INTESTINALE, POURVU QU’ON ADMINISTRE LES DOSES NÉCESSAIRES
2° Cette désinfection intestinale est absolument épuémère ET ne dure QU’aUTANT qu’on ADMINISTRE LA LEVURE;
3° La désinfection par les levures ne paraît donc indiquée
QUE DANS les AUTO-INTOXICATIONS INTESTINALES AICUES ET DE COURTE DURÉE.
II. — DIMINUER LA VITALITÉ DES MICROBES PROTÉO- LYTIQUES DE L’INTESTIN A L’AIDE DE MÉDICAMENTS DÉSINFECTANTS.
Le régime lacto-farineux, en modifiant le bouillon de culture, exerce une action antiputride remarquable; car, en faisant pénétrer dans toutes les parties de l’intestin, même les plus reculées, les acides lactique et succinique, in statu nascenti^ il exerce son action paralysante sur la vitalité des bacilles protéolytiques.
Mais, si le régime farineux diminue notablement les putréfactions azotées, il ne les supprime pas, et il ne saurait être question de parler d’une asepsie intestinale produite par le régime.
L’action antiputride n’est en effet pas complète :
Les sulfoéthers, ces témoins de la putréfaction intestinale, sont notablement diminués dans l’urine, mais ils n’ont pas disparu.
Bien plus, si on établit, par des analyses journalières, les courbes des corps aromatiques, on peut voir, sous l’influence du régime, les courbes descendre et se rapprocher de la normale, quelquefois même passer au-dessous de la normale.
Mais bientôt, le plus ordinairement après une dizaine de jours, soit que les microbes se soient accoutumés à leur nouveau milieu, soit pour une autre cause, on observe que les courbes s’élèvent de nouveau lentement, comme si les poisons s’accumulaient.
Cliniquement, si on laisse les choses aller, on voit d’abord l’appétit diminuer; la langue devient rouge sur les bords, l’haleine devient plus forte; le spasme intestinal, qui avait
TRAITEMENT
diminué, s’accentue de nouveau ; la constipation redevient opiniâtre, le malade souffre de maux de tête, surtout le soir; il a des petits frissons, la température monte à 37°, 8,
Si on n’intervient pas, l’organisme finit par être obligé d’éliminer par lui-même les poisons intestinaux ou de les détruire par une crise aiguë, qui sera, ou fébrile simjde^ ou intestinale (vomissements, diarrhées glaireuses), ou cutanée (éruptions prurigineuses avec ou sans fièvre), ou neroeuse (migraines, méningisme, etc.).
Après la crise, la courbe des substances aromatiques retombe près de la normale.
Voici donc un fait clinique qui me paraît hors de toute contestation :
Malgré un régime antiputride bien fait, les poisons intestinaux s’accumulent peu a peu, et c’est cette accumulation QUI détermine la crise ou poussée aigue.
Cette crise a pour effet de débarrasser l’organisme de l’excès d’entérotoxines.
Cette constatation a une grande importance clinique et thérapeutique.
Car, suivant les malades, suivant leur régime, cette accumulation sera plus ou moins rapide ou plus ou moins lente, ce que l’on peut facilement prévoir en dosant trois ou quatre fois par semaine les substances aromatiquesde l’urine totale des vingt-quatre heures.
Les grises peuvent donc être prévues cliniquement, et l’intervention thérapeutique pourra les éviter.
Nous disposons de deux moyens pour y arriver :
1° L’abstention de viande;
2° La désinfection intestinale.
Lorsque le cas est grave, lorsque les malaises sont violents, lorsque les crises sont fréquentes, on aura recours. aux deux moyens à la fois.
/O VALIMENTATJON MAIGRE.
Dans les cas sérieux et graves d’auto-intoxication intestinale, le malade s’abstiendra de viande et d’œufs.
Son alimentation sera, suivant les cas, végétarienne, lactofarineuse ou farineuse pure, pendant huit jours, quinze jours ou même plus.
Si l’alimentation doit rester farineuse pure, pendant plus longtemps, on y joindra soit la purée de pommes de terre, soit les myrtilles, soit le jus de citron, afin d’éviter la maladie de Barlow.
