‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 152 sur 182 · II. — Influence des levures sur l’intestin · texte numérisé non relu

II. — Influence des levures sur l’intestin

Quelle est l’action des levures sur le milieu intestinal. — Les levures parvenues dans le milieu intestinal peuvent exercer leur action :

1» Sur les sucs digestifs;

2“ Sur les matières alimentaires et les résidus de leur digestion ;

3" Sur les microbes ;

4» Sur leurs produits de sécrétion : les toxines;

(1) NoBKr.ornT. C. B. Soc. biol., 11)00.

(2) D'Aksonval et Chauiux, C. B. Soc. biol., 1893.

niMlNUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE.

5“ Sur le mouvement péristaltique de l’intestin ;

(»" Sur les défenses de la muqueuse intestinale.

1“ Action des levures sur les sucs digestifs. — L ad ion des levures sur les sucs digestifs est très discutée.

Alors que Simanowsky affirme que les levures troublent la digestion gastrique, Neumayer et, après lui, Haan (1), expérimentant soit avec la levure basse, soit avec la levure haute, soit avec la levure de boulanger, démontrent que rinfiuence défavorable des levures sur la digestion stomacale est presque nulle, si tant est qu’elle existe, mais qu’à la vérité ces végétaux ne favorisent pas la digestion.

Même contradiction au point de vue de leur action sur lesT différents sucs intestinaux.

2" Action des levures sur le milieu alimentaire. — Lu parlant de ralimenlation et des levures, nous avons déjà relevé leur intluence sur les sucres.

L’ingestion simultanée de levure et d’une solution sucrée empêche la glycosurie alimentaire (Beylot), et, d’autre part, on peut, en prescrivant de la levure, permettre aux diabétiques une alimentation bydrocarbonée sans que la glycosurie augmente (Nobécourt).

3“ Action des levures sur les microbes. — L\ vitro, le coJihocWe^ le streptocoque, le Proteus, le pyonjanique, ensemencés en présence des levures, ne poussent pas, ou mal, sur les cultures de deux à six jours (Nobécourt).

Ces expériences ont été poursuivies par Quincke (2) et par I.andau (1889) avec des levures fraîches.

Albert (3) et plus tard Géret (4) continuèrent ces expériences avec les tevures sêc/tes et stiho'lisees.

Celte tevure sèr/te est une levure de bière tuée ,

(1) Haax. C. li. Soc. bioL, 18!)G.

(2) Qitint.kk, Confie, f. inn. Med.. 1808.

(3) Albert, Ceniralhl. f. G>/n., lî)01, p. 17.

(4) UÉRET, Muneft. med. Woch,, 1901, p. 1836.

TKAITEMENT.

déshydratée et stérilisée avec rulcool et l’éther.

Or, cette stérilisation ne produit qu’une destruction du pouvoir germinatif de la levure, toul en conservant intact son pouvoir de fermentation dû à sa zymase et ses propriétés protéolytiques et réductrices dues aux enzymes protéolytiques qu’elle contient.

Albert parvint ainsi à démontrer que la levure possédait une action bactéricide évidente, mais sans pouvoir spécifier si cette action était due aux produits de la fermentation par la zymase : l'alcool ou l’acide carbonique, ou si c’était l’enzyme protéolytique de la levure qui possédait cette action bactéricide.

Buchner et Géret cherchèrent, par des expériences nombreuses, faites à l’Institut d’hygiène de Munich, à déterminer cette action, et ils arrivèrent à démontrer que l’action bactéricide n’était pas due aux enzymes protéolytiques, mais bien AUX produits de la fermentation des levures.

Voici leurs conclusions:

L’action bactéricide ne se produit que si la levure est active, contient de la zymase et produit une fermentation active ;

2° Cette action nécessite la présence d’une solution sucrée.

Or les produits de la fermentation par les levures sont: l’acide lactique, l’acide succinique en minimes quantités (0,4 à 0,7 p. 100) ; la glycérine, mais surtout l’alcool et l’acide carbonique.

