PASSIVE DES LEVURES EST HORS DE TOUTE CONTESTATION
En résumé, nous pouvons conclure de ces expériences que, lorsque des microbes et des levures actives se trouvent dans un milieu commun, il se produit un antagonisme entre ces deux champignons.
La levure possède pour le microbe le même pouvoir chimiotoxique positif que le microbe lui-même exerce vis-à-vis du leucocyte.
La bactérie attaque la cellule de levure et pénètre dans son protoplasme, et chacun d’entre eux lutte contre son adversaire au moyen de ses enzymes protéolytes, car l’on sait que ces enzymes ont été isolés soit des levures, soit des microbes.
Dans la majorité des cas, ainsi qu’il résulte des expériences, les enzymes de la levure active, plus vigoureux, remportent la victoire, et le bacille disparaît peu à peu, complètement digéré.
Pendant ce temps, la levure continue à produire sa fermentation alcoolique, grâce à ses zymases, et la production de l’alcool et de l’acide succinique contribue certainement pour sa part à paralyser la défense du microbe.
Mais, si la supériorité quantitative et qualitative des levures n’existe pas, si le milieu ne permet pas aux levures de former l’alcool et l’acide succinique, qui contribuent pour leur parta la victoire, les microbes remportent la victoire ; les fermentations et putréfactions microbiennes reprennent leur cours un instant ralenti.
4® Action des levures sur les toxines. — Les levures exercent-elles une action sur les toxines sécrétées par les microbes?
Combe. — Auto-intoxication intestinale.
TRAITEMENT
Hallin (1) a étudié, dans un travail fort intéressant, l’action des levures in vitro sur la toxine diphtérique, dont l’activité est diminuée dans des proportions considérables. Ces expériences ont été reprises et étendues par Nobécourt, qui obtint le même résultat.
Il est donc permis de conclure que cette action affaiblissante s’étend aussi aux toxines des microbes intestinaux, sans que nous en ayons jusqu’à présent de preuves absolues.
Il semble que cette action atténuante des levures sur les toxines soit due à l’acidification progressive du milieu. Or nous savons que, par leur activité, les levures entretiennent d’une façon continue l’acidité du milieu intestinal (Nobécourt).
5° Action des levures sur le mouvement péristaltique de l’intestin. — Un certain nombre d’auteurs, Strauss et Hessmann, entre autres (2), ont démontré l’action excitante de la levure sur le mouvement péristaltique de l’intestin.
De là s’explique la diarrhée, qui accompagne souvent le début du traitement; de là aussi cette action favorable de la levure dans la stase intestinale et dans la constipation.
Cette action excitante de la levure sur la péristaltique explique aussi en partie son action favorable sur l’autointoxication intestinale.
6° Action des levures sur la leucocytose. — La levure, — et ce n’est pas là une de ses moindres qualités, — lorsqu’elle a été ingérée ou injectée dans l’organisme, augmente le nombre des leucocytes polynucléaires dans le sang. Or ce sont eux qui sont les phagocytes de Metchnikoff.
C’est très probablement à la nucléine, contenue en grande abondance dans la levure (45 p. 100, Zellner), que sont dues cette augmentation du nombre des leucocytes et cette
(1) Hallin, Soc. bioL, 1899.
(2) Stlauss et Hessmann, loc. cil., p. 187,
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE. 467
stimulation de leur fonction phagocytaire, ce qui constitue une véritable défense de l’organisme contre les microbes.
On appelle nucléines les substances albuminoïdes caractérisées par leur abondance en phosphore organique, qui constituent principalement les leucocytes et leurs noyaux, et se trouvent en abondance dans le thymus, la spermine, etc.
Le principe actif de la nucléine est l’acide nucléinique C’est la substance organique la plus riche en phosphore organique.
Or, on le sait, le phosphore organique ingéré est de beaucoup supérieur aux phosphates, parce qu’il ne se retrouve pas dans les selles; supérieur aux glycérophosphates, parce qu’il ne se retrouve pas dans l’urine ; supérieur aux lécithines, parce que, en se décomposant, il ne donne pas lieu aux produits toxiques (choline).