Sans doute ce mot désinfection ne doit pas être compris au sens bactériologique du mot, car, ainsi comprise, une désinfection de l’intestin et de son contenu est physiologiquement impossible.
Tous les auteurs, ou à peu près, sont unanimes à le reconnaître.
En France, à la suite d’un rapport de Barde t (1), une vive discussion s’engagea sur le question de l’antisepsie intestinale, et la plupart des auteurs se prononcèrent contre la possibilité de l’antisepsie du tube digestif.
En Allemagne, les expériences si concluantes de Fürbringer (2) avaient dès longtemps jugé la question : l’administration de doses, même massives, d’antiseptiques intestinaux, ne diminua guère le nombre des microbes, et les minima qu’il observa furent toujours si considérables qu’il lui fut impossible de conclure à une action désinfectante au sens bactériologique du mot.
On peut donc supposer que la désinfection de l’intestin est impossible avec l’aide des antiseptiques intestinaux.
(1) Baudet, C. iî. de la Soc. tkér., 1895.
(2) FunnniN(;Eu, Denis, med. Wocfi., 1887, p. 11.
Mais il n’en est pas moins vrai que, tout en renonçant d’emblée à désinfecter Vintestin avec des médicaments,
NOUS POUVONS NÉANMOINS EXERCER UNE ACTION ANTIMICROBIENNE IMPORTANTE EN DIMINUANT TEMPORAIREMENT LE NOMBRE DES MICROBES INTESTINAUX ET EN PARALYSANT LEUR VIRULENCE.
Par conséquent, il est possible d’exercer une certaine action désinfectante sur l’intestin (Furbringer, Strauss) avec des médicaments.
Nous allons examiner, au point de vue théorique d’abord, au point de vue clinique ensuite:
1" Les médicaments désinfectants;
2° La désinfection intestinale.
Les médicaments désinfectants.
Nous ne nous arrêterons pas à examiner toutes les substances thérapeutiques utilisées comme substances désinfectantes de l’estomac et de l’intestin et à discuter leur valeur.
Nous ne parlerons ici que de celles qui nous paraissent être les meilleures et donner les résultats les plus satisfaisants.
Pour réaliser la désinfection intestinale, on peut recourir à deux genres de médications, que nous combinons le plus souvent.
a) Les médicaments antiseptiques^ qui font pénétrer dans l’intestin des subtances antiseptiques dans ie but de détruire, d’arrêter dans leur développement, les microbes de l’intestin ou tout au moins de les rendre moins nocifs ;
b) Les médicaments évacuants, qui se proposent par les purgatifs d’expulser les germes contenus dans l’intestin.
A. — Les médicaments antiseptiques.
Nous diviserons les médicaments antiseptiques en :
1° Antiseptiques stomacaux;
2° Antiseptiques intestinaux.
1° Les antiseptiques stomacaux.
Nous avons vu quelle influence considérable les fermentations de l’estomac exerçaient sur la putréfaction azotée.
Les antiseptiques stomacaux doivent donc être discutés ici.
Nous les diviserons en :
1® Antiseptique spécifique : l’acide chlorhydrique ou muriatique ;
2® Antiseptiques d’occasion : le menthol, le thioforme et l’ichtyol.
L’acide muriatique.
On sait, depuis longtemps, que l’acide chlorhydrique libre de l’estomac 'exerce une action antiseptique sur les processus de fermentation stomacale.
Mais ce n’est que ces derniers temps que l’on a commencé à se demander si l’acide chlorhydrique n’avait pas aussi une action antiseptique sur l’intestin.
Cette question ayant été discutée à la Société de thérapeutique de Paris (1), Bardet déclara que l’on ne pouvait compter sur l’action antiseptique de l’acide chlorhydrique sur l’intestin, car il y est neutralisé et saturé par les sucs intestinaux alcalins.
En médecine, il faut se garder des affirmations, que des expériences soigneuses doivent étayer,sinon elles s’effondrent.
