‹ L'autobiographie de J.B. WinslowChapitre 4 sur 8 · RACONTÉE PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

RACONTÉE PAR LUI-MÊME

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LA VIE DE M. JACQUES BÉNIGNE WINSLOW, DOCTEUR EN MEDEcTnE DE LA FACULTÉ DE PARIS, COPIÉE SUR SON MANUSCRIT [ÉCRIT PAR LUI-MÊME. CE lo JUILLET 1764]') QU’IL EN AVOIT FAIT PAR ORDRE DE FEU M. D’AGUESSEAU,®) CHANCELIER DE FRANCE.

e suis né et élevé dans la religion luthérienne à Othensé ou Odensé, ville métropolitaine de la province de Fionie en Dannemarc. Mon pere étoit M. Pierre Winslow®), alors recteur ou premier pasteur de la paroisse de Notre Dame en cette ville et assesseur consistorial de l’évêque luthérien du diocese et ensuite par

1) Les mots entre [] sont insérés plus tard dans le manuscrit.

2) Henri François d’Aguesseau (1668 — 1751) naquit à Limoges. A l’âge de 22 ans il fut nommé avocat général au parlement de Paris et dix ans plus tard (1700) procureur général. L’administration des hôpitaux fut améliorée par ses soins. Il s’est surtout distingué pendant la famine qui se joignit en 1709 aux désastres de la guerre. Sur la fin du règne de Louis XIV sa position fut affaiblie à cause de sa résistance à l’enregistrement de la bulle Unigenitus^ dans laquelle il voyait une atteinte aux droits de la monarchie. Chancelier de France par intervalles, il passa en tout dix ans de sa vie dans l’exil. Il fut homme honnête, habile et instruit et de même grand magistrat, écrivain supérieur et orateur éloquent. — B. U. \ p. 252.

3) Pierre (Peter) Jakobsen Winslpv (1636 — 1705), pasteur, philologue et archéologue, a tiré son nom de sa ville natale Vinslpv dans la province de Scanie, qui appartenait alors au Danemark et où le père était pasteur. Il quitta l’Ecole de Roskilde pour étudier à l’Université de Copenhague en 1655, passa sa licence en théologie en 1658 et prit part à la défense de Copenhague contre Charles-Gustave. Après un petit voyage à l’étranger il fut nommé sous-principal à Odense et deux ans après coadjuteur du pasteur de l’église de Notre-Dame (Frue Kirke) à Odense, Nicolas Pedersen Brun. 11 en épousa la fille Marthe (1646 — 1721) le 20 octobre 1667, et trois ans plus tard il fut nommé successeur de son beau-père, mort en 1670. Winslôv fut transféré à PræstO dans Pile de Sélande en 1692, et en 1703 il fut nommé prévôt de la doyenné de Baarse. Il mourut le 13 janvier 1705. Winslov faisait des études sur les langues et les antiquités Scandinaves, mais il n’a publié qu’une petite partie de ce qu’il avait recueilli; Spicilegium arctoum en 1695 et Farrago arctoa en 1704. La plupart ont été perdus. — D. B. L. XIX p. 48.

permutation pasteur de l’église de Prestpe, ville de la province de Sélande et prévôt de la nomarchie ou doyenné de Baarse dans la même province. (Avant la prétendue Réforme de Luther, on disoit le diocese d’Othensé et l’évêque d’Othensé, Episcopus Othoniensis^ mais après on a changé de langage en disant Superintendens ou Episcopus Eioniœ). Ma mere s’appelloit Marthe Brun, fille du prédécesseur, qui étoit aussi prévôt de la nomarchie ou doyenné d’Othensé.

Je naquis le 27 avril de l’année 1669, qui dans ce pays | étoit alors selon l’ancien style le 17 avril, le samedi de Pâques ou veille du dimanche de Qvasimodo et jour de Saint Rodolphe^) en Allemagne. Je fus baptisé le vendredi suivant,

3 mai, fête de l’exaltation de la Croix, mais à ces endroitslà selon l’ancien style le 23 avril, jour de Saint Georges. On m’a dit plusieurs fois que je vins au monde les mains jointes comme pour prier, et qu’on avoit regardé cela comme un présage que je devois un jour être ecclésiastique. Depuis l’âge de deux ans jusqu’à treize, j’ai été presque toujours valétudinaire, extrêmement foible, prenant peu de nourriture, souvent allité et deux fois prêt à être enseveli^), sçavoir au commencement et à la fin de cette époque. Nonobstant ces infirmitez qui m’ont même empêché d’atteindre la grandeur de pere et mere, j’avois beaucoup d’inclinations pour les études et pour differentes sciences proportionnées aux degrez de l’âge.

1) On raconte qu’en 1288 les juifs de la ville de Berne, par haine pour les chrétiens, ont emprisonné et tourmenté à mort (le 1 7 avril) un garçon chrétien, nommé Rodolphe. 11 fut enterré dans l’église principale de Berne. Son nom se trouve dans plusieurs martyrologies. Voir p. ex. Heni'icus Murer^ Helvetia Sancta, seu Paraciisus Sanctoruni Helvetiœ Florum^ Lucerne 1648, p. 299. — Cfr. Acta Sanctoruni Aprilis II p. 504.

2) Ces mots signifient seulement que deux fois Winslow a été sur le point de mourir. 11 en parle aussi lui-même dans sa thèse de 1 740 ; An mortis incertœ signa minus incerta a chirurgicis^ qvam ab aliis experimentis} § V. Le fait s’est transformé peu à peu en l’idée que deux fois Winslow aurait été enterré vivant. Voir V. Heise^ Jacob Denignus Whtslpvs Tliesis om Dpdstegnene^ Sor0 1868, p. V ss.

Je suis l’aîné de treize enfans, sçavoir de neuf freres et de quatre sœurs. Le quatrième, dont le nom étoit Louis, mourut heureusement à l’âge de deux ans. Tout le reste vivoit, quand je sortis du pays ; depuis tous sont morts excepté deux sœurs, qui peut-être vivent encore. Voici les noms de tous, suivant les âges: Nicolas Bruno, Jean, Louis, Laurent, Christian, Henry, Karin (Catherine), Marie, Jean Jacques, Catherine, Anne Magdeleine^).

Mon pere n’a rien négligé pour cultiver mes premières dispositions, tant par lui-même, que par les précepteurs et differens maîtres. Il avoit grand soin [de] m’instruire, de même que les autres enfans, dans la religion et les bonnes

i) Nicolas Bruno (Niels Brun) Winsl0v (1670 — 1711) fréquenta le Gymnase d’Odense et fut inscrit en 1690 à l’Université de Copenhague. 11 étudia la théologie et passa la licence en 1694. Puis il s’adonna à l’étude de médecine. Revenu d’un voyage d’étude en Hollande et à Paris de 1701 à 1704, il pratiquait la médecine à Copenhague, où il fut reçu docteur en 1 709. Sa thèse, bien écrite, concise et sobre, eut pour titre : Qvasiîo medica Î7iauguralh : an Médiats debeat esse Anatomico-chymicus P II mourut de la peste, âgé de 41 ans. — D. B. L. XIX p. 47 ss. (Jul. Petersen). — Del skandinaviske Litteraturselskabs Skriftcr iSrj^ Kj^benhavn^ p. 168 ss. (R. Nyerup). — Sur N. B. Winsl0v et sa famille voir aussi: J. C. Bloch^ Den Fyenske Geistligheds Historié^ Odense 1787 — 90, I p. 491 ss.

Jean (Hans) Winsl0v, homme lettré et versé dans la médecine, fut administrateur de l’hôpital de Slagelse dans l’île de Sélande, Il mourut en 1740.

Louis (Ludvig) Winsl0v mourut à l’âge de deux ans.

Louis (Ludvig) Winsl0v (vers 1674 — 1712), antiquaire intéressé, traducteur de différents ouvrages historiques et religieux et auteur lui-même. En 1707 il fut nommé pasteur des paroisses Vaaler et Svedal en Norvège. — Det skand. Litt. selsks. Skrifter i8ij^ p. 157 ss. — D. B. L. XIX p. 47.

Laurent (Laurids) WinslOv étudia le droit et mourut en 17 14.

Chrétien (Kristian) Winsl0v, pasteur de Baarse et de Beldringe dans l’île de Sélande périt à l’incendie de son presbytère en 1720.

Henri (Henrik) WinslOv mourut, encore étudiant, peu de temps après son frère Chrétien.

Cathérine (Karin) Winsl0v épousa Jean Antoine Poggense, pasteur des paroisses de Stroby et de Varpelev en Sélande. Elle mourut en 1759, âgée de 80 ans.

Marie Winsl0v mourut demoiselle en 1716.

Jean Jacques (Jens Jakob) Winsl0v alla demeurer en Norvège chez son frère Louis et mourut encore jeune étudiant.

Abel Catharine Winsl0v mourut des petites véroles, à l’âge de 8 ans.

Anne Madeleine (Anna Magdalene) Winsl0v épousa M. Holm, pharmacien de la ville de Fredericia en Jutlande et mourut en 1752.

mœurs. Il menoit lui-même continuellement une vie fort exemplaire dans sa maison et partout ailleurs. Tout étoit réglé chez lui ; la priere en commun matin et soir, le repas, le travail et la récréation aux heures marquées. Tous les dimanches il fit distribuer du pain à un très grand nombre de pauvres, qui se trouvoient vers l’heure de midi dans le vestibule de l’appartement. Trois fois par semaine il donnoit à dîner en particulier à quelques pauvres honteux. Les mardis il visitoit les pauvres malades, les vendredis il alloit dans un certain nombre de maisons en ville pour mettre la paix entre mari et femme et pour voir si l’on avoit soin de l’éducation des enfans et du salut des domestiques; il étoit fort severe pour faire garder la modestie, le silence et le respect dans les églises ; il avoit un très grand soin de faire faire le catéchisme et dans l’église paroissiale et dans les maisons particulières. Il étoit également aimé et respecté de tout le monde, car il étoit naturellement gai et de bonne humeur, mais ne souffroit pas la moindre chose contre la modestie et l’honnêteté, ni aucune façon de jurer; il regardoit le jeu de cartes comme une invention diabolique, étant pour l’ordinaire cause de juremens, de colere, de ruine &c,, et n’en vouloit point du tout permettre l’entrée dans sa maison. Il avoit une attention particulière de faire écarter des yeux et des oreilles de la jeunesse tout ce qui pouvoit être capable de faire la moindre mauvaise impression, même les expressions équivoques dans les entretiens familiers, comme aussi d’écarter les conversations des libertins, la lecture des livres suspects, des histoires ou contes impertinens, les peintures immodestes &c. Il avoit un si grand respect pour l’Ecriture Sainte, qu’il ne pouvoit pas souffrir qu’on en employât quelque chose pour dire un bon mot en causant, et encore moins qu’on en appliquât des passages aux choses mondaines et profanes. (Cela s’accorde avec le Decret du Saint Concile de

Trente touchant l’usage des livres sacrez. Sess. IV.) ^). Il haissoit la calomnie et ne pouvoit pas même souffrir qu’on parlât avec aigreur ou raillerie à ceux et de ceux d’une autre religion. Il étoit communément aimé des catholiques qui par occasion et en passant séjournoient dans sa ville, de même que des officiers catholiques des troupes militaires. Cela me fait souvenir qu’un jour en me donnant \ Histoire de Sulpice Severe à lire par rapport à la latinité dans mes premières études, il me dit de la lire uniquement pour cela sans avoir égard à ce qui s’y trouveroit de contraire à la religion prétendue évangélique, surtout dans l’histoire et les dialogues touchant la vie de Saint Martin®). Cependant la lecture de cette vie m’occupoit plus que le reste et m’inspiroit une certaine vénération. Cela me fait aussi souvenir qu’environ ce tems-là un officier catholique, demeurant dans le voisinage, se mettoit à genoux le soir avant que de se retirer parmi les protestans, pour faire ses prières en particulier, et qu’on étoit touché de sa dévotion, quoiqu’on l’entendit invoquer les saints et entre autres Saint Dominique.

En 1683, ayant fait mes études jusqu’à la rhétorique dans la maison paternelle sous des précepteurs particuliers et sous la direction de mon pere, il me fit aller an college appellé la Grande Ecole d’Othensé ou l’Ecole de Saint Canut®)

1) Canones et Décréta Concilii Trîdcntîni. Sess. IV. Decretum de canonicis scripturis.

2) Sulpice Sévère (vers 363 — 429?), né dans l’Aquitanie, était le disciple de Saint Martin (vers 316 — 400), évêque de Tours. On a de Sulpice Sévère une Histoire sacrée {Historia sacra\ qui s’étend depuis la création du monde jusqu’ à l’an 410. Elle fut publiée pour la première fois en 1556 à Bâle. — R. U. XL p. 435 ss.

3) Knud IV (Saint Canut), roi de Danemark, commença à la fin du Ilième siècle la construction d’une nouvelle église de Saint- Albain pour remplacer la vieille en bois. Il fut assassiné devant l’autel de l’église en 1086 et canonisé en 1100. Ses restes se trouvent au jour d’aujourd’hui dans la crypte de l’église de Saint-Canut à Odense. — Le roi Erik Ejegod fonda à Odense un monastère de bénédictins et y fit venir douze moines du couvent anglais Evesham. Le monastère était voué à Notre-Dame, à Saint- Albain et à Saint-Canut, mais d’ordinaire on l’appela d’après ce dernier, de même

pour y achever les humanitez dans les deux classes supérieures, ce que je fis en trois ans. Mon pere avoit été autrefois Con-rector ou, comme on dit ici, sous-principal de ce College.

En 1686, au sortir de là, il me fit étudier une année dans le Gy^nnasium de la même ville. C’étoit un college particulier, très distingué, où ceux, qui après avoir achevé leurs classes dans l’École de Saint Canut veulent passer avec plus de distinction à l’Université de Copenhague, étudient pendant une année, au bout de laquelle ils sont examinez en présence de l’évêque par ceux qui en sont professeurs, et reçoivent ensuite chacun, selon leur capacité, une attestation signée par un de ces professeurs. Ce Gymnasium a été autrefois annexé à un grand monastère de religieux bénédictins lequel, après la prétendue Réformation, est devenu une espece de seigneurie laïque, retenant toujours le nom de Cloître de Saint Canut, soit qu’il ait été fondé par ce roi de Dannemarc et martyr, soit que ce soit à cause du voisinage de la cathédrale qui porte le nom d’Église de Saint Canut. Les professeurs qui le gouvernoient dans mon tems étoient: le docteur Jacques Bircherod^), professeur de théologie et

qu’on en trouve le portrait dans le sceau du eouvent. L’École d’Odense s’établit, attachée au couvent. Le Gymnase au contraire ne fut fondé qu’en 1618 par décret de Chrétien IV. Il fut inauguré en 1623. En 1802 il fut supprimé ou plutôt uni avee l’École. — C. T. Engelstoft^ Odense Byes Historié^ 2me Éd., Odense i88o, entre autres passages PP- 232—33.

i) Jacques (Jakob) Jensen Bircherod (1624 — 88) naquit de parents danois à Varberg, ville de Suède. En 1644 il fut nommé régent à l’École de Copenhague, partit en 1648 pour l’étranger, où il passa un an étudiant surtout les langues orientales. De retour en 1649 il fut agrégé de l’Université. Après un autre voyage à l’étranger il fut, en 1655, nommé professeur de philosophie et de mathématiques au Gymnase d’Odense et professeur du même Gymnase en 1662. En 1675 il fut reçu docteur en théologie, et en 1682 il obtint le rang d’assesseur au conseil de l’Université. Bircherod s’intéressa fort aux langues orientales, à l’histoire de la littérature, aux mathématiques et à l’astronomie, en même temps qu’il fut un théologien très érudit. Il n’a laissé que peu d’ouvrages imprimés. Homme honnête et charitable, il fut très aimé par ses contemporains. — D. B. L. II p. 291 ss.

de la langue hébraïque, le docteur Hahne ou Hannæus^) médecin, professeur d’éloquence, et M. L. Edinger^), professeur en mathématique et de la langue grecque. Je par-! vins dans ce Gymnasiwn à faire non seulement des thèmes extemporannés et des vers en grec dont je sçavois aussi plusieurs dialectes, mais encore des thèmes, des traductions et des vers en hébreux. J’y appris une bonne partie d’Euclide, la théorie et la pratique des deux globes, la géographie, et ce qui regarde le calendrier, dont je fis (le seul de mes collégiens) l’essai pour l’année suivante avec grand contentement du professeur ; et comme, pendant le cours de la même année, chaque étudiant du Gymnasium devoit faire une prédication en présence d’un des professeurs qui en fait le jugement, je la fis à mon tour sur l’Evangile de l’entrée triomphante du Sauveur en Jérusalem {Matth. XXI).

Au bout de l’année, ayant subi l’examen ordinaire, je reçus l’attestation signée du professeur d’éloquence George Hannæus, docteur en medecine, connu par plusieurs observations rapportées dans les Acta Hafniensia de Thomas Bartholin®)

1) George (J0rgen) Hahn ou Hannæus (1647 — 99) naquit à Odense; il étudia la philosophie, la théologie et la médecine à l’Université de Copenhague. En 1668 il fut nommé sous-principal du Gymnase d’Odense, passa l’agrégation en 1669, et fut adjoint à George Taulov, professeur d’éthique et d’éloquence, en 1672. Six ans plus tard il fut nommé professeur ordinaire, pratiquant en même temps la médecine à Odense. Il fut reçu docteur en médecine en 1684. Transféré à Rendsbourg en 1692 il revint à Odense en 1697, nommé médecin de la ville et de la province. Il fut un professèur savant et un brave médecin. Sa production littéraire n’a point d’importance. — D, B. L. VI p. 484.

2) Laurent (Lorents) Edinger (1631 — 91), né à Copenhague, partit en 1650 pour faire ses études à l’étranger. En 1654 il fut nommé principal du Gymnase de Slagelse et maître ès arts l’année suivante. Le Gymnase n’étant pas en état de faire ses frais après la guerre contre la Suède, Edinger quitta Slagelse, étudia à Copenhague la science introductive du Nouveau Testament et fut, en 1667, nommé professeur en philosophie et en rhétorique au Gymnase d’Odense et plus tard, en 1672, professeur en grec. — D. B. L. IV p. 419 ss.

3) Thomas Bartholin (16 1 6 — 1680), né à Copenhague, fils de Gaspard Bartholin aîné, fut un des médecins et des naturalistes les plus célèbres de son temps. Les relations qu’il avait liées pendant ses longs voyages, son énorme productivité scien-

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et dans les Ephenierides de V Academie des cîirieux d' Allemagne^')-^ je garde encore l’original de cette attestation, autrement dite Testimonium scholasticum, dont voici la copie.

Copie de l’attestation du College d’Othensé en Fionie, pour entrer dans l’Université de Copenhague.

Salve

Nobilissime Senatus Regiæ Academiæ Hafniensis.

Jacobum Winslowium optiini patris bonum filitun sine htteris vialibus dimittere noluiimts^ scientes verissima esse^ qvœ scripsit qvondam Triario siio Plinius De Rusone Epist. 23. Libr. VI p. Non est cuiqvam tam clarum statim

ingenium, ut possit emergere, nisi illi materia, ôccasio, fautor etiam commendatorqve contingat. Magna sunt hœc et qvide^n adinodum necessaria emersuro subsidia, qvibus omnibus gatidet Winslowius noster. Mater iam emergendi ingenio debet, pro cetate sat claro^ facili et expedito. Occasionem cînergendi pensiorem non potuisset habere^ qvam liabuit intra parûtes natalium conscios^ ubi laudabili exemple prœliLxit Jilio pater clarissimus dominas magister Petrus Wtnslowms ^ olim Scholœ Othiniensis con-rector solertissimus^ nunc ad Templum Divœ Virginis pastor primarius. Qvœ igitur in animo habuit honestarum rertun semina Winslowius noster^ suis

tifique et sa découverte du système lymphatique (1652 — 53) lui valaient une réputation européenne. Il exerça un grand pouvoir sur l’Université de Copenhague, et ce furent ses parents qui en occupaient la plupart des chaires. Thomœ Bariholini Acta Medica Philosophka Hafniensia furent publiés en cinq volumes à Copenhague en 1673 — 80. Elle fut la première revue des sciences médicale et naturelle et jouit d’une grande renommée. — D. B. L. I p. 564 ss. — B. U. III p. 194.

1) Miscellanea Curiosa^ Sive Ephemeridum Medico-Physicarum Germanicarum Academiæ Naturæ Curiosorum Annus I etc.

2) Le MS. a; Triario Plinius de stto Rusone etc. — Voir: C. Plinii Cæcilii Secundi Epistolarum Libri X . . . recensiti A yohanne Veenhusio . . . Lugd. Batav. Roterodami 1669, p. 389.

admonitionibus niagnus qvotidie excitavit pater^ suisqve prœceptis ahœrunt cum alii informatores^ tum Regii nostri Gymnasii prof essores. Ipse docilis et di/igens artes liberales tain avide arripuit in hac nostra bonaruni artium officina.^ ut licet staturœ inensura parvus de palma cum majoribus certare valeat. Cumqve inania capita^ qvce ad Lunœ decrescentis moduni odiosa tornavit desidia, longius infra se reliqverit Winslowius , dignum ipsum judicamus., cui fautor etiam commendatorqve contingat. Ego itaqve^ qvod mearum est partium facturus.^ Nobilissimo Senatui Academuo nostrum hnnc sancte commendo Winslowium ; qvi totus id aget., ut vestro favore.^ ut nostra commendatione dignum se prœstare possit. Favete huic.^ viri illustres., et plures ipsius fratres propediem a nobis expectate.

Othoniœ anno i68q. Die ij Junii.

Georgius Hannæus.

m. mea.

En 1687, incontinent après la sortie du Gymnasium., mon pere me conduisit lui-même à Copenhague, où après avoir subi avec plusieurs autres en public les examens ordinaires par les professeurs de l’Université royale j’y fus reçu (ce qu’on y appelle) Civis academicus et cela avec des ceremonies très singulières, qui alors étoient en usage ^). Parmi ces pro-

i) Avant d’être admis à l’Université, l’étudiant avait à déposer ses manières ignobles et brutales, voici l’origine de sa qualification de depositurus. Les jeunes gens étaient déguisés bien grotesquement et devaient se conduire le plus grossièrement possible. Puis le bedeau aîné, déguisé lui aussi, les rouait de coups, après quoi on les dépouillait de leurs chamarrures et les habillait décemment. Ensuite l’aîné entre eux sollicitait en latin le doyen de les admettre dans le corps académique, au nombre de Cives academici. Le doyen leur accordait cette faveur, tout en leur expliquant dans un discours la signification symbolique de la cérémonie par laquelle ils avaient passé. Il leur versa du vin sur la tête en signe de joie, parce que Dieu les avait appelés à une instruction supérieure, etc., etc. Dans les statuts universitaires de Chrétien III, cette cou-

fesseurs je m’attachai principalement à MM. Olaus Borrichius^), Casp. Bartholinus et Olig. Jacobæus®), docteurs en

tume a été ainsi motivée: Il faut que les jeunes gens apprennent qu'il y a une grande différence entre le lettré et l'illettré^ et qu'ils s' habituent a souffrir des affronts et à être payés d'ingratitude^ très souvent la seule récompense accordée aux braves gens savants^ en reconnaissance de leurs bonstes œuvres et de leurs justes conseils. — Les étudiants les plus jeunes à l’Université de Copenhague sont encore appelés dérivation de taV/o-

siturus. — H. F. Rjrdafji.^ Kjjbenhavns Universitets Historié.^ Kj0benhavn 1868 — 74

I p. 364 SS. II p. 415 ss.

1) Ole Borch (Olaus Borrichius) (1626 — 1690) naquit à N0rre Bork en Jutlande, passa, en 1644, de l’Ecole de Ribe à l’Université de Copenhague, où il suivit par préférence les cours des professeurs en médecine Ole Worm, Simon Paulli et Thomas Bartholin.

II se voua surtout aux études d’anatomie, de botanique et de chimie, mais se fit aussi déjà remarquer comme philologue, philosophe et poète. En 1650 il fut nommé régent à l’Ecole de Notre Dame, et pendant cinq ans (1655 — 66) il fut le précepteur des fils du grand sénéchal Joachim Gersdorph. Ole Borch prit une part glorieuse à la défense de Copenhague, en 1659, et peu de temps après il fut nommé professeur de philologie, de botanique et de chimie à l’Université. Il partit pour l’étranger la même année (1660), fut reçu docteur en médecine à Angers, en 1664, et retourna à sa chaire deux ans plus tard. L’année suivante il fut nommé médecin du roi. En 1681 on lui chargea de l’administration de la bibliothèque de l’Université, le nomma assesseur de la cour suprême en 1686 et conseiller de chancellerie en 1689. Ole Borch était non seulement un savant fort érudit et fort habile, auteur de bien des ouvrages scientifiques, il fut aussi très considéré et très aimé par tout le monde. Non marié et riche, comme il l’était, il a fondé un collège à seize étudiants. Voir p. 14, notes 2 et 3. — Z>. .5. Z. II p. 500 ss. — B. U. V p. 97 SS.

2) Gaspard (Kaspar) Bartholin le jeune (1655 — 1738) naquit à Copenhague. Son père, Thomas Bartholin, lui fit obtenir, à l’âge de 19 ans, une chaire de philosophie à l’Université de Copenhague (1674). Le jeune professeur partit sur-le-champ pour l’étranger. Il passa 3 ans en Hollande, en France, en Italie et en Allemagne, et c’est de ce voyage que datent plusieurs de ses ouvrages sur la médecine et l’archéologie classique. En 1678 Gaspard Bartholin fut reçu docteur en médecine à Copenhague, en 1680 nommé membre de la faculté de médecine, et à partir de 1704, pendant 34 ans, il remplit la charge de doyen de la faculté. En 1687 il fut élu recteur de l’Université et en 1691 nommé assesseur de la cour suprême, et peu à peu, passant dans l’administration civile, il fut conseiller des conférences (1722) et chevalier du cordon blanc (1729); enfin deux ans plus tard il fut anobli. Comme anatomiste Gaspard Bartholin était l’élève de Sténon. Il fut un savant de grandes espérances, et il a le premier démontré chez la femme les glandes qui portent son nom, et dont l’existence chez la vache avait été démontrée par Duverney. En 1682 il découvrit le canal de la glande sublinguale, appelé encore le canal de Bartholin. — Z>. Z. Z. I p. 557 ss. — B. U. 111 p. 194 ss.

3) Oliger (Holger) Jacobæus (1650 — 1701), né à Aarhus en Jutlande, fréquenta l’École de Notre-Dame à Copenhague et se livra aux études de théologie et de médecine à à l’Université. Il étudia à Leyde en 1671 et à Copenhague en 1672 — 74 sous Sténon, partit ensuite pour l’étranger: la Hollande, l’Angleterre, l’Italie et l’Allemagne, et ne revint qu’en 1679. En 1674 il avait été nommé professeur d’histoire et de géographie à l’Université de Copenhague et en 1681 Secundus anatomicus\ il n’avança à la chaire de méde-

medecine et assez connus des sçavans en physique et en medecine. Je choisis selon le reglement de cette Université pour mon professeur particulier M. Borrichius et après sa mort M. Jacobæus.

L’année suivante, après avoir encore subi en cette Université ce qu’on appelloit Examen philosophiaim^)^ je retournai à Othensé, où je restai avec mon pere environ trois ans, pendant lesquels je m’appliquai principalement à la théologie, mon pere m’ayant destiné à l’état ecclésiastique ; et comme on permettoit aux étudians en théologie de piêcher dans les paroisses de la campagne, j’allois de tems en tems m’y accoutumer. Il arriva une fois pendant le sermon que je fis dans l’annexe de Notre Dame d’Othensé^) le jour de Saint Estienne®), ayant pris pour texte ces mots ; Qvoties volui qu’une poule entra par la fenêtre près de la chaire et voltigea sur la tête des auditeurs ; c’étoit, à ce qu’il me semble, le dernier sermon de dix ou douze que je fis en differens endroits, avant que de retourner à l’Université.

Dans cet intervalle on célébra au mois d’avril plusieurs jours de suite la naissance du roi de Dannemarc®) par un

cine qu’en 1698. En 1677 Jacobæus fut reçu docteur en médecine à Leyde, quoique absent. Il remplit trois fois la charge de recteur de l’Université de Copenhague et fut nommé assesseur de la cour suprême et conseiller de justice. Sa production médicale et surtout anatomique est assez étendue, mais n’a guère de conséquence. Son nom est surtout attaché à l’œuvre magnifique Mttsmm Regium^ catalogue descriptif, richement illustré, sur les objets du musée du roi de Danemark. ~L' Itinéraire de Jacobæus fut publié d’après son manuscrit, à Copenhague en 1910. — D. B. L. VIII p. 376 ss. — B. U. XX p. 452. — \I Itinéraire (Préface).

