CHAP. III. = DÉSAGRÉGATION PSYCHOLOGIQUE
Imagine-t-on que le pendule doit osciller dans un sens, il prend ce mouvement; se représente-t-on qu'il s'arrête, il reste .immobile*. Enfin il est évident que c’est la pensée du conduc- “teur qui joue le rôle principal dans les expériences de lecture
des pensées. Dans Ia séance dont j'ai parlé, le devin semblait une fois se tromper et faire un tout autre acte que celui qui avait été choisi, nous en fimes la remarque ; « mais c’est moi qui me trompe, répondit celui qui le conduisait, j'avais oublié l'acte qui était convenu et je pensais à autre chose. » « J'ai remarqué, écrit un observateur anglais, que si un objet a été d’a- -bord caché dans un endroit, puis déplacé pour être mis dans un autre, la personne qui me conduit ne manque pas de me mener d’abord à la première place, puis elle m’entraine à la véritable?. » En un mot, dans toutes ces expériences, le rôle de la pensée est indiscutable.
…. Mais il ne faut pas oublier que, dans tous ces cas, Le sujet qui a tenu la baguette, le pendule, ou quia dirigé le devin, affirme, et nous avons souvent des raisons suffisantes pour croire à sa sin- “cérité, qu'il n’a fait aucun mouvement volontaire et qu'il est le premier surpris de voir les phénomènes qui ont lieu. Plusieurs
“personnes à qui j ai fait tenir le pendule de Chevreul furent stupéfaites et effrayées de voir l'anneau m’obéir et osciller dans le Sens que j'indiquais. Le mouvement est cependant réel; « les patients, dit un expérimentateur, prétendent n'avoir pas bougé quand en réalité ils se sont servis de ma main comme d’une plume ?. » Il faut bien en conclure qu'ils ont remué 1° sans le vouloir el 2° sans le savoir.
… 1° Le premier point, c’est-à-dire le mouvement produit sans le vouloir, ne doit plus noussurprendre; nous savons déjà que la volonté n’est pas nécessaire pour produire les actes les plus compliqués, que des perceptions, ou même des sensations, S’accompagnent ou s'expriment toujours par des mouvements quand elles sont isolées. Ici, on prie le sujet de ne penser qu’à une seule chose et les images restent, par conséquent, aussi 1s0-
‘ À. Bertrand. Deux lois psycho-physiologiques. Revu2 philosophique, 11884, I, 249.
? Myers. Automatic writing. Proceed. S. P. R., 1885, 4.
| * Procced., 1882, 293.
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lées que possible. Aussi, tantôt les paroles, comme dans mes expé- : riences sur le pendule, ou bien la vue d'un mouvement suffisent pour le provoquer. M. A. Bertrand, reprenant l'expérience de M. Chevreul, a même montréque l’imagination d’un mouvement produit les mêmes effets que la perception réelle. « Le cercle que j'imagine, dit-il, donne une impulsion tout aussi nette, quoique peut-être plus faible, que le cercle que j’aperçois”. » Pour pou-w voir reproduire cette expérience, il faut appartenir au type visuel et avoir habituellement des mouvements déterminés par des images visuelles. C’est pourquoi plusieurs personnes, qui agissent d'ordinaire autrement, ne peuvent pas mettre le pendule en mouvement par ce procédé. Nous savons déjà, par toutes les études précédentes, que l’on peut sans hésitation conclure comme M. Chevreul : « Il y à donc une liaison intime entre l'exécution de certains mouvements et l’acte de la pensée qui y« est relative, quoique cette pensée ne soit pas encore la volonté qui commande aux organes musculaires ?. »
9 Mais il y une seconde question qui me paraît au moins aussi intéressante et dont on ne tient pas assez de compte ordinaire ment. Pourquoi ces individus font-ils ces mouvements sans lex savoir ? Un mouvement automatique déterminé par une image n’est pas forcément un mouvement ignoré. Quand noas bâillons« en voyant bâiller quelqu'un, nous savons bien ce que nous fais sons. Le mouvement est provoqué par l’image visuelle ou audi tive; soit, mais pourquoi n’amène-t-1l pas à sa suite la sensation : musculaire qui suit d'ordinaire tout mouvement, 11 y a évidem=« ment là un commencement d’anesthésie au moins.momentanéem et systématique. J’ai cru observer que les individus qui appar tiennent au type moteur ou musculaire ne sont pas, comme on pourraitle penser, lesmeilleurs sujets pour ce genre d'expériences Habitués à se servir de leurs sensations musculaires et à y faire attention, ils ne laissent pas passer inaperçus ces mouvements" involontaires de leur main et ils les arrêtent dès leur début. CE sont, au contraire, les auditifs et surtout les visuels qui réussissent le mieux, car ils ne tiennent jamais grand compte de leurs sensa tions musculaires. Dans ce cas en particulier, absorbés par
‘ Revue philosophique, 188%, I, 251.
? Chevreul. Op. cit., 158.
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