‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 5 sur 90 · C.-E. Saint-Bourdin. Traité de la catalepsie · texte numérisé non relu

C.-E. Saint-Bourdin. Traité de la catalepsie

P. Baragnon. Etude du magnétisme animal sous le point de vue d’une exacte pralique, 1853, 226.

Delasiauve. Traité de l’épilepsie, 1854, 263.

Despine. Etude scientifique sur le somnambulisme, 1880, 19%.

Axenfeld. Traité des névroses, 2° édit., 1883, 908.

Bottey. Magneélisme animal, 1884, 99,

Paul Richer : Jystéro- épilepsie, 1885, 610, 668, 775.

Cullerre. Magnétisme et hypnotisme, 1886, 124.

Binet et Féré. Magnétisme animal, 18817, 114.

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quelle la catalepsie l’a surprise, sans que le plus petit tremblement

vienne révéler la conscience et la pensée. Les yeux eux-mêmes tout grands ouverts, sans aucun clignement des paupières, conservent avec fixité la même direction. En un mot, les mouvements de la vie organique, battements du pouls et respiration subsistent seuls, et tous les mouvements qui dépendent de la vie de relation et qui expriment la conscience sont supprimés. Si l’on n'intervient pas et surtout si on s’abstient de toucher le sujet, cet état persiste sans aucune modification pendant un temps plus ou moins long: on a vu des catalepsies naturelles durer des journées et des catalepsiesartificielles se prolonger pendant plusieurs heures. Chez les sujets que j'ai pu étudier, cet état ne dure jamais longtemps et ne se prolonge pas plus d’un quart d'heure: il se modifie naturellement et cesse de présenter ce caractère de l’absolue inertie morale.

Tant que le sujet reste cataleptique, on peut faire sur lui différentes expériences qui nous amènent à constater des caractères importants. Ces caractères, qui ne sont guère que la conséquence de l’inertie précédemment signalée, peuvent être ramenés à quatre principaux que nous décrirons brièvement,

‘car ils sont tous bien connus.

1° La continuation, la persistance de toutes les modifications

que l’on peut produire dans l’état du sujet. — $i l’on touche les

membres, on s'aperçoit qu'ils sont extrêmement mobiles et pour ainsi dire légers, qu'ils n’offrent aucune résistance et que l’on peut très facilement les déplacer. Si on les abandonne dans une position nouvelle, ils ne retombent pas suivant les lois de la pesanteur, ils restent absolument immobiles à la place où on les a laissés. Les bras, les jambes, la tête, le tronc du sujet peuvent être mis dans toutes les positions même les plus étranges; aussi a-t-on comparé tout naturellement ces sujets à des mannequins de peintre que l’on plie dans tous les sens. Le visage même chez Léonie est susceptible d’être modifié de cette façon : ouvret-on la bouche, lève-t-on ou baisse-t-on les sourcils, la figure, comme un masque de cire, se laisse modeler et conserve son expression nouvelle ; chez d’autres, les muscles de l’abdomen eux mêmes gardent l'empreinte de Ia main ‘. On a fait différentes

1! Paul Richer. Jystéro-épilepsie, 292.

études de grande importance sur ces attitudes cataleptiques. On a pu constater avec des appareils de précision combien ces postures restent invariables : au lieu de trembler, comme fait toujours et très rapidement le bras étendu d’un individu normal, les membres de ces personnes restent longtemps en l’air sans bouger; au lieu de produire une accélération et une modification du rythme respiratoire, comme cela arrive toujours chez l’homme normal, cette position fatigante du bras ne change en rien le mouvement lent de la poitrine !. Ce n’est qu’au bout d’un temps assez long, une heure et plus, d’après certains auteurs, vingt ou vingt-cinq minutes, suivant les autres, que le bras commence à descendre à cause de la fatigue ou de l'usure musculaire, mais cette descente s'effectue très lentement et très régulièrement sans ces secousses et ces oscillations que l’on constate chez l’homme normal. Comme la catalepsie de Léonie ne durait pas plus d’un quart d'heure, je n’ai pas observé cette descente qui aurait probablement commencé un peu plus tard.