Géret,. poursuivant alors ses recherches sur le Bacilhis acidi lactis aerogenes, le Bacteriinn coli et le Staphylocoque, arrive à confirmer l’action bactéricide de la levure de bière sèche sur ces bactéries, et démontre que cette action doit être attribuée d’ABORD a l’alcool in statu nascenti, e.vsuite a l’acidification progressive du milieu intestinal, qui détruit les microbes protéolytiques.

DIMLNUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

Abraham (1), Ledermann et Klopslock (2), Strauss et Hessmann (3) confirmèrent ces résultats.

Nous pouvons donc conclure que c’est en premier lieu par leurs produits d’excrétion que les levures luttent contre les microbes.

H en résulte tout naturellement que, dans la lutte que les levures soutiennent contre les microbes, ce seront les plus vigoureux, ceux qui auront le plus d’activité vitale, qui remporteront la victoire.

C’est ce qui a été démontré par d’Arsonval et Charrin : le bacille pyocyanique mis en présence de levure de bière dans du bouillon additionné d’une solution de sucre arrête la fermentation alcoolique quand la température est de 37°, température très défavorable à la levure et favorable au pyocyanique.

Cette fermentation, par contre, n’est pas influencée si la température est de 10°, température favorable aux levures.

Ces expériences nous montrent comment les levures actives peuvent, dans les estomacs dilatés hypochlorhydriques, arrêter les fermentations lactique, acétique, butyrique, qui y sont si communes. *

Km résumé, les levures exercent une première action

MICROBICIDE, GRACE A LEURS PRODUITS d’EXCRÉTION, QUI SONT : l’alcool, les acides lactique et SUCCINIQUE « IN STATU NASCENTI ».

Les levures exercent-elles une deuxième action microbicide par les toxines qu’elles sécrètent, comme le soutient Jacquemin ?

Rien ne le prouve actuellement.

Les levures sont-elles douées, comme les globules blancs,

d’un pouvoir PHAGOCYTAIRE VIS-A-ViS DES MICROBES?

(I) Abraham, Monala. f. Gehurlsh. u. Gfjriæk.^ XVI.

12) Ledermann et Klopstock, IV Nalut^f. Versamml. zu Karlsbad.

(3) Strauss et Hessmann, Senators Feslschrifl , p. 107.

TRAITEMENT

En d’autres termes, les levures peuvent-elles d'ellesmêmes englober et digérer les microbes ?

Les levures, comme nous l’avons vu, sont dès leur jeune âge entourées d’une membrane d’enveloppe de cellulose plus ou moins épaisse, qui limite tous les mouvements de leur protoplasma intérieur.

Il ne peut donc être question pour elles des mouvements amiboïdes, qui sont l’apanage des globules blancs phagocytaires, dont le protoplasma, très mobile et dépourvu de membrane d’enveloppe, saisit et absorbe les microbes qui viennent en contact avec eux.

Les levures ne sont donc pas des pliaf/octjtes actifs.

Mais beaucoup d’auteurs admettent cependant que, si les microbes pénètrent dans les levures, celles-ci sont capables de les détruire et de les digérer.

Les levures seraient donc douées d'un pouvoir phagocytaire passif.

Ce pouvoir puauocytatre passie a été découvert accidentellement par Brechat (de Paris). Voici comment ;

On avait envoyé à ce chimiste du vin de figues à examiner afin d’en déterminer la levure; une des bouteilles s’ouvrit accidentellement dans le voyage et arriva au chimiste en pleine fermentation.

Examinée, elle contenait comme les autres le Saccharomyces Pastorianus, mais en plus des Baril lus aceli en nombre considérable.

Or un grand nombre de ces Bacillus aceli étaient englobés dans les cellules de levures ; les uns étaient intacts, mais la plupart des autres étaient diminués, détruits, digérés en partie et ne se coloraient que mal ou pas du tout.

