance aromatique, alors que son urine contient des sulfoéthers, qui lui sont communiqués par le sang de la mère.
On s’explique pourquoi, chez le nourrisson, les selles contiennent peu de substances aromatiques et l’urine peu de sulfoéthers, car l’intestin ne contient que peu de microbes et les selles y séjournent peu.
Dès lors, toute une série d’expériences sont venues démontrer qu’à toute diminution de la putréfaction intestinale correspondait toujours une diminution correspondante des sulfoéthers, et vice versâ.
Morax (1} par des antiseptiques intestinaux, Rovighi (2) par des lavages intestinaux au tanin et à l’acide borique, parviennent chez l’homme à diminuer l’intensité de la putréfaction dans le gros intestin et parallèlement, dans l’urine, la proportion des sulfoéthers.
Poehl, Biernacki, Hirschler, Winternitz démontrent qu’on obtient le même résultat en modifiant le régime alimentaire par l’administration d’hydrocarbures, et qu’à la diminution de la putréfaction de l’intestin correspond aussi celle des sulfoéthers, qui tombent au tiers et même au cinquième de leur quantité primitive.
Tissier et Gohendy le confirment en donnant des bouillons de culture de bacilles lactiques.
D’un autre côté, Mester nous a démontré que la nourri ture faisandée augmente considérablement la proportion des sulfoéthers urinaires (3).
De tout cela nous concluons :
(1) Morax, Zeits. f. p/njs. Ch., X, p. 318.
(2) Rovighi, Zeils. f. phys. Ch., XVI, p. 46.
(3) Mester, Zeits, f. klin. Med., XXIV, p. 441,
L'URINE
La quantité des sulfoéthers dans ïurine est proportionnelle à ïintensité des processus de putréfaction dans ïintestin, et elle nous permet de la mesurer.
Cette conclusion ne sappluiue pas :
1" Aux personnes qui prennent des médicaments appartenant à la série aromatique [saloC phénoC naphtol, etc.) ;
2° Aux infections et suppurations de V organisme dans lesquelles les microbes détruisent de V albumine de la même manière cjue dans V intestin.
Stern (1) a fait à cette méthode un reproche que nous ne pouvons passer sous silence. Pour lui, la quantité des sulfoéthers dansl’urine n’estpas proportionnelle à l’intensité de la putréfaction intestinale, mais bien seulement à la puissance de résorption, fort variable suivant les individus. Cela est vrai, car on voit, même avec un intestin résorbant mal dans certaines parties de son parcours, une notable partie des substances aromatiques être absorbées dans les autres parties encore saines.
Mais nous pouvons objecter à Stern que, si les substances aromatiques sont mal résorbées, les ptomaïnes le seront aussi.
Or, comme ce ne sont que les substances résorbées qui causent l’auto-intoxication, celles-ci sont dosées par les sulfoéthers.
L’objection de Stern tombe ainsi d’elle-même.
Dosage.
L’acide sulfurique se trouve, dans l’urine, sous deux formes :
a) Combiné à l’état de sulfates;
b) Combiné h l’état de sulfoéthers.
(1) Stern, Diss. inaug., Breslau, 1892.
Combe. — Auto-intoxication intestinale,
DIAGNOSTIC
I. Domrje de l’acide sulfurique lotal. — Urine 50 centimètres cubes + 5 centimètres cubes d’acide chlorhydrique concentré + 10 centimètres cubes de solution de chlorure de baryum (30,5 chlorure de baryum par litre) sont chauffés pendant quinze minutes sur feu nu.
L’acide chlorhydrique décompose les sulfoéthers en substance aromatique et en acide sulfurique. Celui-se combine au baryum et forme un précipité de sulfate de baryum.
L’acide sulfurique des sulfates fait de même.
On laisse déposer, on filtre, lave, dessèche, calcine et pèse.
Le poids trouvé (I) correspond à Vacide sulfurique total.
IL Dosage de l’acide sulfurique des sulfates. — Urine 50 centimètres cubes -h 5 centimètres cubes d’acide acétique (qui ne décompose pas les sulfoéthers) -f 10 centimètres cubes de solution de chlorure de baryum.
On chauffe légèrement; l’acide sulfurique des sulfates se combine au baryum et se précipite. On laisse déposer, on filtre, lave, dessèche, calcine et pèse.
