‹ L'autobiographie de J.B. WinslowChapitre 5 sur 8 · II. Expérimenta naturalia ad Sacrœ Scripturœ et Christi · texte numérisé non relu

II. Expérimenta naturalia ad Sacrœ Scripturœ et Christi

1) Jean Rose ou Rosen, gentilhomme livonien, fut capitaine de la garde du duc de Hanovre Jean Frédéric (Johann Friedrich,). Pendant son séjour dans cette contrée, Sténon le convertit au catholicisme. Rose fut l’aumônier de Sténon et son compagnon dévoué. Voir p. 4, note 2.

2) Le MS. a; callioUcorum.

divinam authoritatem agnoscendam non parnin conferentia pro illis^ qvi vel omnino non creduîit^ vel ex non credentium sermonibiLS gravia dubia experiuntur.

III. Pro libertate voluntatis ex natura et Scriptnra destnnpta expérimenta et argumenta contra moder7iorum qvorumdam necessitatem absohitam œternœ co7icatenatio7iis^') catcsartim secu7ida7'U77i .

J’eus le grand chagrin d’en perdre l’anneau dans un déménagement plusieurs années après. J’en conserve le portrait, les lettres, qui sont très édifiantes, et les manuscrits que je fais traduire en françois pour les faire imprimer avec le latin à côté^). Il avoit outre cela pendant sa vie eu soin de me secourir.

Je ne me souviens pas par quelle occasion j’eus, cette même année 1700, la connoissance de M. Mathon, secrétaire du roi, âgé de soixante et dix ans, très homme de bien et très zélé. Il me donna avis de quitter la chambre garnie pour me mettre à moi-même, et me prêta des meubles pendant une année et que je rendis après sa mort à sa niece. Il me proposa de faire un voyage à la Trappe avec lui et un bon ecclésiastique de Lion, nommé M. Bigot®). En ayant parlé à M. de Meaux, il me donna une lettre pour M. Bouthillier de Rancé^), abbé de la Trappe, en

1) Le MS. a: concatenatis. — Sur les titres des trois écrits de Sténon comparez encore; Wilhelm Plenkers^ Der Dane Nie Is Stensen^ Freiburg im Breisgau 1884, p. VIII.

2) Ces écrits n’ont jamais été publiés et sont probablement perdus.

3) Charles Bigot, du diocèse de Lyon, fit profession à la Trappe le 24 mai 1702 et mourut le 24 janvier 1705. — Relation de la vie et de la mort de quelques religieux de la Trappe^ Paris 1755, V p. 293. Les dites dates ne s’accordent pas avec celles que donne Winslow ci-dessous.

4) Armand Jean Le Bouthillier de Rancé (1626 — 1700) naquit à Paris d'une famille de Bretagne, qui remplissait les premiers emplois dans l’Etat et dans l’Eglise. A dix ans il reçut la tonsure. 11 partagea néanmoins toute sa jeunesse également entre l’étude et les plaisirs, mais tout à coup il se fit une révolution dans sa vie, surtout après la mort de sa maîtresse, la duchesse de Montbazon. 11 se débarrassa de tout son avoir et dès ce moment ne se préoccupait que du salut éternel de lui-même et du prochain. Bou-

partie pour me recommander en cas de besoin au grandduc de Toscane avec qui l’abbé avoit grande liaison. J’y fus pendant quelques jours et eus une conversation particulière avec l’abbé dans l’infirmerie, où il étoit dans des souffrances extrêmes d’un bras qui me parut presque de la grosseur de mon corps, et nonobstant cela montroit un visage très serein. Il me donna sa bénédiction, et je conserve encore une petite croix de bois qu’il avoit bénie. Il y avoit alors à la Trappe quantité de postulans, dont je vis plusieurs avec de beaux habits porter des civières de fumier, &c. M. Mathon m’ayant vu m’en tenir aux alimens des religieux [et laisser ceux] qu’on y ajoutoit dans l’hospice, au lieu que M. Bigot qui étoit avec nous en marquoit beaucoup de répugnance, m’offrit de me faire accommoder une cellule pour moi, si je m’y sentois porté. Je le remerciai fort en disant qu’une affaire si serieuse demandoit beaucoup de réflexion. Six mois après, M. Mathon m’apprit que ce M. Bigot étoit allé de nouveau à la Trappe, où il mourut religieux deux ans après. J’avois déjà été presque porté pour être chartreux.

J’avois à peu près à ce tems fait connoissance avec un religieux de l’ordre de Saint Dominique, nommé le P. Krattman^), natif de Dannemarc, d’où il étoit venu en France

thillier de Rancé doit sa renommée avant tout à sa réforme sévère de l’abbaye de la Trappe par laquelle il défendit aux habitants, même la parole et le travail intellectuel. Bouthillier de Rancé, qui possédait des qualités brillantes, un zèle ardent, une piété vive et une grande fermeté de caractère, fut l’auteur de nombreux écrits religieux. Il

mourut sur la paille et sur la cendre. — B. U. XXXV p. i66 ss. i) Les mots entre [] sont écrits deux fois dans le MS.

