‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 34 sur 182 · ACTION TOXICOLYTIQVE DU FOIE · texte numérisé non relu

ACTION TOXICOLYTIQVE DU FOIE

Il nous reste, en dernier lieu, last not least, à parler de l’action antitoxique la plus importante du foie.

Les poisons organiques et les ptomaïnes intestinales, ou entéro-toxines, sont en effet soumis à la puissante action toxicolytique des cellules hépatiques. .

Alcaloïdes., — Notre vénéré maître Schiff d’abord, puis toute une série d’observateurs, ont cherché à démontrer expérimentalement l’action du foie sur les poisons- et ont insisté sur la grande importance de cette fonction.

Le D'’ Schupper (1) a tout dernièrement encore repris et étudié cette question et montré que le foie, grâce à l’activité biochimique de ses cellules, diminue de 50 p. lOO à

(1) ScHUPPEH, BolLd. Acc. Med.Roma, XIX^ \).o.

75 p. 100 la toxicité des alcaloïdes, et spécialement de l’atropine, de la pilocarpine, de la cocaïne et de l’apomorphine.

Entérotoxines. — La question qui nous intéresserait avant toute autre serait de connaître exactement l’action des zymases sécrétées par les cellules du foie sur les entérotoxines.

Malheureusement, le peu de notions précises que nous avons des ptomaïnes en a empêché l’étude directe.

L’étude indirecte de leur action a été faite par Bellatti (1), Colasanti (2) et Stadthagen (3).

Ces auteurs trouvent une urine hypertoxique dans tous les cas où le foie, par suite de lésions anatomiques et fonctionnelles, est insuffisant pour arrêter ou pour neutraliser les poisons de l’organisme.

Par contre, ils voient le coefficient urotoxique s’abaisser lorsque la fonction hépatique se rétablit.

Cette fonction protectrice du foie et les rapports entre la toxicité urinaire et l’intégrité de la cellule hépatique peuvent être démontrés en étudiant la toxicité de l’urine du chien avant et après la ligature de la veine porte en suivant la méthode de Bisso (4).

En liant cette veine, on peut, en effet, évaluer la part que prend le foie dans la toxicolyse du sang, qui lui est amené de l’intestin. Cette voie étant fermée, les entérotoxines ne pouvant être atténuées ou détruites par les cellules hépatiques entrent dans la grande circulation et en sortent par les reins en donnant à l’urine un degré élevé de toxicité. Tandis que le coefficient urotoxique du chien est normalement de 0,344, il triple (0,902) après la ligature de la veine porte. L’urine est devenue hypertoxique.

(1) Bellatti, DüU. d. Acc. Med, Roma, XIX, p. 30.

(2) Colasanti, Boll. d. Acc. Med. Roma, XXII, p. 59.

(3) Stadthagen, Zeits.f. kl. Med., XV, p. 389.

(4) Bisso, Arch. ital. de Biol., XXV, p. 492.

TRIPLE LIGNE DE DÉFENSE. 101

Le foie détruit donc deux tiers des poisons d’origine digestive, protégeant ainsi l’organisme contre les menaces continuelles de l’auto-intoxication gastro-intestinale.

Ce coefficient urotoxique se modifie lorsqu’on administre

des aliments variés :

Avant

Après

la ligature.

là ligature.

Avec la diète carnée, le coefficient urotoxique est

— lactée, — —

— mixte, — —

La toxicité urinaire est donc en rapport avec l’insuffisance hépatique; elle augmente et diminue avec elle.

Cependant cette toxicité n’est parallèle à aucune des substances connues et dosables de l’urine ; il semble donc bien que l’on puisse et doive l’attribuer aux entérotoxines, et cela d’autant plus que l’alimentation exerce une action incontestable sur leur production.

Masini (de Gênes) a démontré dernièrement, d’une façon nouvelle et originale, l’action toxicolytique du foie sur les toxalbumines de la fermentation intestinale.

Après avoir détruit chez des animaux les deux tiers du foie, il les vit succomber rapidement; mais il parvint à prolonger la vie de ces animaux, en leur injectant des extraits ou des infusions de foie.

Nous pouvons donc conclure de ces faits que le foie est, après la muqueuse intestinale, le principal organe protecteur contre les poisons intestinaux.

L’intestin in Lcr viendrait, d’après Charrin, surtout pour modifier les colloïdes, les albumoses, les toxines, mais il laisse filtrer les alcaloïdes et les composés ammoniacaux sans les métamorphoser.

Le foie interviendrait surtout pour détruire les corps solubles dans l’alcool, plus ou moins alcaloïdiques, et les composés ammoniacaux.

^ 11 y aurait donc là une action élective et non pas une simple suppléance.

En réalité, l’organisme dispose de deux lignes de défense, dont la seconde agit sur les poisons qu’épargne la première; l’une et l’autre se complètent réciproquement.

On le voit, l’insuffisance hépatique joue dans la genèse de l’auto-intoxication un rôle considérable et explique comment on peut être auto-intoxiqué si le foie est insuffisant, même avec un état normal de putréfaction intestinale. Dans ce cas, toutes les causes d’insuffisance hépatique deviennent des causes d’auto-intoxication ; nous aurons donc à les examiner de plus près dans le chapitre des causes de l’autointoxication digestive.

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