Le poids trouvé (II) correspond à l’acide sulfurique des sulfates.
La différence (I — II), multipliée par le facteur constant 6,8692, donne en milligrammes la quantité des sulfoéthers contenus dans 1 litre d’urine.
Quantités normales de sulfoéthers par 24 heures.
Grammes.
Nouveau-né 0,000 (1)
Enfant de 1 à 5 ans 0,50 à 0,80 (2)
— de 1 à 15 — 0,80 à 0,100 (3)
Adulte 0,100 à 0,150 (4)
A. — Variations physiologiques.
Grammes.
Heures : 8 h. matin 0,061 p. 1 000 (5)
— Midi 0,027 —
— 8 h. soir 0,147 —
(1) Senator, Zeits. f. phys. Ch., IV, p. 1.
(2) Rovighi, Zeits. f. phys. Ch., XVI, p. 31.
(3) V. DE Velden, Virch. Arch., n° 72, p. 345.
(4) V. DE Velden, Virch. Arch., n® 72, p. 350.
(5) Poehl, Petersh. med. Woch., LXXXVII, p. 50,
L’URINE
Diète.
i® Diminution des sulfoélhers.
Régime végétarien. — Hoppe-Seyler (1) signale l’influence très formelle de la diète végétarienne sur la diminution des sulfoéttiers.
Lactose. — Strauss (2) a observé une diminution de plus de moitié dans la proportion des sulfoélhers, en ajoutant 100 grammes de lactose à la nourriture :
Lait. — Biernacki (3), Matteoda (4), Winternitz (3) observent tous une diminution des sulfoélhers avec la diète lactée.
Lait aigre. — Poehl (6) démontre l’influence du lait aigre sur la diminution des sulfoélhers. Cette propriété a été vulgarisée par Metchnikoff.
Kéfir. — Rovighi (7), Embden (8) constatent la diminution considérable des sulfoélhers avec le kéfir.
Farineux. — Rothmann, Gottwald, Krauss (9), Hirschler (10), etc., démontrent la diminution des sulfoéthers avec l’alimentation farineuse.
(1) Hoppe-Seyler, Zeits. f. phys. Ch., XII, p. 36.
(2) Strauss, Zeils. f. klin. Med., XXIV, p. 441.
(3) Biernacki, Deutsch. Arch. f. klin. Med., XLIX, p. 87.
(4) Matteoda, Diss. Genève, 1894.
(5) Winternitz, Zeits. f. phys. Ch., XVI, p. ,17.
(6) Poehl, Maly's, 1887, p. 277.
(7) Rovighi, Zeits. f. phys. Ch., XVI, p. 30.
(8) Embden, Ibid., XVIII, p. 223.
(9) Rothmann, Gottwald, Krauss, Zeits. f. phys. Ch., XII, p. 16.
(10) Hirschler, Ibid., X, p. 35.
Grammes.
Sulfoéthers.
Avant; sulfoéthers
0,290 Avec 100 gr. lactose 0,412 — —
DIAGNOSTIC
Augmentation des sulfoéthers.
Viande. — Bunge (1) trouve une augmentation quadruple des sulfoéthers avec l’alimentation carnée. Rovighi, Mester, Hirschler, etc., confirment ces recherches.
B. — Variations pathologiques.
Estomac. — L’acidité normale du suc gastrique diminue la proportion des sulfoéthers.
Dans l’hypochlorhydrie et l’anachlorhydrie, les sulfoéthers augmentent considérablement.
L’administration d’acide chlorhydrique médicinal diminue beaucoup la proportion des sulfoéthers, ainsi que le constate Biernacki (2j.
L’administration prolongée de bicarbonate de soude augmente les sulfoéthers urinaires (3). Pour peu même que l’on prolonge l’administration des alcalins, la quantité des sulfoéthers augmente considérablement et d’une manière durable : ce serait là, d’après Kast (4), la cause unique de la cachexie alcaline.
Ces expériences démontrent en tout cas l’influence retardante ou microbicide de l’acide muriatique; elles sont confirmées par celle de Wasbutzki (5), qui constate, comme nous l’avons dit, dans toutes les maladies de l’estomac avec hypoacidité, une augmentation considérable des sulfoéthers.