. 2) Quant à Herman Krattman, né en Danemark, mort en 1704 (?) à Paris, on n’en

sait guère d’autres détails positifs que ceux que nous donne ci-dessus Winslow. Il était l’ennemi implacable du protestantisme et il a publié en allemand, en hollandais et en danois les deux traités suivants, dont nous donnons les titres danois; i) En Liden Kort oc cnfoldige Catholiske Catechismus^ I korie Sp^rsniaal oc giensvar^ som en Hver Ch'isien er plictig til at Vide. Tilsamme?i skreffven oc fordansket aff R. Pâtre Herman R'rattman . . . For de Danske som vil antage den Roinerske Catholiske Tro i Paris

environ trente ans auparavant par l’entremise de M. de Terlon^), ambassadeur de France dans ce pays-là. Ce religieux qui avoit aussi été autrefois luthérien étoit prédicateur du roi à Paris pour les Allemans et Flamans catholiques et prêchoit en leur langue, pour l’ordinaire à une heure les dimanches dans l’abbaye Saint Germain des Prez. Il étoit aussi confesseur ordinaire des Cent Suisses. Il avoit fait imprimer en allemand et en flamand un petit catéchisme pour les nouveaux convertis et des Heures avec un petit discours sur les marques de l’Église catholique, à la fin duquel il a mis dans ces mêmes langues la Profession de la foi catholique. Il avoit outre cela composé un grand ouvrage de controverses contre un livre de ce Masius, dont j’ai déjà parlé, mais cet ouvrage n’a pas été imprimé. Ce P. jacobin avoit obtenu des lettres patentes du roi de Dannemarc en faveur de M. de Terlon, ambassadeur du roi de France, pour pouvoir faire bâtir à Copenhague une chapelle et y joindre un cimetiere ; j’en ai tiré copie et l’ai mis en françois, car l’original étoit en danois, et cet original avec la traduction est dans la bibliothèque du college des jésuites de Louis le Grand à Paris. On a trouvé après sa mort la liste de plusieurs cens de personnes dont il avoit reçu l’abjuration. Il est mort en 1702 ou 1703, après avoir gagné sa mere et l’avoir fait venir à Paris, où elle est morte et enterrée par

i Frankerige. Strasbvrg . . . Aar 1693. — 2) Catholiske Haandbog Indholdende ma7ige andæctige B^nner^ Betractninger tinder Messen^ de Siuf Pœmtentzis Psahner^ Litanier^ og Vesper paa aile Spndage og hellige Dage i Aaret . . af den Ærvœrd. P. H. KraUmatt . . . For de Danske som hafver antaget den Catholiske Religion her i Franckrige. Straszburg. [1696. Voir p. 276 du livre]. On a supposé, mais assurément à tort, que Krattman fût identique à un certain Bertel Eriksen de Odense, un parent de Winslow. — D. B. L. IX p. 463-

i) Hugues de Terlon (1620 — 1690 environ), né à Toulouse. Pendant les années de 1655 jusqu’en 1675 il était la plupart du temps ambassadeur de France, tantôt à la cour de Danemark, tantôt à celle de Suède. Il joua un rôle dans l’histoire de Danemark en favorisant l’établissement du gouvernement absolu héréditaire. — B. é/. XLI p. 163 ss.

lui-même dans la chapelle dans l’église des jacobins rue Saint Jacques^). J’ai son portrait tel qu’il étoit les premières années de sa religion ; mais rien ne lui ressembloit mieux dans ses dernieres' années que celui du tableau de Saint Dominique sur l’autel de sa chapelle, qui est au bas de l’église près la porte; j’en parlerai encore dans la suite.

J’avois encore reçu en cette année, 1700, deux lettres de mon pere. La première étoit du 4 mai en réponse à la mienne de mars précèdent, sur laquelle il me manda qu’il m’avoit écrit le 1 1 avril précèdent et mis là-dedans la relation que je lui avois demandée du cours de ma vie dans le pays. Il y marque ses inquiétudes et sa tristesse en continuant sa tendresse paternelle pour m’engager à revenir au pays ; et après avoir marqué son sentiment sur les motifs allégués dans ma lettre il continue ses souhaits pour mon retour, ajoutant ceci : Intérim si qvid novisti rectius istis^ mi fili^ imper ti rediens, et tectim candidus utar ! A la fin de la lettre il m’appelle son cher Joseph qu’il souhaite voir encore une fois avant que de mourir, et le laisseroit très volontiers alors jouir de l’excellent pays Gosen*^).

La seconde lettre de mon pere étoit du 23 septembre par laquelle il déclare ouvertement sa douleur et m’exhorte cependant à trois choses, en me les commandant de la part de Dieu: 1°. De ne sçavoir pour le salut que Jesus-Christ, 2°. de continuer la medecine, 3°. de me tenir à la religion dans laquelle j’étois né et élevé.

Je ne me rappelle pas dans laquelle de ces deux lettres il me dit, à l’occasion de la fête de la Croix dont j’avois apparemment fait mention, qu’il avoit véritablement trouvé

1) Ceci ne s’accorde pas non plus avec la supposition que le P. Krattman serait identique à Bertel Eriksen, la mère de ce dernier, Anne Bertelsdatter Wichmand, étant morte déjà en 1642, à l’âge de 29 ans.

2) Gen. XLVI et XLVII.

la croix, en présageant que j’aurois peut-être heurté le pied contre cette pierre, &c., faisant allusion au nom de Sténon dont l’original en danois signifie pierre^'). Quelques incidens me firent différer la réponse à ces deux lettres jusqu’au commencement de l’année suivante.

Il me semble que c’étoit environ ce tems-là, que M. l’abbé de Saint André m’annonça qu’une religieuse, qui avoit eu une pension sur la cassette de le Dauphin ^), étant morte, M. de Meaux me procuroit cette pension®). Après la mort de Monseigneur, elle me fut renouvellée sur la cassette de Ms*" le duc de Bourgogne"*), et cela en partie par les soins du R. P. de Ligniere®), jesuite, alors confesseur de M™® de Monthery, veuve de feu M. de Monthery, écuyer de M. le Dauphin, qui demeuroit aux Dames de Miramion ®) , vis à vis leur chapelle, et dont j’étois le médecin. Cette pension fut entièrement éteinte par la mort de Ms'" le duc de Bourgogne.

Suite de 1 700. — En cette même année parut la première Instruction pastorale de M. Bossuet sur les promesses de

1) Le mot danois Sten est pierre en français.

2) Louis, né en i66i, mort en 1711.

3) La pension était de 400 livres. — Ledieu^ l. r., I p. 223.

4) Le fils du dauphin Louis, né en 1682, mort en 1712.