La cellule de levure peut donc agir vis-à-vis du microbe comme un phagocyte, à la seule différence qu’elle ne le fait que lorsque le microbe a pénétré de lui-même dans la

Jevure, car la levure n’a pas le pouvoir d’englober ellemême le microbe.

La levure est donc un phagocyte passif.

Cette trouvaille accidentelle donna lieu à une étude suivie faite par de Backer et Brechat en France, Manders en Angleterre, et qui démontra qu’il ne s'agissait pas là d’une trouvaille accidentelle, mais bien d’une action générale qui se développe dès que les cellules de levures actives sont en présence de microbes dans un milieu commun.

Ce pouvoir phagocytaire passif n’est du reste pas spécial aux saccharomycètes, mais se retrouve aussi chez les mucorinées (hyphomycètes). ‘

Ces expériences démontrèrent que, lorsque les levures sont en état de complète activité, elles sont capables in vitro, si le milieu nutritif leur est favorable, d’empêcher absolument les fermentations microbiennes, qu’elles soient acides : fermentations acétique, lactique, butyrique, ou ({u’elles soient putrides, comme la putréfaction azotée.

Mais, pour cela, deux conditions sont indispensables : l’état d’activité maximale de la levure (nous verrons plus loin comment il s’obtient) et la nature chimique du milieu nutritif, conditions sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

Les premières expériences sur la lutte des levures contre les microbes avaient été faites avec les Sacc/(aromi/ces cerevisiæ et Pastorianus.

Jacquemin (de Nancy) les compléta par ses recherches sur le Saccharovifjces eliipsou/œus ; et, dans une suite de travaux des plus intéressants, il parvint à démontrer que la (pialité du vin dépend pour une grande partie de celte lutte entre les levures et les microbes. >

Les grappes, au moment de la vendange, ne donnent jDas seulement asile à des levures, mais à des microbes divers,

THAITEMEiNT.

qui y ont été déposés par l’air et les mouches et qui lombent dans le moût.

Aussi la fermentation naturelle est-elle sujette à bien des risques et à bien des maladies, qui sont dues précisément à la prédominance des microbes sur les levures.

Par contre, si les levures naturelles sont en pleine vigueur, même si le vin est déjà sous l’influence du Baclllus aceti, en y ajoutant une petite quantité de levures pures sélectionnées, cultivées et exaltées, on arrêtera l’évolution du ferment pathogène, et la maladie sera immédiatement enrayée.

Toutes ces expériences positives engagèrent ces auteurs à examiner l’influence phagocytaire des levures sur d’autres microbes, et ils purent démontrer que cette action s’exerçait non seulement sur un grand nombre de microbes saprophytes [Bacillus aceti, Baclllus termo^ etc.), mais aussi sur les microbes pathogènes (co/i, streptocoques, staphylocoques) et même sur des microbes pathogènes spécifiques [bacilles de Lœffler et bacilles de Koch).

Expériences sur les animaux. — Outre ces expériences ia vitro, ces auteurs firent un grand nombre d’expériences sur l’animal d’abord et sur l’homme ensuite, en employant en injections sous-cutanées et intraveineuses des levures pures et stérilisées.

Ils purent démontrer d’abord l’innocuité de ce mode de traitement et ensuite que ces levures, pénétrant dans le torrent circulatoire, sont capables d’y vivre et même d’y exercer une action microbicide sur les microbes contenus dans les cavités du corps (nez, gorge, intestin, vagin), et même dans les organes internes (poumons, glandes).

Dans des cas de tuberculose traités avec des injections sous-cutanées et intraveineuses, Manders affirme avoir trouvé ce même pouvoir phagocytaire et avoir reconnu (1)

(1) tAi\lhérap€uUque pat' les levures, p. 178.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

dans les expectorations de ses malades des cellules de levures contenant des bacilles de Koch en état de digestion évidente.

Si ces derniers faits ne paraissent pas avoir été confirmés jusqu’ici; par contre, l’action microbicide et phagocytaire

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