Bile. — Biernacki (6) démontre que, dès que la bile ne
(1) Bunge, Handb., p. 315,
(2) Biernacki, Arch. f. /clin. Med., XL, p. 87.
(3) Stadelmann, Diss., Stuttgart, 1890.
(4) Kast, Festschrifl, 1889.
(5) Wasbutzki, Arch. f. exp. Path., XXVI, p. 133.
(6) Biernacki, Centralbl. f. med. Wiss., 1890, p. 49.
L’URINE
peut plus s’épancher dans l’intestin, comme dans l’ictère, on voit la quantité des sulfoéthers quadrupler.
Intestin. — Dans les catarrhes aigus avec diarrhées, les sulfoéthers diminuent; ils augmentent dans la constipation (Ij.
Bartoschevitsch (2), dans une entérite avec alternative de constipation et de diarrhée, trouve :
Sulfo-éthers.
Périodes : Diarrhée 0,332
— Diarrhée 0,261
— Constipation 0,456
— Diarrhée 0,199
— Constipation 0,627
— Diarrhée 0,286
— Constipation. 0,410
La STASE DES MATIÈRES s'accompague d’une putréfaction considérable; aussi n’est-il pas étonnant de voir Hoppe- Seyler (8) trouver une augmentation des sulfoéthers proportionnelle à la stagnation des matières et variable suivant les matières qui les causent.
Constipation. — Dans la constipation, Pfungen (4) trouve une forte augmentation des sulfoéthers, mais seulement quand il y a atonie de l’intestin avec stagnation des matières dans la partie supérieure de l’intestin.
Hoppe-Seyler démontre que, dans la constipation simple, par contre, il n’y a pas augmentation des sulfoéthers dans l’urine.
PÉRiTYPHLiTE. — Stokviss et d’autres ont étudié la proportion des sulfoéthers dans les pérityphlites, qui s’accompagnent d’une stase des matières de la partie supérieure, et
(1) Bbieüer, leits. /*. klin. Med., III, p. 465. — Gava Ungar, Arch. f. Med., I, p. 288.
(2) Bartoschevitsch, Zeits. f. klin. Med., XVII, p, 56.
(3) IIoppe-Seyi.er, Zeils. f. phys. Ch., XII, p. 31.
(4) IhTNGEN, Zeits. f. klin. Med., XXI, p. 118.
DIAGNOSTIC
trouve une très forte augmentation des sulfoéthers, que nous avons confirmée dans tous les cas que nous avons observés.
PÉRITONITE. — Salkowski (1), Hoppe-Seyler (2) ont trouvé dans la péritonite une augmentation considérable des sulfoéthers.
Obstruction intestinale. — Salkowski a pu constater que, dans l’obstruction intestinale, les sulfoéthers augmentent dans des proportions énormes et qui ne sont dépassées dans aucune autre maladie.
Nous avons observé, dans une invagination cæcale chez une jeune fille de six ans, 935 milligrammes de sulfoéthers.
B. — Dosagfe des substances aromatiques en nature.
La recherche des sulfoéthers, sans être précisément difficile, exige cependant des manipulations délicates, demandant du temps et de l’habitude : qui ne peùvent guère être faites que par un chimiste.
Aussi était-il fort désirable d’avoir un procédé clinique facile, pouvant être confié à un interne et permettant de faire des dosages journaliers, afin de pouvoir se rendre compte de la marche de l’auto-intoxication, de pouvoir la rapprocher de la marche de la maladie, de tirer enfin de cette double courbe des indications thérapeutiques précises.
Nous désirions d’autant plus avoir une autre méthode que le dosage des sulfoéthers ne donne pas une idée absolument complète de tous les processus de putréfaction de l’intestin.
En effet, on trouve des bactéries : le bactérium d’Éberth et le streptocoque par exemple, qui ne forment ni indol, ni phénols aux dépens de l’albumine.
En second lieu, la courbe du phénol n’est pas absolu-
(1) Salkowski, Zeils. f. phys. Ch., XII, p. 85.
(2) Hoppe-Seyleh, Zeils. f. phys. Ch., XII, p. 31.
L’UHINE.
ment parallèle à celle de l’indol et du scatol. En effet, Odermatt a prétendu que normalement le scatol est en quantité plus considérable que l’indol et que, dans une putréfaction de longue durée, l’indol diminue et les phénols seuls augmentent.
