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18 je PARTIE. — AUTOMATISME TOTAL de sensations ou même d'images; Léonie ou Lucie restent indéfiniment les yeux fixés sur une lumière qu’on leur a montrée; mais ces phénomènes étant difficiles à étudier sur des eataleptiques, nous les retrouverons plus loin avec plus de netteté. Ceux que nous avons signalés suffisent pour vérifier ce premier caractère de la catalepsie : la continuation, la persistance de toutes les modifications imposées au sujet.
2 L'imitation ou la répétition. — Au lieu de toucher le sujet, mettons-nous bien en face de lui dans la direction de son regard et faisons nous-même un mouvement au lieu de déplacer ses membres. Lentement Léonie va se mouvoir et mettre son bras, puis tout Son corps exactement dans la position que nous avons prise. Ce phénomène a reçu le nom d'imitation spéculaire ou en miroir, parce que le sujet imite ordinairement avec son bras gauche le mouvement que nous faisons avec le bras droit et ressemble à notre propre image dans un miroir. Le fait n’est cependant pas absolument général, car, si Léonie imite de cette manière, Lucie, dans ces mêmes imitations, ne renverse pas les attitudes ; il est vrai que sa catalepsie est beaucoup moins complète. Au lieu d’exercer une action sur la vue du sujet, on peut impressionner son ouïé, du moins en apparence. Nous n’étudierons pas ce phénomène sur Léonie qui ne le présente guère, mais sur Rose, chez qui il est tout à fait complet. Si je parle tout haut à côté d'elle pendant qu'elle est dans un état cataleptique, elle répète : exactement mes paroles avec la même intonation. Ce fait a reçu le nom d’écholalie ou parole en écho. Il est fort curieux ; le sujet, changé pour ainsi dire en un phonographe, répète tous Les sons qui frappent son oreille, sans paraître affecté le moins du monde par le sens de ces paroles. Ordinairement les bruits sont répétés avec la bouche, mais dans un cas, le D'Powilewiez, alors présent, ayant frappé dans ses mains, Rose répéta le bruit en frappant également dans ses mains : l’écholalie se mélangeait ici avec l'imitation.
3° Généralisation ou expression des phénomènes. — Le plus souvent les modifications imposées au sujet restent par tielles et n'affectent qu'un membre; mais quelquefois, quand l’état cataleptique est bien complet, elles montrent une ten- | dance à se généraliser et à affecter tout le corps. Jules Janet a observé une cataleptique naturelle qui répétait toujours:
D de M ls
- CHAP. L. — LÈS PHÉNOMÈNES PSYCHOLOGIQUES ISOLÉS 19 de son bras gauche ce que l’on faisait faire à son bras droit et inversement. C'est le phénomène de la syncinésie que je n'ai observé que chez Léonie et encore pour certains actes seulement. Si je lui ferme un poing, l’autre se ferme de même. Si je lui lève une main devant la figure dans la position de la prière, l’autre main prend la même position et vient se placer contre la première. Les actes qui se complètent ainsi sont chez elle, comme on le voit, des actes connus et habituels.
Ces mêmes actes habituels sont susceptibles de se généraliser bien davantage et de provoquer une modification dans le corps tout entier du sujet. C’est Ià un des phénomènes les plus connus, les plus populaires, si on peut ainsi dire, de la catalepsie, car il produit toujours un spectacle tout à fait extraordinaire. On voit la figure, le corps tout entier s’animer, s’harmoniser avec l’atti-
tude d’un des membres et prendre une expression saisissante de réalité. A-t-on fermé l’un des poings de Léonie, l’autre se ferme également, les bras se lèvent dans la position de l'attaque, le corps se redresse, la figure change; les lèvres serrées, les poings fermés et les sourcils froncés n’expriment que la colère. Ai-je mis une main étendue près des lèvres, l’autre main s’y place également et semble envoyer des baisers, la figure se modifie tout d’un coup et, au lieu d'exprimer la fureur, les lèvres et les yeux, tout sourit. On peut changer indéfiniment ces attitudes, ces poses plastiques et faire exprimer au sujet l'amour, la prière, la terreur, la moquerie, toujours avec une égale perfection.