1) Examen élémentaire que doivent passer tous les étudiants de l’Université de Copenhague avant de passer leurs examens définitifs. Il existe encore.

2) Probablement Seden, village situé à 4 km. au nord-est d’Odense.

3) Le lendemain de Noël, vingt-six décembre, un des jours où se faisaient les offrandes dans les églises.

4) Matth. XXIII 37 : Jérusalem^ Jérusalem^ gvœ occidis Prophetas^ et lapidas eos^ qvi ad te missi stint: qvoties volui congr égaré filios tuos^ qvemadmodum gallina congregat pullos suos sub alas : et noluisti ? — Cfr. Luc. XIII 34.

5) Chrétien V naquit le 15 avril 1646. Il régna de 1670 à 1699.

opéra particulier dressé exprès dans le jardin royal à Copenhague. Me disposant pour y aller, dans l’esperance d’y avoir entrée, qu’on n’accordoit qu’à certaines personnes, je fus mordu à un doigt par un chien familier dans le jardin de mon pere, voulant le débarrasser d’un os qui s’étoit arrêté entre ses dents et le tourmentoit. La durée du pensement de cette morsure interrompit mon voyage, ce que je regardai ensuite comme un trait particulier de la divine Providence pour me préserver de mourir dans l’hérésie par l’incendie qui arriva à ce fameux opéra et qui réduisit presqu’en cendres environ deux cens personnes de distinction^).

En 1691, étant revenu à Copenhague, j’eus place dans un college illustre nouvellement fondé par le docteur Borrichius pour seize étudians, distinguez par des preuves publiques de capacité et d’application. Il le fit appeller Collegium MediccBum pour marquer seulement au public que le fondateur étoit médecin®), car des seize il n’y en avoit que deux pour la medecine et un pour les mathématiques, tous les autres étoient pour la théologie®). J’y fus d’abord un de ces derniers, et y travaillai particulièrement pour me mettre en état de subir un examen en public en théologie, sans néanmoins quitter le goût que j’avois toujours eu dès la jeunesse pour la medecine et pour l’histoire naturelle. A peine y avois-je passé une

1) Ce fut le 19 avril 1689, pendant la représentation d’une troupe allemande, que le feu se déclara dans la petite baraque qui leur servait de théâtre et qui était érigée près du château d’Amalienborg à Copenhague que la reine-mère Sophie Amélie avait fait dernièrement construire. La baraque et le château furent réduits en cendres et plus de deux cents personnes y périrent. — Cari B7’uun^ Kj^benhavn^ Kjobenhavn 1887 — 1901. II p. 248 SS.

2) Ole Borch donna au collège le nom de Collegium Medicœum^ en mémoire reconnaissante de la bienviellance que lui avaient témoignée pendant son séjour à Florence les Médicis. Il existe toujours, nommé le plus souvent Borchs Kollegium (Le collège de Borch).

3) Ceci n’est pas tout à fait juste. Un boursier devait étudier la médecine et la botanique, un autre la chimie, un troisième les mathématiques, trois la philologie et dix la théologie.

bonne partie de la première année, que mon pere m’écrivit d’Othensé qu’un curé environ deux lieues de là, étant dangereusement malade, me demandoit pour successeur avec l’agrément du seigneur ou patron de la cure et le souhait des paroissiens qui m’y avoient entendu prêcher une fois. Mon pere me fit vivement sentir ceci comme une marque évidente d’une vraie vocation et m’exhorta d’y faire une attention serieuse, et une réponse prompte. Je récrivis sur le champ que véritablement je ne me sentois pas encore porté à m’engager, mais que cependant je me soumettois à sa décision, s’il croyoit effectivement que Dieu le demandoit. En attendant le rescrit je consultai là-dessus le docteur Jean Bircherod^), un des professeurs royaux en théologie de l’Université de Copenhague, fils du professeur qui dans le Gyninasium d’Othensé m’avoit enseigné les premiers instituts de la théologie et m’avoit perfectionné dans la langue hébraïque, proche parent du susdit patron ou seigneur, et ami très particulier de mon pere. Il me donna avis de ne me pas presser, étant encore jeune, et qu’il se trouveroit peut-être dans la suite quelque chose de mieux ; il ajouta que je pouvois marquer à mon pere qu’il m’avoit conseillé cela en ami. Ainsi on n’y pensa plus. Ce professeur de Copenhague devint quelque tems après évêque d’Aarhus^) en Jutlande.

En 1692, une place d’étudiant en medecine venant à vaquer \

1) Jean (Jens) Bircherod (1658 — 1708), né à Odense, fils de Jacques Jensen Bircherod (voir note i p. 8) étudia, à partir de 1674, à l’Université de Copenhague, où il se fit l’élève de Ole Borch. En 1676 il passa l’examen de théologie et en 1683 il commença à faire un cours de droit au lieu de Pierre Resen. En 1684, Bircherod fut nommé professeur d’hébreu, en 1687 adjoint à la faculté de théologie, en 1692 professeur ordinaire de théologie et en 1693 évêque du diocèse d’Aalborg en Jutlande. Il porta un vif intérêt à l’archéologie et à l’histoire de la noblesse du Danemark. Auteur habile, narrateur plein d’esprit. — D. B. L. II p. 292 ss.

2) Winslow se trompe. Bircherod ne fut pas nommé évêque d’Aarhus, mais d’Aalborg. Voir la note ci-de.ssus.

dans le College de Borrichius, le parent d'un grand seigneur^), favori du roi, fut reçu sous ce titre qu’il s’étoit donné seulement pour profiter de l’occasion, espérant de trouver dans la suite le moyen de le permuter avec un autre pour celui d’étudiant en théologie. Peu de tems après il s’ennuya de passer pour ce qu’il n’etoit point, et ayant vû dans plusieurs rencontres mon inclination pour l’anatomie et l’histoire naturelle comme aussi mon attachement à MM. Bartholin et Jacobæus, il me fit un jour la proposition de changer ma place pour la sienne, m’assurant que non seulement je ferois grand plaisir à son parent, mais que je pouvois compter sur sa protection particulière. Je consultai d’abord mon professeur en théologie, le docteur Jean Bircherod qui m’y exhorta, et j’en écrivis à mon pere qui y consentit à condition de ne pas quitter entièrement la théologie pour obtenir l’attestation

i) Le grand seigneur o: Matthias Moth (vers 1647 — 1719), probablement né à Odense, fit ses études à l’Université de Copenhague. Il commença par étudier la médecine et fut reçu bachelier en 1666. Ayant passé la plupart des années suivantes jusqu’en 1673 à l’étranger, il revint en Danemark et abandonna l’étude de médecine pour entrer dans l’administration civile. En peu de temps il avança aux postes les plus importants de l’État. En 1679 il fut anobli, eut le titre de conseiller d’État en 1684 et celui de conseiller intime en 1695. Magistrat supérieur et actif, Matthias Moth a joué un grand rôle et a rendu bien des services au développement de plusieurs branches de l’administration civile. Très instruit lui-même il a porté un grand intérêt à la science et il fut l’appui de beaucoup de savants particuliers, aussi bien qu’il a profité aux différentes institutions scientifiques. Il était en possession d’une grande bibliothèque, et il est l’auteur d’un dictionnaire en 60 volumes in folio de la plus grande valeur, et qui se trouve en manuscrit à la Bibliothèque royale de Copenhague. Matthias Moth fut le frère de la fameuse Sophie Amélie Moth, comtesse de Sams0, la maîtresse de Chrétien V. — D. B. L. XI p. 485 ss.

Selon la liste sur les boursiers du Collège de Borch Winslow changea sa place avec Chrétien Frédéric (Kristian Erederik) Winterberg. Winslow a dans la liste le numéro 4, est appelé théologien et a demeuré au Collège du 29/5 91 au 1 1/6 96. On trouve Winterberg comme le numéro 18, sous le titre d’étudiant en médecine et en botanique. Il à demeuré au Collège du 28/1 1 91 au 11/4 96. Voir: Festskrift i Anledning af Borchs Kollegiums 200-Aars yubilœuni^ Kj0benhavn 1889, p. 164. — Winterberg fut nommé successivement vicaire à Nyk0bing de l’île de Sélande (1696) et pasteur à Saksk0bing de l’île de Laaland (1698). Il mourut en 1706. Voir; S. V. IViberg^ Almindelig dansk Prœstehistorie^ Odense 1870 — 71, III p. 18. — P. Rhode^ Samlinger til de Danske 0ers Laalands og Falsters Historié^ Ki0benhavn 1776 — 94, I p. 460.

d’en avoir achevé mes études selon les réglés de l’Université, et je m’étois même fait inscrire pour cela sous les plus rigides examinateurs de tous les docteurs, Wandalinus^) et Masius^). Mais ayant cédé ma place de théologie dans le College de Borrichius et accepté celle de medecine, je ne me pressai pas pour cet examen, mais au lieu de cela je me portai très vivement pour l’étude en medecine sous la direction des professeurs royaux MM. Casp. Bartholin, Jacobæus et Wormius®), petit-fils de l’auteur '‘) du Musmim

1) Jean (Hans) Wandal (1656 — 1710), né à Copenhague et fils de l’évêque du même

nom, étudia depuis 1671 les langues orientales et la théologie à l’Université de sa ville natale. Le père mort en 1675, Angleterre, en Hollande et en Allemagne, et

ce fut pendant son séjour dans ce dernier pays qu’il subit une forte influence du champion de l’orthodoxie luthérienne, Abraham Calov. Revenu en 1678, Wandal fut nommé principal de l’Ecole de Sor0 en 1680, maître-ès-arts en 1682, professeur en langues orientales à l’Université de Copenhague en 1683 et l’année suivante professeur de théologie; en 1687 il fut reçu docteur en théologie. Grand controversiste et homme de la plus rigide orthodoxie, Wandal s’engagea en plusieurs disputes; aussi fut-il pour Masius contre les calvinistes (voir la note suivante). Il a laissé une grande production scientifique. — D. B. L. XVIII p. 248 ss.

2) Hector Geoffroi (Hektor Gotfred) Masius (1653 — 1709), naquit à Schlagsdorf en Mecklembourg. Il fut reçu maître-ès-arts à Giessen en 1675 et alla continuer ses études en Hollande. Quelque temps après il vint à Copenhague, où il avait des parents, et prêcha dans l’église de Saint-Pierre (Pétri Kirke). En 1682 on lui fit espérer une chaire à l’Université de Copenhague, et en attendant il partit pour Paris en qualité de prédicant de l’ambassadeur danois. Pendant les persécutions des huguenots il se déclara dans plusieurs écrits le défenseur des protestants. En 1686 il revint à Copenhague, nommé chapelain du roi et professeur en théologie, et l’année suivante il fut reçu docteur en théologie. Il se fit maintenant l’adversaire borné et zélé des réformés, et les vifs écrits qu’il publiait contre eux furent d’une haute portée à l’étranger non moins qu’en Danemark. Masius, apprécié et actif comme professeur, fut en outre l’auteur d’écrits ascétiques, de psaumes, etc. Il était très riche. En 1712 ses enfants furent anoblis sous le nom de van der Maase. — D. B. L. XI p. 179 SS.

3) Ole Worm le jeune (1667 — 1708), naquit à Copenhague. Il était le fils du président de tribunal Villum Worm et le petit-fils de Ole Worm aîné (voir la note suivante). En 1688 il fut nommé professeur en philosophie à l’Université de Copenhague avec le droit de monter dans la faculté de médecine, et la même année il partit pour l’Allemagne et la Hollande. A son retour en 1691 il eut la charge de professeur d’éloquence. Ayant déjà depuis longtemps fait des cours de médecine en qualité de l’assistant particulier de son père, il lui succéda comme professeur de médecine en 1704. Ole Worm le jeune n’a eu aucune importance pour la science. — D. B. L, XIX p. 195.

4) Ole Worm aîné (1588 — 1654) naquît à Aarhus. Il fréquenta l’école de cette ville et alla continuer ses études en Allemagne et en Hollande. En 1607 il commença

Wormianum. M. Bartholin me fit son assistant particulier dans ses démonstrations d’anatomie dans l’amphitheatre public, et même, s’y trouvant une fois incommodé, il me chargea de faire le reste. M. Jacobæus qui m’affectionnoit très fort, m’encouragea très particulièrement sur ma disposition et mon attachement pour l’anatomie et me fit esperer la charge d’anatomiste royal, qui avoit été établie en faveur de feu mon grand-oncle, le docteur Sténon ^), et vacante depuis son départ

à Strasbourg l’étude de médecine qu’il alla ensuite continuer à Bâle, à Padoue et ailleurs en Italie, à Montpellier et à Paris. 11 revint en Danemark en i6io en passant par la Hollande. L’année suivante il alla encore visiter l’Allemagne, la Suisse (reçu docteur en médecine à Bâle) et l’Angleterre. De retour à Copenhague en 1613, il fut nommé Pcsdagogicus.^ plus tard professeur en grec (1615), en physique (1621); enfin, en 1624, il obtint la chaire de médecine qu’il remplit une trentaine d’années jusqu’à sa mort. Ole Worm fut un savant très érudit et un professeur consciencieux. Vrai polymathe, la médecine et l’archéologie Scandinave furent pourtant ses intérêts principaux. Comme médecin il s’est bien distingué pendant les épidémies de peste qui ravageaient Copenhague au commencement du dix-huitième siècle. Comme professeur il ne travaillait pas avec moins de zèle pour améliorer les conditions relatives aux études de l’Université, en fondant un jardin botanique, des musées, etc., et le musée qui portait son nom, était à cette époque parmi les choses les plus remarquables de Copenhague. Thomas Bartholin lui rendit honneur en nommant d’après lui les os Woi'miens^ qui ont gardé leur nom jusqu’à nos jours. Comme archéologue et surtout par ses interprétations des inscriptions runiques, Ole Worm a acquis la plus haute réputation, et ses œuvres fondamentales sur ces sujets, en premier lieu l’ouvrage publié en 1643 sous le nom de Danicorum moniimentorum libri sex^ sont toujours les sources importantes où puisent les runologues. — D. B. L. XIX p. 186 ss. — B. U. XLV p. 71.

i) Nicolas Sténon (Nicolaus Sténo ou Stenonis; en danois Niels Steensen) (1638 — 1686), anatomiste, géologue, théologien et évêque catholique, naquit à Copenhague de parents considérés et aisés. 11 fréquenta l’Ecole de Notre-Dame où, entre autres, Ole Borch fut son maître. En 1656 il fut inscrit à l’Université de Copenhague et s’appliqua à l’étude de médecine sous Thomas et Erasme Bartholin et Simon Paulli. Les cours furent interrompus par la guerre entre le Danemark et la Suède et par le siège de Copenhague, et immédiatement après la conclusion de la paix, Sténon partit continuer ses études en Hollande. 11 y étudia la médecine et spécialement l’anatomie sous Blasius à Amsterdam et plus tard sous van Home et de la Boë Sylvius à Leyde et les mathématiques sous Golius, et il se procura bien des amis intimes, entre autres Spinoza et Swammerdam. A peine arrivé en Hollande, Sténon avait fait sa première découverte anatomique, le canal excréteur de la glande parotide, ou canal de Sténon. Beaucoup d’autres découvertes extrêmement importantes suivirent celle-ci, et ce fut à bon droit que Sténon s’attendit à être nommé professeur à l’Université de Copenhague dès son retour en Danemark en 1664. Néanmoins, malgré sa promesse formelle, le tout-puissant Thomas Bartholin réussit à le faire négliger en faveur d’un de ses neveux, très

pour l’Italie, ajoutant même, qu’au lieu de son honoraire

médiocre. Sténon abandonna cette même année le Danemark et partit pour Paris où

sa renommée lui avait déjà frayé le chemin et où Thévenot surtout lui témoigna un

grand intérêt et une grande amitié. 11 fut aussi introduit dans le monde, spécialement dans les cercles ecclésiastiques, et il paraît que Bossuet a exercé sur lui une grande influence personnelle. L’année suivante (1665), Sténon continua son voyage et alla à Florence, où on lui fit un accueil peut-être encore plus excellent qu’à Paris. Le grand-duc Ferdinand II l’attacha à sa personne, lui assurant un sort agréable, et il put se réjouir de l’intimité de tous les hommes supérieurs qui donnaient de l’éclat à la cour du grand-duc, comme Malpighi, Borelli, Magalotti, Viviani, Dati, etc. C’est de ces années heureuses, passées à Florence, que datent les recherches les plus brillantes de Sténon. Maintenant il ne lui fallait plus des efforts pour obtenir une chaire à l’Université de Copenhague; on vint

la lui offrir sous forme d’un rappel de la part du roi de Danemark. Mais ce rappel lui

arriva juste au jour où, certainement influencé de plusieurs manières différentes, il venait d’abjurer la foi luthérienne pour professer la foi catholique (1667). Pendant les premières années qui suivirent sa conversion, Sténon ne fournit à la science que des ouvrages de peu de valeur; il se sentit de plus en plus divisé et bientôt il renonça à toute œuvre scientifique. 11 ne revint en Danemark qu’en 1672, et comme les catholiques étaient alors exclus des chaires de l’Université, on le nomma à Copenhague anatomiste royal. Sténon ne se sentit pourtant pas à son aise en Danemark après sa conversion, et déjà en 1674 il retourna à Florence où Cosme III, le fils de k'erdinand II, l’accueillit avec la même bienveillance que son père l’avait fait et le fit le précepteur de son fils. Il s’en fallut encore beaucoup que l’esprit mal satisfait de Sténon ne se calmât. Ses exigences à lui-même allaient toujours en augmentant, et il finit par se faire ordonner en 1675. Dès ce moment, il se dévoua exclusivement à l’Eglise catholique, fut l’auteur d’écrits polémiques théologiques, et s’adonnant à une vie toujours plus ascétique il travailla à convertir le plus grand nombre possible de ses connaissances. Nommé évêque de Titiopolis i. p. i. et vicaire apostolique de l’Allemagne septentrionale et des royaumes Scandinaves il se distinguait comme un ecclésiastique fervent, à Hanovre (1677 — 80), à Munster (1680 — 83) et à Hambourg (1683 — 85) et mourut dans la plus grande misère à Schwérin en 1686, épuisé et ruiné par les tortures, qu’il s’était volontairement imposées. Son corps fut transporté à Florence et déposé dans la crypte sous l’église de Saint-Laurent. — Les découvertes anatomiques et physiologiques de Sténon sont nombreuses, surtout si l’on met en ligne de compte que ce ne fut que pendant treize ans qu’il se vouait à la science. Sténon a découvert partout dans le corps un grand nombre de glandes jusqu’alors inconnues; il a démontré que le cœur est composé de fibres musculaires, que la langue aussi est un organe musculaire, et il a appliqué les lois de la mécanique et de la physique à la physiologie des muscles. 11 est l’auteur de dissertations excellentes sur le cerveau, il a démontré l’existence du canal vitello-intestinal dans le fœtus, et il a reconnu, avant de Graaf et plus exactement que lui, le rôle physiologique des follicules de l’ovaire. Ensuite il nous a fourni des études excellentes sur l’anatomie et sur la physiologie des raies et des requins. Mais il ne suffit pas de regarder le grand nombre de découvertes de Sténon pour se faire une idée de son génie. On saurait seulement l’apprécier pleinement, si l’on considère les conclusions nettes et vastes qu’il tire toujours de ses trouvailles. On ne le voit jamais mieux qu’en regardant ses découvertes géologiques. Elles sont le résultat des recherches qu’il a faites dans un terrain tellement restreint que l’est la Toscane, et néanmoins elles l’ont porté à rien

de quatre cens écus, j’en pourrois esperer l’augmentation de deux cens. Je soutins des theses publiques^), une sous la présidence d’un jeune médecin et une autre sous M. le professeur et conseiller de justice Paul Vinding®), Ephorus du Collegium Medicœuni, pour recevoir le degré de baccalaureat qui donne le droit de présider in cathedra inferiori. Je disputai aux actes publics de doctorat en medecine, et enfin je présidai moi-même dans le College à trois theses ou disputations en medecine dont la première étoit De machhia plantanimali, la seconde De diarrhœa ex ira et tristitia et la troisième sur la même matière^). M. Rp-

moins qu’à fonder la géologie scientifique moderne. Ses ouvrages sur la formation des couches de la terre, sur les fossiles et sur les configurations des cristaux et leur production sont tellement en avance sur l’époque que ce ne sont que les savants du dixneuvième siècle qui ont su les apprécier selon leur mérite. Ses contemporains ne tardèrent pas à les oublier. La première édition complète des œuvres scientifiques de Sténon n’a paru qu’en 1910: Nicolai Stenonis Opéra Philosophica^ Copenhagen 1910. — D. B. L. XVI p. 310. — B. U. XL p. 209., — Voir aussi la préface de l’édition de 1910.

1) I. Qvid opportune potuerit dicere filins prodigue a pâtre receptus. 25 nov. 1691. —

2. Salomon de arboribus et stirpibus a cedro Liba?ti disseruit usqve ad hyssopum^ qvi

egreditur a pariete. 14 septb. 1692. — Cf. Luc. XV ii — 32 et I Rois. IV 33 {JII Rois selon les catholiques).

2) Paul (Povl) Vinding (1658 — 17 12), né à Copenhague, inscrit à l’Université de cette ville en 1675, fut en 1677 nommé Professer designatus. De retour en 1681 d’un voyage en Hollande, en Angleterre, en France et en Allemagne il eut la charge de professeur en grec qu’il remplit jusqu’à sa mort. En 1686 il fut nommé assesseur du conseil aulique et de la chancellerie, deux ans plus tard assesseur de la cour suprême, en 1693 conseiller de justice et en 1706 conseiller d’Etat. Vinding était regardé le meilleur latiniste de son pays après Ole Borch et fut un auteur assez fertile. Pratique dans les affaires et d’une intelligence concise et claire, comme il l’était, Borch le nomma éphore de son Collège, charge qui lui valut l’estime et l’amour des boursiers. — D. B. L. XIX p. 25 ss. — Festskrift., etc. p. 44 ss.

3) I. Spicilegium Anatomico-Botanicu7n Gaierale De Machinœ Plantanimalis Oeconomia Analogica., Qvod .... ht Collegio Mediceo die 20 Junii Anno ibq^. h. p. m. proponit Jacobus Winslow. Respondente Christiano Willichio. Hafniœ.^.. Dédié aux professeurs Gaspard Bartholin, Oliger Jacobæus, Jean Mule et à son père Pierre Winslqv.

2. Exercitii Anatomico-Pathologici.^ Circa Historiam De Solenni Alvi Solutione Ex Ira Et Moerore.^ Particula I Anatomica . . . submissa a fiacobo Winslow tuente Johanne Thomœ Trojel. Anno i6çj d. 26 Junii ante meridiem h. s. Hafniœ...

3. ... Partictda II Pathologica . . . Respondente Canuto Spormaker Bernhardi F. In Auditorio A?mo iùç6. d. [/y ajouté par écrit] Junii. Horis post meridiem consvetis. Hafniœ . . .

mer^), célébré professeur en astronomie") et autrefois attaché pendant plusieurs années à l’Observatoire royal de Paris, qui alors demeuroit attenant le dit College®) et m’honoroit de sa bienveillance à cause de mon assiduité à le voir et à lui proposer avec simplicité mes idées sur les expériences dont il me parloit pour l’ordinaire avec plaisir, me conseilla de dédier la derniere de mes theses au seigneur, avec le parent de qui j’avois permuté ma place ; il en étoit un ami particulier, et il lui parla de tems en tems de ma disposition

1) Olaus (Ole) Kristensen R0mer (1644 — 1710) naquit à Aarhus. Dès son enfance il

s’intéressait fort aux mathématiques et à la métrologie. En 1662 il fut inscrit à l’Université de Copenhague et logeait chez Érasme Bartholin dont il était pendant neuf ans l’assistant particulier et avec qui il travaillait pendant les derniers quatre ans à préparer une édition complète des observations de Tycho Brahe. En 1671 le Danemark reçut la visite de l’abbé Picard qui venait de la part de l’Académie des sciences à Paris faire des observations nouvelles sur la situation exacte d’Uranibourg et d’autres points voisins. Erasme Bartholin et Rqmer l’assistaient en son travail, et le dernier eut à faire la plupart des observations. Picard amena Rpmer à Paris en 1672. 11 fut reçu membre de l’Académie et eut son logement à l’Observatoire, établi en 1667, et dont Cassini était le directeur. Tout en prêtant son concours aux travaux de Picard, Rpmer travaillait pour son propre compte. Une suite d’observations sur les éclipses des satellites de Jupiter le menaient à la découverte importante que la lumière met un certain temps pour se propager dans l’espace, et par les calculs de ses observations il réussit à déterminer la vitesse de la lumière (1675). R0mer fut nommé Professor designatus mathematum stiperiornm à l’Université de Copenhague, mais il resta encore six ans en France. 11 profitait de ces ans pour construire avec Picard les grandes eaux à Versailles et à Marly, mais il alla aussi, en astronomiste, à Londres, où il fit la connaissance de Newton et de Harley. 11 trouva encore le temps pour inventer quantité des appareils les plus importants aux observations astronomiques, et dont on se sert encore le jour d’aujourd’hui. De retour

à Copenhague en 1681, il entra en fonction comme professeur à l’Université. Il fit en-

core beaucoup d’observations d’une valeur extrêmement grande, mais il n’en a publié que très peu, la plupart ont été perdus. Rqmer s’est encore chargé de plusieurs tâches

pratiques, il a amélioré le pavé, l’éclairage des rues et les conduits de l’eau à Copen-

hague, etc. En outre, le Danemark doit à Romer un meilleur système de monnaies et de poids, de l’impôt cadastral, etc. Il a pris aussi grande peine pour faire adopter dans sa patrie le calendrier grégorien; il a fondé l’École de navigation de Copenhague, etc., etc. En 1694 R0mer fut nommé assesseur de la cour suprême, en 1705 directeur de la police et premier bourgmestre, et en 1706 conseiller d’État. Il se montrait toujours le protecteur intéressé des étudiants habiles de l’Université de Copenhague. — D. B. L. XIV p. 490 ss. — B. U. XXXVI p. 303 ss.

2) Le MS. a : anathomie.

3) Le Collège de Borch est situé à Store Kannikestræde numéro 12. La maison de Rpmer se trouvait où sont maintenant les numéros 14 et 16.

et du progrez que je faisois. Ce seigneur étoit conseiller privé du roi de Dannemarc, secrétaire d’Etat, sur-intendant des postes et dispensateur general des grâces dans tout le royaume. Il avoit autrefois lui-même étudié en medecine, et avoit alors traduit en latin une lettre que mon grand-oncle, M. Sténon, avoit écrit en italien au grand-duc de Toscane, touchant l’anatomie d’un veau hydrocéphale ; la traduction en est insérée dans les Acta Hafniensia de Thomas Bartholin sous le titre Matthiœ Mothii &c. ^), qui étoit le nçm du seigneur, et en langue vulgaire M. Moth. Il avoit toujours conservé de l’amour pour la profession et en particulier pour la chirurgie, en faveur de laquelle il avoit même fait établir une chaire royale dans l’Université de Copenhague pour un parent ou allié, nommé M. Aagaard^), qui quelque tems après, par une longue absence dans une autre province, laissa pour ainsi dire tomber cet établissement. Cela ne contribua pas peu à me faire inspirer par un ami de m’appliquer aussi en particulier à ce qui concerne les operations chirurgicales. Ainsi pour ne rien négliger, j’employai la derniere année de ma demeure dans cette Université à la chirurgie et me

1) Voir: Thomæ Bartholini Acta Medica &= Philosophica Hafniensia Ann. i6ji 1672., Hafniæ 1673, No. CXXXI p. 245 : De Vitulo Hydrocephalo ad Ser”"‘”‘ Magnum Etruriæ Ducem Ferdinandum II Epistola. — Nicolai Stenonis Opéra Philosophica.^ Copenhagen 1910, II p. 227 (dans cette édition une planche).