On sait en outre que l’indol se forme déjà dans l’intestin grêle, le phénol seulement dans le gros intestin. Une grande disproportion dans leurs quantités réciproques peut donc avoir une certaine importance pour le diagnostic topographique d’une obstruction intestinale par exemple.
Dans notre cas d’invagination du cæcum, nous avions :
Indols Osr.880
Phénols 0s>\045
Scatols 0st,035
Cette énorme disproportion des indols et des phénols, cette quantité effrayante d’indols laissaient supposer que la stase fécale était dans la partie inférieure de l’intestin grêle, ce que démontra en effet l’opération.
On peut donc conclure que les proportions des différents corps aromatiques peuvent donner certaines indications sur la marche et la localisation de la putréfaction.
En troisième lieu, il arrive quelquefois que, lorsque l’acide sulfurique disponible est épuisé, les phénols et l’indol ne se trouvent pas dans l’urine sous forme de sulfoéthers, mais sous forme d’acides glucuroconjugués.
Enfin et surtout, les sulfoéthers ne contiennent qu’une minime partie des oxyacides, le reste s’éliminant en nature.
Or ni les glucuroéthers, ni les oxyacides ne sont mesurés par le chiffre des sulfoéthers.
Pour toutes ces raisons, il n’était pas inutile de rechercher les phénols, l’indol, le scatol et les oxyacides indépendamment des acides sulfurique et glucuronique, auxquels ils sont combinés, et de les doser séparément.
Grâce au D’’ Amann, nous sommes en mesure de faire ce
DIAGNOSTIC
dosage, car il a trouvé une méthode et un appareil pratiques dans ce but.
L’appareil a reçu le nom de chromomètre Amann.
Le chromomètre Amann.
Cet appareil, destiné au dosage colorimétrique des corps
aromatiques et copié sur l’hématimètre de Fleiscbl, se
compose d’une loupe montée, munie d’un chariot mobile
([ui porte un prisme bleu pour l’indol, rouge pour le phénol,
le scatol et les oxyacides (fig. 4).
Ces prismes sont taillés en biseau, de
façon que l’intensité de la coloration
varie suivant l’épaisseur, si bien qu’il
suffit de mouvoir le chariot dans un
sens ou dans l’autre pour faire varier
graduellement la coloration.
Au-dessus du prisme, se trouve une
cellule éclairée par en bas et divisée
en deux parties égales : l’une se trouve
Fig. 4. — Chromomètre placée au-dessus du prisme*, on la remdu D»’ Amann. , ,
plit d eau ; 1 autre reçoit la substance
colorée à examiner. On fait mouvoir le chariot et varier
l’intensité de la coloration du prisme jusqu’à ce qu’elle se
rapproche le plus possible de celle de la solution.
On lit alors, sur une division, l’épaisseur du verre coloré, et on trouve sur les tables qui accompagnent l’appareil la quantité de substance aromatique clierchée.
Pour établir ces tables, Amann a fait de longues recherches comparatives entre la méthode colorimétrique et la méthode chimiijue ; cette dernière a été, pour les phénols, la méthode de Kossel et Penny (1) ; pour l’indol et le
(1) Kossel et Penny, Zeils. f. pkys. Ch., XVII, p. 117.
l’urine.
scalol, la méthode des pesées, après évaporation de la solution et purification ; pour les oxyacides, ils ont été dosés colorimétriquement, parallèlement à une solution d’acide paraoxybenzoïque centinormale.
En comparant ces données avec celles du chromomètre, le D*’ Amann est parvenu à établir une échelle suffisamment exacte pour les besoins de la clinique.
Voici comme nous procédons pour ces analyses :
L — LES OXYACIDES AROMATIQUES.
La tyrosine se transforme, d’après Baumann, dans la partie inférieure de l’intestin grêle et dans le gros intestin, — mais presque uniquement sous l’influence microbienne, — en acide paraoxyphénylacétique et en acide paraoxyphénylpropioniqae, le premier se dédoublant en paracrésol^ le second en paracrésol et en phénol.
Les oxyacides sont donc des produits intermédiaires de la putréfaction intestinale qui auymentent avec Vintensite des phénomènes de putréfaction dans V intest in.
