LA PUTRÉFACTION DES SUBSTANCES PROTÉIQUES DANS L'INTESTIN DÉPEND
1° De la nourriture. — V abondance des repas, leur fréquence : Trop abondants, trop fréquents, ils forment des résidus indigérés qui deviennent la proie des microbes de la putréfaction ;
Leur composition : Trop de substances azotées (viande, oeufs) augmentent la putréfaction.
Beaucoup de farineux la diminuent;
La quantité de liquide augmente la putréfaction.
2° De la flore intestinale. — Les parasites et les microbes anaérobies protéolytes en forte proportion augmentent la putréfaction.
3” Du pouvoir de résorption de la muqueuse.
— Lorsque ce pouvoir est diminué par la stase, la putréfaction augmente ;
Lorsqu’il est diminué par l’inflammation et l’atrophie de la muqueuse, la putréfaction augmente;
Lorsqu’il est diminué par le liquide ingéré, la putréfaction augmente.
T'’ De la fréquence et de la nature des selles.
— Les selles éliminent la plus grande partie des matières toxiques par les diarrhées.
1° Du deg-ré de la putréfaction intestinale;
2° De l’intégrité ou de l’insuffisance des organes antitoxiques.
PATHOLOGIE EXPERIMENTALE
Les progrès de la pathologie expérimentale, les méthodes nouvelles d’expérimentation ont permis, ces dernières années, de faire rentrer l’hypothèse de l’auto-intoxication intestinale dans le cadre de la pathologie expérimentale.
Grâce aux recherches modernes que nous avons résumées dans le chapitre précédent, nous savons que, même à l’état normal, le tube digestif renferme d’innombrables poisons, dont la présence est absolument constante.
Grâce à l’expérimentation poursuivie pendant plusieurs années consécutives avec l’aide de ces poisons intestinaux, plusieurs auteurs sont parvenus à produire non seulement des troubles fonctionnels qui se rapprochent complètement de ceux que nous décrirons chez les malades, mais encore à déterminer des lésions anatomiques qui sont absolument semblables à celles qui ont été obsei-vées dans les organes des auto-intoxiqués.
Ainsi se trouve démontrée la théorie de l’auto-intoxica- TION intestinale, QUI SORT ACTUELLEMENT DU DOMAINE DE l’hYPO- THÈSE POUR ENTRER DANS LE DOMAINE DES FAITS PROUVÉS ET DÉMONTRÉS PAR l’eXPÉRIENCE SCIENTIFIQUE RIGOUREUSE.
Or, par leur nombre et par leur variété, ces observations étendent singulièrement le domaine des auto-intoxications intestinales, et elles confèrent aux poisons d’origine digestive une importance de plus en plus considérable.
C’est tout spécialement au professeur Charrin (de Paris) et à ses élèves que nous devons ces études expérimentales;
Combe. — Auto-intoxication intestinale. 8
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aussi est-ce surtout à ses travaux que nous allons recourir. Nous les résumerons en faisant de très larges emprunts à un article (I) dû à la plume du professeur Charrin lui-même et au D" Le Play, son élève, article que nous voudrions pouvoir citer tout entier.
Charrin fait avant tout remarquer que la précision des résultats qu’il a obtenus aussi bien que leur frappante analogie avec les faits de la clinique semblent être dues pour une large part à la méthode qu’il a employée et à la technique qu’il a suivie, qui diffèrent complètement de celles de ses devanciers.
La plupart des expérimentateurs, en efl'et, se sont servis, pour isoler les poisons de l’intestin, ou bien de la chaleur et de la filtration, moyens qui détruisent ou retiennent un bon nombre de composés toxiques soumis à l’examen, ou bien d’extraits faits avec l’eau, l’alcool, l’éther, le chloroforme ou le sulfure de carbone, qui séparent bien les poisons solubles, mais qui, par contre, laissent de côté les plus importants, qui sont les insolubles.
Ces recherches péchaient donc par la base, et les résultats obtenus ne pouvaient être qu’incomplets.
Charrin, au contraire, recueille le contenu intestinal chez des nouveau-nés sains ou malades, en respectant la muqueuse; il stérilise ce contenu dilué dans trois ou quatre fois son volume d’eau physiologique par de patientes tyndallisations à des températures relativement basses.
H peut obtenir de cette manière, à l’état stérile, toutes les substances chimiques pathogènes de l’intestin sans aucune modification moléculaire et prêtes à servir à l’expérimentation.
Charrin injecte ces substances, tantôt à doses massives ou simplement fortes, soit dans les veines, soit sous la peau,
(1) Charrin, Le rôle pathologique des poisons de l’intestin [Semaine médicale, 23 novembre 1904).
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et provoque ainsi des accidents rapides ou subaigus.
Tantôt cherchant à imiter ce qui se passe dans l’organisme, il introduit les liquides par doses fractionnées, tous les quatre ou cinq jours.
Tantôt enfin, au lieu de déposer ces liquides toxiques dans le sang ou le tissu sous-cutané, il pratique des occlusions absolues ou des rétrécissements du cæcum réalisant ainsi chez l’animal certaines manifestations aiguës ou chroniques, observées en clinique et dans les mêmes conditions.
Suivant la durée de la survie, allant de quelques instants à plusieurs semaines, les altérations ont offert des variations. Or ces variations dans le degré de la lésion, dit Charrin, « ont complété les indéniables analogies de nos résultats « avec les faits de la pathologie humaine ».
Voici, du reste, le résumé des recherches de Charrin et de ses élèves.
« D’origine externe ou interne, cellulaire ou microbienne, les poisons contenus dans le conduit alimentaire présentent eux-mêmes une multiplicité considérable. On sait que dans ce conduit se rencontrent une infinité de substances actives : mucus, diastases, albumoses, alcaloïdes, toxines, corps aromatiques; composés biliaires, soufrés et ammoniacaux, amides, amines, matières putrides, acides, bases, sels, pigments, hydrogène sulfuré, gaz, etc.
« Parmi ces substances, il en est de stables, de solubles dans l’alcool ; d’autres sont volatiles ou insolubles ; ces éléments insolubles se révèlent les plus nuisibles.
« Fait important, à la sortie de l’intestin, on trouve sensiblement autant de matériaux toxiques chez les sujets sains que chez les malades atteints de gastro-entérite chronique. »
Cependant, particulièrement si le processus est aigu, Charrin admet avec Hawthorn la possibilité d’une augmentation de cette toxicité dans lïntestin malade; on pourrait, il est vrai, ajouter que les érosions du revêtement interne.
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^.en facilitant le passage dans le sang, causent une diminution dans les proportions des principes morbifiques s’échappant par le rectum.
Ainsi, tanta l’état physiologique que dans les conditions pathologiques, au sein du tube digestif, existent des poisons capables de déterminer une foule de lésions et de troubles fonctionnels que nous allons examiner.
Examinons maintenant les modifications et les lésions produites par les poisons intestinaux dans les liquides, les tissus et les organes de l’animal.