B. — DIAGNOSTIC PHYSIOLOGIQUE
Diminution de la fonction antitoxique du foie.
L’insuffisance de la fonction antitoxique du foie, ayant pour conséquence une neutralisation ou une destruction incomplète des poisons, la toxicité urinaire sera forcément accrue dès que la cellule hépatique sera touchée.
Cette toxicité pourra être mesurée par les urotoxîes.
Nous avons vu que cette méthode des urotoxies est passible d’objections sérieuses ; aussi n’est-il pas permis actuellement d’en tirer des conclusions sur l’insuffisance du foie.
Insuffisance de la fonction glycogénique du foie.
L’examen de cette fonction se fait par Vépreuve de la glycosurie alimentaire.
Fonction glycogénique de Schtpf. — Le foie transforme le sucre intestinal en glycogène. Si on lie auparavant la veine-porte et qu’on introduise du sucre dans l’intestin, il se produit une glycosurie (Claude Bernard), ce qui indique l’absence de cette fonction du foie.
Nous avons d’autant plus d’intérêt à mettre en œuvre cette épreuve qu’elle nous permet d’interroger l’action d’arrêt qu’exerce la cellule hépatique sur les poisons. Les recherches de Roger ont en effet démontré que l’action glycogénonique et l’action antitoxique du foie sontconnexes.
Un foie qui ne forme plus de glycogène aux dépens des hydrocarbures devient aussi incapable d’exercer son action protectrice vis-à-vis des poisons que traversent son parenchyme.
La dose de 150 grammes de glycose doit être considérée comme la dose normale de l’épreuve (Achard) ; cette dose Combe. — Auto-intoxication intestinale. 19
DIAGNOSTIC
doit être absorbée rapidement, afin d’éviter sa transformation partielle dans l’intestin, ce qui ôterait toute valeur au résultat négatif de l’épreuve.
Il faut enfin, pour bien apprécier la valeur d’un résultat positif, savoir si l’insuffisance glycolytique est purement hépatique ou si elle tient à l’ensemble des tissus.
Enfin il faut doser le taux de la perméabilité rénale.
Ce n’est qu’au prix de toutes ces précautions que la glycosurie alimentaire devient un des meilleurs signes de l’insuffisance hépatique, un de ceux qui nous renseignent le mieux sur l’état anatomique et fonctionnel de la cellule hépatique, d’après l’opinion de Chauffard (1).
Pour d’autres auteurs cependant : Charrin, Linossier, la glycosurie alimentaire ne serait pas un signe certain d’insuffisance hépatique.
Car il s’en faut que toute tare de l’organe biliaire entraîne l’apparition de la glycosurie alimentaire.
Cette donnée est conforme aux notions de physiologie générale en vertu desquelles il suffit d’un fragment de glande saine, thyroïde, pancréas, pour empêcher l’apparition de tout myxœdème, de tout diabète.
Comment admettre que le foie seul fasse exception!
La glycosurie alimentaire est donc plutôt un signe d’insuffisance générale du foie que d’insuffisance profonde et grave.
Élimination intermittente du bleu de mïîthylène. — Pour Chauffard (2), le caractère intermittent que prend chez les hépatiques l’élimination du bleu est un des meilleurs signes d’insuffisance du foie.
Il faut recueillir l’urine toutes les deux heures ; le nombre des intermittences peut varier de 1 à 5; leur époque d’apparition pour les plus précoces est de la troisième à la sixième heure; pour les plus tardives, de la quarantième à la
' (1) Chauffard, in Traité de path. gén.àe Bouchard, V, p. 49.
, (2) Chauffard, loc. cit., p. 55
quarante-cinquième heure; leur durée est au minimum de une à deux heures, au maximum de dix, en moyenne de quatre à cinq heures.
D'une manière générale^ on peut dire que les intermittences d' élimination sont d’autant plus précoces et d'autant plus nombreuses que le fonctionnement de la cellule hépatique est plus gravement compromis (Chauffard).
Voici l’explication qu’en donne cet observateur éminent :
Chez l’homme sain, quand le rein et le foie ont conservé leur intégrité fonctionnelle, glomérules et tubuli rénaux s’associent dans un travail synchrone.
Les éliminations d’eau et de matières solubles s’effectuent suivant des courbes parallèles ; le bleu s’élimine sous un type continu et non prolongé, de même que l’urée et les solides dissous.
Chez l’hépatique, les poisons intestinaux et autres irritent et intoxiquent surtout les tubes contournés par inhibitions partielles, et atteignent moins les glomérules; aussi le rythme sécrétoire se modifie-t-il profondément.
L’activité glomérulaire reste relativement moins touchée (sauf les cas graves d’oligurie et d’anurie) et se dissocie d’avec la sécrétion des tubes contournés.
Il se produit ainsi un type dissocié d’élimination, dans lequel l’élimination d’une grande quantité d’eau urinaire correspond à une sécrétion très peu abondante d’urée, de matières solubles et à une disparition des pigments biliaires, et du bleu, qui est simplement destiné à rendre cette intermittence plus visible.
Tels sont les signes de l’insuffisance hépatique.
Tous sont corrélatifs des fonctions normales de la glande et en donnent la contre-partie pathologique.
Tous n’ont pas une valeur égale, aussi n’est-ce qu’en les consultant tous que l’on pourra se faire une idée de l’intensité de l’insuffisance du foie.
TRAITEMENT
L’auto-intoxication intestinale est, nous le savons, fonction, d’une part, de la putréfaction azotée dans l’intestin et, d’autre part, de l’insuffisance des organes antitoxiques de l’organisme.
Il en résulte que les indications du traitement découlent de deux sources principales :
I. Diminuer la putréfaction azotée dans l’intestin afin de la ramener à la normale si les org-ancs antitoxiques sont suffisants ;
Ramener la putréfaction azotée dans l’intestin au-dessous de la normale si les organes antitoxiques sont insuffisants ;
II. Stimuler les fonctions antitoxiques et les émonctoîres de l’organisme lorsqu’ils sont devenus insuffisants.