Grâce à cette substance, la levure augmente le nombre des leucocytes et stimule leur fonction phagocytaire. Car nous savons, grâce aux expériences de Faucher et Barbier, que les leucocytes reçoivent de l’acide nucléinique la force dynamique nécessaire à la lutte phagocytaire.
Cette leucocytose, cette stimulation des défenses de l’organisme par les levures est encore une explication possible et plausible de leur action sur les microbes, et sur ceux du tube digestif en particulier.
En résumé, les levures sont microbicides; elles atténuent
LES TOXINES, AUGMENTENT LA PROPORTION DES PHAGOCYTES ET FAVORISENT LE PÉRISTALTISME INTESTINAL, QUALITÉS QUI DOIVENT LES RENDRE UTILES ET PRÉCIEUSES DANS LES PUTRÉFACTIONS INTESTINALES EXAGÉRÉES, ET PAR CONSÉQUENT DANS l’aUTO- INTOXICATION DIGESTIVE.
TRAITEMENT
Inconvénients des levures.
Les levures, nous l’avons vu, ont besoin, pour agir, de trouver dans l’intestin une substance fermentescible.
Or la présence simultanée dans l’inteslin de ces deux substances peut présenter quelques inconvénients.
Strauss (1) a observé des symptômes morbides à la suite de l’ingestion de bière fraîche en état de fermentation (diarrhée, vomissements, état comateux passager) attribuables à la continuation de la fermentation dans le tube digestif.
On a cité des irritations de l’intestin, même des gastroentérites causées par les levures. Lesage trouve des levures 53 fois sur 473 cas d’entérite infantile.
C’est là un premier inconvénient possible ; un second est du à la composition chimique de la levure.
Ces extraits de levure de bière contiennent, comme déjà Micko, Zellner et autres l’affirment, des quantités considérables de bases xanthiques et peuvent être dangereuses chez les arthritiques, car ces corps augmentent considérablement la formation et l’excrétion de l’acide urique.
Cette hypothèse a été examinée par Laqueur, sous la direction du professeur Brieger par des analyses très concluantes portant sur la nourriture, l’urine et les selles des personnes examinées :
Azole
Urine | Acide phosphori(|ue. . . .
Acide pliosphorique. . . .
! Urine.... '
Avec la \ \
levure. )- ,
' Fèces ]
\ Acide uri(|ue
Azote
Acide pliosphorique. . . .
Acide uri(|ue
i Azote
f Acide phosphorique
(1) Strauss, Arch. f. Path. Anal., XXX, p. 001.
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE. 469
On le voit, la levure de bière (comme le thymus, le pancréas, etc.) (1) augmente de plus du double l’excrétion de l’acide urique.
La proportion de l’acide urique augmente parallèlement à la quantité de levure, et l’augmentation dure quelques jours après qu’on a cessé la levure.
On peut en conclure que l’administration prolongée de levures est absolument contre-indiquée dans l’arthritisme.
Pharmacologie (les levures.
Quelle levure faut-il choisir? On peut hésiter entre deux levures principales :
La levure de bière ;
La levure de raisins.
A. — La levure de bière.
On trouve dans le commerce la levure de bière, soit fraîche, soit sèche, soit en extrait appelé la levurine.
Levures fraîches.
La levure des brasseries. — Elle se présente sous l’aspect d’une substance crémeuse de couleur café au lait, dégageant une légère odeur rappelant celle de la bière.
Cette levure commerciale est un mélange assez complexe et qui n’est jamais formé de levures pures, ainsi que le démontre Jurgensen (de Copenhague) (^).
On y trouve des microbes, souvent plusieurs espèces de levures, et très souvent des cellules de levures contenant des microbes.
(1) Lauueuk, Zeits. f. kl. Med., XXXIX, p. 5.
{i) Jurgensen, Traité des microorganismes de la fermentation, Paris, lüO.'i.
TRATTEMENT.
Cette levure impure est donc très variable suivant les brasseries, voire même suivant les différentes cuves d’une même brasserie; elle ne peut donc qu’être variable dans ses effets.