Pour passer d’une attitude. à une autre, il suffit de modifier légèrement un des gestes du corps ; chez Léonie, il suffit même de toucher aux muscles de la figure. MM. Charcot et Paul Richer réussissaient à modifier l’attitude d'une cataleptique en faisant
* contracter par le courant électrique l’un des museles de la face !.
. Chez Léonie, la figure est cataleptique comme le reste du corps; il suffit de lui lever les sourcils pour qu'ils restent comme on les
- a mis et qu'ils amènent dans tout le corps l’attitude de latterreur ;
. l'expression n’est pas moins violente quoique provoquée par une
Cause aussi futile.
4 Association des états les uns avec les autres. —Jusqu'à présent, le sujet n’a rien fait tout seul, n’est jamais:sorti de l'état où
{ Paul Richer. Op. cit. 669.
20 pe PARTIE. — AUTOMATISME TOTAL
il avait été placé ; il faut maintenant noter des cas où la scène jouée est bien plus complète et plus développée. Je mets les mains de Léonie dans l’attitude de la prière et la figure prend une expression extatique. Je la laisse dans cet état, car j'avais l'intention d'attendre combien de temps l'expression se conserverait. Je la vois qui se lève du siège où elle est assise et qui très lentement fait deux pas en avant. À ce moment, elle plie les genoux, mais toujours avec une lenteur singulière; elle s’agenouille, se penche en avant, la tête inclinée et les yeux levés au ciel dans une merveilleuse posture extatique. Va-t-elle rester ainsi et, l’attitude étant complétée, garder l’immobilité cataleptique ? Non, la voici qui se relève sans que je l’aie touchée, elle baisse la tête davantage et met ses mains jointes devant sa bouche, elle avance cinq ou six pas plus lentement encore que tout à l'heure. Que fait-elle done ? La voici maintenant qui fait un grand salut respectueux, s’agenouille encore une fois, relève un peu la tête et, les yeux à demi clos, entr’ouvre les lèvres. Ce qu’elle fait se comprend maintenant, elle va communier. En effet, la communion faite, elle se relève, salue encore, et, la tête tout à fait inclinée, revient se mettre à genoux dans sa position primitive. Toute cette scène, ayant duré un quart d’heure,s’interrompt alors pe la fin de l’état cataleptique.
C'est l’acte le plus compliqué que j'aie vu accomplir pendant la catalepsie ; on voit qu’il se compose de phénomènes successifs qui se sont provoqués les uns les autres, au lieu d’être uniquement, comme tout à l'heure, la continuation d’une même modifi-
cation. Il faut rapprocher de ce fait d’autres actes provoqués.
par l'intermédiaire de tel ou tel sens et qui tous ont ce caractère
de se composer d'actions successives et différentes les unes des :
autres. Si on fait entendre une musique gaie devant le sujet, il rit, puis se met à danser; une musique triste le fait pleurer. Si
on met dans la main de Léonie un morceau de fil, elle fait le »
geste d’enfiler une aiguille, puis se met à coudre. Si on lui met un crayon dans la main, elle fait le geste d'écrire, mais ne fait que des barres indéfiniment ; si on lui met un parapluie dans la
main, elle l’ouvre, le met au-dessus de sa tête, ete. « Un catalep- …
tique naturel, étudié par Forestier, mangeait avec avidité (vora-
bat) tout ce qu'on lui mettait dans la bouche ‘. » On trouve dans :
‘ Saint-Bourdin. Op. cit., 30,
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les ouvrages qui traitent de la catalepsie un grand nombre de ces actes complexes et associés. Je n’ai voulu que rappeler brièvement ces phénomènes cataleptiques qui sont tous bien connus, mais qui me paraissent d’une importance capitale au début d'une étude sur l'automatisme. Comme le disait M. Charcot! : « Dans la catalepsie vraie, il y a inertie morale absolue... ; c’est par là, en bonne méthode, que l'étude des suggestions hypnotiques doit être commencée. »