‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 32 sur 90 · acte; Léonie, qui sentune douleur vague, ou le chaud ou le froid · texte numérisé non relu

acte; Léonie, qui sentune douleur vague, ou le chaud ou le froid

‘a bien des images subjectives quoique hallucinatoires. Nous

pourrions dire que la notion d’objectivité se joint à l’hallucination quand celle-ci est suffisamment complexe; car, ainsi qu'on l’a très bien expliqué, c’est du degré de complexité que dépend

… notre distinction entre les images internes et les perceptions

objectives. « Nos représentations ordinaires nous paraissent internes parce qu’elles sont beaucoup moins complexes que les perceptions réelles 1. » Les sujets que nous étudions ayant, grâce au développement automatique des images, des représentations très complexes, doivent les confondre avec les objets extérieurs. Le plus souvent, d’ailleurs, la question est beaucoup plus simple; car l’hallucination, associée d’une manière indissoluble

. avec une perception réelle, prend naturellement la même appa-

rence et la même nature. Quand Marie voit un oiseau perché sur l'appui de la fenêtre, elle ne peut croire que l'oiseau soit en elle et l'appui de la fenêtre, à l'extérieur. Il n’y à donc pas là de problème nouveau. Sans aucun doute, les hallucinations

provoquées par suggestion soulèvent bien des problèmes parti”

‘ Souriau. Sensations et perceptions. Revue philosophique, 1885, IT, 75.

culiers et intéressants, et d’ailleurs elles ont déjà été étudiées à part dans des travaux remärquables. Mais quand on considère d’une manière générale l’automatisme de l'esprit, on ne voit pas de raison pour séparer l’hallucination suggérée et l'acte suggéré.

Quant aux suggestions plus compliquées, aux hallucinations avec point de repère, aux changements de personnalité, on comprend qu'elles soient la conséquence de perceptions plus complexes. Dans l'esprit du sujet, s’est formée autrefois une certaine idée d’une princesse ou d’un archevêque; évoquée par un mot, puis livrée à elle-même, cette idée subsiste et nous montre, sous forme d’actes et d’hallucinations, les éléments qu'elle renferme, car, dans cet esprit restreint, aucune autre perception ne se forme en ce moment pour faire obstacle à l’idée suggérée.

2° Ces caractères ressemblent fort à ceux que présentait déjà"

l’automatisme des images isolées pendant la catalepsie. Voyons

maintenant les traits nouveaux qui appartiennent en propre à l’'automatisme des perceptions. Les actes que nous étudions maintenant sont, à bien des points de vue, supérieurs aux attitudes cataleptiques par leur nombre, leurs variétés, leur adaptation aux circonstances et même quelquefois leur indépendance.

La conscience étant, pendant la catalepsie, trop restreinte pour permettre l'intelligence des signes et du langage, les actes ne peuvent être provoqués que par les émotions en assez petit nombre qu'il est possible de faire naître. Parmi ces émo-. tions, celles-là seulement se développent et provoquent des actes associés qui font partie d’un système, d’un ensemble déjà fréquemment réalisé : la scène de la colère, la scène religieuse de la communion, le salut, etc., voilà à quoi se réduisent les actions complexes de Léonie pendant la catalepsie. Cela ne peut se comparer avec la diversité infinie des actes et des hallucinations que la parole peut provoquer chez les sujets simplement suggestibles. Les actes cataleptiques sont parfaits, sans » hésitation, sans un signe quine concoure à l'expression générale; les actes suggérés sont moins parfaits, et jamais les expressions de la physionomie n’acquièrent la même unité ni la même intensité. |

Les premiers sont encore invariables, comme nous l’avons montré ailleurs; les suggestions ne sont pas toujours exécutées de la même manière. C’est qu'en effet les premiers ne s'adaptent point aux circonstances et se déroulent sans souci