Enfin cette levure ne peut se conserver fraîche, et, dès qu’elle devient un peu aigre, il faut la rejeter.
Il faut donc, dans la saison chaude, l’avoir fraîche tous les jours, ce qui est impossible dans beaucoup d’endroits.
La levure des pâtissiers. — Elle est plus facile à obtenir. On la trouve en petits cubes et sous forme de pâtes homogènes d’un blanc gris lorsqu’elle est fraîche, d’une odeur caractéristique et se délayant facilement avec de l’eau, à laquelle elle donne un aspect laiteux.
Cette levure, comme celle des brasseries, n’est pas d’une composition uniforme, ni égale, et elle s’altère très facilement.
C’est pour ces deux raisons que presque partout on a renoncé aux levures fraîches pour s’adresser aux levures sèches.
Levures sèches.
Cette levure est d’abord sélectionnée, et, lorsqu’elle ne contient plus que le Saccharomyces cerevisiœ, on l’élève à une température de 25®, dans un milieu nutritif sucré contenant les éléments azotés et minéraux (cendres de levures) indispensables, où elle peut déployer toute son activité.
Lorsqu’elle est arrivée au stade maximum d’évolution et toujours identique pour les levures, elle est alors desséchée rapidement.
Cette levure sèche et stérile conserve tous ses enzymes peptiques et les zymases, ce que l’on peut constater en la délayant dans le mélange suivant :
Kau : GO gr
Levure : G gr.
Sucre : 4 gr.
4 cuill. à soupe.
2 cuill. à café.
1/2 morceau carré.
En Allemagne, c’est le chimiste Albert (de Berlin], qui le premier a préparé la levure sèche, stérile, mais active. Actuellement, trois marques ont acquis une certaine réputation. Ce sont le Wuh\ l’Oro.s, le Siris, dont Zellner (1) a fait l’analyse :
Humidité 25,8 }). 100,
Résidu sec 74,1 —
Substances azotées 48,4 —
— non azotées 11,8 —
— minérales 13,8 —
Acide phosphorique 6,1 —
En France, on se sert de plusieurs préparations. Parmi les plus connues, il faut citer la levure Dehonzy.
En Suisse, le chimiste de Pury prépare la furonculine, c’est-à-dire la levure de bière sèche, stérile et active, sous forme d’une poudre blanche inaltérable ; elle a l’odeur de levure et un goût qui rappelle un peu le fromage.
Ce nom furonculine^ assez mal choisi du reste, puisqu’il spécialise l’action de cette préparation pour une seule maladie, vient de la maladie dans laquelle la levure de bière a fait ses premières preuves.
Pour les affections gastro-intestinales, de Pury prépare une levure spéciale : la zymaline^ ou levure bicarbonatée à 10 p. 100.
La levurine.
La levurine extractive , obtenue par Couturieux et présentée à l’Académie de médecine par le D** Lancereaux, est un suc de levure sec, possédant toutes les propriétés thérapeutiques de la levure type dont il est extrait.
C’est une poudre de couleur marron, d’odeur de peptone.
(1) Zki.lner, Zeils. /'. Ihjgiene, Rd. XLII, p. 3.
TRAITEMENT
d’une saveur légèrement amère, rappelant celle de la bière et du houblon ; elle est soluble dans l’eau.
La levurine correspond à 35 fois son poids de levure fraîche et à 6 fois son poids de levure sèche.
Elle renferme tous les principes solubles du protoplasma de la levure de bière : zymase de Buchner, sua^ise, jnaltosey diasfases diverses^ peptones, albumoses glycogènes.
On l’administre sous forme de comprimés de et à
la DOSE DE DEUX A HUIT COMPRIMÉS PAR JOUR, avant OU après les repas.
Les levurines les plus connues sont la levurine Coirre et la levurine Couturieux.
Mode d’administration des levures de bière.
1° Injections sous-cutanées et intraveineuses. — Doyen, de Backer en France, Manders en Angleterre, préparent la levure stérile en petites cartouches, qui permettent, avec l’aide d’une seringue spéciale, de faire des injections souscutanées stériles.
Ces injections n’ont naturellement pas leur emploi dans l’auto-intoxication intestinale.