5) Claude Bertrand Tachereau de Lignière (ou Linières) (1658 — 1746), né à Tours, admis dans la Compagnie de Jésus en 1673, professa la grammaire, les humanités, la rhétorique et les mathématiques, prêcha pendant deux ans, fut procureur des missions de Chine et confesseur de la duchesse d’Orléans, mère du Régent, de 1705 à 1710. Malgré le cardinal de Noailles, Lignières devint confesseur du roi Louis XV en 1722, mais sans feuille^ ni crédit^ rapporte Saint-Simon. Il fut un des rares jésuites à qui le cardinal, brouillé avec leur Compagnie en 1716, ne retira pas leurs pouvoirs de confesseurs. — Bibliothèque de la Cotnpagnie de yésus . . . Nouv. Ed. par Carlos Sommervogel.^ Première Partie, IV col. 1848, Bruxelles et Paris 1893. — Urbain^ L c.^p. 128, note 2.

6) Marie Bonneau (1629 — 1696) perdit en 1645 son mari Jean Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion. Dès lors elle se consacra à Dieu et se voua au soulagement des pauvres et des malades et fonda, en 1661, une communauté de douze filles, qu’elle réunit plus tard aux filles de Sainte-Geneviève. — E. d. S. R. IX p. 182.

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Jesus-Christ à l' Église qu’il me donna lui-même. Il me

tomba aussi entre les mains sa Lettre pastorale aux nouveaux convertis stir la commimion pascale'^') et la lettre pastorale de M. le cardinal de Noailles®) aux nouveaux réunis. Ces traitez me firent grand plaisir comme contenans des principes generaux très solides contre toutes sortes de nouveautez, de même que le Discours de M. de Meaux sur V Histoire universelle^') et ses Avertissemens contre les Lettres du ministre Jurieu ®).

1) Instruction pastorale sur les promesses de l'Eglise parut en 1700. — Oeuv. compl. de Bossuet^ publ. par Lâchât^ XVII p. 83.

2) La Lettre pastorale de Msr L'Eveque de Meaux^ aux nouveaux catholiques de son diocese^ pour les exhorter a faire leurs Pâques^ etc. parut en 1686. — XVII p. 243.

3) Louis Antoine de Noailles (1651 — 1729) entra dans l’état ecclésiastique et prit successivement les grades de licencié et de docteur de Sorbonne (1676). En 1679 il fut nommé évêque de Cahors et en 1680 évêque de Châlons-sur-Marne. En 1695, élevé par Louis XIV à l’archevêché de Paris, il y rencontra des oppositions et eut à y soutenir des luttes pour lesquelles il n’était point fait. Sa timidité, la douceur de son caractère porté naturellement à la bonté et à l’indulgence, le firent souvent hésiter sur la position qu’il devait prendre... En 1700 il devint cardinal. Dès l’année suivante, l’affaire du fameux Cas de conscience plaça le cardinal de Noailles dans une fausse position. La bulle Vineam Doniini étant survenue en 1705, Noailles ne l’accepta qu’avec des restrictions équivalant à urr refus. Poussé par la cour qui elle-même était excitée par les jésuites, le faible cardinal ordonna que la bulle fût acceptée par les religieuses de Port- Royal, mais celles-ci ne signèrent qu’en ajoutant une clause dont on se servit pour les perdre. Le roi sollicita de Rome une bulle contre ce monastère qui fut, comme on le sait, détruit en 1709. Noailles aimait Port-Royal, mais sa faiblesse ne sut pas le protéger. . . Plus tard (1713) la fameuse bulle Unigenitus ayant paru, le cardinal refusa de l’accepter, puis rétracta son refus, rétractation qu’il chercha à affaiblir dans la suite . . . Noailles était un homme pieux, plein de charité . . . Ses connaissances théologiques étaient très étendues. — Extrait de l’article dans: E. d. S. R. IX p. 680. — Voir aussi: B. U. XXX p. 617.

4) Le Discours sur l'histoire universelle a Mgr Le Dauphin parut en 1681. — Oeuv. compl. de Bossuet.^ publ. par Lâchât.^ XXIV p. 260.

5) Les Avertissemens aux protestans sur les Lettres du Ministre Jurieu contre l'Histoire des variations parurent en 1689, 90 et 91. — Ibid. XV p. 181, XV p. 364 et XVI p. I.

Pierre Jurieu (1637 — 1713) naquit à Mer, dans l’Orléanais, où son père était ministre. Il reçut le degré de maître-ès-arts à l’Académie de Saumur et fréquenta ensuite les universités de Hollande et d’Angleterre, d’où il fut rappelé pour succéder à son père. En 1674, il reçut une des chaires de l’Académie de Sedan, mais l’Académie supprimée en 1681, il dut s’enfuir en Hollande, où il obtint bientôt après une chaire de théologie à Rotterdam. Jurieu fut Fauteur d’un grand nombre d’écrits polémiques, commença par

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Je passai dans mon petit particulier une bonne partie du courant de cette année 1 700, en ménageant, pour ne pas incommoder mes protecteurs et mes amis, ce que la Providence m’avoit procuré ; car je puis le dire, que je me contentois quelquefois plutôt de pain seul et d’eau que de me plaindre. M. Desprez le grand-pere, sa femme et sa

famille avoient grand soin de moi et me menoient avec eux à leur campagne, à Vitry.