2) Le MS. a: Rugaard ou Ragaard. — André Nicolas (Andréas Nikolaj) Aagaard naquit environ 1664. En 1683 il quitta l’Ecole de Kalundborg dans l’île de Sélande pour se livrer aux études de médecine et de chirurgie et fut nommé Professer designatus en médecine et chirurgie en 1688 à l’Université de Copenhague. Il reçut le titre de conseiller de chancellerie en 1696 et celui de conseiller de justice en 1698. Au mois d’octobre l’année suivante, Aagaard quitta le Danemark, et de Hambourg il demanda par une lettre la démission de sa charge. Il fut découvert qu’il avait abusé des legs qu’on lui avait confiés, mais probablement ce n’a pas été la seule raison de son départ. La dernière nouvelle qu’on ait de sa part est une lettre, envoyée de la Haye sous la date du 30 avril 1700. Il était un parent de la femme de Matthias Moth, Christine Aagaard; qu’il ait été son frère est pourtant peu probable. — Kristian Carpe.^ Den Danske Lœgestand.^ Doktorer og Licentiater 147g — 1788.^ Kpbenhavn og Kristiania 1909, p. i. — K. Carjle.^ Anders Aagaard dans Bibliotek for Lœger.^ Kpbenhavn 1910, fasc. 2.

logeai exprès chez M. Buchwald^), très habile et très exercé en cette partie qu’il avoit très cultivée à Paris à la Charité des hommes^). J’assistai à toutes les operations qui se présentèrent, j’y mis même la main dans les occasions, et à la fin j’y avançai tellement que les jeunes gens m’engagerent à leur faire une espece de cours. Il me resta seulement une difficulté presqu’insurmontable pour l’operation de la saignée à laquelle je n’avois jamais pu assister sans être prêt plus ou moins de tomber en foiblesse. Un ancien maîtrecompagnon en chirurgie me donna là-dessus un avis dont l’execution m’en délivra, en faisant moi-même en sa présence

1) Jean (Johannes) de Buchwald (1658 — 1738), né à Meldorf du pays des Dithmarses, vint à Copenhague en 1674 comme l’apprenti de son oncle maternel Nicolas (Niels) Boye, maître-barbier assez connu. Reçu aspirant à la maîtrise en 1680 il partit passer quatre ans en Allemagne, en Hollande et en Autriche. Il resta un an à Vienne dans le service de M. Hawelant, chirurgien ordinaire de l’empereur; il était ensuite le chirurgien de l’ambassadeur de Danemark et demeura chez lui pendant le siège des Turcs en 1683. 11 revint à Copenhague la même année, fut nommé chirurgien de la marine, mais alla de nouveau en Hollande et à Paris pour commencer l’étude de médecine. De retour à Copenhague en 1689 il fut nommé chirurgien de l’hôpital de la marine, Kvœsthuset^ et il ne tarda pas à se faire un nom comme opérateur. En 1692 — 93 il accompagna P'rédéric IV, alors prince royal, à l’étranger où il continua ses études. Revenu à Copenhague il y menait une vie paisible de barbier-chirurgien jusqu’en 1697 où il partit pour la Hollande de compagnie avec Winslow. Le 15 mars il fut immatriculé dans l’Université de Leyde. En Hollande de Buchwald suivait les cours de Bidloo, de Hotton et de Deckers, et la même année, en 1697, il passa sa licence en médecine. De retour à Copenhague il étudiait l’anatomie sous Gaspard Bartholin le jeune, fut reçu docteur en médecine en 1700 et la même année nommé médecin en chef à l’hôpital de la marine. Sept ans plus tard il eut le titre de médecin du roi, fut nommé en 1711 chirurgien en chef des forces militaires, en 1717 conseiller de justice et professeur de la faculté de médecine, et conseiller d’Etat en 1728. Esprit positif, habile, ambitieux et très intelligent, de Buchwald a été d’une influence durable pour la chirurgie et pour l’obstétrique en Danemark. R0mer et Winslow l’ont fort estimé, mais le monde savant ne lui pardonnait pas son origine et le regardait toujours d’un œil jaloux. Deux fils se sont distingués comme médecins et un d’eux, Balthasar Jean de Buchwald, fut le successeur de son père à l’Université. — D. B. L. III p. 225 ss. — Sur les ouvrages de Buchwald, voir: V. Ingerslev^ Danmarks Lœger og Lagevcssen^ Kjpbenhavn 1873, II p. 160.

2) L’Hôpital de la Charité fut fondé par Marie de Médicis en 1601. On n’y acceptait que des hommes. Le premier local fut situé rue de Petite-Seine, mais déjà en 1606 l’établissement fut transporté à l’hôtel de Sansac, à l’angle de la rue Saint-Pierre (actuellement rue des Saints-Pères) et de la rue Taranne. — Paul Delaunay^ Le Monde Médical Parisien au dix-huitihne Siècle^ Paris 1905, p. 89.

dans l’hôpital militaire^) 15 ou 16 saignées tout de suite un des premiers jours du mois de mai aux matelots qui s’y présentoient alors pour l’ordinaire, lesquelles saignées je fis heureusement, excepté deux que je fus obligé de réitérer, même sans aucun accident. C’est l’unique fois que j’ai fait cette operation, très content d’avoir été par ce moyen guéri de ma foiblesse.

En 1696, vers la fin de la cinquième année de toutes ces applications M, le conseiller privé de Moth, à qui j’avois dédié ma derniere these ou dissertation et que je n’avois osé aller voir depuis, me fit venir chez lui, et après m’avoir interrogé sur plusieurs cas de medecine et de chirurgie me parla en ces termes : Vous êtes celui que je cherche depuis quatorze

ans ; et là-dessus me mit d’abord entièrement sous sa protection, m’exhortant de continuer mes applications. Ceci étoit encore un trait de la Providence divine, car depuis plusieurs années auparavant mon pere avoit été desservi auprès de ce seigneur par les mains de qui presque tout passoit dans le royaume. La cause de cette disgrâce étoit, autant que je puis m’en souvenir, le refus que mon pere dans une maladie considérable avoit fait de résigner sa charge à un de ses favoris qui en avoit fait la sollicitation. En me rappellant cela, j’adore la divine miséricorde qui par des voies si singulières, contre toute attente, m’a fait embrasser avec tant de succez une profession qui m’a procuré cette faveur inopinée sans laquelle je ne serois peut-être pas sorti de mon pays ; et qui pis est, je serois resté dans ma religion natale, contraire à celle hors laquelle personne ne peut être sauvé.

Ceci me rappelle encore le souvenir d’un autre trait de

i) Le Kvœsthus dont il est ici question, était fondé exclusivement comme l’hôpital de la marine. Il était situé où se trouve maintenant Kvæsthusgade. La première pierre fut posée en 1684. L’hôpital fut remué à Kristianshavn (faubourg de Copenhague) en

miséricorde : pendant que je demeurois au College de Borrichius, mon pere avoit permuté avec une personne^) protégée du même seigneur sa charge pastorale d’Othensé en Fionie pour celle de Prestpe, ville de Sélande. Quelque tems après son déménagement à cet endroit, je voulus y aller avec un de mes freres qui étoit alors aussi à Copenhague, et comme il faisoit beau tems, au lieu d’y aller par terre, nous nous embarquâmes dans un vaisseau tout prêt avec une provision ordinaire pour un trajet de dix à douze heures au plus"). Mais étans en pleine mer, le vent, devenu contraire, nous fit naviguer pendant environ quatre jours, de sorte que nous eûmes pour nourriture le pain bis des matelots, et la derniere nuit, le vaisseau étant près d’un rocher, il s’éleva une tempête si violente que le pilote, après avoir mis tout en œuvre, nous avertit qu’il n’osoit plus rien esperer et nous exhorta de nous recommander au Seigneur. Quelques momens après arriva subitement un calme extraordinaire et le ciel qui étoit auparavant tout noir devint dans un moment éclairé par les étoiles. Je regarde encore ceci comme un trait particulier de la grande miséricorde divine, qui n’a pas permis que je mourus hors de la religion catholique et qui m’a sauvé du péril des eaux, comme elle m’avoit quelques années auparavant préservé de périr par le feu.

Je composai en cette année un mémoire raisonné sur des observations particulières que j’avois faites depuis quelque tems et je le présentai à M. de Moth, mon nouveau patron, qui le reçut avec marques de plaisir et de contentement.

En 1697, au commencement de l’année, je reçus très inopinément ses ordres de me mettre au plus tôt en état de voyager pour voir en differens pays étrangers ce qui pour-

1) Frédéric Chrétien (Frederik Kristian) Mikkelsen v. Haven permuta sa charge pastorale avec celle de Pierre Winsl0v le 19/7 1692. — S. F. Wiberg^ l. r., Il p. 521.

2) La distance par mer de Copenhague à Prestp est une 8oa>ne de kilomètres.

roit contribuer à me perfectionner de plus en plus dans la profession qu’on m’avoit fait embrasser, avec assurance d’avoir soin du necessaire pour ce voyage, &c.

A peine avois-je le tems d’aller prendre congé de mon pere et de ma mere, qui avec la famille étoient alors dans la même province, sçavoir à Prestpe, dont j’ai fait mention ci-dessus. Mon pere qui malgré mes frequentes infirmitez onéreuses m’avoit toujours chéri particulièrement, après m’en avoir encore donné des preuves dans cette occasion des plus sensibles, m’inculqua plusieurs instructions salutaires pour me conduire et me comporter en toutes sortes de rencontres parmi le monde des differens pays étrangers -, en les finissant il me dit qu’il ne me parloit point de religion, ne doutant pas que par mes études précédentes en théologie je ne sçusse bien la conduite que je devois garder parmi les religions étrangères ; et il ajouta que je pouvois en passant entrer dans les églises de ces religions et y prier Dieu dans un coin en particulier seulement. Je ne puis m’empêcher de rapporter ici, uniquement pour l’édification de ma famille, qu’étant sur le point de nous séparer il témoigna à mes freres et à mes sœurs alors présens, que je ne lui avois fait de peine par désobéissance excepté une seule fois ; je m’en souviens toujours très bien, de même que du châtiment aussi rude que salutaire que j’en reçus, n’ayant alors qu’environ sept ans.

Ayant ensuite préparé ce qui étoit necessaire pour le voyage, je partis environ le 22 février de cette année 1697, malgré la rigueur extraordinaire de l’hiver. La mer Baltique étoit prise très avant et le fleuve Elbe vers Hambourg l’étoit entièrement; je fus pourtant obligé de traverser cette riviere d’un bord jusqu’à l’autre sur la glace dans un traîneau avec un seul cheval qu’on fit aller à grand galop pour ne pas enfoncer la glace qui se rompoit à mesure d’espace en espace

avec un bruit qui faisoit peur. M. Buchwald chez qui j’avois demeuré l’année précédente, ayant aussi à faire en Hollande, m’accompagna, et nous arrivâmes ensemble à Leide le 7 mars. Je me souviens qu’ayant vû de loin aux environs des frontières [d’Hollande Nord-d’Hollande] marcher deux religieux qu’on disoit être franciscains, et cela la première fois de ma vie, le seul aspect de leur habit me fît pâlir et presqu’évanouir, sans sçavoir pourquoi.

Incontinent après mon arrivée à Leide, je me fis d’abord immatriculer^) dans l’Université chez le recteui qui étoit alors, autant que je puis m’en souvenir, M. Volder®), professeur en mathématique ; et cela par l’avis d’un bon compatriote que je fus assez heureux d’y trouver, sçavoir M. Foss'*), fils d’un ancien premier médecin^) du roi de Dannemarc, avec

1) Les mots entre [] sont insérés plus tard dans le manuscrit.

2) Le 15 mars 1697, le même jour que de Buchwald. — Album Studiosorum Aca-

demiae Lugduno-Batavae^ Hagae Comitum 1875, 745'

3) Burchardus de Volder (1643 — 1709) naquit à Amsterdam, faisait ses études dans cette ville, fut reçu maître-ès-arts à Utrecht et docteur en médecine à Leyde. En 1670 il fut nommé professeur de philosophie à Leyde, et en 1682 professeur de mathématiques. Il fut un savant très estimé. — B. W. d. N. XIX p. 316 ss.

4) Jean (Jens) Foss le jeune (1674 — 1757), baptisé à Lund de la Scanie, fut reçu étudiant à Copenhague en 1693 et inscrit à l’Université de Leyde en 1696 et en 1700. L’année suivante il fut nommé professeur désigné en philosophie et en médecine à l’Université de Copenhague; pourtant on lui fit un passe-droit et donna la charge vacante à G. F. F. de Frankenau. Foss partit de nouveau pour la Hollande et fut immatriculé encore une fois dans l’Université de Leyde en 1702. Nous le trouvons en 1708 pratiquant la médecine à Schoonhoven en Hollande, et il refusa maintenant la chaire de mathématiques à l’Université de Copenhague. Cependant il revint à sa patrie en 1712 et fit partie d’une commission, chargée de faire une motion sur l’établissement d’un collège de médecine. — Kristian Car/e^ Den danske Livgestand^ Doktorer og Licentiater i4Jg — jjS8^ p. 41.

5) Chrétien (Kristian) Foss (1626 — 1680), né à Lund, père du médecin ci-dessus nommé. Ayant fréquenté l’Ecole de Sor0 il fut immatriculé dans l’Université de Copenhague en 1644, se livrant aux études de théologie et plus tard à celles de médecine. Il fit deux voyages à l’étranger, visita la Hollande, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche et reçut le doctorat en médecine à Utrecht en 1652. Trois ans plus tard il eut la charge de médecin provincial dans la Scanie. Quand cette province fut cédée à la Suède, il fut nommé, en 1669, professeur en médecine dans l’Université de Lund, récemment initiée, et en 1672 assesseur de la cour aulique de Jônkbping. Pendant la guerre de 1675 on le soupçonnait

qui je liai une grande amitié, que nous gardâmes réciproquement sans interruption pendant notre séjour en Hollande et ensuite en France.

Je profitai le reste de cet hiver de plusieurs cours particuliers: sçavoir en anatomie et chirurgie chez M. Bidloo^), en pharmacie et chimie chez M. Le Mort^), sans négliger les exercices de la medecine pratique, étant conduits par M. Deckers®) dans l’hôpital destiné pour cela en faveur des étudians et des jeunes médecins. J’assistai aux expériences publiques et ordinaires de M. Volder et de M. Senguerd^).

de sympathie avec le Danemark, il se vit obligé de s’enfuir et obtint la charge de médecin ordinaire du roi de Danemark, Chrétien V. En 1678 Foss fut nommé assesseur de la cour suprême à Copenhague. Il avait dans son vivant un grand renom comme médecin. — D. B. L. V p. 262 ss.

1) Geoffroi (Govard ou Godefried) Bidloo (1649 — 1713) naquit à Amsterdam. 11 se livra aux études de médecine et surtout d’anatomie, fut reçu docteur en médecine et s’établit pour exercer la médecine dans sa ville natale. En 1688 il fut nommé professeur adjoint d’anatomie et de chirurgie à la Haye et obtint ensuite de hautes postes en qualité de médecin militaire sous Guillaume d’Orange. En 1694 Bidloo eut la chaire d’anatomie et de médecine à Leyde et reçut, en 1701, la charge de médecin ordinaire de Guillaume III d’Angleterre. Il fut un anatomiste célèbre, renommé surtout par sa grande œuvre Anatomia hu??ia}ti corporis^ qui parut à Amsterdam en 1685. Bidloo était encore auteur de bien d’autres œuvres d’anatomie ; il cultivait aussi la poésie et composait des pièces de théâtre. — B. W. d. N. 11 2 p. 522 ss. — B. U, IV p. 290. — B. L. d. h, A. I p. 449 ss.

2) Jacques (Jakob) Le Mort (1650 — 1718), né à Arnheim, étudia pendant trois ans la théologie à Leyde, et partit ensuite pour Amsterdam travailler dans une pharmacie. En 1672 il retourna à Leyde et établit un laboratoire où il faisait des cours de pharmacie, ce qui finit par lui valoir une amende; mais six jours après sa condamnation il fut déjà reçu docteur en médecine à ütrecht, en 1676. En 1690 Le Mort fut nommé directeur du laboratoire de chimie de l’Université de Leyde, et deux ans après on lui donna la permission de tenir des Collegia medica. Enfin en 1702 il fut nommé professeur ordinaire de chimie et de médecine. Le Mort fut un professeur habile et un chimiste très considéré. — B. W. d. N. XII 2 p. 1064 ss. — B. L. d. h. A. IV p. 289.

3) Frédéric (Frederik) Deckers (1648 — 1720) naquit à ’s Hertogenbosch. Il suivait à Leyde les cours de François de la Boë Sylvius, y fut reçu docteur en 1668 et s’y établit pour exercer la médecine. Il publia un ouvrage de Paul Barbette, et donna en 1673 son œuvre Excercitationes practicæ circa methodum medendi. En 1694 il fut nommé professeur de médecine pratique à Leyde et en 1697 Professer collegii practico-medici in nosocotnio. Deckers était un professeur très intéressé, et ses cours de chirurgie clinique étaient fort appréciés. — B. W, d. N. IV p. 81 ss. — B. L. d. h. A. II p. 142.

4) Wolfgang Senkward (Wolferdus Senguerdius) (1646 — 1724) naquit à Utrecht. 11 fit ses études à Leyde, y reçut le doctorat en philosophie en 1667 et fut nommé pro-

A l’entrée de l’été je suivis les démonstrations botaniques de M. Hotton^) dans le jardin de l’Université où se voyoit alors le très grand Cereîts qui a produit celui du Jardin royal à Paris. Mais comme mon inclination dominante étoit toujours pour l’anatomie, j’allai ensuite à Amsterdam pour y voir deux illustres en cette science, M. Ruysch®) et M. Rau®).

fesseur en philosophie à l’Université en 1676. En 1701 il obtint la charge àe Prœfectus bibliothecœ Universitatis Leidensis. — B. W. d. N. XVII i p. 614 ss. — B. L. d. h. A.

1) Pierre (Petrus) Hotton (1648 — 1709) naquit à Amsterdam, fit ses études à Leyde, où il fut reçu docteur en 1672. Il pratiquait la médecine à Amsterdam et y fut nommé Prcefechts secundarius du Jardin botanique. 1679 — 80 Hotton fit fonction de professeur en botanique à l’Université de Leyde et en fut nommé professeur ordinaire en 1695.8a production scientifique est sans conséquence. — B, W. d. N. VIII 2 p. 1299. — B. L. d. h. A. III p. 285 SS.

2) Frédéric (Frederik) Ruysch (1638 — 1731) naquit à la Haye, où il se fit pharma-

cien en 1661. Tous les jours il allait à Leyde suivre les cours de médecine et d’anatomie à l’Université, et en 1664 il y fut reçu docteur en médecine. En 1666 on le nomma

Prœlector anatomiœ au Corps des chirurgiens {ChirurgynsgilcT) d’Amsterdam, en 1672 professeur adjoint des élèves sages-femmes, en 1679 médecin légal et en 1685 professeur en botanique à VAthenaum. Mais c’est surtout comme anatomiste que Ruysch s’est distingué , et on lui doit entre autres choses la découverte des artères bronchiques,

des valvules des vaisseaux lymphatiques, etc. Ruysch a bien mérité de la technique de l’anatomie, et l’injection des vaisseaux, inventée par Swammerdam, a été portée par lui à un tel degré de perfection, que les anatomistes de la postérité l’ont à peine égalé. Le tsar Pierre prenait un grand plaisir à étudier le cabinet de Ruysch, et il acheta, en 1717, sa collection anatomique trente mille florins. Ce ne fut du reste qu’une petite partie de la collection qui parvint en Russie, car chemin faisant les matelots burent l’alcool, dans lequel étaient conservées les préparations. Plus tard une partie de la nouvelle collection de Ruysch fut vendue à Jean Sobieski qui la paya vingt mille florins. —

B. W. d. N. XVI p. 579 ss. — B. U. XXXVII p. 143 ss. — B. L. d. k. A.V it,i.

3) Jean Jacques (Johannes Jacobus) Rau (1668 — 1719) naquit en Souabe. A l’âge de quatorze ans il entra en apprentissage chez un barbier, mais bientôt il partit parcourir l’étranger, vint aussi en Hollande et ensuite, à bord d’un vaisseau de guerre hollandais, en Angleterre. Peu à peu il réussit à faire de petites économies qui devraient lui servir à étudier l’anatomie et la chirurgie à Leyde et à Paris. En 1694 il fut reçu docteur en médecine à Leyde, s’établit à Amsterdam pour y pratiquer la médecine et obtint en 1696 la permission de faire des dissections publiques dans l’amphithéâtre anatomique de la ville. A cette époque-là frère Jacques Beaulieu faisait grand nombre d’opérations de la taille à Amsterdam. On prétend, que Rau a réussi à lui surprendre la méthode, à le faire chasser et à le remplacer chez sa clientèle. En 1705 Rau eut la permission de tenir des cours d’anatomie à l’Université de I.eyde, et en 1713, après la mort de Bidloo, il fut nommé professeur en médecine, en anatomie et en chirurgie. Anatomiste supérieur

Je fus fort surpris à la première vue du fameux cabinet de M. Ruysch, je le fus encore davantage en assistant à un cours public dans lequel, entre plusieurs autres belles pièces d’anatomie, il montra deux corps entiers d’enfans qu’il avoit tellement conservés par son secret particulier qu’ils paroissoient avec leur embonpoint et le coloris naturel. Le grand czar de Moscovie étoit alors incognito à Amsterdam et assistoit en particulier à ces exercices ; il me semble l’avoir vû un matin seul et sans suite dans une chaise roulante avec M. Ruysch pour aller à l’amphitheatre de cette ville.

Pendant ce tems-là, M. Rau, docteur en medecine et pensionnaire de la ville d’Amsterdam pour l’anatomie et les operations de chirurgie, annonça un cours particulier de chirurgie pour lequel je ne manquai pas de me faire inscrire avec quelques autres étrangers, en payant l’honoraire qu’il exigeoit. Il le commença le 15 juillet 1697 et le finit le 8 août suivant, après y avoir presque tous les jours démontré et enseigné environ quatre-vingts operations, outre les bandages en grand nombre. Il recommença un pareil cours au mois de septembre suivant auquel je m’engageai aussi, ayant trouvé tant de contentement dans le premier que je ne croyois pas devoir épargner la dépense pour celui-ci, dont je profitai d’autant mieux que non seulement il me servit d’une répétition entière de ce que j’avois si avidement appris dans l’autre, mais encore par les marques continuelles de mon attention à toutes les circonstances et de mon application à imiter ce que je voyois, ce qui me procura l’affection de ce docteur, d’ailleurs assez fier et difficile. Parmi les étrangers de distinction qui assistoient à ces cours particuliers avec moi.

et grand opérateur, il a su éveiller l’intérêt de ses élèves; comme auteur il a été très peu fertile. — B. W. d. N. XVI p. 90 ss. — B. U, XXXV p. 228 ss. — B. L.d.h.A, IV p. 674 ss. — Ces trois biographies de Rau divergent beaucoup Tune de l’autre.

étoient M. Ettmüller^), fils du célébré auteur de ce nom, et depuis son successeur dans l’Université de Leipsic, M. Schacher^), aussi ensuite professeur très célébré là même, et M. Albrecht^), fils du docteur de ce nom de Hildesheim, &c.

Au milieu d’octobre suivant je commençai sous le même M. Rau un cours entier d’anatomie qui dura tout le reste de cette année. Nous ne fûmes que quatre pour ce cours, sçavoir M. Paolson, docteur anglois, M. Frampton^), aussi anglois, un apoticaire d’Amsterdam et moi ; car, comme dans ces cours particuliers où il s’agit d’avoir l’œil sur tout pour en profiter avec satisfaction, le nombre d’assistans empêche chaque particulier de voir et le prive d’une partie de l’avantage de profiter, nous quatre prîmes donc le parti d’y assister en petit nombre pour éviter cet inconvénient, pour y tout remarquer à notre aise et de faire seuls la dépense qui étoit réglée pour le nombre proportionné à l’amphitheatre particulier de M. Rau.

1) Michel Erneste (Michael Ernst) Ettmüller (1673 — 1732) naquit à Leipsic, fit ses études dans cette ville, en Hollande et en Angleterre, fut reçu docteur en médecine à Leipsic en 1699 et y fut nommé, en 1702, professeur extraordinaire dans la faculté de médecine, en 1709 professeur ordinaire de physiologie, et professeur de pathologie en 1724. 11 fut très habile et jouissait d’une grande estime, ce qu’il devait en partie au renom de son père, le célèbre Michel Ettmüller, dont il a publié les œuvres. A part ceci ses productions scientifiques ont peu de valeur. — Allgemeine deutsche Biographie^ I.eipzig 1875 — 1900(10), VI p. 401.

2) Polycarpe Théophile (Gottlieb) Schacher (1674 — 1737) naquit à Leipsic, y étudia, fut reçu docteur en 1698 et partit ensuite pour la Hollande, l’Angleterre et la France. En 1701 il fut nommé professeur extraordinaire d’anatomie et de chirurgie à Leipsic et successivement professeur ordinaire de physiologie, d’anatomie, de chirurgie et de pathologie. Schacher était un savant très érudit, mais ses nombreux opuscules sont seulement d’un intérêt historique. — Allgemeine dettlsche Biographie^ XXX p. 480.

3) Jean (Johann) Gruter Albrecht fut immatriculé dans l’Université de Leyde le 30 septembre 1697; il avait alors vingt-deux ans. I.e père Jean Pierre Albrecht (1647 — • 1724) fut reçu docteur en médecine à Francfort-sur-l’Oder en 1673, pratiquait la médecine à Hildesheim et fut nommé, en 1681, membre de VAcade7nia Cœsarea Leopoldina. Il était un auteur scientifique très fertile. — ■ Album Sltidiosorum Academiae Lugduuo- Batavae., col. 747. — B. L. d. h. A. I p. 94.

4) Matthieu (Matthew) Frampton, Anglais, immatriculé dans l’Université de Leyde le 15 mars 1698. Il avait alors l’âge de vingt ans. Album Studiosorum etc.^ col. 749.

Parmi les évenemens de cette année à rhon égard, je me crois très obligé de rapporter ici le plus précieux monument de l’affection particulière de mon pere qui à l’occasion de l’anniversaire de ma naissance du 17 avril selon l’ancien style et du 27 selon le moderne, me fît l’honneur de m’envoyer par la poste dans une lettre des vers latins qu’il avoit composés là-dessus et dont je conserve l’original, écrit de sa propre main. Il faut observer que dans ce pays on est toujours appellé candidat jusqu’au degré de docteur ou de licencié.

Copie de ces vers.

Dilectissimo et desideratiss. jilio meo Jacobo Winslow medic. ca7ididato Lzigdimi Batavorum pressenti tempore degenti 7iatalem qvœ ij Aprilis est S. Rudolphi sacra dies anni légy voveo felicissimam Petriis Winslow.

Petra dédit Petro, Petrus diadema Rudolpho^), Svevoruni scripsit talia papa duci;

Ast ego.^ 7iiinc abseiis^ tibi scribo seqventia.^ Jili.,

Cujus natalein concelebrabo diem :

Petra dédit Petro., sacrata htee Pudolpho'"''),

Hune primogenitum., cui diadema precor;

Sed medicuni diadema precor ^nitramqve decentem Pro merito simul et conditione hta.

In Batavis aliisqve., Deus qvo ducet., Athe^iis.,

Perge Machoniis^) invigilare viis,

1) Petra (sc. Christus) dédit Petro (sc. vicario Christi, papæ), Petrtts (sc. papa) diadema Rudolpho (sc. duci Svevorum). — Il est question de Rodolphe de Rheinfelden, duc de Souabe, qui fut élu antiroi du roi d’Allemagne, Henri IV, à Forchheim en 1077. Selon le récit de Sigebert de Gemblours (1030 — 1112), et selon le rapport conforme qui nous est donné cinquante ans plus tard par le célèbre historiographe Othon de Freisingen, le pape Grégoire VII aura envoyé au roi Rodolphe une couronne avec l’inscription ci-dessus citée.

2) Voir p. 2, note i.

3) Machaon, médecin célèbre, fils d’Asclèpe. — Hom. II. II 732.

Ac magmim magni patroni imitare parentem Et vita et studiis (ceqvi par are neqvis).

Mothius ille pater^ nostri Podalirius^) œvi^

Maximus et carus regibtis ipse fuit^

Qvo nihil aspexit nostra hœc vel sanctius œtas^

Vel theïa felix vidit in arte magis !

Aut saltem vita tu magnum imitare Riidolphum^

Haud potis’^) es studiis maribus atqve piis^

Magni qvippe tui frater fuit ille patroni Delicium patriœ, prcesul amorqve ttiœ.

