C. — Coefficients d'auto-intoxication
Ces coefficients sont au nombre de trois :
1® Le coefficient de Baumann;
2° Le coefficient d’Amann ;
3® Le coefficient de Combe.
1® Coefficient de Baumann.
Nous l’avons vu : la quantité de sulfoéthers varie suivant l’heure de la journée; on peut se mettre à l’abri de cette cause d’erreur, en examinant l’urine des vingt-quatre heures.
Elle varie aussi suivant la nourriture, augmentant avec l’albumine, la viande, etc., en un mot avec le régime azoté, et diminuant avec le régime végétarien.
Les quantités normales de sulfoéthers varient donc suivant les individus, et c’est pour cela que l’on est obligé d’admettre pour les sulfoéthers de larges limites normales, comme on le fait pour f azote total.
Baumann a pensé éliminer ces variations physiologiques en comparant l’acide sulfurique combiné aux sulfates {acide sulfurique A ou des sulfates), qui provient lui aussi de l’albumine de l’alimentation, à l’acide sulfurique combiné aux substances aromatiques {acide suif urique B ou sulfoconjugue).
DIAGNOSTIC
Ce coefficient a reçu le nom de coefficient de Baumann. .« *
L’acide sulfurique des sulfates A = 1,50 idanslescas
L’ac. sulfurique des sulfoconjugués B = 0,150 au maximum ^ normaux.
Coefficient de Baumann normal ^ =77-^^ — = 10.
Or B diminuant dans l’inanition, la diarrhée, augmente dans la putréfaction exagérée.
Le coefficient baisse dans ce dernier cas. On peut donc dire que :
Le coefficient de Baumann non renversé est en raison inverse de la putréfaction intestinale.
Il diminue quand la putréfaction augmente.
Nous avons pris l’habitude, avec mon chimiste le D'" Amann, de renverser ce coefficient et de le multiplier par 100. Sous cette nouvelle forme, il indique la proportion de l’acide sulfurique des sulfoconjugués pour 100 grammes d’acide sulfurique total.
Cest le coefficient de Baumann renversé.
Le coefficient de Baumann renversé est proportionnel à l’intensité de la putréfaction.
Il augmente quand la putréfaction augmente.
Coefficient de Baumann renversé normal ^ = 10.
Mais le coefficient de Baumann ne peut et ne doit plus être maintenu à l’heure actuelle comme unique mesure de l’autointoxication intestinale.
11 ne le pourrait que si la nourriture restait absolument la même (régime d’épreuve).
Or tout changement de nourriture exerce une influence considérable sur le soufre des sulfates urinaires.
En effet et en premier lieu, la teneur en soufre des albumines n’est pas constante : elle varie de 0,20 à 2 p. 100 et n’est pas proportionnelle à leur teneur en azote, qui ne varie que du 15 au 16 p. 100,
L’URINE
En second lieu, le soufre urinaire ne provient pas seulement de Talbumine de la nourriture, mais aussi et en forte proportion de la décomposition de^ l’albumine du corps.
Il en résulte que le coefficient de Baumann compare deux choses qui ne sont pas comparables, puisqu’elles dépendent de facteurs toutàfaitdifférents : Le soufre total étant fonction à la. fois de la désassimilation de l’albumine du corps et de l’albumine de la nourriture alors que le soufre sulfoéthéré ne provient que de la putréfaction des aliments azotés.
Aussi le Baumann ne donne-t-il que des renseignements très approximatifs.
Il n’est pas difficile, même dans les travaux des partisans du coefficient de Baumann^ de trouver la preuve de ce que nous avançons.
Dans les travaux de Rochmann et dans ceux de Rovighi, nous voyons le Baumann non renversé diminuer en nour rissant les chiens avec du zwieback. Cette diminution n’est pas due à une augmentation des sulfoéthers, car ceux-ci ont diminué, mais bien au fait que le soufre total diminue beaucoup dans ce genre d’alimentation.
Dans le travail de Winternitz, nous constatons, à plusieurs reprises, qu’il obtient avec son lait et avec sa viande le même Baumann, alors que les sulfoéthers sont quadruplés.
Aussi voyons-nous la plupart des auteurs : F. Millier (1), von Noorden (2), Salkowski (3), Kast et Boas (4), mettre en doute la valeur du coefficient de Baumann.
Ils arrivent à. la conclusion que ce coefficient n'a qu'une valeur très relative et que seule la quantité de sulfoéthers urinaires peut être considérée comme une mesure de la pénétration dans le sang des produits de la putréfaction azotée de l'intestin.
(1) Müller, Zeüs. f. klin. Med., XII, p. 63.
(2) Von Noorden, Zeits. f. klin. Med., XVII, p. 525.
(3) Salkowski, Zeits. f. phys. Ch., XII, p. 85.
(4) Kast et Boas, Munch. med. Woch., 1888, p. 51,
DIAGNOSTIC
Nous sommes donc d’accord avec Schmilz (1) quand il déclare que, comme mesure de rauto-intoxication digestive, il vaut mieux ne tenir compte de la quantité absolue des sulfoéthers plutôt que de les comparer au soufre total, comme dans le Baumann.
Il n’en est pas moins vrai que le coefficient de Baumann peut être conservé à la condition de ne pas le consulter seul, mais de ne lui attribuer qu’une valeur comparative.
Dans le cas d’invagination intestinale chronique dont nous avons parlé, le Baumann est monté à 28,8.
Beaucoup plus exact est le coefficient qui compare les sulfoéthers à l’azote total, coefficient que nous désignons depuis quelque temps par abréviation, sous le nom de coefficient d’Amann.
Ce rapport nous indique la quantité de sulfoéthers par rapport à la quantité d’azote total :
Ces deux termes sont comparables. En effet, le numérateur, les sulfoéthers, provient uniquement de la nourriture, et le dénominateur, Vazote total, sorten presque totalité de l’albumine de la même nourriture ; enfin la proportion d'azote est dans toutes les albumines à peu près la même : 15 p. 100.
Nos expériences nous ont en effet montré la grande utilité et les précieuses indications de ce coefficient.
Dans notre cas d’invagination, nous avions :
2° Coefficient d'Amann.
Coefficient d’Amann normal =
Sulfoétliers Azote total
Coefficient d’Amann =
93Sms
(1) ScHMiTZ, Zeils. f. phys. Ch., XIX, p. 384.
L’URINE
3® Coefficient de Combe.
Le D*" Amann a bien voulu donner notre nom au coefficient qu’il a proposé, coefficient obtenu en faisant la somme des poids (exprimés en milligrammes) des substances aromatiques: phénols, indols, scatols etoxyacides, et divisant cette somme par l’urée ou l’azote total (exprimés en grammes). Le coefficient de Combe indique combien l'urine renferme de milligrammes de substances aromatiques pour 1 00 grammes d'urée ou d'azote total.
Phénols 10 à 15 rnilligr.
Indols 05 à 15 —
Scatols 05 à 10 —
Oxyacides 10 à 20 —
Subst. aromatiques normales 30 à 60 rnilligr.
Urée normale 15 à 25 grammes.
Azote total normal 10 à 15 —
Coefficient de Combe normal = 150 à 250.
Coefficient de Combe normal = 250 à 300.
Nous ne prétendons nullement que notre coefficient comprenne toutes les substances aromatiques, mais ce sont les principales, et elles complètent fort bien les renseignements donnés par les sulfoéthers.
Dans notre cas d’invagination chronique, le Combe était de 4250.