1701. — Au commencement de l’année 1 701 je fis réponse à ce que mon pere avoit écrit l’année précédente par cette lettre dattée en partie du 3 janvier, fête de Sainte Geneviève, et en partie le 10 janvier. Je l’assurai, que je n’étois arrêté ni attaché ici par aucun emploi ni par aucun intérêt ou engagement temporel, dont on avoit tant fait courir le bruit. Et comme dans une de ses lettres il m’avoit exhorté à trois choses, que j’ai rapportées ci-dessus, je répondis qu’à l’égard de la première je la sçavois bien mieux que dans ma religion natale, où il n’y a qu’illusion en ce point ; que je lui promettois volontiers la seconde, sçavoir de continuer la medecine ; et à l’égard de la troisième chose, je me contentai de lui représenter le grand défaut de ma religion natale par la seule contradiction grossière de leur prétendue Oraison jubilee^'). Ensuite je m’y étendois sur la mauvaise foi de Luther par rapport à l’eucharistie, et après avoir répété mes motifs particuliers touchant le purgatoire, la communion sous une seule espece, la transsubstantiation, en citant même

attaquer les doctrines et les abus de l’Église catholique, mais finit par tout combattre. Ses Lettres pastorales aux fideles qui gémissent sous la captivité de Babylone parurent en 1686—89. — B. U. XXI p. 347.

l) A la première fête séculaire de la Réforme en Danemark, en 1617, il fut décidé de célébrer dorénavant à la Toussaint (le i novembre), tant à l’Université de Copenhague que dans les églises, l’anniversaire de la Réforme, et l’évêque Jean (Hans) P. Resen composa la prière obligatoire de l’Église. Voir: Forordnet Alterbog iidi Danmark og Norge^ Aile Helgensdags B0n, Ki0benhavn 1688. Cette édition est la dernière avant que Winslow quittât le Danemark.

la croyance des paysans du pays, &c., les traditions sans lesquelles nulle preuve de la validité du baptême des petits enfans, &c., je finis ma lettre en souhaitant que son zele très notoire en pieté, en prières et en aumônes pût lui attirer la même grâce que Corneille le centurion, de même que toute sa maison, avoit obtenu par là^); et en souhaitant aussi à mon égard en ceci l’accomplissement de ce qu’il avoit luimême écrit dans une lettre, neuf ou dix mois auparavant, m’appliquant de l’histoire d’Esther : De fonte parvo qvi crevit in fluviitm ^).

Je fis mes Pâques à Saint Severin, ma paroisse, le jour de Qvasimodo ^ ayant été remis pour huit jours par le P. Saint Palais, supérieur de l’Institution de l’Oratoire, à qui j’allais à confesse. Le curé étoit alors feu M. Lizot^), qui quelque tems après me donna un certificat de catholicité signé de sa main fort tremblante, lequel je garde encore.

Il y avoit dans cette paroisse un bon prêtre habitué, nommé M. Hamot^), qui me montra, me prêta, et même me donna le traité intitulé Securis evangelica^) dont parle M. de Meaux dans l’avertissement sur son Exposition de la foi.

Il y avoit un autre prêtre habitué appellé M. Langevin®), qui quelque tems après publia un traité de L' Infaillibilité de l'Eglise., à l’occasion d’un petit traité luthérien et d’une

1) Act. X.

2) Esth. X 6 et XI 10.

3) Jean Louis Lizot, de Normandie, devint curé de Saint-Séverin, en 1677, par la résignation de François Le Tellier, nommé évêque de Digne. Il était frère de Nicolas Lizot, premier médecin du duc d’Orléans. Il mourut en 1705.

4) Ou : Hamol.

5) François (Francis) Porter ( ? — 1702), franciscain irlandais, publia à Rome, en 1674, Securis Evangelica ad Hæresis radices posita., ad Congregationem Propagandes Eidei. — Dictionary of National Biography., London 1896, XLVI p. 175. — Oeuv. compl. de Bossuet., publ. pàr Lâchât., XIII p. 7-

6) Léonor Antoine Langevin (1653 — 1707), docteur en Sorbonne, s’est fait connaître surtout par un ouvrage intitulé: L'Infaillibilité de l'Eglise dans tous les actes de sa doctrine touchasit la foi et les mœurs., etc.., Paris 1701. — N. B. G. XXIX col. 408.

rencontre avec un jeune homme à Strasbourg, où il avoit fait un voyage, autant que je m’en puisse souvenir avec M. le cardinal d’Estrées^). Le récit qu’il me fit de cette occasion et de cette rencontre me donna lieu de croire que le jeune homme étoit le même M. Worm, mon compatriote, dont j’ai parlé par rapport aux conférences entre lui et moi avant ma conversion, et que le petit livre luthérien étoit de M. Masius®), professeur royal en théologie à Copenhague, qui autrefois avoit été ministre ou prédicant à Paris chez l’envoyé de Dannemarc, M. Meyercrone.

Le nom de la paroisse de Saint Severin dont je viens de parler et qui fut toute ma première à mon entrée dans le giron de l’Eglise catholique m’a fait souvenir d’une paroisse d’un village appellé Holmstrup dans la province de Sélande en Dannemarc qui portoit encore le nom de Saint Severin ®), où le curé luthérien m’avoit autrefois montré plusieurs antiquitez qui étoient autant de marques de l’ancienne catholicité

1) César d’Estrées (1628 — 1714), cardinal et diplomate supérieur, fut toujours du parti de la France et du roi quand leurs intérêts étaient contraires à ceux du saint siège. Il a joué un grand rôle dans les relations entre la France et Rome. — B. U. XIII p. 124.

2) Sur Masius voir p. 17, note 2. Quant aux titres de ses nombreux écrits contre le catholicisme voir: D. G. Zwergius^ Dct Siellaudske Clerisie^ Kiptenhavn 1754, p. 715 SS. et Jens Worni^ Fors^g til et Lexkon over danske^ norske og islandske lœrdc Mand^ Kiebenhavn 1771 — 84, II p. 15. On ne pourrait dire auquel des traités, mentionnés dans ces deux ouvrages, pense Winslow.