Ces « poses » sont un des phénomènes les plus connus et les plus caractéristiques de la catalepsie naturelle, ainsi que le prouvent ces quelques observations. Voici un extrait d’une description de Laënnec et de Maisonneuve rapportée par Saint-Bourdin ? : < .… [I lui parle, elle n’entend pas; il la touche, elle ne paraît pas le sentir ; il lui lève un bras, Le bras reste dans la position où il Pa mis; on dressa la malade debout, on pencha le col, on leva une jambe, tout garda la position donnée. » En voici une autre de Saint-Bourdin * : « Elle conservait la même attitude qu’elle avait à l'instant de l'attaque : si elle était debout, elle y restait ; si elle montait les degrés, elle avait une jambe élevée pour monter et durant tout le temps de la catalepsie, elle conservait cette même attitude. Pendant cet état, élevant un de ses bras, fléchissant sa tête, la mettant debout sur un pied les bras tendus, la plaçait-on dans une position quelconque, pourvu qu’on ait mis le corps en équilibre, elle conservait parfaitement jusqu’à la fin la dernière attitude qu’on lui avait donnée. » Il est vrai cependant que la catalepsie naturelle ne présente pas toujours cette flexibilité qui est presque constante dans la catalepsie artificielle. « Chez d’autres

! Paul Richer. Jystéro-épilepsie, 614.

? Saint-Bourdin. Op., cit. 46.

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malades, le corps est dans un tel état de rigidité que, si on les

pousse, ils tombent sans changer d’attitude ‘. » Nous aurons

à revenir sur cette différence ; remarquons seulement que Ja raideur, la contracture apparente des membres garde encore ici un aspect caractéristique et proprement cataleptique. La contracture n’est pas générale, c’est-à-dire qu’elle n'envahit pas tous les muscles à la fois de la même manière et au plus haut degré; car il se produirait alors une attitude spéciale toujours la même, bien décrite dans l'attaque de tétanos ou dans certaines crises d’épilepsie : le corps seraitétendu, courbé en arrière, les membres dans l’extension, les poignets le long du corps et fléchis en dedans, les poings fermés, etc... Les muscles au contraire sont contractés à des degrés différents, de. manière à donner au corps une attitude expressive, comme dans ce cas de Saint-Bourdin cité plus haut où le corps raidi dans l'attitude de la prière, les genoux pliés etles mains jointes, pouvait être renversé sans changer de posture. Ge détail est important pour distinguer la catalepsie de la véritable contracture générale.

Une autre modification que l’on peut imposer aux membres cataleptiques, c’est le mouvement, Au lieu d'abandonner le bras dans un état d'immobilité, on le fait osciller deux ou trois fois et on le lâche au milieu du mouvement : l’oscillation persiste comme tout à l’heure la position persistait. On peut ainsi communiquer aux bras, aux jambes, à la tête de ce mannequin, un mouvement qui ne s'arrêtera pas avant la fin de l'attaque. Le même caractère se retrouve encore, quoique moins souvent signalé peut-être, dans les descriptions de la catalepsie naturelle. « Une fille de cinq ans ayant été un jour vivement choquée de ce que sa sœur avait enlevé pendant le repas un morceau choisi dont elle avait elle-même envie, devint raide tout d’un coup, La main qu’elle avait étendue vers le plat avec sa cuillère de-

… meura dans cet état ; elle regardait sa sœur de travers avec des yeux d’indignation ; quoiqu'on l’appelât à haute voix et qu’on

l’excitât vivement, elle n’entendait point ; elle ne remuait ni

la bouche ni les lèvres, elle marchaït lorsqu'on la poussait et qu'on la conduisait avec la maïin....? »

On pourrait aussi citer chez des cataleptiques des persistances

! Saint-Bourdin. Op. cit., 03.

? Observation de Tissot, rapportée par Saint-Bourdin, Op. cit., 9. PIERRE JANET 2

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