At pro patrono (Deus huic benedicat) et ejus Ftinde ter illustri vota prœcesqve domo^

Incolumi ut rediens per mttUos jugiter annos Condignas grates reddere nate qveas,

Et sic patrono^ fautoribus atqve parenti Et latidem patriæ, salvus ovansqve redi.

Natalem faustam tibi det Deus Optimus horna7n Et multas cœli mittat ab arce pares.

Die 75 Aprilis i6çy.

En 1698, depuis le mois de janvier jusqu’au mois de juin, je demeurai alternativement à Leide et à Amsterdam, pour ne pas laisser passer les occasions favorables à mon avancement, gardant néanmoins toujours aux deux endroits ma demeure chez les mêmes gens qui m’avoient donné continuellement des marques évidentes d’affection, de desinteressement et de fidelité.

Pendant mon séjour à Amsterdam je me trouvai à plusieurs operations de M. Rau dont je viens de parler et qui par une faveur particulière me permit d’être auprès de lui quand il feroit l’operation de la taille, que je l’ai vû faire plusieurs

1) Podalirius, médecin célèbre, frère de Machaon. — Hom. II. II 732.

2) Le MS. a ; hatid e potis.^ etc.

fois et avec beaucoup de succez même après les tentatives inutiles d’autres. Il operoit si adroitement que les assistans les plus proches ne s’appercevoient pas de son secret. J’y ai vû le fameux Cyprianus^) faire la taille. J’y fis ensuite particulièrement connoissance avec le grand praticien en chirurgie M. Verduyn®) qui avoit publié une belle édition latine de X Armamentarium Sculteti avec une addition de ses propres observations et cures très remarquables et la maniéré de faire l’amputation de la jambe par lambeaux. J’ai vû des cas extraordinaires et des cures surprenantes en chirurgie chez ce M. Verduyn qui partageoit sa pratique avec son fils de même nom et son gendre appellé, si je ne me trompe, M. Borderet®), de maniéré que lui-même alloit le plus sou-

1) Abraham Cyprianus (né entre 1656 et 60, mort probablement après 1724) naquit à Amsterdam, fut reçu docteur en médecine à Utrecht en 1680 et exerçait la médecine à Amsterdam, où il ne tarda pas à se faire un nom comme opérateur, surtout par les opérations de la taille, dont il a fait quatorze cents. En 1693, Cyprianus fut nommé professeur d’anatomie, de médecine et de chirurgie à l’Université de Franeker, se démit de sa charge déjà en 1695 et partit l’année suivante pour l’Angleterre. Probablement bien vite de retour, il a dû pratiquer la médecine à Amsterdam en 1698. 11 fut un homme d’une grande capacité, et très sympathique. Sur ses ouvrages voir : B. W. d. N. 111 p. 949 SS. — B. U. IX p. 603 SS. — B. L. d. h. A. II p. 119 ss.

2) Pierre (Pieter) Adriaanszoon Verduyn (1625? — ?) naquit à Amsterdam, se fit chirurgien dans cette ville et ne tarda pas à se faire un renom. 11 publia à Amsterdam VArmanientarium chirurgicum^ XLIII tabulis or}iatum de Scultet (Johann Schultes) en i66i [y. Haller^ Bibliotheca chirurgica^ I p. 528, donne 1693). Entre autres ouvrages Verduyn publia aussi, en 1696 [y. HaUe7-^ Le. p. 527 donne 1697) à Amsterdam, Bissertalio epistolica de nova a7-tmim dec7u-tando7-m7i 7'atione.^ dans laquelle il expose son nouveau principe sur les amputations, sans avoir connaissance des autres auteurs qui ont proposé la même méthode. En outre Verduyn a publié en collaboration avec van Bortel et Giienellon (voir les notes suivantes) une traduction en hollandais de La p7-atique des accoîiche/)iens de Paul Portai (Paris 1685); De Frakiyk Der Vroed'7neesters.^ E71 Vroed' V7'owen.^ t’ Amsterdam 1690. Verduyn jouissait, et de bon droit, d’une grande renommée comme chirurgien. — B. L. d. h. A. VI p. 90 ss. — E. Ingerslev.^ F7-ag7nente7- af Fpdsehhjcelpe7is Historié., Kjpbenhavn og Kristiania 1906- — 07, II p. 163 ss. — Quant à Scultet comp. B. L. d. h. A. V p. 298 ss.

3) Winslow se trompe cependant sur le nom du gendre de Verduyn; il s’appelait Gomare van Bortel. Celui-ci épousa, peu de temps après avoir passé son examen de chirurgie, le 30 avril 1684, la fille de Verduyn, Marie, âgée de dix-neuf ans. Van Bortel mourut à Amsterdam en 1725. — L’éditeur doit ces détails à la bienveillance de M. le docteur C. E. Daniels à Amsterdam.

vent hors d’Amsterdam pour les malades qui le demandoient, pendant que l’iin des jeunes restoit dans la boutique pour y penser ceux qui se présentoient, et que l’autre avoit soin des malades en ville. Je ne negligeois pas de profiter de la pratique des sages-femmes et des faiseurs de bandages dans cette ville. J'y fis aussi connoissance avec le sçavant médecin françois M. Guenellon ^), grand amateur de l’anatomie, ancien ami de feu M. Sténon, selon la méthode de qui il avoit poussé plus loin plusieurs observations sur les muscles et en avoit commencé un traité, accompagné de plusieurs figures, à ce qu’on m’a dit.

Dans les intervalles, je fis un voyage à la Haye pour me trouver à un cours public d’anatomie par M. Reverhorst ®), auteur du traité de la circulation de la bile et successeur du fameux M. Nuck®), dont il montra alors de belles injections des vaisseaux lymphatiques avec le mercure luisant.

J’allai exprès à Haarlem pour m’assurer de la fameuse expérience du médecin M. Amman ^), qu’on disoit avoir trouvé

1) Pierre Guenellon, médecin et anatomiste à Amsterdam, où il publia, en 1680, Epistola ad Munikiiim de genuina medicinam insiitneîidi ratiom^ dans laquelle il s’étend sur la méthode indiquée par Sténon pour les recherches scientifiques, en la désignant comme extrêmement digne d’être suivie. Sur l’œuvre, commencée par Guenellon, dont parle Winslow, nous ne sommes pas à même de donner aucune information. — \A/ttoine Portai^ Histoire de l'anatomie et de la chirurgie^ Paris 1770 — 73, III p. 576 ss.

2) Maurice (Maurits) van Reverhorst (1666 — 1722) naquit à la Haye, fit ses études à Leyde et y fut reçu docteur en 1692. Sa thèse de doctorat, bien remarquable, anatomico-medica de inotu bilis circnlari ejusqve ??iorbis^ a été insérée plus tard dans les Opéra omnia^ publiées par Nuck. En 1694, van Reverhorst fut nommé professeur d’anatomie au Collegium anatomico-chirurgicum de la Haye.' Il n’a rien publié excepté la thèse ci-dessus nommée. — B. W. d. N. XVI p. 282. — B. L. d. h. A. IV p. 718.

3) Antoine (Anton) Nuck (1650 — 1692) naquit à Harderwijk, fit ces études dans ce lieu-là et à Leyde, où il obtint le grade de docteur en 1677 par une thèse: De diabcte. En 1683 il obtint la charge de professeur adjoint d’anatomie au Collège anatomico-chirurgique de la Haye, et en 1687 il devint professeur d’anatomie et de médecine à I.eyde. 11 fut supérieur comme chirurgien, comme physiologiste et avant tout comme anatomiste, et la science lui doit un grand nombre de découvertes importantes, relatives surtout aux glandes et aux vaisseaux lymphatiques. Nuck fut le premier qui injectât avec du mercure les vaisseaux dans les préparations anatomiques. — B. W. d. N. XIII p. 342. — B. L. d. h. A. IV p. 388 ss. — Surtout: B. U. XXXI p. 107.

4) Jean (Johann) Conrad Amman (1669 — 1724), natif de Schaffhouse, étudia la méde-

le moyen de faire parler une sourde de naissance et de la faire répondre juste, en regardant le mouvement des levres de ceux qui lui parloient. J’y fus accompagné de M. Frampton, un des trois qui avec moi avoient fait chez M. Rau ce cours particulier d’anatomie dont j’ai parlé ci-devant. Nous vîmes avec certitude la réussite de la sourde qui parloit, non seulement hollandois, sa langue maternelle, mais même un peu latin et françois, autant que je m’en puis souvenir, et comme je sçavois m’exprimer en hollandois mieux que M, Frampton, elle me fit présent de l’édition hollandoise du traité latin qu’avoit fait là-dessus M. Amman, sous le titre de Surdus loqvens.

J’ai oublié de dire qu’à la Haye je fus assez heureux en mon particulier de gagner l’amitié de M, Deventer^), alors

cine à Bâle, où il fut reçu docteur en 1687. Après avoir refusé un professorat dans sa ville natale il s’établit à Amsterdam pour y exercer la médecine. Il était le premier qui basât sur des principes physiologiques et méthodiques l’enseignement des sourdsmuets, et il a bien mérité de la physiologie de la voix. Le premier de ses deux livres, Surdtcs loqvens seu methodus qva^ qvi surdns nains est^ loqvi discere possit^ parut en 1692 à Schafîhouse et à Amsterdam et fut traduit en plusieurs langues. Il fut dédié à Pierre Kovlaert, un grand commerçant à Ilaarlem. Amman avait appris à parler à sa fille unique, la belle demoiselle Kovlaert, qui était sourde-muette. C’est elle, sans doute, que Winslow a visitée. Amman a encore publié Dissertatio de loqvela^ Amsterdam 1700, et on lui doit une bonne édition des œuvres de Cælius Aurelianus. — B. W. d. N. I p. 256 SS. — B. L. d. h. A. I p. 123. — 'b, U. I p. 589.

i) Henri (Hendrik) van Deventer (1651 — 1724) naquit à la Haye. Jusqu’à l’âge de dix-sept ans il faisait le métier d’orfèvre. Agé de dix-neuf ans il quitta la Hollande et s’attacha aux labadistes, mais, à partir de 1674, nous le trouvons encore en Hollande, à Wieuwerd dans la Frise, où il s’était établi en chirurgien et accoucheur. En 1688 il fut appelé à Copenhague par le roi. Chrétien V, pour traiter avec des bandages orthopédiques les enfants royaux, souffrant de difformités rachitiques. Van Deventer fut reçu docteur en médecine à Groningue en 1694, mais comme on tardait toutefois à lui donner la permission de pratiquer la médecine à la Haye, il fonda hors de la ville un établissement d’orthopédie, basé sur des principes rationnels. Il était le premier vrai orthopédiste, au moins le premier de la Flollande. C’est pourtant l’obstétrique, qui lui est surtout redevable, et sur laquelle il a eu la plus grande influence. Ses études sur la conformation normale et les rétrécissements pathologiques du bassin ont eu une valeur durable, et on lui doit l’emploi fréquent de la version dans les accouchements, à une époque où le forceps inoffensif n’était pas encore universellement connu et employé. Son œuvre principale, Operatio7ies chirnrgicæ 7iovnm h</7icn exhibentes parut à Leyde

très recherché à cause de la méthode heureuse et douce de secourir les accouchemens pénibles et extraordinaires. Il me fit voir son cabinet et quelque chose de son secret qu’il gardoit encore pour lui-même et dont je ne pus pas m’empêcher de demander instamment la publication comme un devoir indispensable; ce qu’il fit aussi la même année ^).

Étant retourné dans un de ces intervalles à Leide, j’assistai à la démonstration anatomique d’un cœur de fœtus que M. Bidloo fit dans son cours particulier. Je fus surpris de l’entendre expliquer la circulation du sang dans le fœtus d’une maniéré très opposée à l’idée qu’en avoient donnée en tout tems jusqu’alors les auteurs et tous les experts en anatomie. Et comme il m’avoit déjà donné dans d’autres rencontres quelques marques de considération, il me demanda devant tout le monde ce qu’il m’en sembloit, ce que j’en pensois. Je répondis naïvement que je n’y entendois rien, et que sa démonstration ne me paroissoit pas même s’accorder avec son explication, ce qui le mit en colere, car il étoit extrêmement vif, et me fit perdre son amitié. Je ne compris l’occasion de cette nouvelle idée qu’après mon arrivée à Paris, où feu M. Méry^) de l’Academie royale des sciences l’avoit avancée depuis peu.

en 1701 et fut, de même que ses œuvres postérieures, traduite en plusieurs langues. — B. W. d. N. IV p. 143. — B. (7. ^ p. 580. • — • B. L. d. h. A. II p. 172 ss. - — Surtout; E. Ingerslev^ Fragmenter af F^dselshjœlpens Historié^ II p. 233 ss.

1) On ne comprend pas bien à quoi pense Winslow. Il n’y a guère question de la version, plutôt de certains arcanes et remèdes (des pilules sudorifiques ou des pilules d’opium), sur la composition et préparation desquels van Deventer n’a pas voulu donner des détails.

2) Jean Méry (1645 — 1722) né à Vatan, commença ses études à l’IIôtel-Dieu de Paris, fut nommé, en 1681, chirurgien de la reine et, en 1683, chirurgien-major des Invalides. Il partit pour Lisbonne en 1684 et fut envoyé en Angleterre en 1692 pour exécuter une mission secrète. Pendant quelque temps il était le chirurgien du duc de Bourgogne, et dès 1700 premier chirurgien de l’Hôtel-Dieu. 11 se consacrait entièrement à son hôpital et à l’étude d’anatomie, et se faisait un grand nom comme anatomiste. Les Mémoires de l’Académie des sciences contiennent de lui un grand nombre de dissertations intéressantes, parmi lesquelles celle qu’il publia en 1692 {Alétu. d. l'Acad. d. se. p. 65), De la maniéré

Je continuai toujours par des lettres très détaillées de rendre compte de mes observations et de mes progrez à mon patron, M. Moth, qui après cela m’honora d’une commission pour consulter les plus fameux praticiens sur une incommodité arrivée, en chassant, à une personne illustre qu’il ne me nommoit pas alors. Je conseillai là-dessus, selon l’exposé du cas, particulièrement M, Rau, M. Verduyn pere et M. Roonhuisen^), autre chirurgien renommé d’Amsterdam. Après avoir envoyé les consultations écrites de ces messieurs, M. Verduyn fut appellé pour aller en Dannemarc, où il se transporta et entreprit la personne qui étoit le roi lui-même, et je reçus ordre d’aller à Paris.

Pendant mon séjour en Hollande je n’omettois pas d’assister aux offices et exercices publics de la religion natale. J’allois à confesse et recevoir la communion dans l’église luthérienne à Amsterdam. Je fus d’abord surpris d’y devoir faire ces deux actes de religion d’une maniéré très differente de celle de mon pays. J’en demandai la raison. J’en parleroi plus au long dans un autre endroit.

do?it la circulation du sang se fait dans le fœtus^ dans laquelle il soutient que chez le fœtus le sang des veines caves ne passe pas de l’oreillette droite dans l’oreillette gauche par le trou ovale, mais qu’au contraire celui-ci livre passage au sang de l’oreillette gauche vers l’oreillette droite, d’où le sang va dans le ventricule droit. Méry fondait cette conception erronée sur de nombreuses observations, très belles du reste, du cœur du fœtus, de celui des poissons et des tortues, et il la maintenait dans plusieurs mémoires des ans suivants, lesquels il réunit dans un seul volume qui parut à Paris en 1700. Peu à peu Méry gagnait du terrain pour sa théorie, et plusieurs savants se rangeaient de son parti. Entre ceux-ci on trouve aussi Winslow, qui d’ailleurs ne tardait pas à l’abandonner. — B. U. XXVIII p. 82 SS. — Oeuvres complétés de Jean Méry . . . réunies et publiées par le Dr. L. H. Petit Paris 1888 (préface).

i) Roger (Rogier) van Roonhuisen pratiquait la chirurgie à Amsterdam à la fin du XVIIfî et au commencement du XVIII® siècles. Il fut célèbre surtout comme accoucheur, et il faisait dans sa pratique un usage étendu du forceps. Jusqu’au dernier temps on a cru que Roonhuisen avait acheté le forceps à Hugh Chamberlen, qu’il le conservait comme un secret, et qu’il en a tiré un très grand profit pécuniaire {B. L. d. h. A. V p. 76 ss). Mais de nos jours le savant docteur hollandais, M. Geijl, a maintenu des opinions toutes différentes dans son ouvrage : De Geschiedenis van het Roonhuysiaanschen Geheim.^ Rotterdam 1905 (cité d’après E. Ingerslev.^ Fragmenter af Fpdselshjœlpens Historié.^ II p. 219).

Je me mis en voyage pour Paris à la fin du mois de mai 1698, accompagné de M. Foss, mon ami dont j’ai parlé cidevant. Nous fûmes obligés de nous arrêter à Bruxelles pendant quelques jours, à cause du concours extraordinaire d’étrangers pour aller en France après la paix qui venoit d’être conclue à Riiswich^). Notre hôte, s’étant apperçu que j’étois curieux de voir les églises et les monumens d’antiquité, se fit un plaisir particulier de me mener partout. J’observai avec attention les marques de respect qu’il donnoit continuellement de sa religion, mais toujours sans aucune affectation et sans me rien dire. C’est à cette occasion que je vis la première fois de ma vie les ceremonies de la messe, qui étoit alors en vert^), et une grande messe. Je vis aussi de loin une procession avec un dais, &c., que je pris alors pour une marche nuptiale, selon l’idée qui m’étoit restée d’une ancienne coutume du pays, où après la noce on conduisoit les nouveaux mariez chez eux avec plusieurs rangs de flambeaux ornez, &c. ; mais j’ai pensé depuis que c’étoit le Saint Sacrement qu’on portait, ce qu’alors je n’avois jamais vû auparavant, et je n’avois pas même remarqué, à cause de l’éloignement, si le monde se mettoit à genoux.

Dans le carrosse avec lequel nous partîmes pour Paris se trouva un religieux dominicain à côté de moi, qui m’appelloit toujours son fils, et sans parler de religion il me dit avec un air de gaieté; Votis serez un jour des nôtres!

Il arriva un jour pendant ce voyage que,, faute d’une place

1) Les Impériaux furent les derniers à signer le traité de Rijswijk. Ils le signèrent le 30 octobre 1697. Il paraît que la foule d’étrangers sont restés passer l’hiver en Hollande et ne l’ont quittée qu’au printemps.

2) Le vert est dans l’Eglise catholique la couleur liturgique dont on fait usage depuis l’octave de l’Épiphanie jusqu’à la Septuagésime, et depuis l’octave de la Pentecôte jusqu’à l’Avent exclusivement, et cela à l’office du temps; en exceptant toutefois d’abord le dimanche de la Trinité, ensuite les dimanches qui tombent pendant les octaves et qui par conséquent conservent la couleur de l’octave; enfin les Vigiles et les Quatre-temps.

dans le carrosse, nous fûmes obligés pour ne pas nous arrêter de prendre avec quelques autres particuliers une petite voiture et un cheval que chacun devoit monter alternativement pour aller devant et tenir tout prêt dans les hôtelleries. Etant monté à mon tour, et ayant passé le coin d’une haie ou d’un mur qui empêchoit de voir la campagne qui étoit derrière, deux cavaliers, armés de pistolets, m’abordent de côté et d’autre, ce qui me fit grande peur à cause de la quantité de voleurs qui rodoient dans les champs après la paix de Riiswich. Cependant je leur parlai avec toute apparence de gaieté. Et quelques momens après, m’étant tourné avec un air fâché et comme en grondant contre la lenteur de ma compagnie qui étoit encore au-delà du coin, ils me quittèrent.

Enfin nous arrivâmes à Paris au milieu du mois de juin 1698; et nous demeurâmes les premiers jours dans la rue de Seine, quartier de Saint Germain des Prez chez l’hôte de notre ancien ami à Leide, M. Fricke^), médecin d’Hambourg -, mais comme nous ne voulions pas rester dans ce quartier, à cause du grand nombre d’étrangers qui étoient alors à Paris, pour ne pas perdre notre tems par leur compagnie et pour avoir plus d’occasions de converser avec les François, nous cherchâmes à nous loger plus près de l’ Hôtel- Dieu et du Jardin royal, sans nous éloigner trop de l’envoyé de Dannemarc, alors M. Meyercrone^), qui demeuroit rue

1) Probablement le médecin Paul Fricke de Hambourg, qui à l’âge de vingt et un ans fut immatriculé dans l’Université de Leyde le 14 février 1697. — Album Studiosortini Academies Lugduno-Batavæ^ col. 744.

2) Henning Meier (1645 — I7°7)i à Copenhague de parents aisés; il reçut dans sa ville natale une instruction classique, continua ensuite ses études à l’étranger et fit son droit à Leyde. En 1670 il obtint la charge de secrétaire de la Chancellerie allemande à Copenhague (à peu près ce qu’on appelle maintenant le Ministère des affaires étrangères), et trois ans après on l’envoya en délégué danois au congrès de paix à Cologne. Anobli en 1674 sous le nom de Meyercrone, il fut envoyé comme ambassadeur à Paris. Mais les négociations entamées furent interrompues l’an suivant, et Meyercrone fut déplacé à la Haye. En 1679 on l’envoya de nouveau à Paris, mais, tombé en disgrâce, il fut rappelé la même année. Toutefois il fut réhabilité et passait les années

Cherche-Midi. M. Christiani, médecin allemand, et aussi un de nos anciens amis en Hollande, qui demeuroit rue Saint Jacques, attenant les Mathurins à l’enseigne de la ville d’Anvers chez un marchand imagier, M. Monbard^), qui nous procura dans la même maison chez un tailleur pour femmes, nommé M. Vincent, un appartement comme de pour être chacun en particulier quand nous le voulions. Nous renouvellâmes amitié et liaison avec M. Christiani et M. Fricke, tous deux sages et très attachés à tout ce qui pouvoit contribuer à les perfectionner dans la profession, et nous nous engageâmes à faire entre nous quatre une société particulière de conférence et de conseil, en évitant la familiarité d’autres étrangers.

C’étoit alors la saison ordinaire des exercices d’été au Jardin royal, lesquels je fréquentai, m’attachant en particulier à ceux du célébré professeur en anatomie et en chirurgie, M. Duverney ^), et aux démonstrations manuelles que le fameux chirurgien M. Arnaud®) faisoit en même tems. J’assistai par

de l68l à 1706 comme l’ambassadeur de Danemark à Paris, où il jouissait d’une grande considération et où il se montrait toujours prêt à assister ses compatriotes, quand ils passaient quelque temps dans la capitale de France. Peu à peu la position politique du Danemark rendait sa situation très difficile, et lorsqu’il quitta la France, il fut même attaqué à l’improviste, et peu s’en fallut qu’il ne fût tué. Déjà en 1695 Meyercrone avait été nommé conseiller intime. — D. B. L. XI p. 300 ss.

1) Ou: Monbord. Ce nom est écrit de plusieurs manières aux pages suivantes du manuscrit. Nous ne pourrons donner aucune information sur la personne en question.

2) Joseph Guichard Duverney (1648 — 1730) naquit à Feurs, en Forez. Après avoir étudié pendant cinq ans la médecine à Avignon, où il fut reçu docteur en 1667, il vint à Paris et se livra avec ardeur à l’enseignement de , l’anatomie. Ses talents dans cette science ne tardèrent pas à lui faire une réputation, qui fut surtout augmentée par la manière éloquente dont il professait. Il se distinguait le plus dans l’anatomie comparative et se vouait avec préférence à l’étude de l’appareil auditif, dont il a enrichi l’anatomie, la physiologie et la pathologie par bien des observations nouvelles et précieuses. En 1674, Duverney fut élu membre de l’Academie des sciences, et en 1679 il obtint la charge de professeur d’anatomie au Jardin royal. 11 mourut à l’âge de 82 ans, travaillant avec Winslow à une seconde édition de son Traité sur l'organe de l'ouïe. — yacques Albert Hazon.^ Notice des hommes les plus célébrés de la Faculté de médecine en l'Université de Paris., depuis ii 10., jusqu'en iJSo, Paris 1778, p. 151 ss. — B. U. XII p. 174 SS. — D. E. d. S. M. XXX p. 729 ss.

3) Roland Paul Arnaud (1651 — 1723), né à Paris, était un des plus célèbres chirur-

intervalles aux autres cours publics des médecins et chirurgiens de Paris comme aussi aux operations qui se faisoient dans les hôpitaux. M. Tournefort^) étoit alors professeur en botanique au Jardin royal, M. Saint Yon^) l’étoit en chimie, dont M. Boulduc®) de l’Academie des sciences y montroit les operations. J’assistai aussi aux exercices de ces messieurs. J’allai encore de tems en tems entendre M. Enguehard^), professeur en chirurgie au College royal et M. Varignon®),

giens du dix-huitième siècle, prévôt de Saint-Côme, chirurgien ordinaire du roi en la cour du Parlement, chirurgien consultant dans les hôpitaux des armées, professeur d’anatomie et de chirurgie au Jardin royal pendant vingt-sept ans, etc. Mais si Arnaud fut un habile chirurgien, son honorabilité peut être mise en doute, et les mémoires du temps le représentent comme un mauvais confrère, disposé à tout sacrifier à l’appât du gain et à son ambition. — D. E. d. S. M. VI p. 145 ss.

1) Joseph Piton de Tournefort (1656 — 1708), né à Aix, étudia la médecine à Mont-

pellier, mais se livra surtout aux herborisations, et en 1683 il eut la place de démonstrateur de botanique au Jardin royal. Nommé, en 1692, membre de l’Académie royale des sciences, il publia en 1694 son premier ouvrage. Les éléments de botanique^ qui obtint plusieurs éditions revues et augmentées et fut traduit en plusieurs langues. Tournefort fut reçu docteur en médecine à la Faculté de Paris en 1698 et la même année publia son Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris. En 1700 il fit un

voyage en Orient, d’où il revint en 1702, et peu après devint professeur au Collège de

France. — B. U. XLII p. 41 ss. — D. E. d. S. M. 3e série. XVII p. 709.

2) Antoine de Saint Yon fut reçu docteur à la Faculté de médecine à Paris en 1672. Professeur de chimie au Jardin royal et médecin par quartier de Louis XIV, il fut élu doyen de la faculté en 1 704. — \Baron~\ Qvæstionum medicarum . . . sériés chronologica.^ Parisiis 1752, II p. 5$ et III p. 18 (dans ce lieu de Saint Yon est appelé François au lieu d’Antoine).

3) Simon Boulduc, professeur de chimie au Jardin royal, pharmacien, juge consul au

tribunal de commerce de Paris, fut reçu de l’Académie royale des sciences en 1694, et mourut en 1729. Il était l’auteur de plusieurs mémoires et observations, qui sont imprimés dans la collection de cette Académie. Ces travaux lui acquirent une grande réputation dans son temps, et ont fait faire quelques progrès à l’histoire de la matière mé-

dicale. — B. U. V p. 241.

4) André Enguehard ou Anguehard était de Constance. Après ses humanités, sa première occupation fut l’enseignement, et de former la jeunesse dans la littérature qu’il possédait. Il se présenta ensuite à la Faculté de Paris et reçut le doctorat en 1678. 11 fut professeur au Collège royal de 1680 à 1710 et médecin de l’Hôtel-Dieu. C’était un homme fort appliqué à l’étude, d’une vie austère, sans ambition, éloigné de la cour et grand praticien. Il mourut en 1710. — Hazon.^ l. r., p. 159.

5) Pierre Varignon (1654 — 1722) naquit à Caen. Il commença par étudier la théologie, mais l’abandonna bientôt pour se livrer aux mathématiques. En 1686 il partit pour Paris y continuer ses études. Il se fit l’élève et l’ami de Duverney et lui témoigna sa recon-

qui y étoit professeur en mathématique et qui alors expliquoit la mécanique et la force des muscles. Vers l’hiver, je m’engageai à un cours particulier d’anatomie que M. Duverney, demeurant au bout du Jardin du roi, commença alors et continua pendant trois mois environ ; et ensuite à un cours particulier d’operations de chirurgie qu’il fit aussi, et dont M. Arnaud montroit en même tems les meilleures maniérés de les executer selon l’exigence des differens cas. Et comme il falloit s’y trouver deux fois par jour, mon hôte M. Vincent eut soin de me faire dîner avec les trois camarades dans une maison près du Jardin du roi. Je continuai toujours de rendre, par des lettres détaillées, compte de tout à mon patron, M. Moth.