Kast (2) est le premier qui chercha à résoudre cette question expérimentalement; il trouva qu’en neutralisant l’acide soit avec le bicarbonate de soude, soit avec le carbonate de chaux, la proportion des sulfoéthers augmente considérablement.
Stadelmann (3) arrive au même résultat.
AVasbutzki (4), en faisant des recherches chez les ana-
(1) Bardet, C. B. de la Soc. Ihér.., 28 décembre 1892,
(2) Kast, FestsckrifC llainhurg, 1889.
(3) Stadelmann, Diss.. Stuttgard, 1880.
(4) Wasbctzki. Arch. f. exper. Pathol., XXVI;
TRAITEMENT
chlorhydriques, trouva constamment une augmentation très notable des sulfoéthers.
Biernacki (1), en faisant des analyses comparées de suc gastrique et d’urine, put démontrer que l’on trouve, parallèlement à la diminution d’acide chlorhydrique dans l’esto mac, une augmentation des sulfoéthers dans l’urine.
Il constata enfin, chose importante au point de vue thérapeutique, que l’administration de l’acide muriatique diminue proportionnellement la quantité des sulfoéthers.
Cahn a prouvé qu’en enlevant tout le sel de la nourriture l’élimination du chlore diminue non seulement dans la nourriture, mais aussi dans toutes les sécrétions, notamment dans le suc gastrique, et que l’hypochloruration est un moyen aussi facile que simple de diminuer l’acide chlorhydrique dans l’estomac.
Or M ester (2) démontra qu’une nourriture sans sel augmente la proportion des sulfoéthers, qui diminuent rapidement lorsque l’on ajoute le sel à la nourriture.
Schmitz (3) trouve dans un cas d’auto-intoxication intense :
Sulfoéthers.
Avant l’administration d’acide chlorhydrique.. 0,597 3 fois par jour X gouttes sol. 1/10 ac. muriatique. 0,293
Nous pouvons donc conclure que l’administration d’acide
CHLORUYDRIQÜE MÉDICINAL DIMINUE LA PUTRÉFACTION AZOTÉE DE l’intestin de PRÈS DE MOITIÉ (XL A L GOUTTES PAR JOUR).
Le menthol.
Macdonald (4) déclare que la solution de menthol à 1 p. 100 est un antiseptique aussi puissant que le sublimé à 1 p. 500.
(1) Biernacki, Denis. Arch. f. kl. Med., XLIX, j). 12.
(2) Mester, Diss. Brcslau, 1893.
(3) ScuMiTz, Zeils. f. jdujs. Ch., XIX, p. 401.
(4) Macdonald, Edhnb. Journ., LXXX.
DIMINUEK LA VITALITÉ DES MICROBES PROTÉOLYTIQUES. 495
Freund (1) recommande le menthol comme un excellent antiseptique stomacal et intestinal.
Strauss le déclare le meilleur antiseptique de l’estomac.
Riegner (2), dans ses expériences sur les fermentations stomacales, affirme que le menthol en solution alcoolique, à la dose de 0,50 à 1,0 p. 100, arrête toutes les fermentations. L’infusion de menthe est beaucoup moins antiseptique.
Cette action antiseptique du menthol se manifeste même dans l’intestin, comme le démontre Rovighi (3) :
Sulfoéthers.
^ Avant le menthol 0,189
oramt. ^ 2 menthol par jour 0,004
Nous pouvons donc conclure que le menthol a petite dose (0,15 à 0,20) et l’essence de menthe a dose forte sont DES excellents ANTISEPTIQUES STOMACAUX, ET QUE LE MENTHOL EXERCE A FORTE DOSE UNE ACTION ANTIPUTRIDE SUR LE CONTENU DE l’intestin LUI-MEME.
Le thioforme et l’ichtyol.
Mentionnons encore, outre les levures dont nous avons déjà parlé, deux médicaments qui rendent de grands services dans les fermentations anormales de l’estomac : le thioforme (0,50, deux à trois fois par jour), Vichtijol (0,10 à 0,20 en pilule deux à trois fois par jour).
2° Les antiseptiques intestinaux.
C’est au Congrès de Copenhague, en 1884, que Bouchard a pour la première fois posé les règles à suivre dans le choix des antiseptiques intestinaux.