3) L’église de Holmstrup dans File de Sélande, à 22 kil. environ à l’ouest de Ilolbæk et à 18 kil. environ à l’est de Kalundborg, date en partie de 1492. Pendant le temps catholique elle était consacrée à Saint-Séverin (en danois : Spren). Dans la table d’autel, construite en briques, on trouve sous une plaque détachée un os provenant dit-on d’un doigt du pied de Saint-Séverin. M. Winge, le savant inspecteur du Musée zoologique de l’Université de Copenhague, a bien voulu me déterminer l’os en question. C’est le troisième métatarsien gauche d’un jeune cochon, duquel os manque pourtant l’épiphyse proximale. C’est celle-ci peut-être que Winslow dit avoir conservée. Le curé de l’église de Holmstrup a été, sans doute, Mads Jensen Blanx, qui mourut le 13 avril 1696. Saint-Séverin, évêque à Cologne, mort en 400 environ, fut le saint par excellence du paysan danois, le saint de l’agriculture. Aussi Spren ou Sprensen (le fils de Spren) est-il un nom très commun chez les Danois. — JViôerg^ /. r., II p. 41. — y. P. Trap^ Kongeriget Danmark^ 3>ue Éd., Kjpbenhavn 1896 — 1904, II p. 495.

de cet endroit. Entre autres il me montra un petit creux sur le milieu du grand autel, où étoient renfermés quelques osselets qu’il me dit y avoir été mis par les anciens catholiques sous le nom d’un doigt de Saint Severin. J’en ai un petit bout que je conservois, étant encore luthérien, avec vénération quoique seulement comme une antiquité précieuse ; ce fut environ huit ans avant ma sortie du pays, et comme je l’avois laissé dans ma cassette pour le retrouver à mon retour, j’en écrivis après ma conversion à un de mes freres pour me l’envoyer par occasion, mais je n’eus pas de réponse.

M. Desprez m’engagea un jour à faire un voyage avec lui à Port Royal des Champs^), où il me fit tout voir. La simplicité de l’église, l’air extrêmement modeste et respectueux que j’y voyois de tout le monde, tant dans le couvent, où j’entrai comme médecin, que parmi les externes, dont je voyois les chambres marquées des noms de M. Arnauld, de M. Nicole®), de M. Hamon®), médecin de la Faculté, &c., me firent paroître cet endroit une retraite de saintes âmes et une habitation angelique, n’ayant alors aucune connoissance du venin caché. On m’y montra un petit livre allemand que quelqu’un y avoit laissé et dont un particulier

1) Poit-Royal-des-Champs, à deux heures de Versailles, couvent cistercien de femmes fondé en 1204, joua pendant le XVIfe et le commencement du XVIIIe siècles un rôle principal dans la vie religieuse de la France. Il devint un asile à bien des hommes les plus cultivés de la France, les solitaires de Port-Royal. Comme centre du jansénisme l’abbaye encourut la colère des jésuites, et ceux-ci ne cessèrent leurs persécutions que lorqu’ils avaient porté Louis XIV à faire chasser par les armes les religieuses, et que le couvent fut rasé (1710). — E. d. S. R. X p. 684 ss.

2) Pierre Nicole (1625 — 1695), célèbre moraliste, naquit à Chartres. Attaché par la reconnaissance et par l’estime aux solitaires de Port-Royal, il passa plusieurs années dans cette maison, occupé à enseigner les belles-lettres. Il fut un des écrivains les plus illustres de Port-Royal. Doué d’un caractère simple et naïf, il montra toute sa vie une timidité presque maladive. D’autre part il avait une étendue et une justesse d’esprit admirables.

— B. U. XXX p. 554 SS.

3) Jean Hamon (vers 1618 — 1687), né à Cherbourg, fut reçu docteur en médecine à Paris en 1646 et passa la plupart de sa vie comme médecin de Port-Royal. Ce fut un homme très pieux et un médecin très dévoué. Il a publié plusieurs écrits de morale.

— B. U. XVIII p. 414.

qui y étoit, nommé M. Bottin, me fit présent. C’étoit un livre de controverses intitulé Nordstern^ c’est à dire \ Etoile du Nord, très excellent et fait pour les protestans du Nord par un jesuite sous un nom caché Nous n’y fûmes qu’un jour.

Quelque tems après, M. Deprez me pria de voir un ami malade, vis à vis le College de Beauvais, dont trois fameux médecins de Paris avoient soin, sçavoir M. Dodart®), le pere du Premier médecin du même nom®), M. Enguehard, professeur au College royal, et M. Morin '^), de l’Academie des sciences, tous deux médecins de l’Hôtel-Dieu. Ce malade s’appelloit M. Willart®), correspondant, &c. du P. Quesnel®),

1) Henri (Heinrich) Kircher (1608 — 1676), né à Neuss, fut admis dans la Compagnie de Jésus en 1629. Il enseigna les humanités et la philosophie, et obtint ensuite les missions des Indes. Un obstacle s’opposa à son départ et il retourna dans sa province et devint supérieur de Saint-Goar. Pendant les années 1673 — 74 il demeurait à Copenhague, probablement sous un autre nom, et travailla à propager l’Eglise romaine. 11 est l’auteur de plusieurs écrits outre celui dont parle Winslow: Nord-Stern Führer zur Seeligkeit durch drey Krafftige Wirckungen Beten, Psallieren, Lesen . . . Amsterdam

1672. — Jens Worm, l. r., I p. 528 — 29. — Bibliothèque de la Compagnie de yésus. Première Partie, IV col. 1077. — Allgenieine deutsche Biographie XVI p. 6.

2) Denis Dodart (1634 — 1707), naquit à Paris. Reçu docteur en 1660, il fut nommé six ans après professeur de pharmacie, et ensuite conseiller-médecin de Louis XIV. En

1673, il fut élu membre de l’Académie des sciences. Ce fut un homme de grands talents

et un médecin supérieur, de plus un savant remarquable qui étudiait avec zèle l’histoire

des végétaux, la transpiration insensible et l’histoire de la musique. — Hazon, l. c.,-p. 135 ss. — B. U. XI p. 131.

3) Claude Jean Baptiste Dodart (1664 — 1730), fils de Denis Dodart, reçu docteur en

médecine à Paris en 1688, fut nommé premier médecin de Louis XV en 1718. 11 n’a

laissé aucun écrit. — B. é7. XI p. 131. - — N. B. G. XIV col. 412.