Ce M. Vincent, mon hôte, étoit fort curieux en livres et avoit une petite bibliothèque bien arrangée, dont une bonne partie consistoit dans le recueil des JournaiLX des Sçavans jusqu’alors^). Il avoit été autrefois un de ceux qui alloient à Charenton attaquer les ministres de la religion prétendue réformée^), et il étoit actuellement sacristain de messieurs les congréganistes au College de Louis le Grand. C’étoit un homme de bien, fort officieux, d’une conversation agréable et des maniérés au-dessus de son état. 11 avoit voyagé

naissance en appliquant au mécanisme des muscles le raisonnement mathématique. En 1688 Varignon fut nommé membre de l’Académie royale des sciences et professeur de mathématiques du Collège Mazarin, en 1 704 professeur de philosophie du Collège de France. Il fut un grand mathématicien et l’auteur de nombre d’ouvrages anatomiques. — B. U. XLII p. 637 ss.

1) Le premier numéro du yotirnal des Savants parut à Paris en 1665.

2) En 1606 les protestants furent autorisés à transférer leur église d’Ablon à Charenton bien que ce village ne fût situé qu’à une demi-lieue de Paris et que l’Édit de Nantes eût défendu aux protestants de s’établir à moins de cinq lieues de la capitale. Parmi des chicanes et des dangers continuels, le culte protestant y persista jusqu’à ce que l'irrévocable Édit de Nantes fut révoqué (le 22 oct. 1685). Dès le soir même, trois commissaires, délégués par le lieutenant de police La Reynie se rendaient à Charenton, accompagnés de cinquante compagnons menuisiers et faisaient commencer la démolition du temple, qui fut achevée en cinq jours, tant on y travailla avec ardeur, en présence de la foule des curieux accourus de la capitale. — E. d. S. B. III p. 66 ss.

en Italie, &c., et comme il me voyoit très attaché à ma religion natale et en même tems fort discret en parlant des catholiques, il prit de tems en tems occasion de m’entretenir sur un mal-entendu dans les differentes religions. Dans la suite il me montra dans la Chronologie du P. Gaultier que Luther avoit eu une conférence avec le Diable^), ce que je traitai sur-le-champ de calomnie.

Un jour, j’allai avec mes trois camarades, nommés cidessus, à Versailles pour voir la cour de France, et comme on nous dit que le roi étoit à la messe, nous entrâmes dans la chapelle pour le voir. Quelques momens après la garde avertit tout le monde de se mettre à genoux. Mes camarades, qui étoient de la même religion que moi, se mirent sans façon à genoux pour ne pas manquer à leur curiosité ; j’en sortis aussitôt, très mécontent de leur lâcheté et ensuite leur en fis des reproches. D’ailleurs, suivant l’idée d’un compatriote ancien, j’avois depuis longtems souhaité de pouvoir joindre à la prétendue vérité de ma religion natale, la simplicité qui paroissoit dans celle des calvinistes et la dévotion touchante des catholiques dont j’avois vu moi-même des marques édifiantes dans les chapelles des ambassadeurs catholiques à Copenhague.

J’assistai aux exercices de ma religion dans l’hôtel de l’envoyé de Dannemarc, M. Meyercrone, dont le prédicant étoit un Holstenois, nommé M. Krahe ou Krag®). Un jour, M.

1) Jacques Gaultier (1562 — 1636), jésuite, recteur du Collège de Grenoble, publia à Lyon : Table Chronographiqve De V Estât Dv Christianisme^ Depuis la naissance de lesus-Christ^ iusques a l'annee M.DCVIII^ A Lyon 1609. Page 401, col. i § LI on lit sur Luther : Vray est qu'au commenceme7it du Hure qu'il a escrit contre la Messe priuee^ il confesse franchement^ que c'est le Diable^ qui l'a esmeu à guerroyer la Messe^ etc.

2) Bonaventura Krahe, fils du prévôt du doyenné, Christophe (Kristoffer) Krahe, de Haderslev dans la province de Slesvig, naquit à Meldorf dans le pays des Dithmarses. A partir de 1693, il était prédicant à l’ambassade danoise à Paris. En 1702, il vint à Oldenbourg et y fut nommé prévôt du doyenné. Malgré sa santé délicate, il a travaillé beaucoup pour l’école et l’église de son doyenné. 11 mourut en 1709, âgé de trente-neuf

Foss, un autre étranger luthérien et moi, ayant marqué à ce prédicant que nous souhaitions faire nos dévotions par la confession et communion, il nous fit venir quelque tems après dans sa chambre où, nous tenant debout sans rien dire devant lui, il nous fit une espece d’exhortation ou instruction, après laquelle il demanda si nous confessions d’avoir offensé Dieu, si nous en avions regret, &c.; et nous lui ayant répondu oui à chaque demande, il nous donna l’absolution en general, et ensuite après avoir récité le Pater et l’Institution de la Cene devant les petits pains ei la coupe de vin qui étoit là sur une table, il nous les fit recevoir sans autres ceremonies. Je trouvai cela fort different de l’usage du pays natal, n’en étant pas cependant alors si surpris que j’avois été à Amsterdam en voyant, dans la grande église luthérienne, la première fois la confession et la communion se faire tout autrement que dans mon pays, où chacun en particulier, étant à genoux au bord d’un confessional, disoit une espece de Conjiteor^ à la vérité sans être obligé d’en dire davantage, et tout le monde recevoit la communion à genoux. D’ailleurs j’y avois déjà remarqué quelque variété dans ce pays par rapport à la confession ; car à Copenhague, m’étant présenté pour la première fois dans un confessional et voulant dire le Confiteor à mon ordinaire, le confesseur ou ministre m’en empêcha, et le fit pour ainsi dire pour moi par quelques demandes accompagnées d’exhortations, instructions, &c.

En 1699 au printems, M. Foss, mon compatriote, ami et associé d’appartement, reçut ordre de retourner en Dannemarc. Quelques jours avant son départ étoit arrivé d’ Angle-

ans. Krahe est l’auteur d’une thèse, Dissertatio de erroribus pictorum con/ra hisiorîam sacrant^ Altorfii 1684, réimprimée dans Joh. Fabricii Amoenitates iheologicæ^ Helmstadii 1699. — [F. E. Lbscher\ Unschuldige Nachrichten Von Alt emmd N euen Theologischen Sachen^ Leipzig 1716, p. 160 s. — Johatinis Molleri . . . Cimbria Literata^ Havniæ 1744, I p. 315.

terre à Paris un autre compatriote, M. Worm^), fils du président de Ripe en Jutlande®), petit-neveu de l’auteur de Mmscbuih Wormiaimm^ luthérien comme moi alors et aspirant à une chaire de théologie dans sa province. Après le départ de M. Foss, comme il demeuroit dans la même rue que moi, nous [nous] rendions de tems en tems visite, d’autant plus qu’il ne cherchoit pas grande compagnie et que, les deux autres amis s’en étant aussi allés, je restois souvent seul, en attendant les ordres de mon patron. Il me dit un jour qu’il avoit assisté à des conférences publiques sur les controverses en matière de religion que M. l’abbé de Cordemoy^) faisoit alors chez les Grands Augustins. Il me proposa à l’occasion de cela d’établir entre nous en particulier à quelques heures de la journée un entretien pour nous mettre en état de tenir ferme dans les rencontres avec les catholiques. Il m’engagea ensuite, pour se fortifier davantage,

1) Ole Worm (1672 — 1743), fils puîné de Matthias Worm ci-dessous nommé, naquit à Ribe. Après avoir fréquenté l’Ecole de Kolding en Jutlande, il partit en 1691 pour Haderslev y étudier le latin sous le docteur Grubben. A Copenhague, il se livra ensuite à l’étude de théologie sous les professeurs Jean (Hans) Bartholin et Lintrup. En 1696, Worm partit pour l’étranger, visita la Hollande, l’Angleterre et la France et, dès son retour en Danemark en 1701, fut nommé Lector theologiœ à Aarhus et, en 1703, Assessor cotisistorii. 11 fut le dernier lecteur en théologie au Chapitre de Aarhus. — yens VVorm^ Fors^g til et Lexicon over danske^ norske og islandske lœrde Mœnd^ Ki0benhavn 1771 — 84, II, table généalogique à la page 636. — Christian Vest Hertel^ Fors^g til en a?itiqvarisk-historisk Beskrivelse over Aarhuus Doni-og Cathcdral-Kirke^ Haderslev et Aalborg 1809 — 10, II 3 p. 462 ss.

2) Matthias Worm (1636 — 1707), fils de Ole Worm aîné (voir p. 17, note 4), naquit à Copenhague. 11 fut reçu étudiant à l’Université en 1654, passa son examen de théologie en 1657 et partit passer onze ans à l’étranger, en Hollande, en Angleterre, en France, en Italie et en Allemagne. De retom', il obtint la charge de premier bourgmestre, avec le titre de président, à Ribe en Jutlande. En 1681, il fut nommé assesseur extraordinaire de la cour suprême et en 1694 conseiller de justice. Bel esprit, il cultivait les lettres et s’est aussi mêlé un peu de faire des vers. — D. B. L. XIX p. 185 ss.

3) Louis Céraud de Cordemoy (1651 — 1722), né à Paris, fut docteur de Sorbonne et abbé de Ferrières. Il s’appliqua particulièrement à l’étude des ouvrages des controversistes et fit plusieurs missions en Saintonge. Il composa différents ouvrages contre les erreurs des protestants. On a de lui, entre autres écrits, un Récit de la conférc7ice du Diable avec Lutha\ fait par Luther lui-même dans son livre de la Messe privée et de ronction des prêtres^ Paris i68i. — B. U. I.X p. 195.

de prendre dans ces entretiens le parti des catholiques, que nous appellions papistes, me faisant souvenir que j’avois autrefois fait mes études en théologie et sçu les controverses, et ajouta que par là je l’exercerois pour répondre plus aisément aux objections qu’on lui feroit dans les rencontres, et qu’en même tems je me fortifierois aussi moi-même de plus en plus en notre religion natale, j’approuvai fort sa proposition ; mais je ne promis de m’embarquer qu’aprês avoir achevé quelqu’affaire touchant la medecine, &c.

Peu de tems après il m’apporta comme en plaisantant un petit imprimé sur la conférence de Luther avec le Diable^) et un livre intituté la Conférence de M. Bossîiet^ évêque de Memix^ avec le ministre Cla2ide, âfc. ") et encore un manuscrit dont je ne me souviens plus. Je rejetai d’abord le premier comme un ouvrage de pure calomnie et lui dis de le mépriser. L’autre traité n’attira pas alors ma curiosité, mes autres applications ne me laissant pas encore de loisir pour cela.

Pas longtems après il me tomba entre les mains un catalogue des livres de feu M. Desprez^), pere et grand-pere de MM. Desprez d’aujourd’hui, dont la boutique étoit vis à vis ma demeure. Je vis dans ce catalogue un livre en I2° avec ce titre : Exposition de la doctrine de l' Eglise catholique sur les matières controversées^ CfcP'). Je fus très ravi de trouver un traité si court pour ménager mon tems, en me rappel-

1) Voir la note ci-dessus sur Cordemoy.

2) La Conférence avec M. Claude^ Ministre de Charenton^ sur la matière de l'Eglise parut en 1682. ■ — Oeuvres complétés de Bossuet^ publiées... par F. Lâchât.^ Paris 1862 — 66, XIII p. 499. — E. d. S. B. II p. 370 s.

3) Desprez, libraire-éditeur, maison qui publia surtout des écrits de théologie; ce fut néanmoins là que parut l'Exposition anatomique de Winslow en 1732. Sur le titre on lit : Guillaume Desprez ; Imprimeur âr’ Libraire ordinaire du Roi. La famille Desprez jouissait d’une certaine estime et était du parti des jansénistes.

4) \I Exposition de la doctrine de I Eglise catholique sur les matières de controverse I parut en 1671. — Oeuv. compl. de Bossuet.^ publ. par Lâchât.^ XIII p. i.

lant par là mes anciennes idées sur les erreurs des papistes, afin de me rendre à l’empressement de M. Worm lequel je trouvois d’ailleurs très juste et même conforme aux anciennes raisons de mon pere. J’eus néanmoins pendant quelque tems ensuite peine d’aller demander un tel livre dans une boutique, ordinairement pleine d’ecclésiastiques. Le nom de l’auteur, qui étoit M. Bossuet, évêque de Meaux, ne me toucha point du tout alors, n’en ayant d’autre idée que d’auteur des ouvrages qui n’étoient plus de mon ressort.

Le II juillet de cette année, 1699, la boutique de M. Desprez n’étoit qu’entr’ouverte à cause de la fête de la translation de Saint Benoist, patron de la paroisse, et le voyant être seul, j’y entrai pour acheter le livre de X Exposition de la foi^ &c. Lui, appercevant que j’étois étranger, me demanda aussitôt si j’étois catholique. Ayant répondu que non, il me demanda si j’étois calviniste. Je répondis, que Dieu merci je n’étois pas si méchant; et comme il persistoit à demander ma religion, je lui dis, que j’étois bon luthérien. Sur quoi il me dit qu’on m’avoit apparemment fait à croire que la religion catholique est composée de toute sorte de superstitions, de bigoteries, &c., mais que je verrois le contraire dans ce petit livre, et il me pria de lui en dire mon sentiment quand je l’aurois lû. Je parcourus après cela en peu de tems ce livre, et je fus d’abord surpris de n’y pas trouver ce grand nombre d’erreurs papistiques dont les docteurs et les auteurs en théologie de ma religion natale m’avoient donné idée, et d’y trouver les autres points controversez moins mauvais que je les avois vûs rapportez dans mes auteurs. Là-dessus je fus d’abord porté à penser que l’auteur de ce livre n’étoit pas vrai papiste, et qu’il tâchoit d’adoucir sa religion pour faire des proselites ; car les approbations du pape, des cardinaux, &c. ne firent pas grande impression sur moi ; elles me parurent même sus-

pectes et comme ajoutées après coup au corps du livre qu’ils n’avoient peut-être pas vû tel qu’il étoit.

Plusieurs jours après avoir acheté ce livre, je rencontrai M. Desprez à la place de Saint Michel. Il m’arrêta et me demanda si j’avois lu le livre, et ce que j’en pensois. Je lui dis que je Pavois parcouru et que, si la religion catholique étoit réellement telle, je la trouvois moins mauvaise que je n’avois cru. Aussitôt ce bon vieillard fit de joie un claquement des mains et un grand saut devant tout le monde et marqua qu’il avoit dans l’esprit que je n’en resterois pas là. J’admirai ses maniérés et pensai tout autrement. Le lendemain au soir, comme il me vit assis dans Ja boutique de mon hôte (alors M. Montbar) vis à vis, il s’y transporta pour s’entretenir avec moi, ce qui parut fort extraordinaire aux voisins. Il me parla d’abord de choses Indifferentes ; et ensuite il m’indiqua, comme pour me faire plaisir, un autre ouvrage de l’auteur de ce petit livre que j’avois lû, insinuant que j’en trouverois la lecture divertissante: sç2c^o\.r Y Histoire des variations des Eglises protestantes^). Je l’achetai aussitôt en 4 volumes in 12° de l’année 1691. La lecture du premier volume et du commencement du second me fit d’abord de la peine par rapport à l’occasion et aux premiers pas du luthéranisme, surtout après avoir lû la préface de ce traité dans laquelle l’auteur assure qu’il s’est exprès tenu à ce qu’il avoit trouvé dans les ouvrages authentiques des protestans®). J’y vis effectivement plusieurs citations que je me souvenois avoir lues dans mon pays sans y avoir fait l’attention que je venois de faire. M. Desprez prit encore de tems en tems occasion de demander de mes nouvelles et ensuite me fit voir un petit traité intitulé ; Préjugez legiti-

1) Histoire des variations des Eglises protestatites parut en 1688. — Oeuv. compl. de Bossuet.^ publ. par Lâchât.^ XIV p. i.

2) Z. f., p. 10 § XIX.

mes contre les calvinistes, attribué à feu M, Nicole Je l’achetai aussi, et selon ma coutume j’en lus d’abord la préface avec beaucoup d’attention. La lecture de ce livre me fit ensuite sentir très vivement quatre points: i°. L’incertitude réelle des protestans sur la voie du salut selon les principes de leur croyance. 2°. Le danger et le crime de cette incertitude. 3°. L’impossibilité d’en sortir et de faire son salut selon les principes des protestans. 4°. La nécessité absolue d’une autorité éminente, perpétuellement visible et perpétuellement infaillible. Le huitième chapitre de ce traité est comme un abrégé du traité de Saint Augustin Sur V unité de r Eglise^)-, le neuvième avec le précèdent démontre clairement que cette autorité éminente est dans la seule Eglise catholique et qu’elle réside, non pas dans un petit nombre, mais dans la multitude des évêques de tout l’univers, et que l’Eglise est toujours visible dans son étendue et par son étendue.

L’impression de cette lecture et les frequentes sollicitations de mon compatriote M. Worm pour nos conférences concoururent ensemble à m’engager à un plus serieux examen de ma religion. Pour cet effet je relus avec plus d’attention \' Exposition de la doctrine catholique et \ Histoire des variations par M. Bossuet, &c., et pour m’assurer de la sincérité de V Exposition, je la confrontai avec le Concile de Trente sur lequel l’auteur la dit avoir été fondée. L’ayant trouvée bien conforme à ce Concile, je sentis et blâmai en moi la calomnie des protestans, et j’en fus d’autant plus fâché que mon pere m’avoit inspiré par son exemple une aversion particulière pour ce vice. Au reste je me contentai encore seulement d’avoir vu et trouvé que la religion catho-

1) \Pierre Nicole] rrej-ugez légitimés contre les Calvinistes parurent en 1671.

2) L’œuvre de Aurelius Augustinus (Saint- Augustin) De miitate Ecclesiœ (Epistola ad Catholicos contra Donatistas) parut en 41 1.

lique n’étoit pas si mauvaise que je l’avois cru, et qu’il y avoit en cela du mal-entendu, comme mon hôte M. Vincent m’avoit déjà dit plusieurs fois, et comme l’auteur de \ Exposition lui-même dans la préface ou son avertissement sur ce livre, en parlant de ceux de la prétendue religion réformée, le marque en ces termes ; Ils doivent enfin avotier qii on a raison de leur dire que la foi qîie 7ious professons est plus irréprochable qu'ils n av oient pensé^). A l’égard de X Histoire des variations^ je connus de plus en plus par la lecture que ma religion natale n’étoit pas tout à fait si sainte que j’avois cru selon les théologiens du pays. Je lus ensuite le Traité de M. Bossuet sur la communion sotts les deux especes''^') [et] sa Conférence avec le ministre Claude. Celle-ci, la préface et le quinziéme livre de X Histoire des variations m’ont paru montrer incontestablement à tout homme sincere et de bon sens que la prétendue Église invisible, que les adversaires de l’Eglise romaine vantent si souvent, n’est qu’une chimere, et que l’Église, hors de laquelle il n’y a point de salut, est une Église toujours visible dans son étendue et par son étendue, comme le dit l’auteur des Préjugez légitimés. Je lus après cela avec beaucoup de satisfaction une bonne partie du grand traité de La perpétuité de la foi catholique touchant I Eîicharistie en 3 volumes in 4° dont le premier est dédié au pape Clement IX par une épître latine du fameux Arnauld'*) et approuvé par M. Bossuet, étant encore doyen

1) Oetm. compl. de Bossuet.^ publ. par Lâchât.^ XIII p. 29.

2) Le Traité de la commtmion sons les deux especes parut en 1682. — Oeuv. compl. de Bossuet.^ publ. par Lâchât.^ XVI p. 245.

3) Clément IX était pape de 1667 à 1669.

4) Antoine Arnauld (1612 — 1694) naquit à Paris. Il suivit les cours de la Sorbonne et devint docteur en 1641; il se dépouilla alors de tous ses biens en faveur du monastère de Port-Royal, et fut ordonné prêtre. D’humeur querelleuse, comme il l’était, il s’emporta facilement et fut comme auteur d’une fécondité maladive; il a publié 45 volumes in-quarto, tous tombés dans l’oubli aujourd’hui. Arnauld a joué un grand rôle, d’abord comme le défenseur zélé des jansénistes, mais leur cause perdue, il se mit à

de Metz^), qui, étant évêque, en a aussi approuvé le second tome conjointement avec le traité des Préjugez légitimés. L’approbation du premier tome par M. Bossuet et l’épître dédicatoire au pape par M. Arnauld m’ont depuis fait faire très souvent des attentions et des réflexions particulières. Voici ce qu’y dit M. Bossuet après avoir loué l’habilité et l’érudition de l’auteur : Mais ce qui me touche le phis dans tout son ouvrage, c'est qu'il y a répa7idu et apptiyé partoiit les samtes et inébranlables maximes qui attachent les enfans de Diezt à l'autorité sacrée de l'Eglise, tozijours présente pour les enseigner dans tous les siècles, et a fait voir clairement aux ennemis de la foi, que tout édifice, qtii n'est pas bâti sur ce fond solide, est de ceux qui sont emportés par les pluies et les orages"^). Voici comme M. Arnauld s’exprime dans son épître au pape : Sic enim Pomanam Ecclesiam veram esse patet unitatis et concordiœ domum, in qva tametsi pax ad tempus concziti et aliqvantisper interturbari possit, post tamen, remotis discussisqve suspicionum nebulis, eo, qvo .intus animatur, spiritu devùiciente coalescaP').

Peu de tems après, je me déterminai à la fin d’accorder la conférence que M. Worm m’avoit demandée. Pour cet effet nous convînmes d’abord de plusieurs points, sçavoir : 1°. Que hors de l’Église nul salut ; extra ecclesiam nulla salus. 2°. Que, comme ^plusieurs societez contraires les unes aux

poursuivre les protestants. Ses contemporains, poussant leur reconnaissance et leur admiration un peu au delà des bornes de la justice et de la vérité, le nommèrent Le grand Arnauld. Il fut, selon Sainte-Beuve, un homme médiocre et sans talents. Pendant ses dernières années il menait une vie très errante et mourut en exil, à l’âge de 82 ans. — B. U. II p. 249 SS. — E. d. S. E. I p. 608 ss. — La perpétuité de la foi de l'Eglise catholique touchant P Eucharistie, défendue contre le livre du Sieur Claude, ministre de Charent07i, etc. parut pour la première fois à Paris en 1669, dans un volume. Les trois volumes de la seconde édition portent les dates de 1670, 72 et 73-

1) Bossuet vivait à Metz de 1652 à 1658 en qualité d’archidiacre de l’église de cette ville.

2) L’approbation de Bossuet est datée de Paris le 2 janvier 1669. — Voir l’édition de 1670—73, I p. XX.

3) Ibid. I, la quatrième page de la préface.

autres se donnent le nom d’Eglise, nous nous en tiendrions à trois religions capitales, sçavoir celle qui se dit catholique, la luthérienne et la calviniste, pour examiner en quelle de ces trois seroit l’Eglise, hors laquelle nul salut. 3°. Que nous suivrions la définition d’Eglise que nous avions apprise selon la Confession d' Atisbourg^ sçavoir : que c’est une assemblée des fideles ou saints^ où la parole de Dieu est enseignée purement et les sacremens sont administrés droitemenC'). Nous étions cependant d’accord que, par rapport à la foi, il falloit seulement prendre pour parole de Dieu la parole écrite, sçavoir l’Ecriture Sainte. 4°. Que pour sçavoir à laquelle de ces religions les marques énoncées dans la définition conviendroient le mieux, nous examinerions seulement ce qui dans chaque religion étoit reçu comme article de foi, et que nous passerions par-dessus ce qui y étoit réputé cérémonial ou indifferent. 5°. Que la première de ces marques, sçavoir la doctrine ou prédication pure de la parole divine, demanderoit un examen trop long, trop embarrassant, et même impossible en si peu de tems; car il faudroit pour cela examiner en quelle des trois religions toute l’Ecriture Sainte étoit traduite le plus conformément aux originaux, sçavoir : l’ancien à l’hébreux et le nouveau au grec, que nous sçavions tous les deux passablement. 6°. Qu’ainsi nous nous contenterions de nous tenir à la seconde marque,- en examinant par l’Ecriture Sainte, selon le Nouveau Testament en grec, l’administration des sacremens dans chacune de ces trois religions, avec ce raisonnement que celle dans laquelle nous trouverions l’administration des sacremens entièrement conforme à l’Ecriture Sainte selon son original doit être censée enseigner la parole divine ou l’Ecriture Sainte purement dans ce point qui renferme une partie considérable de la doctrine

i) Conf. Aiig.^ art. VII: Est autem ecclesia congregatio sanctorum^ in qva evangelhim 7'ecte docetîir et recte administrantur sacramenta.

chrétienne, et que par conséquent les plus grandes preuves de la pureté de doctrine d’une de ces religions préférablement aux autres par la conformité entière à l’original du Nouveau Testament peuvent aussi être censées les plus grandes preuves de la pureté du reste de sa doctrine par la conformité aux originaux de toute l’Écriture Sainte. 7°. Que nous n’admettrions que ce qui se trouveroit en terme exprès dans l’Écriture Sainte. 8°. Que, comme les catholiques croient sept sacremens et que les luthériens comme aussi les calvinistes n’en croient que deux^), il faudroit examiner tous les sept selon l’Écriture Sainte, se borner à ce qui est cru comme essentiel et laisser passer ce qui n’est réputé que comme cérémonial et comme indifferent. 9°. Que nous agirions bonnement, naïvement, en allant au fait sans détour, et uniquement pour nous éclaircir sur les difficultez réelles en matière de religion. 10°. Que nous ne prendrions pour doctrine réelle de chacune de ces religions que ce qui se trouve authentiquement énoncé dans leurs décisions synodales, leurs professions de foi, leurs catéchismes autorisez et autres monumens authentiques de religion, &c.

Nous commençâmes par le nombre des sacremens, et nous convînmes que ce nom commun ou general de sacrement ni celui de mystère, selon le grec, ne se trouvant nulle part dans le Nouveau Testament pour les deux sacremens des protestans, et s’y trouvant à la lettre pour le mariage^), un des cinq autres des catholiques, on ne pouvoit rien conclure par la Sainte Écriture seule, pour le nombre des deux seuls, ni contre celui des sept. Ainsi il parut nous suffire que par ce nom ou terme on entend en general, et chez les catho-

1) L’Église catholique admet sept sacrements: le baptême, l’onction ou confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’ordre, le mariage et l’extrême-onction. L’Église protestante n’en a conservé que deux sacrements : le baptême et la sainte cène.

2) Eph. V 32.

liques, et chez les protestans, une sainte action ecclésiastique qui avec signes visibles opéré une grâce invisible, et nous prîmes le parti de ne pas nous y arrêter, mais d’examiner par les expressions pures et nettes de l’Ecriture Sainte, selon la maniéré établie entre nous, ces sept actions sacrées que les catholiques appellent sacremens, sçavoir: le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la penitence, l’ordre, le mariage et l’extrême-onction, dont il n’y a que deux que les protestans admettent comme tels.

A l’égard du baptême, ayant considéré que dans les trois religions nommées, on est réciproquement d’accord sur ce qui en est l’essentiel, puisque dans aucune des trois on ne fait rebaptiser ceux qui ont été baptisez dans les autres, et étant convenu que cet essentiel dans toutes les trois étoit conforme à l’Ecriture Sainte, nous passâmes par-dessus le cérémonial different comme nous nous étions proposez, et sans pousser plus loin la conférence sur le baptême nous en arrêtâmes la suivante pour la confirmation.

Je commençai cette conférence par faire des reproches aux protestans, surtout aux luthériens, d’avoir aboli l’action sacrée que les catholiques appellent sacrement de confirmation ; puisqu’elle est très précisément marquée dans les Actes des Apôtres en deux endroits, sçavoir au chapitre VIII, et au chapitre XIX de ces Actes. Et même actuellement, plus je considéré l’évidence de ces deux endroits, plus je trouve d’aveuglement par opiniâtreté dans les séducteurs, et d’aveuglement par prévention dans les séduits. Car dans le VUE chapitre vv. 12, 14 et les suivans il est très clairement rapporté : que les apôtres envoyèrent exprès Pierre et Jean en Samarie, pour que ceux qui y avoient été baptisez par Philippe, un des sept disciples choisis dont il est parlé dans le chapitre VI v. 5 et dans le chapitre XXI v. 8, reçussent le Saint Esprit par l’imposition des mains de ces deux

apôtres; et dans le XIX® chapitre vv. 5, 6 on lit évidemment que Paul, qui avec Barnabé avoit été envoyé par le Saint Esprit et conjointement avec lui est nommé apôtre dans le chapitre XIV v. 14^), ayant fait l’imposition des mains sur les baptisez, le Saint Esprit vint sur eux, et ils parloient des lang'ues et prophetisoient.