Us doivent être peu solubles^ afin qu’ils ne se décomposent pas et ne se résorbent pas dans l’estomac et dans la
(1) Freund, Wien. kl. Woch., XCIV, p. 3.
(2) Riegner, Dénia, rned. Woch., 1898, j). 391.
(3) Roviuiii, Zeils. f. pkys. Ch., XVII, p. 33.
TRAITEMENT
partie supérieure de l’intestin, mais qu’ils puissent arriver jusque dans les parties où se produit la putréfaction albumineuse, c’est-à-dire dans la partie tout à fait inférieure de l’intestin grêle et dans le gros intestin.
Ils doivent être réduits en 2)oudreinipalpable^àQmd,mQVQ à pouvoir se mélanger intimement aux matières fécales.
Ils doivent être donnés par doses fractionnées^ car sans cela l’unique prise suit le courant digestif, et, quand elle arrive à l’extrémité, les neuf dixièmes du tractus intestinal en sont privés. En la donnant deux à quatre fois par jour, le contact est plus durable et l’action plus marquée.
Les antiseptiques intestinaux peuvent être divisés en : Antiseptique spécifique : le calomel;
2“ Antiseptiques d’occasion : le salacétol et richtyoforme.
1" Le calomel.
Morax (1) a le premier fait des expériences scientifiques avec cette substance, soit chez l’homme, soit chez les animaux :
Sulfoéthers.
1^1’ jour avant le calomel 0,163
2e — (),lo calomel 0,1.30
3e — 0,1.') calomel 0,030
WassiliefT (2) a trouvé que le calomel ne dérange en rien la digestion artificielle, alors que la putréfaction microbienne est absolument arrêtée.
Il conclut de ces expériences que le calomel empêche le développement des microbes dans les liquides digestifs et diminue la vitalité de ceux qui sont déjà développés, et cela sans modifier les sécrétions digestives.
C’est donc un médicament à la fois aseptique et antiseptique. En effet, les selles de calomel contiennent de la leucine, de la tyrosine, mais point d’indol.
(1) Mouax, Zeits. f. phys. Ch., X, p. 318.
(â) Wassilieff, Jeshenedicbmjn klin. Gaz., 1882, n« 12.
Hoppe-Seyler (1) a démontré que la coloration verte des selles de calomel est due à la bile. Normalement, la biliverdine est transformée par les microbes en hydrobilirubine, de là la coloration brune des selles normales.
Avec le calomel, les microbes paralysés laissent la biliverdine sortir sans transformation, grâce aussi aux mouvements péristaltiques exagérés.
Lavarsky (2) démontre qu’en milieu alcalin le calomel se transforme en oxyde de mercure, en proportions infinitésimales, ce qui suffît à produire l’effet antiseptique.
Bartoschewitsch (3) a fait un grand nombre d’expériences avec le calomel, qu’il considère comme le meilleur de tous les antiseptiques :
Sulfoéthers.
/ Avant le calomel 0,551
\ Avant le calomel 0,601
Homme... ^ calomel 0,548
\ 0,50 calomel 0,131
Homme. .
Avant le calomel , 0,50 calomel ...
0,50 calomel
Moyenne ^ Avant le calomel de T cas. ^ 0,50 calomel
Nous pouvons donc conclure que le calomel est un excellent ANTISEPTIQUE INTESTINAL ET QU’lL DIMINUE CONSIDÉRABLE- MENT ET PLUS qu’aucun AUTRE LES PUTRÉFACTIONS INTESTINALES.
2° Antiseptiques secondaires.
Ceux-ci peuvent se diviser en quatre classes, suivant qu’ils sont à base de créosote, d’acide salicylique, à base de naphtol ou à base d’ichtyol :
(1) Hopfe-Seyler, Zeils. f. p/ii/s. Ch., X, p. 130.
(2) Lavarsky, Owliani Kalomala Wratsch., 1887, n® 16.
(3) Bartoschewitsch, Zeîts f. phys. Ch., XVII, p. 46.
Combe. — Auto-intoxication intestinale. 32
THÂITEMENT.