4) Louis Morin (1635 — 1715)5 tié au Mans, pratiquait la médecine à Paris, menant une vie complètement ascétique. Il fut reçu docteur vers 1662 et fut fait plus tard médecin de l’Hôtel-Dieu. En 1699 il fut nommé associé botaniste de l’Académie des sciences et succéda à Dodart en 1707. Sur ses ouvrages voir; B. U. XXIX p. 331.

5) Germain (Germanus) Willart (1639 — 1715) fut l’ami des grands hommes de Port- Royal et assista aux derniers moments de Racine. Il expia par douze années de prison à la Bastille le crime d’avoir servi d’intermédiaire entre Quesnel et ses amis de Paris (1705 — 1715), et encore ne fut-il délivré qu’après la mort de Louis XIV, et un mois seulement avant de mourir lui-même. Note àl Urbain, l.c., p. 129 — 30.

6) Pasquier Quesnel (1634 — 1719) naquit à Paris, fut maître-ès-arts en 1653 et entra quatre ans après dans la congrégation de l’Oratoire, où il reçut bientôt les ordres ecclésiastiques, en 1659. Ce fut un savant très religieux, renommé surtout comme auteur des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, qui parurent en 1687 et furent con-

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dont je n’avois aucune connoissance alors. Il avoit son appartement chez M. Varot de Fonteny, de même que Tourneur et de Roquemont^), tous amis du Port Royal, et des personnes très renommées pour leur pieté, leur charité, leur simplicité en meubles et en habits, et leur modestie édifiante. On m’engagea d’avoir soin de faire executer exactement tout ce que ces messieurs les médecins ordonnoient, et comme on vit mon attention particulière de tout regler selon la variété des incidens, on m’engagea d’y coucher pour être prêt aux besoins ; car la maladie étoit grieve et le malade très cher. Enfin mes maniérés d’agir auprès de ce cher malade, mes petits raisonnemens avec ces messieurs, me procurèrent tellement leur affection jointe à leur considération pour mes deux patrons, M. Bossuet et M. Peletier, dont celui-ci avoit déjà parlé de moi à M. Enguehard, qui étoit son médecin, qu’on me parla de la licence en medecine qui devoit commencer l’année prochaine®). Ce qui parut les toucher le plus, fut un petit avis que je proposai vers la fin de la maladie. Il restoit à ce convalescent, qui étoit extrêmement affoibli et amaigri, une secheresse de poitrine qui non seulement gênoit la respiration, mais aussi la rendoit douloureuse quand le malade la vouloir pousser au degré ordinaire. Après qu’on eut employé plusieurs pectoraux, je proposai comme une voie plus immédiate à la partie affligée, de lui faire respirer la fumée d’une infusion tiede de quelques plantes pectorales et vulnéraires, ce qu’ils approuvèrent fort, et ce qui, après quelques jours d’usage, tira le conva-

damnées en 1708 par Clément XI. Quesnel fut l’objet d’une persécution acharnée de la part des jésuites, fut emprisonné à plusieurs reprises et mourut dans l’exil à Amsterdam. Cf. p. 72, note 3. — E. d. S. E. XI p. 62 ss. — £. U. XXXIV p. 633.

1) Il y a à l’Oratoire un Jean de Roquemont et Senlis, fils de Théophile Leblanc de Roquemont. Il y entra le 22 février 1690. La personne en question serait peut-être une sœur ou une parente.

2) On se rappelle qu’autrefois, la licence n’était pas un grade, mais un cours d’études qui durait deux ans. Note à' Urbain^ l.c.^ p. 130.

lescent d’affaires. Après quoi, les amis de M. Willart me devinrent très affectionnés et eurent soin de moi jusqu’à leur mort, surtout Tourneur et Roquemont, dont celle-ci

portoit encore un autre nom que j’ai oublié.

M. l’abbé Duhamel sachant mon application particulière pour l’anatomie, me dit que, comme pensionnaire de l’Academie royale des sciences, il avoit entrepris l’histoire naturelle des animaux^), dont Aristote a traité; qu’il affectoit en ma faveur de citer là-dessus tout ce qu’il pouvoit trouver y être convenable parmi les observations anatomiques de M. Sténon, mon grand-oncle, et qu’il souhaitoit très fort faire connoître son petit-neveu à l’Academie. M, de Meaux, mon pere et patron, ayant appris cela, me procura la connoissance de M. l’abbé Bignon^) par une lettre qu’il me donna pour lui porter moi-même. J’oubliois de dire que ce bon M. Duhamel avoit même exprès, dans le prélude de son Histoire latine de l' Academie^ fait mention particulière de M. Sténon comme étant un de ceux qui, par leur assemblée chez M. Thévenot^), bibliothécaire du roi, avoient jeté les fondemens de cette Academie.

1) Cet ouvrage ne fut jamais publié.

2) Jean Paul Bignon, abbé de Saint-Quentin (1662 — 1743), naquit à Paris. Il entra d’abord dans la congrégation de l’Oratoire et fut ensuite nommé prédicateur du roi et, en 1718, son bibliothécaire. Bignon fut membre de l’Académie française et de l’Académie des inscriptions et médailles, conseiller d’Etat, etc. Il n’a laissé que peu d’ouvrages, mais il tient une place essentielle dans l’histoire scientifique et littéraire de son temps dont les institutions lui sont bien redevables. — B. U. IV p. 302.

3) Begiœ Scientiarum Academiæ Historia . . . Atitore Jeanne Baptista Dti Hamel... Parisiis 1701, I 2 § X p. 8. C’est la seconde édition; la première est de 1698.