Ceci me rappelle encore aujourd’hui ce qui m’avoit dans ces tems-là si vivement frappé dans la préface du traité des Préjugez légitimés à l’occasion d’un argument par lequel le ministre Claude prétendoit prouver que les articles de la créance Romaine n’étoient pas dans les Peres, &c. L'on ne sçaziroit giiere^ dit l’auteur, avancer un plus faux principe dans la philosophie et dans la religion^ que prétendre que ce que certaines personnes ne voient points 71 est point. Et c est néanmoins cehd qiii sert de fondement à cet étrange argument que M. Claude propose .... Si ce raisonnement est bon., continue l’auteur, voilà tozis les heretiques du monde justifiez avec la derniere évidence. Car ils n'auront qu'à emprunter l' argument de M. Clazide et dire comme lui: Si les veritez que l’on nous veut faire croire, étoient dans l’Ecriture Sainte en termes formels, nos yeux les y verroient, les y découvriroient ; et si elles y étoient en termes équivalens, ou qu’elles s’en tirassent par des conséquences évidentes et necessaires, notre sens commun les y connoîtroit. Or nous déclarons que ni nos yeux ni notre sens commun ne les y découvrent pas. Elles n’y sont donc pas ....

Mais pour revenir à la conférence sur ces deux chapitres des Actes des Apôtres que j’avois cités en faveur du sacrement de la confirmation, mon compatriote, selon la coutume alors assez commune dans notre pays, croyant nous tirer d’embarras par quelque distinction, en produisit une selon

i) Le MS. a: v. 13.

laquelle il prétendoit que cette imposition des mains, faite par les apôtres et non par les disciples, n’avoit lieu que dans l’Eglise naissante et qu’elle n'étoit d’aucune utilité dans l’Eglise adulte , et avança, pour faire valoir la distinction, que dans ces premiers tems de l’Église ceux qui recevoient cette imposition des mains des apôtres recevoient aussi les dons des miracles de parler des langues et de prophétiser ; ce que l’on ne voit point depuis arriver aux catholiques par leur confirmation. C'est pourquoi^ ajouta-t-il, cette imposition particulière des mains ayant cessé dans la sitite de F Eglise d'ètre accompagnée de pareils dons miraadeiix^ on a eu^ raison d'en conclure l'inutilité et la no?i-necessité dans l' Eglise avancée ou adulte, et par conseqzLent de F abroger. Cette réponse de M. Worm nous parut de part et d’autre très fondée, et après nous nous quittâmes pour nous préparer à la conférence sur la matière importante touchant l’eucharistie, la transsubstantiation, la communion sous une espece, le sacrifice de la messe, &c. Mais ayant ensuite réfléchi en mon particulier chez moi sur ce qui s’étoit passé dans la conférence précédente, il me vint en pensée de lire la fin du dernier chapitre de Saint Marc où, incontinent après l’institution du baptême, il est parlé encore de plusieurs signes qui suivront les baptisez croyans ^). De là je tirai en moimême cette conséquence: la réponse que M. Worm donna touchant la confirmation, et dont je fus assez content, pourroit aussi bien être appliquée au baptême, et on pourroit de la même maniéré dire que comme les signes dont parle Saint Marc n’ont pas depuis si longtems suivi le baptême, ce sacrement aura seulement été institué pour le commencement de l’Église chrétienne, mais n’est pas necessaire dans la suite, et par conséquent pourroit être abrogé comme celui

i) Marc. XVI i6 — 20.

de la confirmation ; ou il faudrait nécessairement conclure de là que, si le baptême doit être encore retenu quoiqu’aucun de ces signes ne le suivent, la confirmation doit aussi être retenue quoique les dons des anciens tems ne la suivent plus. Cela m’embarrassa fort et je ne trouvai aucun moyen de résoudre cette difficulté, voyant que la distinction de M. Worm n’étoit point du tout valable, à moins que d’abolir le baptême de même que la confirmation, ou de retenir la confirmation aussi bien que le baptême. Je rapportai ceci à M. Worm, avant que d’entrer en matière pour la conférence suivante. Il en fut très surpris, avouant avec une simplicité sincere qu’il ne sçavoit comment on pourroit y faire une réponse satisfaisante et raisonnable; et pour toute conclusion il dit qu’il ne falloit pas parler de cela aux catholiques, mais que lui-même en demanderoit la solution aux professeurs en théologie de Copenhague ; il en fit même une note à la marge d’un livre de théologie. Cela me fit une grande impression, et je n’ai jamais sçu ce qu’on lui a répondu làdessus. Je rapporterai dans la suite ce que mon pere et un de ces messieurs les théologiens m’en ont écrit.

Notre seconde conférence se fit ensuite, par laquelle nous entreprîmes les controverses sur la présence réelle du corps et du sang de Notre Seigneur dans le sacrement de l’autel, sur la doctrine des catholiques touchant la transsubstantiation, la communion sous une espece, le sacrifice de la messe, &c. Nous passâmes d’abord le premier de ces points en general, comme nous avons vû les deux sentimens du parti des luthériens qui l’admettent avec les catholiques contre les calvinistes selon les paroles claires et expresses de l’Ecriture Sainte là-dessus. Cependant je fis sentir l’incompatibilité de l’impanation^) des luthériens et la conformité entière de la

i) U Impanation est un terme employé par les catholiques pour désigner la doctrine luthérienne de la consubstantiation. — E. d. S. R. VI p. 510.

transsubstantiation des catholiques avec la vraie réalité, et que les catholiques me paroissoient mieux enseigner et croire plus simplement les paroles de l’institution de l’eucharistie selon leur son naturel, et avec une vraie foi sans mélange d’interprétation humaine respecter dans l’Instituteur, non seulement sa toute-puissance divine^ de pouvoir réellement faire ce qu’il avoit si expressément dit, mais aussi sa vérité divine^ d’avoir si expressément fait ce qu’il avoit énoncé si expressément par des paroles claires et inaltérables dans son dernier testament avant que d’aller mourir. A l’égard des autres points, la lecture appliquante que mon engagement selon notre convention d’agir en papiste dans ces controverses m’avoit fait faire là-dessus de \' Exposition de M. Bossuet, de son second livre de son Histoire des variations des protestons^ de ses traitez Sur la conirntinion et Sur la messe et d’une partie du grand traité, intitulé Perpétuité de la foi, <5fc., m’avoit fourni des argumens si forts et avec cela si simples que M. Worm, ni moi-même ne pûmes rien trouver pour les combattre d’une maniéré entièrement satisfaisante à tout homme sincere et sensé, soit simple soit sçavant.

Après cela nos conférences se rallentirent insensiblement et furent à la fin interrompues par des incidens survenus, jusqu’à rester sans être achevées. Cependant l’impression considérable que la force des argumens pour la doctrine catholique et la foiblesse des raisonnemens contraires, par l’observance exacte du dernier article de notre convention préliminaire, avoient faite sur moi, jointe à l’impression que la préface et les autres endroits citez ci-devant du traité des Préjugez légitimés avoient déjà commencée, m’inquieta de plus en plus par rapport au salut éternel, et cela si fort

i) Explication de quelques difficultés sur les prières de la messe,a un nouveau catholique parut en 1689. La deuxième édition parut en 1691 et eut pour titre: Explication des prières de la messe. — ■ Oeuv. compl. de Bossuet, publ. par Lâchât, XVII p. i.

que je me mis de nouveau à examiner de la même maniéré les principaux points controversez de ma religion natale. La seule lecture de X Exposition de la foi catholique par M. de Meaux, de son Histoire des variations des Églises protestantes^ confrontée avec ce que les docteurs et les auteurs et pasteurs de ma religion natale m’avoient appris, me découvrit manifestement le mal-entendu des protestans sur la doctrine des catholiques touchant la justification, les bonnes œuvres, l’invocation des Saints, la priere pour les morts, &c., et je fus très particulièrement touché par la lecture du livre de X Histoire des variations^ où, après les Variations des protestans sur l'article dti symbole: je crois l’église CATHOLIQUE, l’illustre auteur fait voir la Fermeté inébranlable de r Église romaine^) ^ sur laquelle il parle ainsi dans la préface, N°. XXIV : Il ny a qitu7ie co7itroverse dont je fais I histoire à part, et c est celle qui regarde I Église ; matière si importante, et qui seule pourraiV^ emporter la décision de tout le procès, si elle n étoit aussP) embrouillée dans les écrits des protestans, qii elle est claire et intelligible e7i ellemême^'). L’embarras que cette lecture et le peu de satisfaction de ma conférence avec mon compatriote avoient causé à mon esprit, augmenta encore davantage, quand je fis une attention particulière et très serieuse sur le XVIL chapitre du traité des Préjugez légitimés, où il est démontré : qu’aucun protestant ne sçauroit par les principes de sa secte être assuré de la validité de son baptême®). Surtout la préface de ce même traité, déjà citée ci-devant, m’engagea à songer à ma conscience et aux moyens de m’assurer de la voie du

1) Ibid. XV p. 59 SS.

2) Le MS. a ; potwait.

3) Le MS. a; pas si.

4) Oeuv. cotnpl. de Bossuet, publ. par Lâchât, XIV p. 12.

5) Préjugés légitimes. L’avertissement du chap. XVII dit: Que M. Claude, ni aucun

calviniste, ne saurait avoir par les principes de sa secte aucune assurance légitime de la validité de son baptême, etc. ^

salut. Et comme après tout je vis que, sans être assuré d’une autorité infaillible, il seroit impossible de trouver ces moyens, j’examinai de la même maniéré avec grand soin ce qui regarde l’autorité de l’Eglise romaine et particulièrement le pape, que toutes les autres religions de la chrétienté haïssent si cruellement et en cela s’accordent si unanimement toutes ensemble, quelle que soit leur discorde et leurs contrarietez mutuelles dans d’autres points capitaux. Pendant tout cela je fis continuellement à Dieu cette priere : Domine illumma ocîilos meos^ 7ie unqvam obdormiam in morte (P s. XH)'). Par cet examen je trouvai clairement, que pas une de toutes les religions qui dans la chrétienté sont contraires à l’Eglise romaine ne peut avec droiture assurer infailliblement un homme sincere et sensé du vrai chemin d’acquérir le salut éternel et d’éviter la damnation éternelle. Je trouvai que dans toutes les religions tous crient à l’Ecriture, quoiqu’ils lisent et voient expressément dans cette Ecriture que toutes les écritures peuvent être dépravées par les ignorans et les inconstans à leurs propres perditiofis (2 Petr. III 16)^ quoique la plupart de leurs adherens ne sachent pas même lire en leur propre langue maternelle, quoique la plus grande partie de ceux qui sçavent lire ne puissent avoir aucune certitude de la vraie traduction de leur Bible conformément à l’hébreux et au grec, et enfin, quoique les plus sçavans dans chacune de ces religions ne puissent, selon leur doctrine, trouver aucun moyen d’être sûrs eux-mêmes et d’assurer d’autres de la droite, vraie et infaillible intelligence de l’Ecriture et des passages qu’ils en allèguent, non seulement contre les catholiques, mais aussi contre eux-mêmes mutuellement. Je trouvai que tous blâment et méprisent l’autorité de l’Eglise romaine et tiennent son infaillibilité dans la doctrine de la foi et dans l’inter-

i) Ps. XII 4.

pretation de l’Écriture pour une fantaisie humaine, quoique l’Écriture parle si évidemment et si expressément d’une Église toujours visible, toujours infaillible, à laquelle son divin Fondateur a promis son assistance perpétuelle, qu’il a commandé exprès d’écouter sous peine d’être tenus pour païens, &c. Je trouvai au contraire par cet examen, que tout ce que l’Écriture Sainte dit expressément de l’Église de Jesus-Christ sur la terre étoit entièrement accompli dans l’Église romaine et catholique, laquelle parmi toutes les autres Églises ou religions de la chrétienté est la seule dans laquelle existe manifestement tout ensemble une étenduë par toute la terre, une visibilité non interrompue, une succession perpétuelle sans discontinuation depuis le tems des apôtres jusqu’aujourd’hui, une doctrine publique sans variations dans les matières de foi, une déclaration constante de son infaillibilité pour juger de la vraie interprétation de la véritable Écriture, et pour condamner toutes les doctrines contraires, une autorité inébranlable pour être obéïe sans aucune réplique dans les dogmes de la foi, et cela autant pour le plus sçavant cardinal que pour le plus ignorant peuple. Je trouvai par là que chaque simple, qui d’ailleurs soit bien instruit de l’éminente autorité de l’Église catholique selon l’institution de notre tout-puissant Sauveur et de sa vérité qui ne passera jamais, selon la promesse divine qu’il a faite; un tel simple, dis-je, peut être aussi assuré d’avoir la vraie foi salutaire, que le docteur le plus sçavant, et peut, dans l’angoisse même de la mort, avoir par là une conscience tranquille sur la religion, et esperer certainement une heureuse mort, pourvu que d’ailleurs il ait vécu selon cela jusqu’au dernier moment de ses jours. Enfin, le tout bien considéré, je ne trouvai d’autres ressources que de quitter la religion nouvelle dans laquelle j’avois été élevé, et de suivre l’ancienne dans laquelle mes ancêtres pendant tant de siècles avant Luther sont

morts saintement, pour laquelle Saint Canut, roi de Dannemarc, ma patrie, a été martirisé , et laquelle les autres Saints, dont plusieurs églises du même pays portent encore aujourd’hui publiquement les noms, ont confessée et deffenduë constamment jusqu’à la mort. Je trouvai que, pour éviter le chemin de damnation et suivre le chemin qui seul conduit au salut, il falloit, selon l’avertissement exprès de Notre Seigneur, quitter pere, mere, freres, sœurs, parens et amis, patrons et protecteurs, et tout ce que je pouvois esperer dans la patrie. J’avoue, que selon la nature il me fut dui de quitter un si bon pere et une si bonne mere qui m’avoient si bien élevé, qui m’avoient donné une si bonne éducation, qui s’étoient donné tant de peines pour moi dans mes maladies et dans mes frequentes infirmitez auxquelles j’étois sujet depuis l’enfance jusques vers l’âge de quinze ans.

Un jour, dans le fort de mes inquiétudes sur la religion, je demandai M. Desprez s’il y auroit moyen de voir, seulement de loin, cet évêque dont les ouvrages m’avoient fait tant d’impression. Il me répondit qu’on l’attendoit bientôt pour présider à une these publique en Sorbonne, où je pourrois le voir aisément, et qu’il m’avertiroit du jour. J’y fus très incognito, et son air de douceur sans affectation me plut très fort. M. Desprez, s’étant apperçu de ce contentement, m’exhorta de le voir de plus près et de l’entendre en conversation -, et comme ce prélat n’étoit plus à Paris quelques jours après, étant parti pour son diocese, M. Desprez m’exhorta même d’aller le voir à Meaux, m’offrant, pour m’en faciliter l’accez, une lettre à son ami le théologal de Meaux®).

1) Le meurtre de Saint-Canut était dû avant tout aux sentiments hostiles des sujets que le roi avait excités contre lui, en favorisant outre mesure l’Eglise et le clergé. Mais décidément il n’a pas souffert le martyre pour le christianisme ni spécialement pour le catholicisme. Il faut se rappeler que tous ses sujets étaient chrétiens et catholiques. Voir aussi p. 7, note 3.

2) Simon Michel Treuvé ou Trouvé (1651 — 1730), né à Noyon en Bourgogne, entra

Il y avoit déjà longtems que j’avois fait connoissance avec M. Duhamel ^), ancien secrétaire de l’Academie royale immédiatement avant M. de Fontenelle^), et très connu de réputation depuis plusieurs années dans les pays étrangers à cause de ses ouvrages de physique. La première occasion de cette connoissance m’étoit venue par la seule coutume ordinaire des étrangers curieux d’aller voir les personnes illustres et de leur faire réverence, afin de pouvoir, après le retour au pays, s’en faire gloire. Comme j’avois déjà trouvé en lui des marques particulières de bonté, de candeur, de simplicité

d’abord dans la congrégation des doctrinaires, d’où il sortit en 1673. Après avoir été ordonné prêtre à Châlons-sur-Marne, il fut aumônier du comte de Guitaut et de madame des Lesdiguières, puis vicaire de Saint-André-des-Arts, à Paris, chanoine et théologal de Meaux. 11 occupa cette dernière place pendant plus de vingt ans et travailla, sous Bossuet, au bréviaire de Meaux. Trouvé s’était appliqué à l’étude de l’Ecriture sainte et se fit connaître par des ouvrages dont quelques-uns ont eu de la vogue. Il était un janséniste de marque et persista dans son appel de la bulle Unigenitus jusqu’à sa mort. — B. U. XLII p. 134.

1) Jean Baptiste Duhamel (1624 — 1706), né à Vire en Normandie, commença ses études à Caen et les termina à Paris. Ses progrès, dans ce qu’on nommait alors la philosophie, furent rapides, et à dix-huit ans, il publia une explication des Sphériques de Théodore, avec une Trigonométrie. 11 entra en 1643 à l’Oratoire, et il y passa dix années; ensuite il fut nommé curé de Neuilly-sur-Marne. Nommé aumônier du roi en 1656, il obtint, en 1663, la dignité de chancelier de l’église de Bayeux. A la création de l’Académie des sciences, Colbert en nomma Duhamel secrétaire perpétuel. Outre d’un grand nombre d’ouvrages scientifiques d’un grand mérite, Duhamel est aussi l’auteur de quelques œuvres théologiques, fort appréciées par ses contemporains. — B. U. XI p. 464 ss.

2) Bernard le Bovier de Fontenelle (1657 — 1757) naquit à Rouen où il étudia dans le collège des jésuites. Il fit son droit par déférence pour son père, mais renonça au barreau pour la culture des lettres. Pendant ses séjours à Paris, en 1674 et en 1679, il se lia avec l’abbé de Saint-Pierre, l’abbé de Vertot et le mathématicien Varignon. Ses débuts furent difficiles, mais il obtint un grand succès avec les Dialogues des morts et surtout avec V Entretien sur la pluralité des mondes en 1686, où il chercha à vulgariser les sciences exactes. En 1691, l'ontenelle fut admis dans l’Académie française. Membre de l’Académie des sciences, en 1697, il en est le secrétaire à partir de 1699. Il a aussi écrit l’Histoire de cette Académie, dès son origine en 1666 jusqu’à 1699. Pendant les dernières années de sa longue vie, ses études furent partagées entre la philosophie, l’éloquence, les mathématiques et les sciences physiques et naturelles. C’était un homme du monde exquis et bien apprécié de ses contemporains, une forte tête, mais sans profondeur. — B. U. XIV p. 358 SS.

et de probité, je lui communiquai cette affaire. Il en fut tout à la fois et surpris et ravi et m’ayant conseillé aussi de faire le voyage à Meaux, il en écrivit au prélat lui-même et me mit sa lettre entre mes mains. Je tins tout ceci fort secret, et il n’y avoit que M. Desprez et M. Duhamel qui le sçavoient et en gardoient aussi le silence.

J’arrêtai la place au carrosse de Meaux, et, le matin, sortant pour y aller, je laissai seulement un billet sur la table de ma chambre pour avertir qu’on ne se mît pas en peine si je ne revenois pas le même jour.

Je trouvai en chemin, dans le même carrosse et auprès de moi, un étranger qui me prit pour un Allemand et me questionna beaucoup en allemand sans avoir pu venir à bout de sçavoir qui j’étois. Cette circonstance est à remarquer par rapport à une autre dont je parlerai dans la suite.

Étant arrivé à Meaux, je donnai la lettre de M. Desprez à M, Trouvé, le théologal, son ami. Il me reçut avec beaucoup d’accueil, et me dit que le prélat étoit alors à Germigny ^), où il me conduiroit et me présenteroit lui-même ; ce qu’il fit le même jour avec toute l’amitié possible, et M, de Meaux, à qui je remis aussitôt la lettre de M. Duhamel, me reçut d’une maniéré si gracieuse, qu’il me parut pour ainsi dire plutôt un pere qu’un prélat. C’étoit, autant que je m’en puis souvenir, un dimanche. Je lui dis en peu de mots les motifs de ma démarche, et le priai de me permettre de lui proposer quelques difficultez. Il me répondit sur-lechamp avec une bonté qui me toucha au vif, que je ferois mieux de rester quelques jours chez lui et qu’il me donneroit une heure ou deux heures par jour pour m’écouter et répondre à ce que je proposerois. Il ordonna en même tems d’accommoder une chambre pour moi.

i) Germigny-l’Évêque, Seine et Marne, à 9 kilomètres de Meaux.

Le lendemain, à l’issue du dîner, M, de Meaux me donna une audience particulière dans laquelle je lui exposai une bonne partie de mes difficultez, et cela plus en latin qu’en françois. Il répondit à tout très nettement et très clairement; mais ne pouvant m’empêcher de lui dire que ses réponses n’étoient pour la plupart que ce que j’avois déjà appris avec beaucoup de satisfaction par la lecture de ses ouvrages, il me fit entendre que la pure vérité se présente dans toutes les rencontres de la même maniéré.

Le surlendemain j’apportai des difficultez dont j’avois fait une liste à part sur un papier, et j’avois pris exprès avec moi le Nouveau Testament en grec, pour pouvoir, suivant mon ancienne idée, assurer l’authenticité des passages qui pourroient en être alléguez de part et d’autre. Je fus encore pleinement satisfait de ses réponses et des instructions dont il les accompagna ; et ce qui me toucha surtout, en même tems, étoit de mon côté la liberté entière de parler naïvement avec la simplicité du fonds de mon cœur, et de son côté la patience, la douceur, la clarté et la précision, en me répondant sur chaque point, de quelque façon que je trouvai à propos de faire mes demandes là-dessus.

Après quelques entretiens pareils, je déclarai à M. de Meaux que j’étois pleinement satisfait sur les articles contestez, et entièrement pénétré des veritez de la doctrine catholique ; mais qu’il me restoit un seul point dont les preuves apportées me paroissoient à la vérité absolument convaincantes, et contre lesquelles je ne trouvois que de pures chicanes ; que cependant ce point ne me touchoit pas encore assez vivement pour pouvoir dire avec sincérité que j’en étois absolument persuadé, et que je n’osais pas dire ce qui me rouloit là-dessus au fonds du cœur. Aussitôt, le bon prélat, avec un air paternel, m’ordonna de m’expliquer à cœur ouvert et sans réserve ; après quoi je lui parlai à peu

près en ces termes : Monseigneur ^ je voîis demande devant Dieu tout-pîiissant^ qui voit tout^ &c.^ et en présence de nos saints anges^ si dans le fonds de votre cœur vous êtes sincèrement persziadé de la vérité du purgatoire^ que vous en avez parlé d' tme maniéré incontestable. Il me répondit sur-le-champ, les larmes aux yeux, que, si pour m’assurer de la réalité parfaite de sa créance entière de la vérité de cet article, il lui étoit permis de se faire percer le cœur et de verser son sang, il seroit prêt de le faire dans ce moment devant moi. A peine avoit-il prononcé ces mots, que je fus saisi, et que je sentis même une impression momentanée, comme si j’avois été frappé très rudement avec une barre de fer à travers le devant de la poitrine. En même tems le reste d’inquietudes que j’avois eues sur cet article s’évanouit, de maniéré que, depuis ce moment-là jusqu’à présent, il ne s’est jamais présenté à mon esprit la moindre ombre de difficulté làdessus, et qu’au contraire j’ai toujours eu, depuis ce tems, une dévotion particulière pour ce qui regarde les âmes du purgatoire. Je lui dis alors que c’en étoit assez, que je ne demandais plus rien, sinon ce qu’il falloit faire à présent. Il faut abjurer.^ &c..^ dit M. de Meaux ; et lui ayant répondu que j’étois tout prêt de le faire à l’heure même, il me fit entendre qu’il y avoit une ceremonie particulière à faire pour cela ; et que, comme il étoit sur le point d’aller à Fontainebleau pour une huitaine de jours, il me mettroit pendant ce tems-là entre les mains d’un de ses amis, qu’il me montra. C’étoit M. de Saint André ^), alors curé de Vareddes, et qui

l) André Chapperon de Saint-André (1654 — 1740) était docteur en théologie de Bourges. 11 était né à Lizy sur Ourq, Seine et Marne, dans le diocèse de Meaux; mais par son ordination sacerdotale il appartenait au diocèse d’Arras, où il avait obtenu un canonicat, qu’il conserva pendant vingt ans. En 1685, il se retira, mais sans y prendre l’habit religieux, à la Trappe. C’est là que Bossuet, l’ayant vu, le détermina à venir exercer le saint ministère dans son diocèse. Il avait resté dans l’appartement abbatial

ensuite devint grand-vicaire et archidiacre du diocese de Meaux. Le prélat étant monté en carrosse pour partir et parlant encore à quelqu’un, je revins dans le moment comme d’une extase, et ayant senti que mon hôte et mes amis à Paris seroient trop en peine de moi, je fus assez heureux d’avoir encore le tems de faire dire par M. de Saint André à M. de Meaux que je n’osais pas m’absenter si longtems de Paris, n’en ayant averti personne. Lui-même me dit là-dessus de m’en aller et de revenir dans huit jours, m’exhortant de faire en attendant une bonne revue des difhcultez et de bien réfléchir sur nos conférences. Cette réponse naïve me fit encore une impression très heureuse, en me faisant voir la fausseté d’une ancienne idée, que les papistes étoient à peu près comme les diables, pour attraper une âme et pour ne la pas laisser échapper.

Je ne restai que très peu de tems chez M. de Saint André à Vareddes, où il me fit présent d’un livre intitulé ; La vérité de la religion catholique proiivée par V Ecriture Sainte^ par M. Desmahis^), chanoine de l’église d’Orléans et ci-devant

seize mois. L’abbé de Saint- André fut d’abord nommé curé de Bannost, en l688, puis de Vareddes près de Germigny, en 1698, et enfin archidiacre de Brie en 1706. Il fut particulièrement goûté dans les couvents du diocèse et gagna de plus en plus la confiance de Bossuet. Dans sa dernière maladie, l’évêque de Meaux, retenu loin de sa ville

épiscopale, lui demanda de faire chaque mois le voyage de Paris ; tellement il tenait à

s’entretenir avec lui. Après la mort de Bossuet, en 1707, le curé de Vareddes fut nommé chanoine par le nouvel évêque de Meaux, Bissy. Il devint grand-vicaire et le confident de ce prélat et mourut en 1740. — L'Abbé Le Dieu^ Mémoires âr Journal sur la vie et les ouvrages de Bossuet publiés par M. l'abbé Guettée^ Paris 1856 — 57, I p. 263,

III p. 392. — Bausset^ IListoire de Bossuep Paris 1830 (5e éd.), IV p. 292.

i) Marin Grosteste Desmahis (1649 — 1694) naquit à Paris. Il était élevé dans la religion protestante, et devint ministre de Biogne. 11 se convertit au catholicisme, en 1681, et fut un champion zélé de sa nouvelle foi. Il réussit à convertir son père, sa mère et un de ses frères. Desmahis embrassa l’état ecclésiastique et a écrit plusieurs ouvrages d’une catholicité prononcée. Son œuvre ci-dessus nommée, La vérité de la religion catholique prouvée par l'Écriture sainte^ parut en 1697, trois ans après sa mort. — B, U. XVII p. 61 1.

ministre de la religion prétendue réformée, auquel M. Bossuet avoit donné son approbation^).

Etant revenu à Paris et ayant tiré mes amis de leur inquiétude, comme je ne répondois pas précisément aux questions qu’ils me firent, mon compatriote, M. Worm, dit en plaisantant, que les médecins ne rendent pas toujours compte de leurs voyages, et que le mien avoit peut-être été pour quelque malade caché. Je me servis de l’occasion, et je dis que M. Worm avoit raison, et que, dans peu de tems, je devois repartir.