Us s’éliminent par l’urine en grande partie en nature, en petite proportion comme sulfoélhers.
Quantité normale d'oxyacides par litre = 0,010 à 0,020.
Quantité normale d’oxyacides par 24 h. = 0,01 5 à 0,030.
Dosage des oxyacides.
50 centimètres cubes d’urine, plus 5 centimètres cubes d’acide cblorliydri<iue concentré, sont chauffés dans une capsule de porcelaine jusqu’à concentration à la moitié du volume.
Les sels des oxyacides sont ainsi décomposés en oxyacides libres, tandis que leurs bases sont transformées en chlorures.
En même temps, les sulfoéthers ont été décomposés en acide sulfurique et en phénols, indols, scatols; une partie des phénols sont volatilisés. On verse ce li(|uide refroidi dans un tube gradué n» 1 ; on ajoute 10 centimètres cubes d’éther, et on roule le tube pendant un
DIAGNOSTIC
quart d'heure aiin de dissoudre les oxyacides, les phénols etlesindols.
On pipette ensuite l’éther, que l’on met dans un autre tube semblable n» 2. On répète l’opération trois fois de suite, en réunissant toutes les solutions éthérées dans le tube n° 2.
Pour éliminer les phénols, on ajoute dans les solutions éthérées réunies dans le tube n° 2, 5 centimètres cubes de solution décinormale de soude caustique et 10 centimètres cubes d’eau distillée et roule comme ci-dessus : les oxyacides forment ainsi leurs sels de soude en solution aqueuse ; tandis que l’éther ne contient plus que les phénols et h'S indols. On pipette l’éther et on le rejette.
On acidulé la solution aqueuse avec Ib centimètres cubes d’acide sulfurique décinormal, qui décompose les sels et remet les oxyacides en liberté.
On ajoute 10 centimètres cubes d’éther, on roule de nouveau et on obtient une solution éthérée des oxyacides ; celle-ci est évaporée dans une capsule, et le résidu est repris avec 20 centimètres cubes d’eau distillée.
On ajoute alors XX gouttes de réactif de Millon, on chauffe jusqu’à coloration maximale et on examine au cbromomètre.
IL — LES PHÉNOLS.
Les phénols, c’est-à-dire le paracrésol et le phénol, sont des produits de la putréfaction de la tyrosine en passant par les oxyacides.
Les phénols ne se produisent jamais dans l'intestin grêle, mais seulement dans le gros intestin.
Les maladies, les stases de l’intestin grêle n’augmentent pas les phénols ; par contre, toutes les stases du gros intestin s’accompagnent d’une production abondante de phénols.
Les phénols s’éliminent sous forme de sulfoéthers, dont une partie s’oxyde dans l’organisme.
Quantité normale de phénols par litre = 0,010 à, 0,015.
Quantité normale de phénols par 24 heures = 0,015 àO, 030.
Cette proportion augmente :
1° Dans les suppurations de V organisme : Empyème, bronchite putride, gangrène pulmonaire, pyémie et fièvre puerpérale, etc. ;
2® Dans les stases du gros intestin : Péritonite simple et
L’URINE
tuberculeuse, pérityphlite, rétrécissement par brides, coudures, spasmes, tumeurs, invagination chronique, parésie, dilatation, obstruction intestinale, ou constipation haute, le plus souvent spasmodique ;
3° Dans toute exagération de la putréfaction intestinale.
Dosage des phénols.
Les phénols, qui se trouvent dans l’urine à l’état de sulfoconjugués, doivent être décomposés en acide sulfurique et en phénols libres.
Pour cela, on chauffe 50 centimètres cuhes d’urine, plus 5 centimètres cuhes d’acide chlorhydrique, le hallon ouvert, jusqu’à réduction à la moitié du volume. On ajoute alors 10 centimètres cubes d’eau, et on distille à petite flamme. Les phénols passent seuls.
La distillation est conduite de manière à avoir 20 centimètres cubes environ de distillât qu’on dilue pour ramener à 50 centimètres cubes.
On chauffe 20 centimètres cubes du liquide après addition de XX gouttes de réactif de Millon (s’il survient un trouble, on ajoute II à III gouttes d’acide nitrique).
On chauffe jusqu’à coloration maximale, et on laisse refroidir avant d’examiner au chromomètre.