4) Melchisédech Thévenot (vers 1620 — 1692) naquit à Paris. Ses études finies il fit plusieurs voyages. Dans les intervalles il vivait à Paris et se livra entièrement à l’étude et aux sciences. Il prenait plaisir à réunir des livres sur toutes sortes d’objets, et il cherchait l’occasion d’entretenir les personnes qui avaient parcouru les pays les plus éloignés et tâchait d’obtenir d’elles des relations et des mémoires. Il connaissait lui-même à fond plusieurs langues européennes et orientales. En 1684, Thévenot fut nommé garde de la bibliothèque du roi. Ce fut chez lui que se continuèrent les assemblées qui s’étaient tenues d’abord chez Montmor et qui ont donné naissance à

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J’ai encore eu dans le cours de cette année plusieurs démêlez en matière de religion, tant par lettre que de vive voix, dont je rendrai compte dans la suite. Mais le plus heureux événement de cette année 1 702 fut le jubilé pour l’exaltation de Clement XP). Ravi de voir dans la bulle, publiée par un mandement de M. l’archevêque, M. le cardinal de Noailles, la permission de changer de confesseur, je quittai le P. de Saint Palais, supérieur de l’Institution de l’Oratoire, à cause du grand éloignement de sa maison, et m’addressai d’abord au P. Krattman, dominicain du Grand Couvent de Saint Jacques, dont j’ai parlé ci-dessus, et dans la suite à M. Langevin, prêtre habitué de Saint Severin, ma paroisse, dont j’ai aussi parlé.

Ce P. Krattman m’annonça un jour qu’on lui avoit mis entre les mains un jeune étudiant de mon pays. C’étoit l’évêque de Perpignan, M. de Flamenville qui, l’ayant vû s’addresser aux uns et aux autres dans la rue avec un air embarrassé comme un étranger qu’on n’entendoit point, l’avoit fait appeller par un de ses gens et après que ce jeune homme lui avoit dit en latin qu’il avoit été volé en chemin, qu’il étoit Danois, &c., l’avoit fait monter dans son carrosse et mettre comme en dépôt chez le P. Krattman qu’il sçavoit être Danois. Je fus surpris de voir un compatriote que j’avois seulement connu très jeune dans les basses classes du College de Saint Canut à Othensé dans le tems que j’étois sur le point d’aller en philosophie, et que j’avois perdu de vue depuis. J’avois aussi connu dans ce tems-là, mais uniquement par rencontre, son pere qui étoit curé d’un village à deux

l’Académie des sciences. Sur les nombreux ouvrages publiés par Thévenot voir : B. U. XLI p. 323 SS. — Sténon assistait souvent aux séances chez Thévenot. Ce fut à une telle assemblée, en 1665, qu’il fit son Discours sur l'anatomie du cerveau. Comp. p. t8, note I.

i) Jean François (Giovanni Francesco) Albani (1649 — 1721), pape sous le nom de Clément XI dès 1700 jusqu’à sa mort.

lieues d’Othensé. Ce jeune homme ayant étudié la théologie luthérienne, apprit peu à peu chez le P. Krattman et le françois et la religion, et lui dit que mon exemple seul lui suffisoit pour le rendre catholique. de Perpignan le fit mettre aux Nouveaux Convertis, et cependant, en faveur du P. Krattman et de son couvent, il fit la ceremonie de son abjuration avec très grande solennité dans l’église des jacobins du Grand Couvent. M. Courcier^), théologal de Paris, oncle de M. Courcier son successeur*^), étoit alors supérieur de la Maison des Nouveaux Convertis. Il prit ce jeune homme en affection, le fit ensuite entrer au Séminaire de Saint Nicolas du Chardonnet et le poussa aux ordres. Ensuite M. l’abbé Bignon, qui alors demeuroit rue des Bernardins, ayant appris qu’il sçavoit plusieurs langues, lui confia sa bibliothèque, d’où il sortit après quelques années et à la fin devint aumônier étranger de l’Hôtel-Dieu, demeurant dans le voisinage, où il est mort l’année 1739. Il s’appelloit M. Bornemann J’ai fait ce récit pour deux raisons dont voici la première.

M. l’évêque de Perpignan, après la ceremonie de l’abjuration de ce M. Bornemann, m’ayant vu parmi les assistans et cela pour la première fois, me parla du Danois qui avoit si mal usé de sa bonté et qui m’avoit aussi trompé, de même que plusieurs autres, et me dit qu’il lui avoit procuré une petite pension de cent écus sur le Thresor royal, ajoutant

1) Pierre Courcier, prêtre du diocèse de Troyes, docteur en théologie, a été chanoine théologal de Notre-Dame de Paris le 5 mai 167g.

2) Louis Courcier a été chanoine le 6 août 1697. En 1713 il devint théologal, jusqu’en 1740.

3) Le dit Bornemann (vers 1680 — 1739) est sans doute le fils du pasteur de Marslev, village à environ 9 kilomètres à l’est d’Odense, Jean (Hans) Jensen Bornemann ou Bormann, qui avait 10 enfants et mourut en 1690, vir excellentis ingenii^ sed vita niviis dissohtia. Outre les renseignements que nous fournit le texte de Winslow sur le converti Bornemann nous ajoutons qu’en 1715 et 1716 il est dit demeurer chez l’abbé Bignon, cloître et paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, dire la messe chez les chanoines de Saint-Honoré et toucher sur les fonds du clergé une pension de 200 livres. — Wiberg^ l. <r., II p. 390. — Archives nationales de Paris.

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incontinent après qu’il avoit envie de me la faire avoir. A quoi je lui répondis après beaucoup de remerciemens qu’il étoit plus juste de la faire passer à son néophyte, et je le suppliai très instamment de le faire, en lui marquant même que cela répugnoit à ma conscience d’occasionner cette privation à celui que je croyois en avoir beaucoup plus besoin que moi. Cependant il persista de dire qu’il le vouloit ainsi, et qu’indépendamment de cela il auroit soin de son néophyte. Ainsi, de son propre mouvement, il eut encore la bonté, avant d’aller à son évêché, de recommander cela à M. le cardinal de Noailles, à qui M, de Meaux m’avoit déjà fait l’honneur de me présenter lui-même, et qui me l’obtint l’année après. C’étoit encore un trait de la divine Providence auquel je ne m’attendois nullement ; et c’est tout ce que j’ai eu de fixe pendant toute ma vie en qualité de nouveau converti. M. l’évêque de Perpignan retourna ensuite à son évêché et y mourut quelque tems après. Voilà la première raison du récit précèdent, et de la digression occasionnée par ce récit; la seconde raison en est un autre trait de la même Providence et de la bonté divine que je rapporterai dans la suite.