Je me donnai aussitôt après à la lecture du livre de M. Desmahis, dont la méthode, la clarté et la maniéré convenable à mon ancien souhait de voir tout prouvé par l’Ecriture Sainte, et cela composé par un tel converti, sçavant, sincere, zélé et très vertueux, selon l’histoire de sa vie qu’on a mise au commencement de ce livre, me causèrent une joie extrême et mirent comme le dernier sceau à ma parfaite conviction. J’y trouvai d’abord une instruction très importante à laquelle je ne m’attendois point, et qui plusieurs années après m’a servi très efficacement contre les intrigues des nouveautez modernes : sçavoir que l’auteur, avant que de parler des vraies marques de l’Eglise, fait le dénombrement de plusieurs marques équivoques, qui sont quelquefois du côté de la vérité et quelquefois du côté de l’erreur : ü Ecriture Sainte^ dit-il, nous oblige de mettre dans ce rang les afflictions^ les prosperitez^ les prédictions de quelques évenemens qid sont du cours de la Providence^ \quelques miracles particuliers et appareînment vrais^') des docteiirs sçavans^ éloquens^ zelez et suivis des petiples^ r usage des punitions temporelles^ la constance dans les souffrances ou dans

1) L’approbation de Bossuet est datée de Germigny, 4 novembre 1695.

2) Les mots entre [ ] manquent dans le MS. Ils ont été ajoutés d’après La vérité de la religion catholique^ I p. 2.

la mort qu on endttre pour la religion^ la bonne foi^ le zele^ les aumônes et les autres bonnes œuvres^ la prétention d'être fondé sur la parole de Dieu. Après ce dénombrement il apporte fort au long de l’Écriture Sainte les exemples de toutes ces marques équivoques en particulier, et de l’alternative de chacune par rapport à la vérité et à l’erreur. Je parlerai encore de cet ouvrage de M. Desmahis dans la suite, à l’occasion de quelques remarques intéressantes que j’ai faites sur les differentes éditions.

Mais pour revenir à mon abjuration ; les huit jours d’attente étant passés, je retournai à Meaux et à Germigny, sans encore dire chez moi où j’allois, mais que je pourrois être quelques jours absent. Ayant appris à mon arrivée que M. de Meaux n’étoit pas encore revenu, je m’addressai à M. de Saint André qui me dit que le retour du prélat étoit encore différé de quelques jours, et que je demeurerois chez lui en attendant. Il me reçut avec une bonté et tendresse paternelle, m’instruisit sur le sacrement de confirmation et pour me préparer à une confession generale. Le prélat étant ensuite arrivé me fit venir demeurer chez lui à Germigny et assigna pour mon abjuration le 8 octobre 1699, veille de la fête de Saint Denis et jour de Sainte Brigitte. Il me fit lire auparavant à haute voix dans son cabinet la Profession de Foi en françois, afin de la bien lire en public. Dans le moment que j’en avois prononcé ces paroles; Je reconnois l'Eglise catholiqîie et apostolique romaine mere et maîtresse de toutes les Eglises^), le secrétaire du prélat, M. Ledieu^), qui étoit

1) Le MS. a: ye reconnois l'Eglise catholiqtie et apostolique Eglise romaine mere.^ etc.

2) François Ledieu (? — 1713), naquit à Péronne. En 1674 il étudiait à l’Université de Paris. Engagé dans les ordres, il fut attaché depuis 1684 à Bossuet en qualité de secrétaire particulier, resta près de lui pendant les vingt dernières années de la vie du grand évêque, et devint chanoine et chancelier de l’église de Meaux. Il commença en 1699 un yournal personnel qu’il continua jusqu’en 1713 et qui embrasse les quatre dernières années de Bossuet. Il composa pour l’abbé Bossuet, le neveu du prélat, des

assis vis à vis de lui, interrompit la lecture en répétant avec une apparence de mécontentement le mot maîtresse \ le prélat, sans dire mot, le regarda avec un certain coup d’œil très serieux, et me dit de continuer. Cela me toucha un moment sans avoir eu autre suite.

Je fis la ceremonie de l’abjuration dans la chapelle de Germigny en présence de plusieurs personnes distinguées de Meaux, de M. Bossuet, maître des requêtes, de M. l’abbé Bossuet, depuis évêque de Troyes^), de M. Chasot^), président de Metz, tous trois neveux de M. de Meaux, de M. de Saint André, du pere de Riberolles^), alors supérieur du Séminaire de Meaux et ensuite abbé de Sainte Genevieve à Paris, et d’autres. M. de Meaux, étant assis devant l’autel dans un fauteuil, et m’ayant fait me mettre à genoux devant lui avec un cierge allumé en main, qu’il m’avoit fait porter

Mémoires sur la vie et les œuvres de l'évêque de Meaux, et il revit et mit au net les manuscrits de plusieurs des œuvres de Bossuet. Les œuvres de Ledieu ont été publiées par l’abbé Guettée en 1856 — 57 à Paris (voir p. 67, note i). — N. B. G. XXX col. 262. — La grande Encyclopédie^ XXI p. iii8.

1) Antoine Bossuet (1624 — 1699), frère de l’évêque de Meaux, intendant de Soissons, maître des requêtes, laissa deux fils. L’aîné, Louis Bossuet (1663 — 1740), d’abord conseiller au parlement de Metz, devint président en 1696. Comme son père il remplit la charae de maître des requêtes. Le cadet, Jacques Bénigne Bossuet (1664 — 1743), né à Dijon, demeura longtemps à Rome. De retour en France, il obtint l’abbaye de Saint- Lucien de Beauvais et, en 1716, l’évêché de Troyes, dont il se démit en 1642. On lui doit la publication de bien des écrits de son oncle. L’abbé Bossuet fut un homme très ambitieux et très peu sympathique. — L'Etat de la France^ Paris 1696, III p. 52. — Baussct^ l. c. III p. 347. — B. U. V p. 143.

2) Bénigne Chasot, fils d’Isaac Chasot et de Marie Bossuet, la sœur aînée de l’évêque de Meaux, naquit à Metz le 14 octobre 1662 et devint premier président au parlement de Metz. — Em. Michel^ Biographie du Parleme}it de Metz^ Metz 1853.

3) Gabriel de Riberolles (1647 — 1734), né à Paris, fils d’ Abraham de Riberolles, conseiller au Châtelet, entra chez les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève et, après avoir occupé différents postes, fut prieur de charge à Meaux. C’est là qu’il connut Bossuet, qui l’apprécia et le nomma supérieur de son séminaire. Après la mort de Bossuet il quitta le séminaire de Meaux, en 1705, pour devenir prieur du Val-des-Ecoliers, dans la ville de Liège ; il fut nommé second assistant du général de sa congrégation, puis élu prieur ou abbé général de Sainte-Geneviève en 1715, continué et réélu jusqu’au 10 septembre 1733. Esprit hautain^ entreprenant et peu sür^ dit Ledieu. — Ledieu^ Le. III p. 203, IV p. 28, 259, etc.

ainsi allumé depuis la porte jusques-là, fit d’abord une instruction assez ample sur l’Evangile de la fête selon le diocese de Meaux ^): Attendite a fermento Pharisœorum, qvod est hypocrisis (Lîtc. XII)®), et ensuite fit la ceremonie à l’ordinaire. Je ne puis m’empêcher de dire ici par parenthèse que le préambule de la Constitution Unigenitus de Clement XF) fut pour moi dès le premier jour que je l’avois lû et est encore toujours comme le sommaire ou abrégé le plus parfait de cette instruction.

Le lendemain et le surlendemain de mon abjuration, le prélat eut la bonté d’entendre lui-même ma confession generale, à laquelle M. de Saint André m’avoit préparé par ses instructions, comme j’ai dit ci-dessus. Le 1 1 octobre, qui étoit un dimanche, fête de Saint Saintin ^), évêque de Meaux et disciple de Saint Denis, après avoir achevé ma confession generale et m’être disposé pour la confirmation et pour ma première communion, il me conféra d’abord le matin le sacrement de la confirmation, ayant pour parrain M. de Saint André qui m’y présenta. Je fus surpris dans la ceremonie d’entendre le prélat ajouter à mon nom de baptême, qui

1) Ici, Winslow doit se tromper.de jour: ce n’est pas le jour de Sainte-Brigitte, mais le lendemain, jour de Saint-Denis, que l’évangile de la messe contient le texte développé par l’orateur. — Ch. Urbain.^ Un prosélyte de Bossuet.^ J. B. Winslow dans Revue du Clergé Français.^ Paris 1902, XXXII p. 120, note 4.

2) Ltic. XII I.

3) La bulle Unigenitus du pape Clément XI, en date du 8 septembre 1713, était dirigée contre les Réflexions morales sur le Nouveau Testament du P. Quesnel. Ce livre avait été jugé depuis une trentaine d’années un ouvrage pieux et très méritoire, et il avait été recommandé par des ecclésiastiques de qualité, comme le futur cardinal de Noailles, archévêque de Paris. La bulle frappa le livre d’anathème et le condamna au feu et fut une des armes des jésuites dans leur lutte contre le jansénisme. — E. d. S.

R. VII p. 144 — 155, surtout p. 150 — 152.

4) Le MS. a : Sintin. — Saint Saintin {Sanctimis\ évêque de Verdun, vivait environ 346. Il n’est pas martyr. C’est surtout dans le diocèse de Meaux qu’on lui rend culte. Sa fête est célébrée le 1 1 octobre. Voir: Acta Sanctorum Octobris V p. 585 — 603. Pour juger. An S. Sanctimis Meldensis exstiterit S. Dionysii Parisiensis discipulus.^ et an cum

S. Sanctino Verodimensi unus idemqve sit.^ voir ibid. p. 590 — 594.

étoit Jacques, celui de Bénig7ie^ sans que j’en fusse prévenu. Ensuite il dit la messe, dans laquelle il me donna la sainte communion après une exhortation très pathétique qu’il me fit, tenant la sainte hostie entre ses doigts. Après que tout fut fini, je demandai à M. de Saint André la raison du nom ajouté au mien sans m’en avoir parlé auparavant; il me répondit que le prélat l’avoit fait par pure affection. C’est ce qu’il marqua aussi lui-même quelques momens après par sa propre écriture sur la feuille blanche vis à vis la première page du frontispice de son Catechisme^)^ qu’il me donna et que je garde encore comme un monument très précieux. Il me donna en même tems son livre d’heures, intitulé Prières ecclésiastiques, &c. ^).

Je restai encore quelques jours chez ce bon prélat, mon apôtre, qui, après m’avoir donné le certificat d’abjuration signé de sa main et muni du sceau épiscopal, eut la bonté de me donner pendant ce séjour mille marques d’une affection paternelle. Il s’entretint avec moi, tantôt en particulier, tantôt à table, sur differentes matières, sur la religion, sur les sciences, sur l’histoire de mon pays, sur le grec et sur l’hébreu, &c. Je n’oublie jamais ce qu’il me dit un jour étant à table vis à vis de lui et parlant des prérogatives de Rome et de l’éminence du siégé de Saint Pierre dans des termes d’une vénération particulière. Un jour, le voyant dans son cabinet tenir en main un vieux petit livre qu’il me parut avoir tiré de sa poche, il me fit connoître que c’étoit une ancienne édition du Concile de Trente, qu’après l’Evangile c’étoit son livre favori, et que la sainteté, la sagesse et la

1) Le Catéchisme du diocese de Meaux parut en 1687. — Oeuvr. compl. de Bossuet, ptibl. par Lâchât, V p. i ss.

2) Prier es ecclésiastiques pour aider le chrétien a bien entendre le service de la paroisse aux dimanches et aux fêtes principales parurent en 1689 et, après correction, en 1701. — Ibid., V p. 206 SS.

force sçavante de ce Concile lui paroissoit éclater de plus en plus chaque fois qu’il le relisoit. Cela répond parfaitement à ce qu’il en a dit en peu de mots dans son Exposition de la foi catholique.

Entre autres avis pour me conduire à Paris, il me dit de m’addresser à M. l’abbé de Cordemoy pour la direction et pour le consulter dans les cas et rencontres de difficultez en matière de religion. Je lui exposai mon inquiétude pour mon pere qui m’avoit toujours si tendrement aimé, et que je craignois très fort que si l’on lui annonçoit tout à coup mon changement, sa grande sensibilité ne lui en occasionnât une impression funeste et peut-être une mort subite, et que je voudrois moi-même peu à peu le disposer à ne pas être inopinément saisi ; et cela en lui proposant par degrez quelques difficultez, jusqu’à ce qu’il m’en donnât des marques de soupçon ou de crainte, &c., et qu’alors je puisse moimême être le premier à lui tout déclarer ; mais qu’il faudroit aussi pour cet effet que les étrangers, et surtout mes compatriotes à Paris, n’en sçussent rien jusques-là. Le digne prélat approuva fort mon dessein et dit qu’en ce cas-là il n’étoit pas necessaire d’annoncer exprès à tout le monde mon changement, et que je pouvois, en attendant, éviter les rencontres; mais que cependant, si quelqu’un par occasion me demandoit si c’étoit ainsi, je serois en conscience obligé de le confesser ouvertement et de ne pas rougir, &c.

Ayant pris congé de mon cher apôtre à Germigny, M. de Saint André me fit encore rester un peu de tems chez lui à Vareddes. Il me fit lire les six premiers versets du second chapitre de Y Ecclésiastiqzie^) : Fili, accedens ad servitutem Dei^ sta in justitia et timoré, et præpara animam tuam ad tentationem, &c., &c. Il m’avertit que parmi les

l) En danois; yesu Sirachs Visclom.

catholiques quelques particuliers suivoient les sentimens d’un évêque nommé Jansenius^), mort depuis plusieurs années et auteur d’un traité deffendu, intitulé AugtLstimis^ &c., que je ne devois point m’en embarrasser à présent, mais que je devois m’en tenir à ma Profession de Foi et me bien munir contre les attaques des protestans auxquelles je serois alors exposé. Il me découvrit après cela une particularité qu’il m’avoit cachée jusqu’alors, sçavoir que dans l’intervalle de mes deux voyages on étoit venu pour avertir le prélat de se tenir sur ses gardes, en cas qu’un étranger qu’on avoit rencontré dans le chemin de Paris à Meaux se présentât à lui, mais que ni le prélat, ni lui n’avoient eu lieu de me soupçonner, M. de Saint André me dit ensuite que ce dénonciateur étoit un Danois nouvellement converti, qui s’étoit trouvé dans le carrosse avec moi et, sans pouvoir me connoître, étoit porté à me prendre pour un jeune ministre protestant. Il se nomma, disant qu’il étoit de la famille de M. Muller de Christianshafn à Copenhague®); mais comme il me parloit de concerts, des divertissemens de la chasse, de la comedie, &c., je n’eus d’autres attraits pour son amitié

1) Corneille Jansen (Cornélius Jansaiiiis) (1585 — 1638) naquit au village d’Aquoi, près

Leerdam, en Hollande. Il prit le bonnet de docteur de théologie en i6ig et devint, en 1630, professeur d’Ecriture sainte en Louvain. Nommé évêque d’Ypres en 1635, il occupa ce siège peu de temps, étant mort de la peste en visitant ses diocésains. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages. Un de ses écrits, Augustinus^ qui ne parut qu’en 1640, deux ans après sa mort, suscita la colère des jésuites et fut condamné par le pape. Jansen fut le promoteur d’une doctrine théologique sur la grâce divine et la liberté humaine, qui troubla profondément le monde catholique durant tout le cours d’un siècle, et dont l’influence indirecte se fit sentir plus longtemps encore en dehors du domaine des controverses ecclésiastiques. Entre les armes les plus connues contre le jansénisme on peut nommer les deux bulles papales: Vineam Domini^ 15 juillet 1705 et 8 septembre

1713. Sur Jansen et le jansénisme voir; Biographie nationale de Belgique^ Bruxelles, X col. 105 ss. ■ — • B. U. XX p. 551 ss. — E. d. S. R. VII p. 144 ss.

2) Il s’agit probablement d’un parent de Fridrich Anthoni Mbller ou Millier, propriétaire de la maison enregistrée du n° 14 à Kristianshavn. — O. Nielsen^ Kj^benliavns Diploniatarium^ III p. 748 ss. et VII p. 84 — 85, Kjpbenhavn 1877 et 1886.

que pour le ménager en cas de besoin de quelque protection par le crédit dont il se vantoit. Il avoit été converti par M. l’évêque de Perpignan, M. de Flamenville ^), qui le protegeoit, et parmi la famille de qui il s’étoit tellement insinué que rien ne lui manquoit. Il éclipsa peu de tems après au grand mécontentement de son protecteur et de plusieurs personnes qui lui avoient fait plaisir et à qui il devoit ; il m’avoit aussi attrapé.

A mon retour à Paris, je rendis compte de toutes mes démarches et de mon abjuration, &c,, non seulement à M. Desprez et à M. l’abbé Duhamel, mais aussi à mon hôte, M. Vincent, et au principal locataire de la maison où je demeurois, M. Montbart, marchand imagier, rue Saint Jacques, à l’enseigne de la Ville d’Anvers, attenant les Mathurins. Je priai fort ces messieurs de n’en rien dire à personne jusqu’à ce que je l’eusse déclaré à mon pere moi-même le premier. Je fus ensuite voir M. l’abbé de Cordemoy, à qui le prélat m’avoit addressé par rapport à la conscience et aux affaires de religion.

La première occasion d’avoir recours à lui fut une dissertation sur la messe contre le Pere Dez"), jesuite, faite par un docteur luthérien d’Allemagne, et que j’avois lûe, par la permission que M. de Meaux m’avoit donnée de lire ces

1) Jean Hervée Basan de Flainenville fut sacré évêque de Perpignan en 1696 et mourut en 1721. ■ — ■ Sériés Episcoporum Ecclesiæ cathoUcœ^ ed. P. Plus Bonifacius Gams^ Ratisbonæ 1873, p. 601.

2) Jean Dez (1643 — 1712) naquit à Chaude-Fontaine près de Sainte-Ménehould. Il était jésuite, fut d’abord recteur du Collège de .Sedan mais passa ensuite à Strasbourg, fut fait le premier supérieur du nouveau séminaire, et mourut recteur de l’Université de Strasbourg. Il était un homme ardent, né pour la controverse. Dez a publié plusieurs écrits dont c’est surtout La Réunion des protestants de Strasbourg a P Eglise romaine qui est restée fameuse. La première édition de ce livre parut en 1687 à Strasbourg, la seconde à Paris en 1701. — B. U. X p. 597 ss. — Pour les rapports de Dez avec Bossuet voir Urbain^ l. r., p. 124, note i.

La dissertation sur la messe, dont parle Winslow, est : Declaratio Lutherafta super admonitione de Reunione yesuitæ Gallicani Joannis Déz^ Leipsic 1700. Titre donné d’après le livre de Dez, seconde édition, p. 445*

sortes d’ouvrages. J’y avois trouvé une expression de ce pere rapportée par le docteur luthérien de façon à en pouvoir tirer avantage contre les catholiques, et qui m’avoit disposé à soupçonner quelque manque de sincérité dans l’auteur, d’autant plus que, par les catholiques mêmes, j’étois alors un peu prévenu contre les jésuites, sans sçavoir pourquoi. Je portai cette dissertation à M. l’abbé de Cordemoy et lui en montrai l’endroit qui m’avoit frappé. Il me donna aussitôt le traité même, dont l’endroit en question étoit tiré par le docteur luthérien, et me fit voir au contraire l’infidélité du luthérien. Il avoit mal rapporté. Ce traité étoit intitulé: Rétmion des protesta7is de Strasbourg à V Eglise 7'omame^ également necessaire pour leur salut^ et facile selon leurs principes^ par le R. P. Dez, de la Compagnie de Jesus^ et c’en étoit la première édition, imprimée à Strasbourg, Je fus d’abord très fâché du mauvais procédé du docteur luthérien, et en même tems très ravi de trouver un traité fait exprès contre la Confession d' Ausbourg, surtout voyant qu’il étoit approuvé par mon cher patron et premier pere spirituel, M. de Meaux, en ces termes : Ce livre contie?it une piLre et saine doctrine . . . On peut esperer tm grand fruit d'un ouvrage^ où Von trouve tant de trésors ramassés dans un si petit volume. La lecture de ce livre me fortifia en particulier contre la religion natale que j’avois quittée, et détruisit entièrement une espece d’aversion qu’on avoit commencé à m’inspirer contre les jésuites, sans néanmoins m’en avoir encore rien dit touchant la doctrine, mais me les ayant représenté comme intrigans, hautains, d’une morale relâchée, &c. Ce M. l’abbé de Cordemoy étoit celui même dont mon compatriote M. Worm avoit fréquenté les conférences publiques aux Grands Augustins et de là prit occasion de faire entre nous des conférences sur la religion, comme je l’ai rapporté ci-devant.

Un de mes premiers soins ensuite fut de faire demander

à l’Université royale de Copenhague une attestation authentique. On en parla à M. le docteur Oliger Jacobæus, professeur en medecine et mon ancien professeur particulier, qui me fit aussitôt expedier une attestation en bonne forme de la Faculté de medecine, munie du sceau de cette Faculté et signée du professeur Olaus Wormius, alors secrétaire de la Faculté. Je la reçus par la poste, au commencement de l’année i 700, dans une lettre de feu M. Buchwald qui m’avoit conduit de mon pays en Hollande et qui, dans la suite, a été professeur en medecine et recteur de la même Université de Copenhague. Et comme j’avois ménagé ce que j’avois reçu l’automne précèdent par une bonne lettre de change, quoiqu’avec ordre de retourner en Dannemarc au lieu d’aller, comme je l’avois esperé, en Angleterre ou en Italie^), je crus devoir en profiter pour me mettre pendant l’hiver en pension chez le célébré M. Duverney, professeur au Jardin royal, pour me perfectionner de plus en plus dans l’exercice d’anatomie. J’en écrivis auparavant à M. de Meaux qui l’approuva par une réponse vraiment paternelle écrite de sa propre main, que je garde encore très précieusement. J’y entrai au mois de novembre 1699, peu après mon retour de Germigny et de Vareddes. Il y eut deux autres pensionnaires avec moi, dont l’un étoit M. Frick, médecin d’Hambourg, un de mes anciens amis et associés d’études à Leide et à Paris, l’autre M. Areskine^), médecin écossais, qui dans

1) Chrétien V mourut le 25 août 1699, et sa mort mit fin à la grande influence de Matthias Moth. C’est pour cette raison sans doute que Winslow, ce même automne, reçut l'ordre de revenir en Danemark au lieu de continuer son voyage.

2) Robert Areskine ou Erskine (? — 1718), médecin d’une illustre famille écossaise. En 1699, it fit ses études à Paris et partit pour la Russie en 1706 où il fut nommé médecin ordinaire de Pierre le Grand. Il profita de son influence auprès du tsar pour le rendre favorable à la dynastie des Stuarts et l’accompagna dans son voyage en France, en 1717. — Sbornik imperatorshago rtisskago istoritscheskago obschtschestva^ Saint-Pétersbourg 1888, LXII p. 550. — E. Schnyk?\ Peter the GreaL London 1884, II p. 377 SS., 387, 519.

la suite fut premier médecin et favori particulier du grand czar et le suivit en ses voyages de France.

Peu de tems après, j’y tombai dans une grande maladie qui dura jusques vers Noël. M. de Meaux eut la bonté d’y envoyer M. Ledieu, son secrétaire, pour sçavoir de mes nouvelles. Étant revenu de cette maladie, sans néanmoins être en état de pouvoir bientôt après profiter de ma pension, je pris le parti de retourner à mon ancienne demeure, rue Saint Jacques, vis à vis M. Desprez, à l’enseigne de la Ville d’Anvers, non pas chez mon ancien hôte, M. Vincent, mais chez le principal locataire de la même maison, M. Montbart, marchand imagier.

J’avois déjà envoyé à mon pere une lettre dattée le 30 octobre 1699, dans laquelle, après avoir parlé de X Exposition de la foi de M. de Meaux comme d’un livre qui m’étoit tombé entre les mains, je lui proposai quelques difficultez touchant l’abolition du sacrement de la confirmation par les protestans et lui en demandai la solution, le priant avec cela de ne se point inquiéter ou allarmer à l’occasion d’une telle demande, &c. C’est ainsi que je commençai à suivre le parti de l’accoutumer par degrez, comme j’ai dit ci-dessus, observant en tout l’avis de M. de Meaux.

Voici la copie de l’attestation de la Faculté de medecine de Copenhague que j’avois demandée et qui m’a été envoyée au commencement de l’année 1700.

Facultas Medica

Regice Universitatis Haffniensis.

Nullis se gyris^) circumscribi patitur generosns animics^ millis se claitdi limitibtis indtisiria mens, qvœ expiatis la-

i) Le MS. a; Gyaris.

bortLm opéra superis totum orbem sibi patriam crédit^ nullumqve tant barbarum populum^ niLllani ab huînanitate tain remotam gentem^ qvin ubiqve liceat conando et sperando fortunam sibi fabricari. Habent qvippe sibi proprium illustria ingénia^ ut^ cum hunii serpere neqveant aut inter obscuros latitare parietes, semper emergere conentur et in vita inter dum sorte obnitentibus licet difficiiltatibus non prius proposito désistant^ qvam doctarum frontium adoreas conseqvuta sublimi tandem vertice sidéra tangant^). Hic animus^ hoc studium ab ineunte œtate fuit clarissimo et experientissimo juveni Jacobo Winslowio^ medicinœ candidate dignissimo, ideoqve qvam ipsi parentes reliqverant optimam nascendi sortem ita a primis tenerisqve excoluit annis^ nt litterarum artiumqve nobiliorum studio ad magna qvœqve et sublimia sibi aditum straverit. In continuo qvippe Musarum consortio junctam pueritiœ adolescentiam consumpsit, ut eadem in serperastris tractasse studiis visus sit^ in qvorum exercitio suo olim tem~ pore consenescere optabat. Ita jactis politioris litteraturœ fundamentis tandem anno M.DC.LXXXVII e Gymnasio Otthiniano mamimissus Regiœ huic Universitati se suosqve profectus commendavit et amplissimœ Facziltati Philosophicce taies exhibuit ut dignissimus judicatus^ qvi in Civium Academicorum numerum admissus incœptam semel studiorum telam pertexeret. Injixa desideriis ejus totiqve animo fuit ars servandorum hominum, qvam cum ab ipsis venerahts fuisset imgviculis^ gaudebat^ se ea tandem in statione positum, ubi posset avido tantœ artis animo et cupidis desideriis satisfacere. Et ne sine filo Ariadnes in hoc difficili versaretur labyrinthe^ ducem sibi prœfecit immortalis memoriœ et vastissimœ famœ virzim D. Olaum Borrichium^ S. R. MP)

1) Horat. Carm. I i, 2g, 36.

2) Serenissimæ Regiæ Majestatis.

consiliarium ^ supremi iribunalis assessorem et medicinæ prof essor em regùmi^ in arte Machaonia si qvis unqvam Roscimn^), ex ctijus consiliis numqvant nisi doctior recessit^ et qvo studiis ejus prælucente nova qvotidie accessione pe7iu litterarum aiixit. At postqvam ta^itum trionibus nomen crtidele fatoruin abshilisset decretuni orbuniqve prceceptore reliqvisset Winslowimn^ ut factam in ta?ito fttnere jactura'm sibi restihieret^ totum se conatusqve suos commendavit nobilissimo ac amplissimo viro D. Oligero Jacobæo^ S. R. M. consiliario et itiedicinœ professori regio^ cîijus auspiciis qvœ sub priore inceperat conamina féliciter 7iec sine latide perfecit. Sed hactemis saltem emergendi studium, sedulain diligentia^n et laborum catenatas exposuimus sériés, qvibiis quantum hue usqve sibi ipsi profuit et aliis in posterum profîiturum auguramur, brevissimis annectemur : non leviter qvippe exqvisitœ, quant stw olim ipsi tempore gratulabimur, eruditiotii prcelusit, qui peroratido, disputando , controversias componendo toties cathedras nostras atiimauit, ut inter civium tiostrorum exempta mimerata ftierit aliis ad exemplum proponendus. Ob has et alias uulgaris ingenii stiperantes dotes dignus tandem judicatus fuit, qui hiter illustris Collegii Mediccei alumnos cooptatits medicinam profiteretur, quo beneficio ita ustis, tit numquam abuti visus, sed et uitæ morumque modestia et indefessa industria censorum omnium notas et ceras rapuerit. Interea sodalibus omnibus facem diligentiæ prœtulit, seci^eta afiatomes chirtirgiœ artificiosa, titilia botanices, abstrtisa et recondita chemiœ, pharmaceutices atnœna non saltetn ctwi publico omnium applausu perscrutatus est, sed et cœteras Mtisarum delicias numquam otiosa diligentia excoluit. His munihis prœsidiis, tantoque rei litterariœ apparatu instruchis, ne sempei' patrii agelli vider etur iticola, penates reliqvit,

i) Q. Roscius, le plus grand acteur de son temps à Rome, l’ami et le maître de Cicéron. Le nom de Roscius ne s’emploie ici que pour indiquer un homme supérieur dans son métier.

ut orbi litterato melius innotesceret demsqve stmm ttbiqve circumferret. In hoc rerum hodie statu vixit^ duin datis Lutetia P arisiortim litteris testimonium 7iostrum et vitœ et eruditionis expetierit^ qvod ipsi eo libentius tradimus et concedimus ^ qvo certiores sttmus^ ?ios numqvam melms merenti concessisse. Publicis itaqve his tabulis et sigillo Facultatis nostrœ rminitis nohi-m testatumqve facimiis omnibus, qvos dictus Winslowius adierit, ita ezim vixisse, tit vivendum erit omnibzis, qvibus virtus curœ, qvibus studium cordi, et qvi suum arti pretium statuunt, ad cujus dxixryV 7iemini iiisi per labores et catenas pertingere vigilias licitum. Et cum hœc omnia virtute sua clarissimus candidatus meruerit, ut ex proprio qvoqve aliqvid ipsi imper tiamur , commendationem addimus, qva bonis eum omnibus litterarum imprimis fautoribus amandum favendumqve tradimus cum voto omnigC7iœ felicitatis et prosperrwti eventus, tU, qvos hodie in peregrino orbe colligit artis Machaoniœ fructus, patrice aliqvando suœ salutares ferat, novam Asclepiadeæ familiæ lucem, novain sibi decoris gloriam allaturus.