des obstacles, ou s'arrêtent quand l'obstacle est insurmontable. Insistons sur ce dernier point : Léonie, quand elle joue la scène de la communion, parcourt quelques mètres en avant et un peu à droite. Si l’espace lui manque, si elle se heurte à un mur, elle ne songe pas à obliquer légèrement, elle s'arrête contre ce mur, la tête baissée et les mains jointes, appuyant sur la muraille jusqu’à la fin de la catalepsie. Une de ces personnes dont nous parlons maintenant agit tout différemment. Si j'ai dit à Marie de marcher, d'aller à un endroit désigné, elle ne s'arrête pas devant les murs, sait trouver les portes et éviter les obstacles. Elle change et elle corrige son acte suivant les circonstances. Je lui ai dit un jour de balayer la pièce, elle use dirige vers un coin où elle comptait trouver un balai, mais .- ne le trouvant pas et sans attendre que j'ajoute rien, elle va à un autre endroit où elle le trouve et se met alors à balayer. - Lucie, quand je lui commande d'écrire, prend un crayon si elle est dans son lit, et va chercher une plume et de l'encre si elle est levée. Enfin la cataleptique ne voit rien, n'entend rien en dehors de l’acte par lequelsa très petite conscience est occupée tout entière; la somnambule qui exécute une suggestion est aussi … très distraite et insensible à bien des impressions; mais elle peut, dans une certaine mesure, entendre quelques paroles, voir quelques objets qui s’accordent assez bien avec sa perception - dominante, et s'adapter un peu à ces impressions nouvelles. Cette différence se comprend; elle correspond à celle qui existe entre une sensation et une perception, l’une invariable, parce qu’elle est unique et ne peut exister que d’une seule - manière et n'amener qu'une série d'images ayant les mêmes caractères ; l’autre variable, parce qu’elle contient des éléments multiples qui peuvent changer en partie suivant les cireonstances sans que la perception d'ensemble disparaisse. Si j'osais faire une semblable comparaison, je dirais que les cataleptiques ressemblent à ces canards sans cerveau que M. Ch. Richet a eu l’obligeance de me montrer dans son laboratoire. Au premier abord, les canards sans cerveau ne se distinguaient pas des autres, ils fuyaient en criant et en écartant les ailes comme leurs camarades; mais quand toute la bande était arrivée contre un mur, leur infériorité éclatait ; tandis que les canards au cerveau intact se dispersaient à droite et à gauche, les canards sans cerveau se heurtaient du bec contre la muraille et ne bou-

20% Je PARTIE. — AUTOMATISME TOTAL

geaient plus. Cette comparaison peut sembler dangereuse, car elle semble avoir pour conséquence le rapprochement des“ actes opérés par suggestion des actes exécutés par les canards intacts, c’est-à-dire de la conduite des bêtes. Cette assimilation

ne me parait pas trop absurde, car les animaux intelligents sen

conduisent eux aussi d’après des perceptions complexes qui leur permettent de varier leurs actes et de les adapter dans une certaine mesure aux circonstances.

Une autre différence se rattache à la précédente. La catalep=«

tique éxécute peu d'actes, ne les modifie jamais, mais elle ne

résiste jamais; son esprit réduit à un seul fait ne permet pas

l'opposition des éléments; la perception plus étendue des sug-

gestibles permet la résistance. Non pas que le sujet puisse résister librement et par un acte de volonté, il n’en possède en

réalité aucune ; mais, parmi les éléments constitutifs d'une per

ception ou parmi les images qu’elle évoque, il peuts’enrencontrer d’opposés, ou mieux, il peut se rencontrer des images qui font

partie d’une autre perception, d'une autre synthèse opposée à« la première et quila réveillent. Si je dis à Léonie de s'agenouiller elle ne le fait pas, c’est que son POBIRIEE magnétiseur la faisait agenouiller pour la punir, et elle s’écrie : « Mais je n’ai rien fait de mal, je ne veux pas être punie. » J'ai voulu une fois (il est vrai que l’idée était malheureuse) la transformer en son propre mari pour voir comment elle jouerait le rôle d’une personne

qu’elle déteste. L’hallucination ne fit que commencer, elle se

vit un instant avec un costume d'homme; mais alors elle frap=«

pait sur elle-même avec indignation en repoussant ce costume ; les images opposées étaient plus nombreuses que les images

suggérées. Un autre jour, je veux lui suggérer de voler des Dbillets dans un coffre-fort, elle s’arrète épouvantée avant dem

faire l'acte. Je commande à Lucie de faire sa prière, elle répond

par des gestes irrévérencieux et par des railleries contre la

religion. L'idée de prière a éveillé ce qu’elle contenait dans l’es-

prit du sujet, c'est-à-dire des images tout à fait opposées à sam réalisation. Plus la conscience du sujet s’élargit, plus la renaissance de ces idées devient probable et moins la puissance de Ia

suggestion est considérable.

Cependant, chez les sujets que nous avons étudiés, dont le champ de la conscience est toujours très restreint, cette résistance est assez rare et ne me paraît pas constituer une véritable

. Jiberté. C’est simplement une image qui s'oppose à une autre et dont le pouvoir moteur fait équilibre à celui dela première. C’est

- alors que l'esprit ressemble à une balance qui oscille et penche du côté du poids le plus fort. Mais rien n’a été changé au mécanisme de l’action et de la croyance qui sont toujours uniquement déterminées par des perceptions. Comme la catalepsie était toute entière le régne des sensations et des émotions, les états que nous avons étudiés sont le règne de la perception.

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