Au mois de février 1702 arriva mon frere Nicolas Bruno après avoir passé quelque tems en Hollande. Il se logea d’abord dans un autre quartier, de même qu’un allié de la famille, M. Sparre^), fils de Matthias Christensen ^), grandforestier de la province de Sélande.

Mon frere m’apporta quelques jours après un paquet de lettres de mon pere. C’étoit un écrit en latin environ de

1) Il n’est pas possible de donner des renseignements sur M. Sparre. Le nom danois Sparre est un nom de famille et il est peu probable qu’un M. Sparre ait été le fils de Matthias Christensen. Peut-être faut-il lire: M. Sparre et un fils de, etc.

2) Matthias (Mads) Christensen fut nommé, en 1675, garde-forestier à Sor0 dans l’île de Sélande, inspecteur d’un vaste district dans la même province en 1680, et grand-forestier en 1688. — Paul Bredo Grand] ean^ Blgl- danske Forstembedsmœnd 1Ù60 — /790 dans Tidsskrift for Skovvœsen^ XIX, série B, Kjpbenhavn 1907, p. 14.

huit pages 111-4°, caractère assez menu et de la main

propre de mon pere ; et comme mon frere m’avoit dit qu’il sçavoit le contenu du paquet qu’il m’avoit apporté cacheté, je l’engageai de rester avec moi pendant que j’y ferois réponse afin d’être témoin oculaire qu’elle étoit de moi-même, ce qu’il fit, se tenant auprès de moi continuellement jusqu’à ce que [je] l’eus achevée et la lui mis entre les mains.

Cette lettre de mon pere étoit une espece de récapitulation de plusieurs matières de religion dont je lui avois écrit par mes lettres précédentes, très simplement et toujours très respectueusement. Comme elle étoit longue il l’avoit distribuée en sept paragraphes subdivisez en plusieurs points et suivis de quelques additions séparées, le tout sous le titre general de Responsiones ^ &c. Je gardai aussi dans mes répliques, par une lettre latine d’environ sept pages in-q°, le même ordre, sous ce titre : Responsionum Domini patris solutiones analogiticœ, à la fin desquelles je mis ma signature en plein, J. B. W., et la datte qui étoit du dimanche Lœtare^ 1702. C’étoit le 26 mars^).

Comme mon pere étoit encore très prévenu contre les docteurs catholiques, sa lettre commençoit par deux passages de l’Écriture en maniéré de préambule, avec un avertissement par une parenthèse exprès pour marquer qu’il ne vouloit pas que cela fût dit à son très aimé fils aîné, prwtogenito filio dilectissimo^ mais à ses conducteurs, &c. Le premier passage étoit du Livre des Rois (selon lui le de Samuel) chap. XVII V. 45 *) ; l’autre étoit de V Epitre de Saint Paul aux Ephesiens^ chap. VI 16, 17®). Je répondis à cela que

1) Le MS. a: le 24 mars.

2) I Reg. XVII 45 : Dixit aute7H David ad Philisthæum : Tu vents ad me mm gladio et hasta et clypeo: ego autem venio ad te in noniine Domini exercituum^ Dei agminum Israël^ qvibus exprobasti.

3) Ephes. VI 16, 17: In omnibus sumentes scutum fidei^ in qvo possitis omnia tela neqvissimi ignea extingvere; et galeani salutis assumite^ et gladium spiritus (qvod est verbum Dei),

pour lui faire voir ce que nous croyons unanimement et eux et moi, abstraction faite des opinions privées et des erreurs populaires faussement attribuées à la doctrine catholique, je mettois pour préambule de mes répliques une copie entière de la Profession de foi qui nous est commune, que j’ai faite publiquement, et que je garderai avec l’aide de Dieu jusqu’au dernier soupir de ma vie.

Les deux premiers paragraphes de la lettre de mon pere regardoient la transsubstantiation, contre laquelle et contre ce que je lui en avois écrit auparavant il n’y avoit qu’un précis des objections, interprétations, cas supposez, &c. qui se trouvent dans les ouvrages anciens et modernes de la secte. Je répondis à chaque point, très simplement, en très peu de mots, et cela après avoir dit que ceux qui expliquent ainsi les paroles de l’institution du Saint Sacrement ne croient rien moins que ces paroles prises à la lettre, quoiqu’ils le prétendent ; et par leurs explications quelconques ils tombent nécessairement dans un sens figuré, même par les explications que leur fameux docteur Gérard donne dans son ouvrage, intitulé très improprement Confessiones catholicœ^').

Je fis sentir ceci plus au long par les remarques suivantes de M. de Meaux, Histoire des variations^ livre IL) i, 2, 3, 34, 35i 3b, 37- Il se trompoit, dit-il de Luther, car encore qu’il montroit bien qu’il falloit deffendre le sens littéral, il n’avoit pas sçu le prendre dans toute sa simplicité -, et les deffenseurs du sens figuré lui faisoient voir que, s’il falloit suivre le sens littéral, la transsubstantiation prenoit le dessus. C’est ce que Zuingle, continue-t-il, et en general tous les

1) Confessionis Catholicœ^ in qua Doctrina CathoUca Et Evangelica^ Qvam Ecclesiæ Augustanæ Confessioni addictœ projitentur^ ex Romano-Catholicorum Scriptorum suffragiis conjirmatur^ Autore yohanne Gerhardo D. Liber I Generalis . . . Liber II. Specialis.^ JeDæ 1634 — 37, 4 vol.

2) Le MS. a: livre i. — Oeuv. compl, de Bossieet., publ. par Lâchât.^ XIV p. 50 — 53 et 82 — 84.

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