Haffniœ Kalendis Januarii M.DCC.

Stib Facultatis Medicœ sigillo.

O. W. WORM Universitatis Secretarius.

1700. - Je reçus au commencement de cette année, outre l’attestation [de] la Faculté de medecine de l’Université de Copenhague, dont je viens de rapporter la copie, une lettre de mon pere dattée le i janvier en réponse à la mienne du 30 octobre précèdent et dont j’ai aussi indiqué le contenu ci-dessus. Elle étoit en general très affective, mais non pas suffisante par rapport aux difficultez proposées, et selon la fausse idée qu’on lui avoit donnée de \' Exposition de la

foi de M. de Meaux, il m’y avertit très serieusement d’enfuir la douceur séduisante, &c., fistula dulce caîihis^), et de ne pas regarder en arriéré à l’exemple de Sténon, qui avoit, dit-il, été un célébré Lucas mais ensuite devint un Demas®) blâmable non pas pour des plaisirs mondains mais pour des sentimens erronés. Le reste de cette lettre étoit rempli de tout ce que la plus grande tendresse d’un bon pere pouvoit dicter, m’appellant son bénin Jacob, &c., et par d’autres titres semblables d’affection paternelle, le tout pour m’engager de revenir: car outre sa crainte de l’exemple de M. Sténon il marquoit qu’on lui avoit dit que j’avois déjà un emploi de six cens écus et la table; il ajouta qu’on lui avoit dit que si j’avois été de retour, j’aurois déjà été professeur royal, &c. Je restai du tems sans répondre, ce qui contribua à disposer ce bon pere peu à peu et comme par degrez à recevoir sans surprise et sans saisissement la déclaration de tout par moi-même.

Environ le tems de Carême de cette année, M. de Meaux par le conseil de M. de Saint André me fit faire une retraite chez les Peres de l’Oratoire dans la maison de leur Institution, où je fus pendant treize jours ^). Le supérieur s’appelloit le P. de Saint Palais®). Il y eut en rnême tems un autre laïc en retraite. On y donna à chacun de nous un novice ou confrère pour avoir soin de nous et de nous conduire aux offices et aux exercices ordinaires, sous le nom de pasteur. Le mien s’appelloit le confrère Bonnaire®), qui

1) Ainsi dans le MS. — Cf. Horat. Carm. I 17, 10.

2) L’évangeliste Luc était aussi médecin. — Colos. IV 14.

3) Demas fut d’abord le disciple de l’apôtre Paul, mais l’abandonna plus tard. — Colos. IV 14, 2 Tint. IV 9 (10), Fhilem. 24.

4) Winslow est entré aux Pères de l’Oratoire, à l’Institution, le 12 mars 1700. — Ledieu.^ l. I p. 232.

5) Guillaume d’Esterling, fils de François d’Esterling, sieur de Sainte-Pallaye au diocèse d’Auxerre entra à l’Oratoire en 1668, âgé de 18 ans.

6) Peut-être I.ouis de Bonnaire ou Débonnaire (vers 1680 — -1752), né à Ramerupt-

étoit d’une grande douceur en parole, très posé, et qui me donna plusieurs marques considérables de science et d’érudition. J’en fut très content, et quelque tems après ma sortie de la retraite je le perdis entièrement de vue et je n’en ai jamais eu de nouvelles depuis. L’autre s’appelloit le confrère Boyer’^), plein d’esprit et de vivacité, très gracieux et insinuant, qui, étant devenu Pere de l’Oratoire, m’avoit toujours pendant plusieurs années témoigné beaucoup d’amitié, dont je me trouvois fort honoré, jusqu’à son écart de la catholicité, qui me surprit très fort et m’en détourna entièrement. Le dessein de M. de Saint André au sujet de ma retraite étoit de voir de quel côté tourneroit ma vocation, ou pour continuer la medecine ou entrer dans l’état ecclésiastique, auquel cas on auroit songé à me donner un canonicat comme M. de Saint André me l’avoit fait entendre.

Pendant que j’étois encore dans ma retraite, M. Montbart, mon nouvel hôte depuis ma sortie de chez M. Duverney, m’apporta une lettre de mon pere du 9 février, par laquelle entre autres choses il me marquoit son mécontentement d’avoir appris que j’avois reçu une relation historique de la vie de M. Sténon^) par une lettre de Kitzerow^), sœur de M.

sur-Aube, diocèse de Troyes, qui entra à l’Oratoire à 22 ans le 3 octobre 1699. Il a publié un grand nombre d’écrits polémiques sur des matières religieuses et fut un adversaire acharné de la bulle Unigenitus et des jésuites. — B. U. \ p. 16.

1) Pierre Boyer (1677 — 1755), né à Ariane, oratorien, se montra très opposé à la bulle Unigenitus:, aussi fut-il persécuté et ensuite emprisonné au mont Saint-Michel, puis pendant 14 ans à Vincennes où il mourut. Il joua un rôle dans les Convulsions, et entre autres ouvrages il a publié, en 1731, une Vie de M. de Pâris^ diacre. — B. é7. V p. 377 ss.

2) La susdite relation des dernières années de Sténon, écrite par un converti, Jean Rose ou Rosen, se trouve en manuscrit en italien dans la Bibliothèque nationale à Florence (Manoscritti IX 6, loi). La Bibliothèque royale de Copenhague en possède un manuscrit français (Ny kongelig Samling 2124, 4°), et une copie en français précède aussi l’autobiographie de Winslow dans le manuscrit 1167 de la Bibliothèque Mazarine à Paris. Une traduction en danois a été publiée en 1906: Johanites Rose., Nicolaus Sténos Liv og D^d., Kpbenhavn 1906.

3) Anne, la sœur unique de Sténon, avait épousé Jacques (Jakob) Kitzerow, orfèvre à Copenhague. — 0. Nielsen., Kj^baihavns Diplomatarium., II p. 835, III p. 727-

Sténon, que s’il l’avoit sçu auparavant il ne me l’auroit pas laissé donner avant mon retour au pays ; et comme je lui avois écrit mon dessein sur une édition particulière des opuscules anatomiques de M. Sténon avec une augmentation par quelques manuscrits de lui posthumes que j’avois trouvés^), il m’exhorta aussi par la même lettre de ne pas me mêler dans cette édition que de ce qui étoit purement anatomique et de passer entièrement ses écrits theologiques, et même d’abandonner et le projet et l’execution de tout, si l’on me pressoit pour ces derniers. Au reste, après des marques de soupçon et d’inquietude, par rapport à ces écrits, &c., il me dit de ne pas changer ni quitter la medecine. Ainsi, me croyant devoir obeïr à un si bon pere en tout ce qui n’étoit pas contraire à la religion catholique, me souvenant de ce que Saint Paul ajoute au commandement: obedite pa-

renübtis vestris in Domino^ ces paroles : hoc enim jtishmi est (Ephes. VI i), je pris le parti de poursuivre mon état, comme aussi le P. de Saint Palais qui, à l’occasion de ma retraite, étoit devenu mon confesseur, écrivit à M. de Meaux, qu’il me jugeoit plus utile à mes compatriotes et à d’autres de mon ancienne religion, en restant comme j’étois, qu’en habit long, pour lequel ils ont naturellement aversion. Ce fut alors le tems du Carême que je soutins fort bien, quoique nouvellement rétabli de ma maladie, et la première fois de toute ma vie.

Etant sorti de ma retraite et de la maison de l’Institution des PP. de l’Oratoire, je revins demeurer chez mon hôte, M. Montbard, peu de tems, et vers la fin du Carême j’allai à Vareddes chez M. de Saint André, et ensuite je passai la Semaine Sainte à Meaux chez mon patron et prélat, qu’on me fit exprès suivre de près à la procession et aux autres

3) Cf. p. 94.

ceremonies du Dimanche des Rameaux, comme on eut encore soin de me bien placer pour voir la consécration des saintes huiles le Jeudi Saint. J’y fis mes Pâques, et je me souviens qu’étant revenu quelque tems après la messe le jour même de Pâques, M. de Meaux, en me rencontrant, m’ordonna exprès de déjeuner, quoique peu de tems avant le dîner, me disant par bonté qu’il n’est pas permis de jeûner le jour de Pâques. Il me semble que c’étoit pendant ce même séjour que je vis le prélat donner la prêtrise à M. l’abbé Bossuet, son neveu ^).

J’avois déjà au mois de mars, dans l’intervalle de ma retraite et de ce petit voyage, fait réponse à mon pere ; et comme une lettre exprès de M. Buchwald du 2 mars touchant la grande inquiétude de mon pere m’avoit fait craindre qu’il ne fût pas encore en état de soutenir sans saisissement la nouvelle de ma propre déclaration, j’avois pris le parti d’étendre ma lettre par quelque récit pour parvenir peu à peu à pouvoir l’y disposer. Je lui fis d’abord excuse du retardement de ma réponse, occasionné par mon absence pendant quelque tems hors de Paris, où j’irois encore bientôt pour une quinzaine de jours. Ensuite je l’assurai que la nouvelle touchant la charge et la pension de 600 écus outre la nourriture, dont on lui avoit parlé, étoit très fausse, et que j’avois moi-même payé la pension chez M. Duverney. Après avoir dit après cela ce que je pouvois de respectueux, de reconnoissant et même l’avoir encouragé le mieux qu’il me fût possible contre les assauts de tristesse, je lui fis comme par occasion ou en passant le récit de la conversion d’un luthérien. Je lui rapportai sous ce titre le précis de toute l’histoire de ma propre conversion avec un petit

i) L’abbé Bossuet fut ordonné prêtre par son oncle à Meaux dans la chapelle de l’évêché, le dimanche de Qvasimodo, i8 avril 1700. — ■ Ledieu^ l. c.^ II p. 28.

détail sur les principaux motifs particuliers de conviction sur differens points, les combats du cœur par rapport aux parens, aux amis, à la perte d’un poste considérable dans le pays, &c., sur la conversion entière après un examen très laborieux de toutes les difficultez pendant six semaines accompagné souvent de cette priere : Domine illumina oculos meos, ne itmqvam obdormiam in morte^)^ et enfin sur le contentement et la tranquillité entière de l’âme après l’abjuration du luthéranisme et la réception dans l’Eglise catholique, sur l’abandon à la divine Providence et sur la seule affliction de ne pas revoir ses chers parens dans cette Eglise, hors laquelle nul salut, &c. Je finis ce rapport en y ajoutant que le nom de ce luthérien converti étoit en latin comme celui que mon pere par sa grande bonté m’avoit donné, en m’appellant vers la fin de sa lettre son bénin Jacob, Jacobus Benignus^ et qu’il en sçauroit le reste par M. Buchwald à qui j’avois en même tems écrit à part sur d’autres affaires, sans rien marquer de tout cela dans ma lettre que j’avois signée JacqtLes Bénigne W. Mon pere ayant reçu ma lettre, et M. Buchwald n’ayant pu lui donner pour éclaircissement que ma signature extraordinaire de mon nom, eut tout lieu de soupçonner, d’abord que c’étoit de moi que j’avois fait l’histoire dans ma lettre, et de sentir que j’avois ainsi agi par pur devoir à cause de sa grande sensibilité paternelle dont j’avois eu tant de preuves pendant toute ma vie. Je n’eus sa réponse sur ceci que quelques mois après, comme je dirai dans la suite.

Après m’être ainsi déclaré à ce bon pere moi-même, je ne craignis plus la rencontre de mes compatriotes et de ceux de la religion que j’avois quittée. Presque aussitôt après cela, deux domestiques luthériens, dont l’un étoit de

i) Ps. XII 4.

mon pays aussi bien que son maître, M. Moiller^), gentilhomme de Jutlande en Dannemarc, vinrent me consulter sur une dispute qu’ils avoient entre eux sur quelque chose qui regardoit la religion, ne sachant rien de mon changement. La réponse que je fis sur leurs differens, fit dire à l’un d’eux qu’elle pourroit faire croire à ceux qui ne me connoissoient pas, que j’étois catholique. Ayant répliqué que je l’étois, il rougit de saisissement et demandoit si son maître le sçavoit, et s’il le lui pourroit dire. Je leur dis, qu’ils étoient à Paris les premiers à qui je m’étois déclaré, et qu’ils pouvoient le dire à tout le monde.

L’envoyé de Dannemarc, M. Meyercrone, avoit alors un ministre ou aumônier, nommé M. Krag ou Krahe, qui non seulement avoit été mon ami, à qui j’avois rendu des services particuliers, mais aussi mon confesseur à la façon luthérienne, mais que je n’avois pas été voir depuis un tems considérable. Celui-ci vint quelques jours après me rendre visite, et après des politesses réciproques me dit qu’il avoit entendu dire de moi quelque chose dont il seroit bien fâché s’il en étoit ainsi, et qu’il n’auroit pas été surpris de telle nouvelle à l’égard de quelques libertins du pays, mais qu’il ne pouvoit pas le croire de moi ; sçavoir de m’être rendu catholique, et enfin qu’il me le demandoit en qualité de confesseur. Sur quoi, lui ayant répondu que cela étoit vrai et que je souhaitois qu’il le fût aussi, il en parut si surpris qu’il parla comme en tremblant, et après avoir marqué son étonnement qu’un homme de bon sens, si bien instruit et

i) Le MS. a ici: Moiller, plus tard (p. 90): Muller. Winslow se sert très souvent du mot gentilhomme pour désigner tout simplement un monsieur. Si c’est là le cas ici il est impossible de savoir qui est le monsieur en question. Si au contraire il s’agit d’un vrai gentilhomme on pourrait penser au bailli Selio M0ller, conseiller d’Etat, seigneur de Lpnborggaard (1669 — 1750) ou à un de ses parents. — Hiort-Lorenzen og Thiset^ Danmarks Adels Aarbog^ Kj0benhavn 1905, p. 337 ss.

si bien soutenu que moi pouvoit faire pareille chose, il me demanda si je communiois comme les catholiques sans participer du calice, contre ce que dit Saint Paul, que celui qui mange et boit indignement, &c. Je lui répondis qu’oui, que j’avois eu ce bonheur depuis quatre jours, et que l’apôtre dans le passage cité ne dit pas mange et boit^ mais marige ou boit, lui montrant là-dessus le texte grec du Nouveau Testament. Là-dessus, ayant dit qu’il ne se fioit pas à cette édition, étant imprimée chez les catholiques, et qu’il seroit [très facile] de mettre ou au lieu de et, je lui montrai surle-champ une édition faite en Hollande des protestans de Hollande et dans une de Geneve la même chose, pour lui faire voir en même tems, que j’étois plus instruit qu’il ne croyoit^). Enfin, ne pouvant plus rien dire là-dessus, il me pria de venir le voir chez M. l’envoyé, &c. Je lui répondis qu’il m’étoit deffendu d’aller chez eux, mais qu’on m’avoit permis de les recevoir chez moi ; qu’ainsi ma porte lui seroit toujours ouverte, et que j’étois prêt à conférer avec lui sincèrement et simplement et sans aucun détour, et même que j’avois permission de lire les livres protestans -, ce qui lui ayant paru extraordinaire, je lui dis que la religion catholique étoit une religion d’obeïssance. Là-dessus il me promit de s’entretenir avec moi chez moi, et m’envoya des livres. Je le rencontrai de tems en tems après dans les rues et dans les promenades publiques, et chaque fois il me fit excuse de ce qu’il n’étoit pas venu et qu’il étoit occupé par l’envoyée®), &c., mais il ne vint jamais.

1) Les mots entre [ ] sont écrits deux fois dans le MS.

2) Winslow, qui paraît avoir été plus versé dans l’Ecriture sainte que ne l’était le prédicant luthérien, a déconcerté ce dernier en lui désignant le texte du / Cor. XI 27; mais il s’est bien gardé de lui indiquer le i Cor. XI 29 : Qvi enim manducat, et bibit indigne, judichim sibi manducat et bibit, non dijndicans corpus Domini (Vulgate ).

3) Henning Meyercrone épousa en 1674 Christine Schrpder (vers 1652 — 1737), la fille de Herman Schrpder, bourgmestre à Roskilde, et Eve Motzfeldt, la sœur de la mère de

Bientôt après, le bruit courut partout, non seulement parmi les étrangers à Paris, mais on en écrivit d’Angleterre, de Hollande. Les uns disoient que j’avois obtenu une charge considérable, d’autres que c’étoit un riche mariage, &c. ; enfin ne trouvant aucune marque de tout cela chez moi et me voyant au contraire vivre dans la plus grande simplicité, on dit que j’avois été malade et que la tête m’étoit tournée. Chacun me parloit de sa maniéré sur la religion, les uns sur un article, les autres sur un autre. Ces sortes de rencontres se firent de tems en tems le reste de cette année et l’année d’après, ce qui m’obligea de porter continuellement sur moi le Nouveau Testament et le Co7icile de Trente, lesquels m’ont plusieurs fois suffi.

Un jour M. Muller, gentilhomme danois, dont j’ai parlé ci-devant à l’occasion des deux domestiques, vint me voir, et d’abord en entrant me demanda l’explication de la folie qu’il dit qu’il avoit vûe en passant dans une église avec de grandes ceremonies, et qu’il y avoit entendu parler comme d’une fête de la Croix. Je le fis asseoir, et sans rien dire je pris le Nouveau Testament, et y ayant cherché le passage de Saint Paul (/ Cor. I 18)’^), je le priai de le lire à haute voix : La parole de la Croix est iine folie pour ceux qui périssent ; sur quoi je l’interrompis en lui disant: Voilà pour vous! Continuez le reste dit meme verset qui est pour moi! Il resta tout court.

Une autre fois un capitaine luthérien de mon pays, M. Buchwald^), cousin de celui dont j’ai parlé ci-dessus, m’étant

Griffenfeldt. Après la mort de son mari, Christine Meyercrone établit à Roskilde la fondation qui porte encore le nom de Meyercrone. — D. B. L. XI p. 300 et 302.

I ) / Cor. 1 1 8 ; Verbum enim crticis pcreimtibus qvidem stultitia est, iis attfem, qvi salvi fi2int, id est nobis, Dei virtus est ÇVulgate).

2) Il s’agit peut-être ici de Jean Christophe (Hans Kristoffer) ou Chrétien Buchwald. On sait qu’en 1693 son nom fut retranché de la liste des lieutenants de l’armée danoise, et il aurait pu suivre en France les troupes mercenaires, tout en passant au grade de capitaine (y. C. W. Hirsch og Kay Hirsch, Fortegnelse over danske og norske Officerer,

venu voir, regarda de tems en tems, pendant notre conversation, un petit morceau de ruban rouge attaché à sa veste, et cela avec un air d’estime, et me marqua que c’étoit par rapport à une personne très estimable d’où cela venoit, et non pas par rapport à ce morceau même. C est à peu près^ lui dis-je, dans ce sens que nous honorons les images. Ce qu’il comprit parfaitement bien et approuva conformément à ce qu’il venoit de faire.

Un compatriote sçavant, nommé M. Meisan^), grand ami de MM. Mathesius"), dont l’aîné fut depuis président à Copenhague, m’ayant attaqué sur l’invocation des saints disant qu’ils ne sçavoient rien de ce qui se passe sur la terre, je lui fis remarquer [que les anges]®) suivant l’Évangile sçavoient bien la conversion d’un pécheur^) ; selon le même Évangile que ceux qui sont morts en Notre Seigneur deviennent semblables aux anges®) [et qu’ainsi les saints peuvent sçavoir]®) ce qui se passe sur la terre, de même que les anges.

J’embarrassai encore, autant que je puis m’en souvenir, le même M. Meisem au sujet du baptême des enfans, en lui disant un jour que selon la religion luthérienne il n’étoit

MS. dans la Bibliothèque royale de Copenhague, Ny kongelig Samling, in-folio, n° 1 586, II p. 31 1). On pourrait aussi supposer qu’il s’agisse de Chrétien Henri (Kristian Henrik) Buchwald {ibid. p. 306), ou peut-être du capitaine Frédéric Buchwald (1673 — 1738 ou 40), seigneur de Gudumlund. En 1702 ce dernier fut en Brabant à la solde des Anglais et des Hollandais sous les ordres de Christophe Bjelke. Il fut blessé à la prise de la citadelle de Liège le 23 octobre 1 702 {ibid. p. 309). Il est incertain toutefois qu’aucun de ces messieurs ci-dessus nommés ait été le cousin de Jean de Buchwald.

1) Le MS. a ici: Meisan et ci-dessous (ligne 3 d’en bas); Meisem. La vraie leçon est probablement Meisen, et le monsieur dont parle Winslow est peut-être un parent de Bendix Meisen, adjoint du bourgmestre à Copenhague. — O. Nielsen.^ Kj^benhavns Diplomatariuin.^ III p. 673, 674, 746 et 768.

2) Daniel et Jacques (Jakob) Mathesius. Daniel, l’aîné, était conseiller de justice et, en 1711 et 1712, président de la cour inférieure de l’amirauté à Copenhague. — Programtna funèbre Sophiæ Faber.^ Havniæ 1694 (le 16 avril). — O. Niclsen.^ 1. r., VIH p. 227, 241 et 246.

3) Les mots entre [ ] sont écrits deux fois dans le MS.

4) Luc. XV 10.

5) Luc. XX 36.

pas même sûr d’être chrétien ; sur quoi il me répondit qu’il avoit été baptisé comme le sont tous les enfans pour l’ordinaire chez eux. C est-là^ dis-j^’ point dont je vous demande la raison; pourquoi^ contre vos principes de ne rien admettre qui ne se ptnsse prouver clairement par l' Ecrihire Sainte^ on baptise chez vous les petits enfans^ puisque Notre Seigneur a dit d’enseigner et baptiser, docete . . . baptizantes, &c. et que dans les Actes des Apôtres on voit partout qu'ils 07it enseigné ava7it que de baptiser^ sans qu'il s'y trouve au,cu7i exe77tple d'avoir baptisé les petits enfa7is?

Je tins toujours à cette simplicité dans les conversations sur la religion, et je ne me laissai jamais détourner d’un point commencé pour parler d’un autre, avant que d’avoir entièrement fait terminer celui-là par oui ou no7i^ ce qui desarmoit même les plus sçavans; et je fis d’abord convenir de ne rien imputer qui n’étoit pas réputé universellement pour article de foi, et encore moins les erreurs de quelques ignorans ou mal instruits. J’observai la même chose dans mes réponses par lettres à tous ceux qui m’écrivoient sur cette matière, à mon pere, à mes freres et autres de differens pays, comme je dirai plus amplement dans un autre endroit.

A la fin, comme je n’osois pas esperer de pouvoir subsister en France, étant privé du secours de la patrie à cause du changement de religion, et que je ne voulois point m’exposer à devenir incommode à d’autres dans la suite, je dis un jour à mon protecteur, M. de Meaux, que je pourrois me tirer d’affaire par ma profession en Hollande, où la religion catholique étoit libre et où j’avois fait des amis pendant un an avant de venir ici, à moins qu’il ne me conseillât d’aller à Florence avec une recommandation de sa part à M. le grand-duc de Toscane, qui avoit tant protégé

i) Matth. XXVIII 19.

feu mon grand-oncle, M. Sténon, évêque de Titiopolis et ci-devant professeur royal en anatomie à Copenhague^). M. Bossuet me répondit simplement de rester en France et que la Providence auroit soin de moi. Effectivement M. de Saint André, mon parrain de confirmation, me mit sous la protection de feu M. Le Peletier*^), ministre d’Etat, pere de feu M. le premier président et grand-pere de M. le premier président d’aujourd’hui, qui, étant grand ami de mon patron M. Bossuet, évêque de Meaux, et de M. de Saint André, eut la bonté par son propre mouvement de pourvoir de tems en tems à mes nécessitez jusqu’à sa mort, étant fort âgé. Il me reçut toujours avec une bonté non pareille, non seulement dans son hôtel, Vieille rue du Temple, mais aussi dans son appartement aux Chartreux, où il passoit le Carême.

Un jour, rendant visite à M. l’abbé Duhamel, dont j’ai parlé ci-devant, il me dit qu’un de ses amis, M. Mercier^), ancien curé de Saint Germain l’Auxerrois, et supérieur du Séminaire des Trente-trois, à qui il avoit rapporté l’histoire de ma conversion, désiroit fort me voir à cause de mon grand-oncle, M. Sténon, avec qui il avoit eu grande relation

1) Voir p. i8, note i.

2) Claude Le Peletier (1630 — 1711), né à Paris, remplit d’abord plusieurs charges dans la magistrature, et se distingua surtout comme prévôt des marchands en 1668. Il fut fait conseiller d’Etat en 1673, et en 1683 il fut appelé à la cour et nommé contrôleur général à la place de M. Colbert. Le Peletier fut fait en même temps ministre d’Etat, et en 1686 il devint président à mortier au parlement de Paris. Au bout de six ans il se démit de sa charge et en 1697 il se retira complètement de la vie publique. Le Peletier était un homme circonspect et complaisant. Il a publié plusieurs écrits entre autres des ouvrages de loi. — Louis Moréri^ Le Grand Dictionnaire IListoriqtu^ Paris 1759, VIII P. p. 163. — N. B. G. XXX col. 832.

Le fils de Claude I.e Peletier, Louis Le Peletier, seigneur de Villeneuve-le-Roi, etc., fut d’abord avocat du roi au Châtelet de Paris, puis conseiller au parlement, et président en 1689, enfin premier président en 1707. 11 mourut en 1730. — l'État De La France^ Paris 1699, III p. 289 et 1712 III p. 277.

Un fils de Louis I.e Peletier fut lui-même premier président en 1736. — Urbain^ l. r., p. 127, note 3.

3) Léon Mercier, principal du Collège de la Marche, puis curé de Saint-Germainl’Auxerrois.

par lettres. J’allai avec grande joie chez lui. Il me reçut à bras ouverts et me montra une liasse de plusieurs lettres écrites toutes entières de la main de M. Sténon, trois manuscrits latins qu’il lui avoit envoyés peu de tems avant sa mort pour les faire e.xaminer, son portrait tiré sur lui après son decez et son anneau pastoral qu’un gentilhomme nouveau converti et son éleve, appellé M. Rosen ^), lui avoit apporté. Il eut la bonté de me prêter le portrait pour en faire une copie en miniature, laquelle se conserve encore ; il me confia même les lettres et les manuscrits pour les lire, après quoi je les lui rendis avec beaucoup de remerciemens. Ce sont ces manuscrits dont il étoit question dans la lettre de mon pere du 9 février de cette année, et dont j’ai fait mention ci-devant. Ce bon curé avoit environ 86 ans et non seulement lisoit encore sans lunettes, mais se rasoit lui-même, tandis que son valet de chambre tenoit devant lui le miroir ; ce que j’ai vû moi-même. Quelque tems après il tomba dans une espece d’apoplexie dont il revint après douze ou quinze heures, pendant lesquelles on l’avoit tenu pour moribond et on avoit fait rouler le cierge béni auprès de lui ; il vécut encore près d’un an. Il me laissa par testament ce qu’il m’avoit montré de M. Sténon : sçavoir son portrait, son anneau épiscopal, les lettres et les trois manuscrits dont voici les titres :

I. Demonstratio falsœ persvasioîiis omnium acatholicorum'^') de evidentia divini in Sacris Scripturis mandati, omnes fidèles rationis usum habentes ad calicem sinnendum obligantis.

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