SCÈNE XîII
JC LIE.
Dame ! Monsieur. Oh! non, c’est impossible.
CHASTENAY
Tant pis, je me serais très-volontiers mis à voire disposition. ^
JULIE, à part.
Je ne peux vraiment pas lui demander... ^
CHASTENAY
Voulez-vous aller dire à madame la comtesse que je suis ici?
JULIE
Oui, Monsieur, (a part, en remontant.) Décidément ce n’est pas commode ^
CHASTENAY
Eh bien î vous ne bougez paz?
JULIE, redescendant.
Monsieur, j’ai à vous remercier du billet que vous m’avez donné.
CHASTENAY
Oh! ce n’est rien.
JULIE
Si fait. Monsieur... Je me suis beaucoup amusée.
CHASTENAY
Avec qui êtes-vous allée au théâtre? avec votre amoureux?
JULIE
Monsieur, ne me dites pas cela.
CHASTINAY.
Et pourquoi? vous êtes assez jolie, assurément, pour avoir...
JULIE
Ne me dites pas cela, Monsieur; si un autre que vous me le disait, je ne sais pas quel effet cela me ferait; mais vous...
Je n’ai pas voulu vous faire de la peine...
JULIE
Je suis allée au théâtre avec une amie à moi.
CHASTENAY
C’est très-bien.
JULIE
Une singulière femme, que mon amie, allez, Monsieur. Figurez-vous qu’elle ne cessait de me faire des questions sur vous. Comment est-il? Comment parle-t-il? Comment marche-t-il? Est-il possible qu’un homme qui fait de pareilles choses, parle et marche comme tout le monde !
CHASTENAY
Vraiment l
JULIE
Si vous l’aviez vue pendant la pièce, le cou tendu. ..les yeux... (a part.) Où met-il donc sa main? (continnant.) Les yeux tout
* Julie, Chastenay.
grands ouverts... et là... au moment où ce gros qui est si drôle... vous savez...
CHASTEISAV.
Oui^ quand il s’aperçoit que sa femme...
JULIE
Justement... elle s’est mise à rire, mais à rire... on s*est retourné, Monsieur; et à la fin, comme elle a applaudi... elle avait les mains dans un état... c’était tout rouge depuis là jusque.,. donnez-moi votre main, je vous montrerai...
CHASTENAY, retirant sa niaiii.
C’est inutile. (ll remonte et va s’asseoir sur le canapé, étendant son bras gauche sur le dossier.)
JULIE, à part.
Manqué *I (Haut.) En revenant, les questions ont recommencé de plus belle... Ne me suppliait-elle pas de l’amener ici et de la cacher quelque part pendant que vous y seriez ! Si je pouvais le voir, me disait-elle... si je pouvais toucher sa main...
(Elle fait un geste, Chastenay retire sa main et s’arrange les cheveux. — ' A
part.) Manqué encore 1 Allons, ce n’est pas commode, pas commode du tout. (Haut.) Je vais prévenir ma maîtresse...
CHASTENAY
Ehl dites-moi?..
JULIE, revenant.
Quoi, Monsieur?
CHASTENAY
Quelle femme est-ce, que votre amie?..
JULIE
C’est une femme très-intelligente. Monsieur.
CHASTENAY
Oui, oui, j’entends... mais, quel âge a-t-elle?.,
JULIE
A peu près le même âge que moi.
Et sa figure?..
JULIE
Oh! Monsieur, elle a tant d’esprit, qu’on ne s’aperçoit pas qu’elle est laide.
CHASTENAY
AhI elle est..
JULIE
Darne'! oui, Monsieur. Et comme elle est grêlée, avec cela...
CHASTENAY
Grêlée! c’est fâcheux. Allez dire...
JULIE
Mais, c'est égal, je consentirais volontiers à ne pas être plus jolie qu’elle, à la condition d’avoir l’esprit qu’elle a...
* Chastenay, Julie.