2° Applications locales. — Poudre. — On a fait des applications de levure en poudre sur des ulcères torpides, des ulcères variqueux, des ulcères cancéreux, avec des résultats très satisfaisants.
On saupoudre l’ulcère, après l’avoir soigneusement lavé une fois par jour. On peut aussi en saupoudrer un cataplasme tiède.
On a fait aussi des insufflations dans le nez et la gorge dans des cas de diphtérie nasale et pharyngée.
Ce mode d’application n’est naturellement pas usité dans les affections digestives.
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE
Injections. — Ce mode d’emploi, réservé pour les maladies génito-urinaires, a été proposé par Landau dans les vaginites simples et blennorragiques.
On se sert de levure diluée à consistance sirupeuse dans de l’eau ou de l’eau sucrée, et les résultats paraissent être satisfaisants.
Lavements. — Usités dans le cancer du rectum comme désinfectant, les lavements de levure ont été proposés par Thiercelin dans les cas de gastro-entérites infantiles.
Pour un enfant, on prend une cuillère à café de levure sèche délayée dans 00 grammes d’eau bouillie.
Pour un adulte, on utilise une cuillère à soupe de levure sèche dans 150 grammes d’eau bouillie.
Dose : deux ou trois lavements par jour.
3° Ingestion par la bouche. — C’est le mode d’emploi le plus habituel dans les auto-intoxications digestives.
La levure se donne soit délayée dans un liquide : eau simple, eau alcaline, eau sucrée, bière, miel; soit en cachets, mais toujours avec un liquide sucré.
Dose habituelle : Pour les enfants : une demi-cuillerée à café deux à trois fois par jour, à prendre un peu avant le repas ;
Pour les adultes : une cuillerée à café deux à trois fois par jour, à prendre un peu avant le repas.
Emploi thérapeutique de la levure de bière dans Pauto-intoxication digestive.
Manifestations cutanées de l’auto-intoxigation.
C’est dans les manifestations cutanées des affections" intestinales que les levures ont donné les meilleurs résultats, ainsi que le démontrent les études de Brocq à Paris, Lassar
TRAITEMENT
à Berlin, Presta et Taruella en Italie, Oltramare à Genève, etc.
Les acnés, et même les acnés rosacea, les folliculites staphylococciques, ont été très favorablement influencées parles levures en ingestion.
Dans les furoncles, l’action curative est manifeste, mais sans être aussi constante que dans les acnés, au moins d’après notre expérience personnelle. Excellente dans certains cas, elle est nulle dans d’autres, et sans que l’on puisse en déterminer la cause.
On sait que, dans le nord de la France, la levure de bière est un remède populaire contre la furonculose. Elle est entrée dans le domaine médical avec Mossé (1852) et surtout Debouzy, en 1894 (1).
Depuis ce moment, elle a été préconisée de tous côtés, mais surtout par de Backer (en 1895) et par Brocq (2), qui a essayé avec le plus complet succès la levure de bière sur lui-même et sur ses malades.
Sous l’influence du traitement, on voit, dit Du Bois (3), un arrêt d’évolution chez les furoncles en formation, et le furoncle avorté n’arrive pas à la suppuration : il se résout et disparaît en quelques jours.
Dans les furoncles plus âgés, déjà en pleine évolution, il y a diminution du processus nécrotique et de la suppuration, en même temps que suppression presque complète de la douleur et du gonflement.
Il y a donc, sous l’influence de la levure, une atténuation manifeste de la virulence.
La levure a d’abord une action préventive sur la formation des furoncles, action très générale et constante ; elle a ensuite, mais moins constamment, une action sur les furon-
(1) Mossé et Debouzy, Journ. méd. prat., 18ü4, p. 170.
(2) Brocq, Presse méd., 1800, p. 8.
(8) Du Bois, Rev. méd. Suisse Rom., 1001. p. 13,
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE
des en évolution ; elle a enfin, mais plus rarement encore, une action sur les furoncles évolués adultes, en diminuant l’inflammation et limitant la nécrose.
Les affections pruhigineuses sont très favorablement